L’immigration polonaise – Conférence de Diane Duaner le 14 Novembre 2015


L’immigration, vaste sujet toujours brûlant d’actualité

 

L’immigration polonaise vers les pays occidentaux et particulièrement vers la France a pris au fil du temps et des évènements les formes les plus diverses, elle a connu des hauts et des bas et n’a pas cessé depuis 3 siècles.

Des chiffres, des dates, des statistiques, il en faut nécessairement pour étayer ce vaste sujet à multiples facettes.

Cependant étant romancière, je m’attacherai surtout au côté humain, c’est-à-dire à l’aspect psychologique de l’immigration. Aussi ai-je prévu une large part d’exposé consacrée à l’âme polonaise et à la manière dont elle a été perçue en Occident.

Tout d’abord, on le constate aujourd’hui comme jadis, et  pour tous les pays, le phénomène de l’émigration est intimement liée aux évènements politiques d’un pays. Le phénomène d’immigration de Polonais, dans sa continuité depuis le 18ème siècle,  apparaît comme une implacable logique, considérant les situations dramatiques que connut la Pologne. Il est donc très utile d’avoir recours à un survol des évènements de Pologne.

Vous ne m’en voudrez pas d’être brève sur cette première partie consacrée aux évènements politiques, c’est pour avoir le temps de nous appesantir sur les immigrations de masse du 20ème siècle, dont je suis moi-même issue, et dont je souhaite vous conter des exemples particulièrement émouvants.

 

Comment ce pays qui fut le plus grand d’Europe par sa superficie atteignant jusqu’au 17ème siècle 1.000.000 de km² a-t-il pu être ainsi ruiné, dévasté jusqu’à se trouver pendant plus d’un siècle rayé de la carte ?
Deux réponses à cette question : la convoitise sans limites des 3 états voisins surtout la Russie et l’Allemagne, et la fragilité d’un système de gouvernement unique en son genre, la Rzeczpospolita, c’est-à-dire république, mais république nobiliaire, république avec un roi, un roi élu par la szlachta,  ensemble des nobles, et surtout par les magnats, Ces magnats exagérément puissants qui firent passer leurs privilèges au détriment du roi et du peuple. C’est au 18ème siècle que tout ce système a explosé. Alors que la Pologne, entourée d’ennemis héréditaires, avait besoin d’un pouvoir fort, le roi se retrouva dépendant du bon vouloir des magnats surpuissants. Ce fut le chaos que la population, sous l’égide de quelques héros, tentèrent de limiter, en vain.

 

Et c’est de cette époque que date la première émigration :

LE 18ème SIECLE

Il pouvait paraître incongru de mêler l’immigration d’une tête couronnée avec des immigrations de masse autrement plus malchanceuses. Mais finalement

il m’est apparu évident de commencer le récit par ces tout premiers immigrés car ils sont des figures emblématiques au même titre que les autres émigrés qui suivront:

Le roi de Pologne Stanislas Leczynski et sa fille Marie

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Ils représentent à merveille le chaos dans lequel la Pologne était en train de basculer. Un roi et sa famille peuvent ils être mêlés, me suis-je demandée, à la masse des migrants anonymes qui vont suivre ? Assurément oui, car tout roi et princesse qu’ils étaient, ces deux personnages subirent les mêmes affres que n’importe quel émigré, au début du moins, avant que la chance ne leur sourit à nouveau en France.

Ils avaient dû, comme tout émigré, quitter leur pays bien-aimé dans la souffrance, ils devaient fuir un danger en l’occurence, l’ennemi les menaçant, ils ont voyagé dans des conditions épuisantes sur les routes d’Europe jusqu’à trouver un point d’ancrage, leur situation à l’arrivée en France était très précaire, c’était une grande part d’inconnu qui les attendait.

C’est bien toutes ces particularités que connaissent les émigrés d’hier et d’aujourd’hui.

L’exil de Stanislas Leszczynski correspond aux premiers évènements réellement dramatiques qui aboutiront, trois décennies après sa mort, à la disparition pure et simple de la Pologne de la carte, engloutie par ses voisins.

