Paderewski l’Incomparable

Chers lecteurs, s’il est un Polonais qui mérite plus qu’aucun autre d’être connu et vénéré de tout descendant de Polonais, de tout polonophile, de tout mélomane, c’est bien l’immense pianiste Ignace PADEREWSKI.

J’ai déjà, à plusieurs occasions, évoqué ce personnage dans différentes rubriques, notamment « Les musiciens polonais » et « Duo de choc ». Cependant, cet homme à multiples facettes, admirable à plus d’un titre, mérite bien mieux que quelques lignes.

 

Génie de la musique, patriote dévoué sans limite à son pays natal, orateur hors-pair, beau comme un dieu avec sa flamboyante crinière roux-doré, il déchaîna l’admiration tout au long de sa vie aux quatre coins de la planète. Mais il fut également un homme de cœur, fidèle à ses innombrables  amis, attentif aux malheurs d’autrui, et dans ses actions généreuses, il fut merveilleusement secondé par son épouse Helena. Infatigable, animée de la même passion de dévouement envers la patrie et envers ceux qui avaient besoin d’aide, elle l’a soutenu de toute son énergie.

La partie finale de cet article sera par conséquent consacrée à cette épouse remarquable.

Mais d’abord, pour ceux qui n’auraient jamais entendu parler de lui (car il est inexplicablement tombé dans un injuste oubli, alors que ses contemporains les plus illustres l’ont déclaré : Peu d’hommes ont été vénérés et honorés de leur vivant comme il le fut), rappelons ce qu’a été la vie de Paderewski :

Jean-Ignace Paderewski, né en 1860 à Kurylowka à l’est de la Pologne, n’a pas connu sa mère, morte en lui donnant le jour. Son père, issu de la petite noblesse appauvrie, est certainement à la source du patriotisme d’Ignace. Ce père que, petit garçon, il avait vu arrêté par un escadron de Cosaques et emmené en prison, sous l’accusation de participation à l’insurrection de janvier 1863 contre l’occupant russe, il lui sera toujours profondément attaché, ainsi qu’à sa sœur.

Hanté par les malheurs de la Pologne, il mettra toute sa vie son Art au service de la patrie dans le but de la faire renaître.

Son père, qui avait décelé très tôt le don d’Ignace pour la musique, l’a envoyé étudier au Conservatoire de Varsovie. Là il trouvera sa première épouse, Antonina, jeune élève du Conservatoire et ils se marient. Hélas, son épouse décède en mettant au monde leur premier enfant, Alfred. Seconde épreuve, cet enfant restera handicapé, souffrant d’une forme sévère de polio. Alfred est pour Paderewski source de bien des tourments lorsqu’il doit s’éloigner pour donner ses concerts, comme en témoignent ses paroles :

« Avant mon départ, j’ai dû prendre une décision sur le sort de mon pauvre garçonnet. Ce fut pour moi une tragédie et la source d’une constante inquiétude. »

Devant s’absenter pour un séjour à Berlin, Ignace confie le petit Alfred à un couple d’amis, le violoniste Wladyslaw Gorski et son épouse. Cette dernière a alors entouré le petit Alfred d’une affection protectrice jusqu’à la mort de celui-ci à l’âge de vingt ans, l’élevant avec leur propre enfant. Le couple déménagea de Varsovie à Paris en emmenant les deux garçonnets, rejoignant Paderewski qui avait commencé sa conquête de la capitale française.

Le dévouement d’Helena Gorska envers le petit Alfred fut sans doute pour beaucoup dans l’attachement de Paderewski pour cette femme qui deviendra la femme de sa vie, nonobstant les innombrables conquêtes d’Ignace à Paris comme dans d’autres villes européennes. Helena Gorska, éperdument amoureuse d’Ignace, demandera l’annulation de son premier mariage pour épouser Paderewski qu’elle entourera désormais d’un amour protecteur.

