3ème mot doux d’Hermine – le Miracle sur la Vistule

Non, chers lecteurs, je ne veux pas vous parler des miracles jadis accomplis par la Vierge Noire de Czestochowa, ni ceux attribués à sa Sainteté le pape Jean-Paul II. Le miracle que je vais évoquer, c’est bien un homme en chair et en os qui en est l’auteur. Un homme à la volonté de fer, un peu trop controversé, un peu trop oublié.
Aussi ai-je eu envie de rendre un hommage particulier à cet homme-là :

N’a-t-il pas de belles moustaches ? Comment, vous lui trouvez une tête patibulaire ?
Attendez d’avoir lu (ou relu) son odyssée pour vous faire une idée. En effet vu la somme d’épreuves, de difficultés de toutes sortes qu’il a dû affronter (avec énergie) durant sa vie, il est probable que peu d’entre nous, à sa place, auraient l’air de rigoler.
Voici donc un très succinct résumé de la vie du Maréchal Jozef PILSUDSKI.


On peut dire ce que l’on veut de Jozef Pilsudski, certains se plaisent à l’affubler du surnom de « dictateur », d’autres jugent sévèrement ses années de guerre, puis sa période de gestion économique du pays… Mais qui peut prétendre que Jozef Pilsudski ne fut pas un vibrant patriote, un leader courageux comme un lion durant les évènements les plus dramatiques ? Qui peut prétendre que ce n’est pas, en grande partie, à sa volonté de fer que la Pologne doit l’indépendance qu’elle a recouvrée en 1918 après 124 années de disparition ?

Le petit Jozef est né en 1867 près de Vilnius, en Lituanie donc (comme Mickiewicz et quelques autres célèbres Polonais), anciennement partie de la Pologne et annexée par la Russie lors du partage de la Pologne de la fin du dix-huit siècle. Ses parents font partie de la noblesse polonaise, bientôt très appauvris, mais qui ont pu cependant lui assurer dans son enfance une solide instruction. Il étudiera à l’université de Vilnius, où, comme déjà au temps de Mickiewicz, de forts mouvements révolutionnaires agitent les étudiants contre l’intense russification. Il commence ensuite à étudier la médecine à l’université de Kharkov en Ukraine.
Jozef commence bien sa jeunesse : A dix-huit ans, il est suspecté, avec son frère, d’avoir participé à un complot d’assassinat du tsar Alexandre III. Il est alors condamné à cinq ans de travaux forcés en Sibérie. Dans ses mémoires, il évoquera les conditions apocalyptiques du voyage vers la Sibérie.
Libéré enfin en 1892, sa lutte en faveur de sa patrie deviendra alors résolument politique, tandis qu’il reprend des études de droit à Vilnus. Il ne tarde pas à s’engager dans le parti socialiste polonais. Son rôle y devient important, il publie une revue « Robotnik » (L’ouvrier). Mais cela lui vaut à nouveau l’arrestation par les Russes qui le condamnent encore à la déportation en Sibérie que, par d’ingénieux stratagèmes, il réussit à éviter en se cachant.
Cependant, dans la clandestinité, il multiplie les actions. Il va se rendre à Tokyo en 1904, à l’occasion de la guerre russo-japonaise, pour tenter de gagner le Japon à la cause polonaise, initiative hélas contrariée par son rival du parti, Roman Dmowki qui, contrairement à lui, croit à la possibilité d’une autonomie au sein de l’empire russe.
A Varsovie, Jozef organise des grèves de protestation contre la mobilisation de jeunes Polonais dans l’armée russe. La milice qu’il crée alors « Organizacja Bojowa » fomentera des attentats anti-russes.
En 1912, Jozef est élu leader de l’organisation de tireurs en Galicie qui a pour but de former une future armée polonaise.
C’est alors que la première guerre mondiale éclate et que le rôle de Jozef – pourtant pas négligeable jusqu’ici – va devenir primordial. Car il n’aura de cesse de mettre en place et développer un embryon de légion polonaise dans cette étrange pagaïe où se trouve forcément le peuple polonais, dont certaines parties occupées doivent se battre aux côtés de l’Allemagne et l’Autriche contre la Russie, tandis que la zone occupée par la Russie recrute de force des Polonais pour se battre contre le camp adverse ! Il crée alors, dans la clandestinité, la POW (Polska Organizacja Wojskowa) qui aura une efficacité admirable, amenant l’adhésion de nombreux jeunes Polonais qui refusent de se laisser incorporer par les puissances occupantes.
Toutefois, les Allemands, partagés entre leur désir d’obtenir à l’amiable l’appui de Pilsudski et la menace que représente ce leader intransigeant, finissent par l’arrêter et l’emprisonner à la forteresse de Magdebourg en 1917.