Lorsque le roi Stanislas Leszczynski fut élu, en 1704, la Pologne était encore le plus vaste état de l’Europe, atteignant le million de kilomètres carrés (entre mer Baltique et mer Noire).

Certes, dès sa création au 10ème siècle par le roi Mieszko, de par sa situation géo-politique, cet immense pays avait à se défendre contre les menaces extérieures venant des quatre points cardinaux, Tatars apparus à maintes reprises autour de Cracovie, chevaliers teutoniques,Turcs envahissant l’Europe au 17ème siècle, Suédois déferlant par le Nord du pays, déferlante si destructrice qu’elle a gardé le nom de « Déluge» (Potop).

Cependant, les souverains Polonais étaient parvenus jusque là à protéger tant bien que mal leurs frontières et à conserver une certaine prospérité. La période du 16ème siècle notamment avait été une période de rayonnement culturel et artistique de Cracovie, qu’on a pu qualifier « d’âge d’or » de la Pologne, sous le règne du roi Zygmunt-August. Mais le pays était fragilisé et les temps héroïques de l’expansion semblaient finis depuis.

 

On peut noter il est vrai, qu’avant Stanislas Leczynski, un autre roi de Pologne, Jean-Casimir Vasa, au 17ème siècle, s’était exilé en France où il avait fini ses jours comme abbé de Saint-Germain des Prés, (on peut admirer son cénotaphe dans cette église de Saint-Germain des Prés). Cela peut être considéré comme un prémisse des futures immigrations, ce roi ayant eu à affronter l’invasion de la Pologne par la déferlante des Suédois qui mettaient à sac les villes polonaises. Mais en réalité l’abdication et le départ de Jan-Casimir avait aussi d’autres motifs : Avant d’avoir été élu roi par la Diète pour remplacer son frère, le roi Wladislaw IV, Jean-Casimir était un homme d’église et il aspirait à le redevenir sur ses vieux jours. Cependant, une fois élu, il avait accepté de quitter sa vie monastique pour remplir son devoir de roi élu, il avait dûment épousé la veuve de son frère, une Française, Marie-Ludovique de Gonzague-Nevers. Lorsque les Suédois avaient mis à sac Varsovie, il s’était réfugié d’abord à Glogowek,en Silésie, puis il a abdiqué et, à l’invitation de Louis XIV, il partit pour Paris où il devint abbé de Saint-Germain-des-Prés. On ne peut que saluer la sagesse de ce roi qui avait compris sans doute que la Pologne serait dans des mains plus intrépides pour la défendre, en la personne notamment de Jan Sobieski, qui déjà se faisait remarquer sur les champs de bataille contre les Turcs et qui, une fois élu roi à son tour, devait être l’un des plus grands souverains de Pologne, assurant au 17ème siècle au pays, par son courage, une dernière période de grandeur malgré les diverses invasions, notamment des Turcs. Rappelons qu’il avait été acclamé par toute l’Europe pour avoir arrêté l’armée turque devant Vienne et qu’il fut proclamé « Le Sauveur de l’Europe et de la Chrétienté ». Rappelons aussi que le roi Sobieski avait lui aussi une épouse française, Marie-Casimire d’Arquien, qui était arrivée comme dame de compagnie de la précédente reine venue de France. C’est dire que les échanges entre la France et la Pologne étaient bien réels depuis l’épisode d’Henri de Valois qui, au 16ème siècle avait été élu roi de Pologne avant de revenir précipitamment à Paris ceindre la couronne de France à la nouvelle de la mort de son frère et régner sous le nom d’Henri III.

 

Mais entrons maintenant de plein pied dans l’immigration polonaise avec les aventures du roi Stanislas Leszczynski, contraint par les Russes de se sauver de Varsovie, alors qu’il avait été élu roi par la diète Polonaise. Les Russes n’avaient pas hésité à  utiliser la force pour installer sur le trône de Pologne leur protégé, un Saxon, Auguste de Saxe. On voit là que déjà, à ce moment, la main mise germanique et russe se dessinait très nettement.