La carrière fulgurante d’Ignace venait de commencer à Paris, par un concert triomphal donné en 1888 à la salle Erard où il avait galvanisé l’auditoire. Il fut rappelé au piano une douzaine de fois ce soir-là par un public en délire. Cortot, alors étudiant, parla « d’un éclair faisant éruption dans nos cœurs par la grâce de ce personnage magnétique, grand seigneur sorti d’un monde de légende ».

Paris s’est mis à s’arracher Paderewski comme Chopin un demi-siècle plus tôt. Il a inspiré des peintres et des caricaturistes, des musiciens et des poètes. Certains percevaient en lui « une subtile violence qui le rendait irrésistible », D’autres « une dignité majestueuse ». Arthur Rubinstein, alors tout jeune, lorsqu’il vit apparaître Paderewski pour s’installer au piano, le décrivit comme « un homme d’une quarantaine d’années incroyablement solaire, avec ses cheveux dorés comme sa moustache ».

Et ce fut le début de triomphes aux quatre coins de la planète, pendant des décennies. En Amérique du Nord, il a attiré des foules comme aucun soliste avant lui. A New-York, son récital au Carnegie Hall nouvellement construit, devant un public de 3.000 auditeurs enthousiasmés, fut relaté comme un événement. En 1932, il joua au Madison Square Garden devant un public de 16.000 auditeurs subjugués. Il fit des tournées dans toute l’Europe, de Lisbonne jusqu’à la Russie, puis en Amérique du Sud. Des journaux américains titraient « La Paddymania est en marche » (Il était appelé « Paddy » aux U.S.A.). On lui donnait le surnom de « roi des pianistes », il fut invité et applaudi par la reine Victoria et fut reçu par des chefs d’Etat, en Europe comme aux Etats-Unis.

Surnommé « Le Lion de Paris » par les Français, il a vu s’ouvrir devant lui les portes des salons les plus prestigieux. Parmi ces salons se distingue celui de la princesse de Brancovan avec laquelle il noua une amitié particulière. Paderewski lui a dédié certaines de ses compositions. Cette princesse, elle-même pianiste, veuve du prince roumain Grégory de Brancovan, recevait dans sa somptueuse demeure avenue Hoche, les plus prestigieux invités : Les poètes Lecomte de Lisle, Sully Prudhomme, Heredia, Mistral et puis Sarah Bernard, Saint-Saens, Marcel Proust. Cependant, selon divers témoignages, Paderewski devenait le centre d’intérêt dès qu’il apparaissait. La fille de la princesse de Brancovan, celle qui deviendra la poétesse Anna de Noailles, alors adolescente, fut fascinée à son tour, le décrivant ainsi : « Perruqué de lumière, les yeux accordés avec les étoiles, un mage nous était présenté et nous l’aimâmes. Comme j’ai aimé cet air de vagabond de race noble et fière ! »

L’amour montré par la capitale française envers Ignace était réciproque. Il aimait Paris où il louait un logement avenue Victor Hugo et il y ramènera son fils Alfred.

Ce pianiste porté aux nues aurait pu devenir un mondain quelque peu superficiel. Il n’en fut rien. Paderewski apparaît toute sa vie comme un homme de cœur, pénétré des devoirs qu’il s’était fixés. D’abord envers son père, auquel il restera très attaché, ainsi qu’à son fils. Il sera toute sa vie fidèle à ses nombreux amis, célèbres ou anonymes. Parmi eux, des artistes tels Brahms, Gounod, Fauré, Elgar et surtout Camille Saint-Saens. Et puis, une amie incomparable, sa « bonne fée », l’actrice Helena Modrzejewska (hé oui, une autre Helena bienfaitrice, ne la confondez pas avec Helena Gorska son épouse).
Rencontrée lors d’un séjour de Paderewski dans les Tatras, cette Cracovienne, de 20 ans plus âgée que Paderewski, était considérée comme la plus grande actrice polonaise. Lorsqu’il  fait sa connaissance, il est encore débutant. Elle est déjà une célèbre tragédienne, interprète de Shakespeare, menant une brillante carrière aux Etats-Unis. Remarquant aussitôt les qualités exceptionnelles du jeune débutant, la Modrzejewska va l’aider financièrement pour lui permettre d’aller perfectionner sa connaissance de la musique à Vienne, auprès du fameux professeur Théodore Leszetycki, considéré comme le meilleur pédagogue de son temps. L’actrice mène une intense vie mondaine, recevant artistes et intellectuels de premier plan. Elle se produit dans toutes les capitales d’Europe, où elle est acclamée. Paderewski et elle se rencontreront à plusieurs reprises à Zakopane. Comme lui, elle allie mondanités et patriotisme ardent, mettant son succès d’artiste au service de son pays natal.

