la bibliothèque polonaise de Paris

Dans un immeuble classé du 17ème siècle, situé au 6, quai d’Orléans sur l’île Saint-Louis à Paris (4ème), se trouve l’un des lieux emblématiques de la Culture polonaise en France.

Souvenir toujours vivant laissé par la fameuse « Grande Emigration » du 19ème siècle, la Bibliothèque Polonaise de Paris, fut créée en 1838, par les patriotes polonais réfugiés en France après l’échec de l’insurrection de 1830 (aux premiers rangs desquels le général Kniaziewicz, Julian Niemcewicz, Norwid, Lelewel, Slowacki, Krasinski, Mickiewicz… Ces émigrés désiraient maintenir une pensée culturelle polonaise.
C’est une association appelée Société Historique et Littéraire Polonaise qui, depuis ses débuts, se charge de son rayonnement.
Le premier directeur de la Bibliothèque fut Karol Sienkiewicz, moins connu que son neveu Henryk, (l’auteur de « Quo Vadis »). Karol eut cependant une intense activité dès les premières heures de la Bibliothèque. Né en 1793, il attira, encore étudiant en Pologne, l’attention du prince Adam Czartoryski en traduisant les paroles du chant patriotique de Delavigne « La Varsovienne ». Le prince lui confia alors la gestion de sa bibliothèque privée à Pulawy. Lors de l’insurrection, le courage de Karol pour sauver sa collection, permit de mettre à l’abri d’inestimables livres du 16ème siècle. Après l’échec de l’insurrection, il a accompagné le prince sur le chemin de l’exil vers la France et il écrivit sur cette période une « chronique de l’émigration ». Il a été directeur de la Bibliothèque jusqu’en 1854. Il est enterré au cimetière de Montmorency, comme de nombreuses élites polonaises.

Récemment restaurée, la Bibliothèque contient une large collection de livres (plus de 220.000) de manuscrits, gravures et imprimés, regroupant les souvenirs-témoignages sur l’histoire de la Pologne, ses émigrations, sur sa contribution à l’héritage culturel en Europe.

Trois musées ont été installés à l’étage de cet immeuble :

Le musée Adam Mickiewicz

Adam Mickiewicz fut par excellence l’âme de ces lieux parisiens polonais, tant par son œuvre littéraire fort connue à son époque que pour son activité politique patriotique. (voir sa vie dans la rubrique « Littérature » de ce site (article « 7 grands poètes »).

Ce musée fut créé par son fils Wladyslaw Mickiewicz, en 1903, (le 3 Mai jour symbole anniversaire de la proclamation de la Constitution polonaise de 1791).
Wladyslaw Mickiewicz consacra toute sa vie à faire revivre la mémoire de son père. Occupant le rôle de directeur de la Bibliothèque polonaise, il fonda ce musée où il réunit de nombreux documents, objets, des portraits, des meubles et des livres chacun rappelant des moments de l’existence du poète.
L’exposition permanente présente la vie et l’œuvre d’Adam Mickiewicz, intimement liées au patriotisme. Son militantisme exceptionnel est évoqué à travers le musée, ainsi que son univers littéraire.
Le musée Mickiewicz rassemble aussi des souvenirs ayant trait aux amis du poète, issus de l’émigration polonaise et aux amis français qui l’ont entouré et avec lesquels il a travaillé (Montalembert, Michelet, Sainte-Beuve, Quinet, George Sand et Marie d’Agoult..)
On remarque notamment une page manuscrite de Victor Hugo, inspirée par la Pologne surnommée, dans cet ode, « la belle endormie ».

Le salon Chopin

Le salon Chopin est le lieu de mémoire consacré au célèbre pianiste qui a vécu la moitié de sa brève existence à Paris.
Le compositeur était membre de la Société Historique et Littéraire Polonaise. L’exposition permanente recrée l’atmosphère de l’époque.
On y trouve une collection de portraits de Chopin et de ses proches tels le musicien Julian Fontana, l’écrivain George Sand et Wojciech Grzymala, des autographes et autres souvenirs personnels comme son fauteuil de l’appartement de la place Vendôme – lequel fut son dernier logis avant sa mort.
A noter qu’y est conservée une mèche de ses cheveux.
On remarque particulièrement son masque mortuaire réalisé par Clésinger (le gendre de sa grande amie George Sand) et un moulage en plâtre, le modèle du médaillon qui orne sa tombe au cimetière du Père-Lachaise.
Y figure aussi le célèbre tableau du peintre Teofil Kwiatkowski « Polonaise à l’Hôtel Lambert », œuvre allégorique par laquelle le peintre, ami de Chopin, a représenté le prince Czartoryski et ses invités, personnages célèbres du romantisme français et polonais, entourant Chopin au piano, et une petite fille à très longues nattes, symbolisant sa muse.

Le musée Boleslas Biegas

Le musée Boleslas Biegas, réouvert en 2004 après des travaux, présente un choix des collections provenant du legs Boleslas Biegas (1877-1954).
Biegas, à la fois sculpteur, peintre et auteur dramatique, a passé plus de 50 ans de sa vie en France. (Voir l’article « la peinture polonaise » dans la rubrique « Arts et sciences » de ce site).
Biegas s’installe à partir de 1901 à Paris, entouré par des amis du milieu symboliste du cercle de « la Plume ».
Membre de la Société Historique et Littéraire Polonaise, il lui a légué ses nombreuses sculptures, peintures et dessins.