 

Stanislas Leczynski, devenu après son exil et le mariage de sa fille, le fameux Duc de Lorraine, a laissé un souvenir impérissable dans cette région où il continue d’être évoqué comme un bienfaiteur, même s’il est moins connu à Paris où certains ne connaissent de lui que la très célèbre Place Stanislas à Nancy, si éblouissante qu’elle a été classée au patrimoine de l’UNESCO, rappelant qu’il avait tendrement veillé sur la Lorraine dont il était devenu le Duc par un heureux hasard, après des années d’exil loin de la Pologne.

 

D’où venait-il ? La famille Leszczynski était influente en Grande-Pologne, c’est-à-dire en Poznanie, où son père occupait les fonctions de voïvode.

Stanislas, très jeune, s’était fait remarquer de la Diète à Varsovie pour son esprit patriotique et ses qualités humaines. Quand le précédent roi, Jan Sobieski, mourut, c’est à Stanislas qu’on pensa et il fut élu roi. Mais l’intervention armée de la Russie de Pierre le Grand, qui détestait Stanislas le patriote et qui voulait imposer un ami saxon sur le trône de Pologne, l’obligea à s’enfuir de Varsovie où sa tête était mise à prix par les envahisseurs. Contraint de s’exiler avec sa femme et ses deux filles, il arriva au bout d’un long périple à travers  l’Europe, en Alsace, à Wissembourg où il vécut pendant des années très modestement avec sa famille. L’une de ses deux filles était morte et son épouse ne vivait que dans l’espoir de pouvoir retourner en Pologne. Leur fille Marie atteignait vingt-deux ans quand un envoyé de Versailles leur apprit qu’elle avait été choisie par le tout jeune roi Louis XV et qu’elle allait donc devenir reine de France.

Ce mariage étonna la Cour, Marie Leczynska étant considérée comme pauvre et sans relation. Deux versions diffèrent pour expliquer ce choix : La première version implique que cette modeste princesse exilée se trouvait au centre d’une sombre machination fomentée par le Duc de Bourbon, oncle du petit roi, qui voulait garder une certaine autorité sur les affaires royales et souhaitait donc une princesse modeste qui leur serait reconnaissante de l’avoir sortie de sa condition.

La seconde version, plus romantique, est que le roi, à qui l’on avait présenté les portraits des 99 princesses d’Europe qu’il lui était possible d’épouser, avait jeté son dévolu sur le portrait de Marie Leszczynska. On s’empressa donc d’aller la chercher chez ses parents à Wissembourg et Marie retrouva de manière inespérée et d’une autre façon, un destin royal.

Ce qui est certain c’est que tout l’entourage du roi, âgé d’une quinzaine d’années, effrayé par sa récente maladie, jugeait indispensable de le marier au plus vite pour assurer un héritier au trône. On cherchait donc une femme apte à lui donner sans tarder beaucoup d’enfants.

On sait qu’au moins pendant les dix premières années de leur mariage, où elle avait mis au monde dix enfants, ils formaient un couple très uni. Que Louis XV se soit mis à collectionner par la suite favorites et également maîtresses fugitives, dans le fameux « Parc aux cerfs », cela ne doit pas occulter l’estime qu’il avait gardée pour son épouse toute sa vie jusqu’à la mort de cette dernière. Marie Leszczynska se montra durant les quarante-trois années où elle fut reine, d’une dignité sans faille que tout son entourage, y compris le roi, lui reconnaissait. En outre, elle fut profondément aimée du peuple de France qui connaissait bien sa générosité et sa simplicité. Les récits de son enterrement, où le peuple forma spontanément une chaîne humaine tout au long du parcours du cortège funéraire de Versailles à la basilique Saint-Denis, montrent bien cette affection réciproque du peuple français envers la reine, contrastant avec l’hostilité du peuple envers le roi et la Pompadour haïs pour leurs folles dépenses et leurs débauches.

Le culte qui a été institué à notre époque en faveur de la Pompadour fait hélas la part belle à la favorite, parée de toutes qualités, protectrice des Arts, qui a mis dans l’ombre injustement la reine Marie Leczynska, et le roman historique que j’ai écrit « les mystères de la Dame de Cœur » a pour but de remettre en lumière cette reine digne, très attachée à ses enfants, très cultivée, aimant la musique et la peinture, parlant couramment six langues. Quant à sa générosité, on connaît sa célèbre phrase « je ne veux pas de nouvelles robes quand les pauvres n’ont pas de chemises ».