Tout aussi importante pour l’action patriotique d’Ignace se révèlera son amitié avec l’écrivain Henryk Sienkiewicz, les amenant à une collaboration fructueuse en faveur de la renaissance de leur patrie.

Paderewski a connu Sienkiewicz, le célèbre Prix Nobel de Littérature, dès son arrivée à Paris, se rencontrant notamment chez les Dulski, sœur et beau-frère de Marie Curie. Cette relation entre les deux hommes va s’intensifier quand éclate la première guerre mondiale. L’un comme l’autre se sont retirés en Suisse au bord du lac de Genève, Sienkiewicz à Vevey, Paderewski à Morges. Outre leur proximité géographique, Sienkiewicz et Paderewski ont beaucoup de points communs : L’écrivain a atteint la gloire universelle par son roman historique « Quo Vadis » qui lui a valu le prix Nobel. Il a été connu également pour sa formidable épopée « Par le fer et par le feu » (Ogniem i Mieczem ») relatant les invasions et les victoires de la Pologne au cours du 17ème siècle. Il a écrit cette œuvre pour, a-t-il déclaré, « redonner courage aux Polonais ». Tous deux, en étroite collaboration, vont mener, au cours de la première guerre, une action intense en faveur de la Pologne, venant d’abord en aide à leurs compatriotes, créant un journal, sensibilisant les différents peuples à la cause polonaise. Et bien que Sienkiewicz soit mort en novembre 1916 sans avoir pu voir leurs efforts couronnés, Paderewski continuera cette œuvre avec toute son énergie.

Car au-dessus de tout, dans le cœur de Paderewski, il y a son amour de la patrie, rayée de la carte, qu’il s’est ingénié toute sa vie à faire renaître. Persuadé que tout artiste est investi du rôle d’ambassadeur de son pays, il va consacrer, comme son amie la Modrzejewska, une grande part de ses cachets à la Pologne dès que ses ressources le lui permirent. Il aida à la construction à Varsovie du superbe hôtel Bristol, finança la fondation de la Philharmonie. Puis il lança la réalisation de plusieurs monument à la gloire de héros polonais, dont une statue du général Kosiuszko, et un fameux monument érigé à Cracovie pour le cinq-centième anniversaire de la victoire de Grunwald en 1410, lorsque les Polonais et Lituaniens, sous le commandement du roi Jagiello, battirent les Chevaliers Teutoniques. Paderewski fut présent, en juillet 1910, à l’inauguration de ce monument à Cracovie, entouré d’une foule en liesse.

Et voici le moment le plus extraordinaire de l’œuvre réalisée par Paderewski :

Lorsque la première guerre mondiale a éclaté en 1914, Ignace a compris que cette guerre terrible pourra être, paradoxalement, l’occasion unique pour la Pologne de retrouver la liberté, au sein d’une Europe Centrale à réorganiser.

En 1917, Paderewski va plaider la cause de la Pologne aux USA auprès du président Woodrow Wilson qu’il réussit à convaincre : L’indépendance de la Pologne fera partie des 14 points du Traité de paix, ainsi la Pologne ressuscitera après 124 années de disparition de la carte.