Biegas fut connu à Paris surtout en qualité de sculpteur. Son œuvre la plus fameuse fut « Le Sphinx ».
Il paraît qu’à son époque, les œuvres de Biegas se vendaient plus cher que celles de Rodin.(Comparez avec ce qu’il est devenu maintenant – totalement inconnu des Français !).

A noter qu’on peut y admirer également dans le musée Biegas des œuvres d’Olga Boznanska et Paul Troubetzkoy.

Ces trois musées méritent d’être connus et visités, ne serait-ce que pour sortir de l’oubli en France le poète Mickiewicz et le peintre-sculpteur Boleslas Biegas. Car de ces trois artistes, il est certain que seule la mémoire de Chopin – heureusement toujours aussi glorifié universellement – ne nécessite pas d’être impérativement ressortie de l’ombre.

Une pensée pour l’hôtel LAMBERT, ancien lieu polonais

Egalement sur l’île Saint-Louis, en plein cœur de Paris, à quelques pas de la Bibliothèque Polonaise, se trouve une splendide demeure, datant du 17ème siècle, qui fut décorée intérieurement par les plus grands peintres comme Le Brun et Le Sueur.
L’hôtel Lambert fait actuellement l’objet d’une restauration.
Aujourd’hui, si vous passez par là, vous verrez en abondance des échafaudages et des grues car cet hôtel particulier, racheté il y a quelques années par un richissime prince du Qatar, est en travaux. Le nouveau propriétaire rénove et transforme cette demeure classée monument historique.
Peut-on imaginer que derrière ces murs, les magnifiques salons bruissaient durant tout le 19ème siècle, de conversations, de chants et de poèmes en langue polonaise ? Seule une pancarte explicitant les travaux actuels, signale brièvement que ce lieu fut jadis la demeure d’un prince polonais en exil, Czartoryski, et qu’il y accueillait le célèbre Chopin. (Même pas la moindre mention de Mickiewicz – qui pourtant, tout autant que le pianiste, fut l’âme de ce lieu ; c’est dire la considération dont jouit de nos jours le grand poète qui fut aussi professeur au collège de France et bibliothécaire de l’Arsenal !)
Le prince Czartoryski, arrivé en France après l’échec de l’insurrection de Varsovie, bien que dépouillé d’une partie de sa fortune en Pologne par le tsar de Russie, parvint à acheter aux enchères le prestigieux bâtiment qui se trouvait dans un certain état de dégradation. Czartoryski le fit rénover en préservant son ancien décor, employant les architectes Viollet-le-Duc et Lassus.
Cet hôtel particulier, lorsqu’il était la résidence de Czartoryski, le « roi sans couronne », devint ainsi un lieu de bals et soirées, en même temps qu’un foyer de réflexion et d’action politique, siège d’un véritable gouvernement polonais en exil, centre d’intenses activités diplomatiques et culturelles. Ses invités comptaient toute l’élite polonaise émigrée et aussi des Français en vue : Berlioz, Delacroix, George Sand, Arry Sheffer, Ingres, Vernet, Lamennais…

A la mort du prince Czartoryski en 1861, ce quasi-royaume disparut avec lui, mais une partie de l’héritage matériel qu’il contenait, sous forme d’archives, fut confiée à la Bibliothèque Polonaise. (Une autre partie, graduellement, fut transférée par les descendants du prince, vers Cracovie où fut créé l’intéressant musée Czartoryski). Lorsque la Pologne retrouve son indépendance en 1918, le retour officiel des Czartoryski dans leur patrie change la situation ; l’hôtel reste vide et quasiment abandonné. Pendant la seconde guerre, il va servir à cacher des prisonniers évadés ou des aviateurs alliés. Après guerre, cependant, le bâtiment nécessite des travaux si conséquents que les descendants souhaitent le vendre. Seul l’un des héritiers, Etienne Zamoyski, pénétré de la valeur historique et artistique inestimable de l’hôtel, s’obstina encore à l’habiter et consacra le plus gros de sa fortune à le restaurer. Cependant, certaines parties furent louées – notamment à l’actrice Michèle Morgan.
Mais il finit par vendre l’hôtel Lambert en 1975 à la famille Rotschild, après avoir essayé de convaincre les autorités polonaises d’acheter l’hôtel Lambert pour en faire un centre culturel…

Si vous voulez revivre un peu cette époque à l’hôtel Lambert, reportez-vous sur ce site à la rubrique « dîners royaux culturels – deux dîners romantiques à l’hôtel Lambert de Paris ».

Et bonne promenade romantique sur l’île Saint-Louis, l’un des quartiers les plus magiques de Paris !

Hermine                  .

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Catégories : 7 - la Pologne à Paris | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “la bibliothèque polonaise de Paris

  1. S’agit-il de ce tableau ?

    … il est dit se trouver au Musée National à Poznań (http://artyzm.com/e_artysta.php?id=548&page=2)

    L’Hôtel Lambert a été victime d’un incendie début juillet 2013
    http://memoiresdupatrimoine.org/lhotel-lambert/
    … et les décors du Cabinet des bains de Le Sueur ont disparu 😦
    http://www.latribunedelart.com/cabinet-des-bains-de-l-hotel-lambert-voila-ce-que-nous-ne-verrons-plus

  2. Le lien vers l’image 😉

  3. ula

    tres interessant merci bien

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