 

Et son père que devenait-il pendant ce temps ? Louis XV l’avait logé au château de Chambord mais il ne renonçait pas à la Pologne. Après une dernière tentative d’aller reprendre, à Varsovie, son trône de Pologne, en 1734, il s’était retrouvé à nouveau, bien qu’acclamé par le peuple polonais, devant l’intervention armée des forces russes et saxonnes, contraint de s’enfuir et de revenir en France. A ce moment, il s’est vu offrir la chance de sa vie : Le duché de Lorraine. Rappelons que la Lorraine n’appartenait pas encore à ce moment à la France, c’était un duché indépendant, dont les ducs étaient une branche des Habsbourg. Le duc Léopold étant mort, son fils François ne désirait pas reprendre le duché, car il allait se marier avec la fille de l’empereur d’Autriche, Marie-Thérèse. En quittant donc la Lorraine, il avait accepté un accord avec Louis XV, stipulant que cette région serait confiée au beau-père du roi, Stanislas, et qu’à la mort de ce dernier, la Lorraine serait rattachée définitivement à la France.

Voici donc Stanislas devenu Duc de Lorraine, résidant dans le château de Lunéville près de Nancy et il va désormais déployer des trésors d’ingéniosité pour embellir et rendre prestigieux non seulement son château mais toute la Lorraine, construisant hôpitaux, écoles gratuites, fondant des académies, encourageant les artistes, et faisant de Lunéville l’une des trois plus prestigieuses Cours d’Europe, en y recevant princes, artistes, philosophes parmi lesquels Voltaire qui y fera de très nombreux séjours, ainsi que Montesquieu et beaucoup d’autres, jusqu’à sa mort à l’âge de presque quatre-vingt-dix ans. C’est ainsi qu’il restera jusqu’à aujourd’hui, pour les Lorrains, un personnage vénéré et aimé, surnommé « le roi bienfaisant » ou « le roi-philosophe ». Cependant, il regrettera toute sa vie de n’avoir pas pu faire le bonheur de la Pologne en gardant son trône.

Voici donc survolé le destin de deux premiers exemples d’intégration réussie d’émigrés.

Cependant, cet épisode va ouvrir le chemin à d’autres vagues d’immigration. En effet, Stanislas, toujours attaché à son pays natal malgré son exil forcé, s’était entouré en Lorraine d’un nombre non négligeable de familles polonaises venus à sa suite de Pologne, souvent des aristocrates, des ecclésiastiques, des artistes, mais aussi des Polonais anonymes, assurant la domesticité ou bien des ouvriers. Ils peuvent être considérés comme un premier noyau d’immigration polonaise en France.

De ce noyau va émerger par ricochet l’histoire de Chopin en la personne de son père, Nicolas Chopin. Jeune et modeste Lorrain, Nicolas Chopin, fut remarqué pour ses qualités par l’un de ces aristocrates polonais, le comte Weydlich, qui, en repartant pour la Pologne après la mort de Stanislas, emmènera avec lui à Varsovie ce jeune garçon qui s’intégrera admirablement en Pologne en devenant précepteur puis directeur de lycée. Il y épousera une Polonaise, Justyna. Ironie du sort, bien des années plus tard, c’est dans l’autre sens qu’émigrera son fils, le pianiste Frédéric, au milieu d’une grande vague d’immigrants qui feront beaucoup parler d’eux et que nous évoquerons plus longuement.

Car à partir de cette époque va se produire en Pologne une incroyable série d’évènements politiques qui vont entraîner à chaque fois une vague d’exils tous de natures sensiblement différentes les unes des autres.