Après cela, son rôle politique à Varsovie, auquel le peuple polonais l’appelle avec enthousiasme à la fin de la guerre, sera temporaire. Il est nommé Premier Ministre et Ministre des Affaires Etrangères de la Nouvelle Pologne. Cependant, Paderewski et Sienkiewicz ont souvent exprimé leur réticence à s’engager dans des partis politiques, rappelant que « leur seule politique, c’est la Patrie ». Et dès 1919, Paderewski donne sa démission au Maréchal Pilsudski. Il continuera encore un peu sa fonction diplomatique au sein de la Ligue des Nations Unies, où il soulève l’admiration, étant le seul délégué à n’avoir pas besoin d’interprète, pouvant faire de brillants discours – parfois improvisés – en sept langues. Néanmoins, il va quitter aussi cette fonction pour se consacrer à nouveau à la musique, repartant pour des tournées prestigieuses.

Hélas, en septembre 1939, à l’aube de ses 80 ans, il apprend qu’Hitler a envahi la Pologne et a commencé son œuvre de destruction du pays. La seconde guerre mondiale a commencé. On imagine quelle a pu être la douleur de Paderewski…

Symbole hallucinant de cette destruction : Le fameux monument en mémoire de la victoire de Grünwald, qui avait été voulue et inaugurée à Cracovie avec tant de joie par Paderewski, est détruite par les Allemands en novembre 1939.

En 1940, Paderewski, malgré une santé chancelante, décide de quitter la Suisse pour retourner aux Etats-Unis, il y reprend une série de conférences pour, de nouveau, sensibiliser les Américains au sort de sa patrie. Epuisé, il meurt le 29 Juin 1941 à New-York. Son corps a reposé pendant 51 ans au cimetière d’Arlington près de Washington.
Selon le vœu de Paderewski qui souhaitait que sa dépouille soit rapatriée en Pologne lorsque ce pays aurait retrouvé la liberté, il a finalement été transféré le 5 Juillet 1992 lors de funérailles nationales en présence du président américain George Bush et de Lech Walesa.

 

Cependant, un hommage particulier doit être rendu à son épouse dévouée, Helena Gorska.

Les témoignages de tous ceux qui les ont connus tous deux s’accordent à faire l’éloge de Madame Paderewska, selon eux aussi admirable, remplie d’énergie et de générosité que son glorieux époux. Et c’est sans doute pour cela qu’il la choisit entre toutes ces innombrables femmes qui l’adulaient et qu’il lui est resté infiniment attaché durant toute leur vie commune, jusque ce que la mort, en 1929,  vienne faucher Helena après une longue maladie altérant ses facultés  mentales. Il restera pendant des années abattu par la perte de son épouse.

Remarquons que cette fidélité à son épouse était d’autant plus méritante de la part d’Ignace qu’il fut passionnément aimé par plusieurs femmes exceptionnelles croisées sur son chemin

Si sa relation avec la Modrzejewska, à qui il doit tant, apparaît comme une sincère amitié sans le moindre équivoque, il n’en est pas de même de la part des deux autres femmes d’une grande importance dans sa vie, qui, de leur côté, semblaient lui vouer plus d’amour que d’amitié. (les témoins d’alors parlent davantage « d’amitié amoureuse » avec tout ce que ce terme comporte d’ambiguité). Tout d’abord, l’épouse de l’éminent professeur Leszetycki. Annette Essipoff, elle-même pianiste, qui lui écrivait des lettres enflammées dans lesquelles elle paraissait prête à quitter son époux pour Ignace. Elle finira par divorcer mais Paderewski lui préférera cependant pour toujours Helena Gorska. On parlait également « d’amitié amoureuse » à propos de l’étincelante princesse de Brancovan qui, veuve, pouvait lui offrir une vie de luxe à Paris. Mais ce monde scintillant et sophistiqué ne convenait pas à la nature profonde de Paderewski en quête avant tout de bonté et de générosité, que seule Helena Gorska pouvait représenter pour lui  (même s’il a pu un moment, apprécier les salons mondains de la princesse de Brancovan).

