8ème mot doux d’Hermine – le trône de Pologne, devenu chaise percée de l’horrible tsarine

Chers lecteurs-internautes,

 

J’ai eu envie de vous parler d’un petit voyage en train – pas en Pologne comme je vous narre habituellement – mais un court trajet entre Paris et la région Rhône-Alpes que j’ai effectué dernièrement (comment cela, vous n’avez jamais vu d’hermine, valise à la main, grimper dans un train ? Les hermines adorent les voyages et les rencontres qu’ils occasionnent).

On apprend toujours quelque chose du moindre voyage, qu’il soit lointain ou pas. Le sage Montaigne ne disait-il pas : « Je ne sache point meilleure école à former la vie. L’âme y a une continuelle excitation à remarquer des choses inconnues et nouvelles ».

Ce trajet ferroviaire fut l’occasion d’une conversation aussi inattendue qu’intéressante.

Je me trouvai assise aux côtés d’un jeune inconnu et chacun de nous a tiré, dès le départ du train, un livre pour occuper ces deux heures de trajet.

Nous eûmes la surprise de constater que tous deux nous avions sorti un livre en langue polonaise. Le sien était un livre de vampires. Le mien était un ouvrage du romancier-historien Jozef Kraszewski, consacré au roi Wladyslaw IV qui a régné sur la Pologne au 17ème siècle.

La glace fut rompue immédiatement, le dialogue à bâtons rompus dura tout le trajet.

Les vampires n’étant pas ma tasse de thé, qu’ils soient polonais ou de toute autre nationalité, c’est sur les rois de Pologne que fut lancé le sujet de conversation.

N’allez pas croire que je sois royaliste, mais les souverains, de quelque pays qu’ils soient, sont à mon sens particulièrement dignes d’intérêt. Même si tous n’ont certes pas été admirables, parfaits, à la hauteur de ce qu’on attendait d’eux, il n’en demeure pas moins qu’ils représentent un pan de l’histoire d’une nation et, partant de là, qu’ils sont source d’évocation de maints évènements historiques. Et s’agissant de la Pologne, d’épisodes tumultueux…

 

Il se trouvait que mon jeune voisin était un de ces nombreux « plombiers polonais », c’est-à-dire qu’il venait de Pologne pour travailler quelque temps avec son oncle, entrepreneur en bâtiment.

Toute cette évocation historique nous amena à une sorte de joute espiègle. Lui voulant me démontrer que j’étais sans doute loin de tout savoir de l’histoire de la Pologne et moi, tout aussi malicieusement, mettant un point d’honneur à lui montrer qu’une hermine même née en France peut être au courant des évènements ayant marqué le pays de ses ancêtres.

 

« – Je suis sûr qu’il y a un point important que vous ne savez pas », m’assura-t-il après un échange animé.

– Vous croyez ? Dites toujours.

– Voilà. Nous avons longuement discuté du dernier roi, Stanislaw Poniatowski, de ses faiblesses face aux magnats sur-puissants qui sapaient sa souveraineté, de ses relations ambigües avec Catherine de Russie qui avait été, alors qu’il était très jeune, sa maîtresse, et aussi de l’action néanmoins remarquable de ce souverain éclairé durant les trente années où il a régné, durant lesquelles il s’est efforcé de faire renaître la Culture polonaise malgré la menace russe, en invitant chaque jeudi les artistes et intellectuels dans son Palais Lazienki, il a fondé la première Constitution d’Europe, le premier ministère de l’Education Nationale. Ces réformes qui avaient un parfum de démocratie ont déplu à la tsarine qui a fait envahir Varsovie et destituer Poniatowski. Ce fut le début de la fin pour la Pologne, les partages ont commencé jusqu’à la disparition du pays, tout cela nous le savons l’un et l’autre… Mais il y a une chose dont vous n’avez sans doute jamais entendu parler.

– De quelle chose voulez-vous parler ?