 

Nous savons que pendant que Stanislas s’épanouissait en Lorraine, se succédaient sur le trône de Pologne deux rois saxons imposés par la Russie, Auguste le Fort et son fils, puis, de manière inespérée, c’est enfin un Polonais qui put revenir sur le trône, un autre Stanislas, Stanislas Poniatowski. Ancien amant de jeunesse de la nouvelle tsarine, Catherine de Russie, Poniatowski avait en effet bénéficié de son appui pour se retrouver sur ce trône.  Il y restera environ trente ans, de 1764 à 1795, trente années difficiles pour lui, durant lesquelles ce souverain éclairé, raffiné, qui avait étudié dans sa jeunesse à Paris, aura à cœur de ne pas s’attirer les foudres de la Russie, tout en faisant tout son possible pour faire rayonner à nouveau la Culture polonaise, (voir « les jeudis culturels de Poniatowski » sur ce site), entreprendre des réformes sociales par la fondation d’une Constitution (la première Constitution d’Europe) afin de sortir la Pologne de ses structures quasi-archaïques que voulaient maintenir frénétiquement les nobles polonais, particulièrement ceux qu’on appelait les « magnats », qui jouissaient de privilèges, de richesses immenses, possédant des villages entiers où travaillaient les paysans dans la misère.

En voulant imposer ces mesures, Poniatowski s’attira à la fois une réaction violente des magnats et de Catherine de Russie. Cette dernière fit envahir Varsovie et ne tarda pas à imposer un premier partage de la Pologne entre ses trois Etats voisins, suivi de deux autres, entraînant, en 1795, la disparition du pays de la carte du monde et la déportation de Poniatowski à Saint-Petersbourg.

Cela ne s’était pas fait sans une défense acharnée de la part de nombreux Polonais, parmi lesquels des noms illustres vont émerger et qui vont pour la plupart être forcés à émigrer.

 

Cette seconde vague d’émigrants peut donc être considérée comme militaire. Des militaires qui, depuis l’étranger, seront prêts à combattre pour faire renaître leur patrie, en comptant pour cela sur l’aide de l’homme providentiel, Napoléon Bonaparte.

 

Parmi ces militaires, on trouve le général Kniazewicz et aussi Niemcewicz, connu comme poète et qui fut aussi aide de camp de Kosciuszko dans ces combats.

Cependant, c’est le général Tadeusz Kosciuszko qui restera le plus célèbre.

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Appuyant la lutte menée par Josef Poniatowski le neveu du roi, il va s’illustrer dans ces combats entre Polonais et Russes, infligeant d’abord, avec l’aide des paysans, une défaite à la Russie à Raclawice. Rappelons que ce général intrépide s’était déjà glorieusement illustré à l’étranger en prêtant main forte aux Américains pour leur indépendance, puis lors de la révolution française. Mais fait prisonnier en 1793 par les Russes, libéré deux ans plus tard par le nouveau tsar Paul, fils de Catherine de Russie qui détestait sa mère, il s’exila.

Kosciuszko se retrouva alors dans la région parisienne à Montigny- sur Loing, où il a mis en garde ses compatriotes qui commençaient à s’enflammer pour Napoléon Bonaparte qui leur apparaissait comme le dernier espoir de délivrer la Pologne de ses occupants. Un grand nombre d’officiers et soldats polonais se mettent ainsi au service de l’armée napoléonienne, formant des légions qui se battront comme des lions (notamment lors de la fameuse bataille de Samosierra), payant un lourd tribut en vies humaines. Le principal commandant de ces troupes sera le général Henryk Dombrowski. (dont le nom sera immortalisé par l’hymne national de Pologne, composé durant cet épisode, portant le nom de « Mazurek Dombrowskiego »).  Autre aide dévouée à Napoléon, Jozef Poniatowski, le neveu du dernier roi, qui, contrairement à son oncle, n’a jamais renoncé à combattre et prendra part aux plus importants combats aux côtés de Napoléon durant la campagne de Russie. Il sera gratifié du grade de Maréchal de France par Napoléon avant de mourir noyé pendant ces combats.

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Napoléon avait constitué un Duché de Varsovie, amorce d’une nouvelle reconstitution de la Pologne sous l’égide de Jozef Poniatowski. Et les Polonais lui en seront toujours reconnaissant, à part quelques rares qui se sont sentis dupés. Il est probable que Napoléon appréciait la bravoure des troupes polonaises, comme il était aussi touché par la comtesse Maria Walewska avec laquelle il a eu un fils, Alexandre Walewski. Il faut pourtant préciser qu’un certain nombre de combattants Polonais commençaient à douter du bien-fondé des offensives menées sous les ordres de Napoléon, notamment quand ce dernier les envoya à Haïti mater la révolte des esclaves ou combattre en Espagne ou en Italie alors que les Polonais ressentaient au contraire de la sympathie pour ces peuples luttant pour leur indépendance.