Alors Helena Gorska, qu’avait-elle de si extraordinaire pour qu’il la choisisse entre toutes ?

Physiquement, on la décrit comme parée de beaucoup de charme et de grâce. Mais c’est surtout ses qualités de cœur qui émerveillaient son entourage. Outre la protection sans faille qu’elle prodigua à Alfred, l’enfant handicapé d’Ignace, elle se dévouait à quantité de causes humanitaires et les continua durant toute sa vie sans se lasser. Dotée d’une intarissable énergie, elle eut une action déterminante au sein de la Croix-Blanche durant la première guerre mondiale. Récoltant des fonds de toutes les parties du monde, elle sut seconder Ignace dans toutes ses actions en faveur de la Pologne. Son enthousiasme et son dévouement lui permettaient de venir à bout de tous les obstacles.

Le corps d’Helena est enterré au cimetière de Montmorency, à côté de celui d’Alfred.

Quand on lit tous les surnoms sacralisant Paderewski de son vivant, « cette icône », « ce pianiste de génie », « ce sorcier du clavier », « cet archange venu des cieux », « ce lion de Paris », on peut avoir l’impression que tout fut facile pour cet homme magnifique et surdoué. Rien de plus faux. Il l’a répété avec insistance : Il doit sa réussite à un travail incessant. Ayant commencé sa carrière dans le dénuement, il a dû sérieusement améliorer ses bases techniques, travaillant parfois jusqu’à la limite de ses forces.  Quant à ses fameux discours qui lui valaient la réputation d’orateur hors-pair, ils nécessitaient aussi un certain courage de sa part. En témoigne ce commentaire de l’épouse du président Wilson, le 6 novembre 1916, à propos de cette rencontre décisive entre Paderewski et Wilson sur le sort de la Pologne : « Je n’oublierai jamais le visage de Monsieur Paderewski lorsqu’il plaidait la cause de sa patrie. Il était empreint de toutes les souffrances et les humiliations de son peuple ».

 

Cet article est en grande partie repris de l’exposé fait par Mme Françoise Renaud, en février 2017 à la Bibliothèque Polonaise de Paris en préambule à la soirée PADEREWSKI.

J’y ajouterais deux anecdotes concernant Paderewski, relatées dans les annales de la société Paderewski, fondée par le pianiste Henryk Witkowski – lequel est à la source du premier musée Paderewski établi à Morges en Suisse où a vécu Ignace. Signalons qu’Henryk Witkowski fut l’élève de Zygmunt Dygat, professeur ayant bénéficié de l’enseignement de Paderewski lui-même !

  • Voici la première anecdote : En 1890, Ignace Paderewski, déjà grand philanthrope donnait une série de concerts sur la West Coast des U.S.A. Un groupe d’étudiants de l’Université de Stanford lui demanda alors de donner un concert supplémentaire en faveur du fond des bourses d’études. Il accepta, mais malgré tous les efforts des organisateurs, il en résulta un déficit. Le comité des étudiants choisit alors un porte-parole pour excuser auprès de l’illustre artiste ce manque d’appréciation par le public. Paderewski, après l’avoir écouté, lui remit de sa poche un chèque de 1.000 $. Le nom de cet étudiant comblé ? C’était Herbert HOOVER… qui devint, ni plus ni moins, Président des Etats-Unis… Et il n’oublia pas cet épisode.
  • Seconde anecdote : Paderewski et le tsar de Russie. (extrait du livre « Souvenirs » du critique musical Aloys Mooser, ouvrage qui décrit la vie artistique dans la capitale des tsars au début du XXème siècle. Elle relate l’arrivée de Paderewski à Saint-Petersbourg en 1899.