La guerre va se terminer en novembre 1918 et, Pilsudski, libéré et revenu de Magdebourg, est accueilli comme un héros dans cette Pologne ressuscitée (en grande partie grâce à lui et à quelques autres dont l’incroyable pianiste Paderewski qui, rappelons-le, est allé auprès du président des USA intercéder pour l’indépendance de la Pologne).
Le voici donc premier chef de l’Etat polonais (puisqu’avant cette longue période de disparition de la carte, c’était encore la période des rois).
Et c’est là que survient ce miracle que l’on a appelé « Cud nad Wisla » (Miracle sur la Vistule). En effet, en 1920, voici la Russie bolchevique de Staline qui s’en vient à nouveau, aux portes de Varsovie, attaquer la toute fraîche indépendance de la Pologne ! Le vaillant guerrier qu’est Jozef, fort heureusement, aura vite fait de les repousser, infligeant à la puissante armée rouge une cuisante défaite si inattendue qu’elle tient du miracle et que Staline n’arrivera jamais à la digérer.
Alors, après, une fois la paix revenue ? C’est là que ses détracteurs lui reprochent un pouvoir autoritaire, quasi-dictatorial. Pouvait-il faire autrement ? La Pologne est devenue libre, certes, mais dans une situation économique absolument catastrophique, tout est à réorganiser. En outre, elle est sans cesse menacée par les deux totalitarismes voisins : les soviétiques en Russie, les nazis en Allemagne. Il tente en vain d’alerter les dirigeants des pays occidentaux, alliés de la Pologne, du risque imminent de nouvelle guerre mondiale. Devant leur manque de réaction, il crut sage de signer des traités de non-agression en 1932 avec l’Union soviétique et l’Allemagne, traités qui seront allégrement bafoués par ces deux puissances avec l’invasion de la Pologne à l’Est comme à l’Ouest en 1939.
Mais Pilsudski n’a pas pu voir cette ultime trahison. Il est mort en mai 1935 dans sa résidence, le palais du Belvédère de Varsovie et enterrré au Wawel de Cracovie.
Sa mort causa une vive émotion, à l’étranger autant qu’en Pologne, particulièrement parmi les minorités qui étaient nombreuses dans la Pologne multiculturelle d’alors dont il avait veillé à préserver l’égalité des droits.
Voici un portrait de cet homme extraordinaire, réalisé par le peintre Wojciech KOSSAK, Jozef est représenté sur sa jument préférée appelée « Kasztanka ». Admirez sa prestance.

Chers lecteurs, cette vie tumultueuse et héroïque ne vous rappelle-t-elle pas celle d’un autre glorieux et dévoué militaire ? Charles de Gaulle bien sûr. D’ailleurs, il est à noter que le général français admirait beaucoup Jozef Pilsudski qu’il avait eu l’occasion de rencontrer et seconder d’abord pendant la première guerre et après durant cette fameuse bataille de 1920 contre l’invasion bolchevique. On sait que De Gaulle lisait volontiers ses ouvrages. (Pilsudski a écrit ses mémoires, ainsi que des pensées philosophiques, il avait même envisagé, disait-il, dans sa jeunesse, se consacrer à l’écriture).
Aussi, pour vous le rendre plus humain, voici quelques-unes de ses pensées :