Toujours est-il que la disgrâce de Napoléon entraîna, après sa destitution, la disgrâce de tous ces militaires polonais qui lui avaient été dévoués.

Durant le congrès de Vienne en 1815, la question polonaise, mal défendue par les nouveaux dirigeants français, fut inexplicablement oubliée. La Pologne resta partagée…

Démobilisés, environ dix mille militaires polonais erraient désabusés, disséminés aux quatre coins de la France, le nouveau pouvoir royal ne souhaitant guère voir réunis à Paris ces Bonapartistes.

 

LE 19ème SIECLE

Le début du 19ème siècle verra arriver en France un autre genre d’émigrés qui vont redonner un éclairage nouveau à la question polonaise.

C’est ce que l’on va appeler « la Grande Emigration » (Wielka Emigracja)

Grande émigration, non pas par le nombre, car il y eut au siècle suivant, une émigration de masse bien plus nombreuse, mais par l’impact que vont laisser en France ces immigrés exceptionnels, exilés pour des raisons politiques.

 

Après la chute de Napoléon, le Duché de Varsovie, qu’il avait créé, disparaît aussitôt et la Pologne se trouve à nouveau partagée entre ses voisins. C’est le tsar Alexandre 1er qui se dit roi de Pologne. Le tsar Alexandre 1er se montre néanmoins, à sa façon, plutôt polonophile. Il a notamment pour ami de jeunesse le prince polonais Adam Czartoryski, qui va avoir une importance considérable dans cette « grande émigration ».

Le prince Czartoryski, issu d’une de ces puissantes familles de magnats polonais, commence par faire confiance au tsar qui le nomme ministre des Affaires Etrangères puis premier ministre de son gouvernement. Hélas, à la mort d’Alexandre 1er, le nouveau tsar Nicolas 1er, se révèle un tyran pour la Pologne, déclenchant alors l’insurrection de novembre 1830. Cette longue insurrection, qui a pris fin en septembre 1831, a pu résister pendant des mois à l’autorité du tsar avant d’être vaincue par l’armée russe. S’ensuivent alors de nombreuses arrestations et déportations vers la Sibérie.

Neuf mille patriotes, menacés d’arrestation, vont s’exiler vers l’Occident, principalement en France, et aussi en Angleterre, en Suisse et en Belgique.

A Paris, ils sont chaleureusement accueillis par d’illustres Français : Lafayette, Montalembert, Delavigne qui compose alors l’hymne « la Varsovienne », etc… si bien qu’on a pu dire que dans l’histoire des relations entre les peuples, c’est cette période Louis-Philipparde qui apparaît la plus fraternelle.

Cette intelligentsia va se regrouper autour du prince Czartoryski qui a quitté lui aussi la Pologne après l’insurrection pour s’installer à Paris, dans l’élégant hôtel Lambert qui se trouve sur l’île Saint-Louis.

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Le prince va donner à cette émigration et à la Culture qu’elle apporte un rayonnement exceptionnel. Ces émigrants qui ont pour la plupart fui leur pays pour des raisons politiques, souvent menacés d’arrestation,  sont tous polyglottes, parlant parfaitement la langue française.

Autour de Czartoryski, va se mettre en place un réseau d’institutions culturelles, religieuses, scolaires qui étonnamment, fonctionnent toujours. L’Ecole polonaise des Batignolles existe toujours, de même que la Bibliothèque Polonaise, institution où siège la Société Historique et Littéraire, qui conserve jusqu’à maintenant des milliers de volumes d’archives, préservant la mémoire de la Culture polonaise…

De la même époque date l’aménagement de la vie religieuse par la Mission Catholique autour de l’Eglise de l’Assomption rue Saint-Honoré à Paris, devenue la paroisse des Polonais immigrés. (jusqu’à nos jours, les nouveaux arrivés de Pologne commencent souvent par s’y rendre pour prendre contact avec d’autres Polonais).