– Vous ignorez que cette ignoble tsarine, lors d’une ultime invasion à Varsovie, s’était emparée du trône de Pologne et puis, comble de mépris, qu’elle s’en servait alors comme chaise percée… Pour y faire ses besoins, vous comprenez ?

– Je ne l’ignorais nullement, affirmai-je.

– Vraiment ? Comment avez-vous pu l’apprendre ? Les historiens évitent d’en parler, c’est trop sordide, ils ménagent la mémoire des dirigeants russes, surtout cette tsarine qu’ils ont placée sur un piédestal. Avez-vous lu là-dessus un article d’historien polonais ou bien français ?

– Ni l’un ni l’autre. C’est un historien russe qui me l’a dit, il y a quelques années. J’en ai été abasourdie. »

 

C’est vrai, c’est un historien russe de la région parisienne, très polonophile, avec lequel j’avais des relations amicales, qui m’a appris cette abomination. Il avait même complété l’information en me précisant que, par ironie du sort ou Justice divine, c’est en faisant ses besoins sur ledit trône de Pologne qu’elle est morte brusquement ! Quand j’avais entendu son récit, j’avais cru un instant que cet ami blaguait mais cet homme sérieux ne se serait jamais permis une plaisanterie d’aussi mauvais goût. C’était un érudit, épris de vérité. Il avait écrit de nombreux ouvrages historiques. Ce qu’il déclarait était véridique. (Cependant ses ouvrages, à ma connaissance, n’ont jamais eu la résonnance de certaine hagiographie publiée flagornant cette tsarine – que j’ai même vue, c’est un comble, en vitrine de la Librairie Polonaise de Paris !)

C’est ainsi que se trouve enterrée, au fil des siècles, la vérité et qu’est soigneusement entretenue une image flatteuse de personnages totalement indignes.

 

Voilà, chers lecteurs, peut-être ne saviez-vous pas ce comportement honteux d’une femme aussi ambitieuse que cruelle, injustement admirée, aux mains par ailleurs couvertes de sang, (digne de figurer dans les livres de vampire dudit jeune homme),  que certains se sont plu et se plaisent encore à nommer « la Grande Catherine ». (tandis qu’ils maintiennent dans l’oubli le souverain éclairé, «Esprit des Lumières » que fut Poniatowski).

N’hésitez pas à en parler autour de vous. Ce n’est qu’ainsi que les vérités renaissent face aux clichés tenaces et qu’enfin les personnes injustement juchées sur un piédestal finissent par en tomber. Les abominations de l’histoire, dissimulées pour on ne sait quelles raisons, doivent être remises au grand jour.

 

En tout cas, qu’ils soient historien russe rempli de probité ou jeune plombier polonais (amateur de vampires mais imprégné d’humanisme), il est rafraichissant de rencontrer sur son chemin des personnes qui s’attachent aux faits réels sans se contenter d’image stéréotypée collée à certains personnages sacralisés à tort.

 

Alors, pour en revenir aux voyages, Montaigne avait décidément bien raison quand il louait les voyages en général. Pour le philosophe, ils offraient le plaisir d’aller à la rencontre de l’inconnu et de la diversité. Même les tout petits voyages peuvent apporter distractions, découvertes, enrichissements de bien des façons et souvent de manière inattendue.

 

Bons voyages à vous et agréables découvertes dès que l’occasion s’en présente !

hermine

 

Hermine

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Catégories : 9 - Les mots doux d'Hermine | Un commentaire

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Une réflexion sur “8ème mot doux d’Hermine – le trône de Pologne, devenu chaise percée de l’horrible tsarine

  1. Ciel, quel sacrilège !
    Si Philip Kerr était au courant, lui qui m’a réjouie avec ses 660 pages intitulées « Les ombres de Katyn », et Dieu sait si le sujet est aride, nous aurions un superbe roman policier mais sans le capitaine Bernie Gunther qui n’était pas né quand la propriétaire de l’auguste fessier souillait le trône de Pologne…

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