Les deux concerts qu’il donna attirèrent dans la vaste salle de l’Assemblée de la noblesse, la foule des grands soirs. Et la famille impériale elle-même, qui ne montrait qu’un intérêt modéré pour la musique, puisqu’elle se bornait, le plus souvent, à assister à quelques représentations de ballet ou d’opéra, jugea pouvoir déroger à ses habitudes en faveur de l’illustre visiteur dont la première séance avait eu un écho jusqu’au palais de Tsarskoié-Selo. A leur grande stupéfaction, les mélomanes qui, le soir du second concert, attendaient avec impatience l’instant d’applaudir le pianiste polonais, virent tout soudain le tsar Nicolas II, la tsarine Alexandra Féodorovna, deux grandes-duchesses, des dames d’honneur compassées et quelques hauts personnages aux uniformes chamarrés de décorations, faire leur entrée dans la spacieuse loge impériale qui occupait tout le bas-côté droit de la salle tandis qu’une nuée de sbires se postait un peu partout, pour suivre les événements et déjouer un éventuel attentat. Longuement acclamé par le public, le virtuose apparut aussitôt et entama l’exécution de son programme, qui lui valut, ainsi que l’on devait s’y attendre, de chaleureux applaudissements…

A l’entracte, un aide-de-camp alla quérir le pianiste et le conduisit dans la loge impériale. Mais l’entretien tourna court. A peine, en effet, le souverain s’était-il adressé à l’artiste qui s’était incliné devant lui, qu’à la stupéfaction générale, Nicolas II s’écarta brusquement et, tournant démonstrativement le dos à son interlocuteur, dit quelques mots à son entourage. Celui-ci se leva immédiatement et, suivant l’empereur, quitta les lieux, cependant que Paderewski regagnait placidement le salon des artistes. Cette scène incompréhensible pour l’assistance se déroula si rapidement que ceux qui, de la salle, la considéraient avec l’attention et la surprise que l’on imagine, en restèrent tout pantois. Il fallut attendre quelques jours pour avoir le mot de l’énigme, grâce à un témoignage discret.

Le tsar, recevant le célèbre artiste dont nul n’ignorait l’ardent patriotisme, n’avait rien trouvé à lui dire de plus aimable et de plus politique que ces mots :

« -Je suis heureux d’avoir un sujet tel que vous. »

A quoi, blessé jusqu’au plus profond du cœur par ce propos maladroit, Paderewski se redressant fièrement avait répondu du tac au tac :

« -Sire, je ne suis pas Russe. Je suis Polonais ! »

L’épilogue de cet incident, ce fut un officier subalterne qui, au milieu de la nuit, l’alla signifier à l’illustre pianiste dans sa chambre de l’Hôtel de l’Europe, en lui remettant un arrêté du préfet de police, qui lui donnait vingt-quatre heures pour quitter le territoire de l’Empire avec défense d’y reparaître jamais.

 

 

Chers lecteurs, voilà la vie de Paderewski résumée…  Lorsqu’on lit tous les éloges publiés à sa mort, on réalise à quel point PADEREWSKI FUT A LA FOIS POLONAIS ET UNIVERSEL.

Et n’oublions pas de mentionner qu’en plus d’être ce virtuose extraordinaire, il fut compositeur à part entière (même si sa production est nettement moins abondante que celle de Chopin). Voici quelques-unes de ses compositions les plus remarquables :

-Caprice opus 14,

Nocturne opus 16,

Mélodie opus 8, Légende opus 16,

Cracovienne fantastique opus 14….

Et son oeuvre la plus connue, le menuet opus 14 si caractéristique.

Il a composé un bel opéra qui reçut un certain succès : « Manru », inspiré de ses séjours dans les Tatras, dont le héros est un tzigane.

Laissons le dernier mot au célèbre compositeur français Gabriel Fauré : « Paderewski est l’un des plus grands artistes, l’un des personnages les plus magnifiques et l’un des plus nobles cœurs de notre temps ».

 

 

HERMINE

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