Le prince Czartoryski accueille dans le magnifique hôtel Lambert la fine fleur de l’immigration polonaise. L’hôtel Lambert, qui aujourd’hui, sur l’île Saint-Louis à Paris, a été racheté par un prince du Qatar, était à cette époque le foyer de la cause polonaise en Europe, sous l’égide du prince. Il  y reçoit, lors de fastueuses réceptions, les plus célèbres personnages Parisiens, Français et Polonais confondus.

Parmi les plus illustres habitués de l’hôtel Lambert figurent le duo de choc, le poète Mickiewicz et le pianiste Frédéric Chopin.

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Ces deux Polonais resteront à jamais les brillants symboles de cette émigration d’élite, symboles également de l’accueil infiniment positif que Paris pouvait réserver à des immigrés.

Chose étonnante, de ces émigrés prestigieux, les Français ne connaissent plus aujourd’hui que Chopin. Même Mickiewicz a été comme rayé des manuels scolaires et des ouvrages de vulgarisation sur la littérature. C’est stupéfiant lorsqu’on sait la place que lui conféraient les plus célèbres romantiques français, Montalembert, Musset, Michelet, Hugo, George Sand se pressaient pour assister à son cours de littérature slave créé pour lui au Collège de France. Ses talents de poète étaient unanimement reconnus des Parisiens. Cependant, tout autant que poète, il était un bouillant patriote dès son adolescence, s’enflammant pour mobiliser l’attention des Français sur les évènements en Pologne et demander sa résurrection. C’est ainsi qu’il est mort, à l’âge de 55 ans, en voulant participer activement à la guerre de Crimée contre la Russie, en se rendant jusqu’à Istanbul, où il a attrapé le choléra.

Quant à Chopin, son talent de pianiste, qui avait déjà été reconnu dès l’âge de 6 ans, durant son enfance en Pologne, a été salué quasi-immédiatement après son arrivée à Paris.

A côté de Chopin et Mickiewicz, on peut citer tout une pléiade d’écrivains romantiques Slowacki, Krasinski, Lelewel puis le poète Cyprian Norwid, (célèbre pour son poème « le piano de Chopin » où il évoque le moment où les Russes ont jeté par la fenêtre de la maison occupée par la sœur de Chopin à Varsovie, le piano de jeunesse du compositeur).

 

Il y eut aussi durant tout ce 19ème siècle où la Pologne était rayée de la carte, de très nombreux peintres trop oubliés maintenant. Pourtant, presque tous avaient reçu des distinctions dans les pays occidentaux. Certains d’entre eux naviguaient entre Varsovie, Cracovie et Paris ou Munich : Styka, Michalowski, Kwiatkowski, les frères Gierymski, Kossak, auxquels succéderont au fil du siècle des impressionnistes comme Pankiewicz, Chelmonski et des sculpteurs comme Biegas, etc… Ils sont innombrables.

 

Durant ce dix-neuvième siècle, des Polonais d’autres catégories socio-professionnelles avaient commencé à s’installer tant dans la capitale que dans les villes de province, toujours très bien accueillis par des Français sensibles aux malheurs de la Pologne sous le joug russe. Même si Alexandre II, qui avait succédé au tyran Nicolas 1er, faisait figure de plus libéral, cela n’empêcha pas une série d’insurrections en 1848 puis en 1863 à Cracovie, insurrection suivie de lourdes représailles et forçant à nouveau des Polonais à l’exil.

En France, le nouvel empereur Napoléon III n’a pas souhaité se mêler au conflit, craignant une guerre contre la Russie, bien que le peuple français soutînt encore ardemment et massivement la cause polonaise, par le biais de lancement de pétitions. (épisode cocasse durant la visite du tsar Alexandre II à Paris, lorsqu’un avocat français, Charles Floquet, l’interpelle en ces termes : « Vive la Pologne, Monsieur ! », dont on a déduit que le tsar fut tout autant scandalisé de s’entendre jeter à la figure des paroles de soutien à la Pologne, que de s’entendre appeler vulgairement « Monsieur » !)