  • « Le romantisme dans les objectifs, le positivisme dans les moyens ». (« Romantyzm celow, pozytywizm srodkow« )
  • « Ecrivez votre histoire vous-même, sinon d’autres vont l’écrire pour vous – et mal. » (« Historie swoja piszcie sami, Bo inaczej napisza ja za was inni i zle« )
  • « Celui qui ne respecte ni n’estime son passé, n’est pas digne de respect dans le présent, ni n’a de droit dans l’avenir. » (« Ten, kto nie szanuje i nie ceni swej przeszlowci, nie jest godzien szacunku terazniejszosci, ani ma prawo do przyszlosci« ).

Voici donc dans quelles circonstances et par qui fut accompli le miracle sur la Vistule…
Charles de Gaulle est resté fameux – il appartient à un pays moins compliqué que la Pologne.
Jozef Pilsudski, tout aussi méritant, a sombré, comme beaucoup de Polonais héroïques, dans l’oubli… ou dans les dénigrements (par des Polonais mêmes) qui ternissent injustement son image. Hélas, on est souvent obligé de le constater : C’est l’une des caractéristiques de la nature polonaise (pas de tous heureusement) de critiquer, dénigrer, ces patriotes exceptionnels que pourtant bien d’autres peuples leur envieraient – entre autres Lech Walesa.

Cependant, savez-vous qu’un musée dédié à cet intrépide patriote et chef d’Etat a été ouvert à l’Est de Varsovie : Le Musée Jozef Pilsudski de SULEJOWEK.

Cette petite ville se situe à l’Est de Varsovie. Le pianiste Paderewski y avait, avec son épouse Helena, acheté une villa, appelée Bialynia » en décembre 1912 pour y implanter un Institut culturel,

Le maréchal Pilsudski, quant à lui, y a habité dans un petit manoir entre les années 1923-1926, c’est ce manoir qui a été transformé en musée à sa mémoire..

La localité fut un lieu de passage des armées tant durant la première guerre mondiale que durant la seconde guerre où les nazis installèrent une base de départ vers le front de l’Est.

 

En souvenir de ces évènements militaires, le musée présente des expositions à but pédagogique, consacrées à la Légion Polonaise.

Les collections permanentes retracent le parcours mouvementé du Maréchal Pilsudski, durant ses années de combat, de résistance puis de Chef d’Etat quand la Pologne ressuscita.

 

Le musée se veut résolument moderne, appelant les écoles à y jouer un rôle actif par différents projets. Notamment par un appel à la réflexion, dénommé « Co na to Marszalek ? » (« Qu’en penses-tu, Maréchal ? ) action qui a pour but de mettre en avant les réalisations artistiques de la Pologne contemporaine. Autre initiative originale, appelée « Mamy Niepodlegla ! » (Nous avons l’Indépendance »), qui consiste à mobiliser les Polonais de toutes parts, appelés  à envoyer des milliers de cartes postales et se réunir pour un piquenique et des jeux éducatifs sur le thème de la sacro-sainte indépendance. La Poste polonaise est partie prenante dans cette action qui totalise un demi-million de cartes postales. On compte 500 associations prenant part à cette initiative, intéressant 300 localités à travers le pays.

 

On ne peut que se réjouir de voir que les mérites du courageux Maréchal sont enfin reconnus par son peuple auquel il a tant apporté et surtout l’Indépendance. (Et un homme capable d’accomplir un miracle mérite bien un tel musée !)

 
En tout cas, je continuerai de penser que le maréchal Jozef Pilsudski a fait tout ce qui était humainement possible dans un contexte aussi difficile et c’est pourquoi je tenais à lui rendre ce petit hommage.

HERMINE

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Catégories : 9 - Les mots doux d'Hermine | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “3ème mot doux d’Hermine – le Miracle sur la Vistule

  1. Voici sa statue en sel dans les mines de Wieliczka 😆

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