 

Le survol des différentes immigrations polonaises du 19ème siècle ne serait pas complet si on ne disait pas un mot de certains aristocrates, issus de ces familles de « magnats », immensément riches, qui possédaient à cette époque des châteaux et des villages en Pologne et naviguaient en même temps dans les autres pays d’Europe au gré des évènements et plus souvent de leur fantaisie.

Parmi eux, l’exemple de la famille Potocki, immenses propriétaires en Pologne et possédant à Paris notamment près de l’Arc de Triomphe, un palais somptueux devenu maintenant le siège de la Chambre de Commerce et d’Industrie  (que l’on peut visiter lors des journées du patrimoine). Quand on sait que le comte Nicolas Potocki , à la fin du 19ème siècle, possédait l’équivalent de ce palais à Londres et à Rome, on réalise que la situation des Polonais en exil n’était pas aussi douloureuse pour tous.

 

Cependant, un nouvel épisode, celui de la Commune de Paris en 1871, où de nombreux Polonais ont pris part, va quelque peu ternir l’image idéalisée des romantiques pour la cause polonaise.

En effet, nous avons de nos jours l’habitude d’entendre parler de la Commune en des termes plutôt positifs, mais avant que l’image des communards soit réhabilitée, ils étaient plutôt perçus comme des aventuriers apportant des désordres et des violences, adeptes du marxisme, désireux de renverser le gouvernement de Thiers. Parmi les communards se trouvaient quelques centaines de Polonais, dont un leader, Jaroslaw Dombrowski qui s’est vu confier le commandement des troupes. Mort au combat, Jaroslaw Dombrowski (qui n’avait pas de lien avec le précédent Dombrowski, Henryk, de l’épopée napoléonienne), a été célébré par la célèbre communarde Louise Michel.

Wroblewski, autre combattant admiré des communards, est enterré au cimetière du Père-Lachaise. Sa tombe a reçu cette inscription : « Au fils héroïque de la Pologne, le peuple de Paris. » Beaucoup d’autres, anonymes, ont été tués sur les barricades, ou arrêtés par la police.

Après cette participation remarquée aux combats révolutionnaires de la Commune, les Polonais sont plus que jamais classés dans la catégorie de rebelles et souffriront pour cela d’une certaine méfiance des gouvernants à leur égard.

 

LE 20ème SIECLE

C’est au moment où, en ce début du 20ème siècle, l’intérêt et la considération pour les émigrés polonais s’était un peu émoussée, qu’apparaît une femme qui va susciter l’admiration de la France durant des générations, pour son courage comme pour son intelligence : Marie Slodowska épouse Curie.

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Son histoire est aussi connue que celle de Chopin. Née à Varsovie, venue en France compléter ses études scientifiques, elle sera reçue première à sa licence de physique et mathématiques, deviendra la première femme enseignante à la Sorbonne, la première femme à recevoir deux prix Nobel, et la première femme à être enterrée au Panthéon pour ses mérites. En même temps, elle restera une fervente patriote toujours préoccupée du sort de sa Pologne natale. On sait qu’elle a hésité à revenir en Pologne à la fin de ses études et qu’à ce moment-là, c’est sa rencontre avec Pierre Curie qui a décidé de son destin en France. Passionnée de recherche comme son mari, ils vont révolutionner le monde de la science.

 

Mais d’autres temps se dessinent à l’aube du 20ème siècle. L’image idéale que représente cette Polonaise courageuse est en partie éclipsée par l’alliance d’amitié franco-russe qui va bénéficier d’une immense publicité, provoquant habilement une fascination durable chez nombre de Français pour cette Russie qu’on leur présente sur un piédestal.

 

Pourtant, en même temps que Marie Curie, de prestigieux scientifiques polonais émigrés en France vont s’illustrer. Parmi eux citons le couple que forme Bronia, la sœur de Marie Curie, avec son époux Casimir lesquels, après avoir étudié et vécu à Paris, sont repartis fonder un sanatorium à Zakopane.

D’autres immigrés, à l’inverse, sont restés définitivement en France, apportant leurs compétences en médecine comme dans d’autres secteurs scientifiques. Parmi lesquels le médecin-chercheur Raciborski, fait chevalier de la Légion d’Honneur, Marcinkowski, médaillé d’or des sciences, Les docteurs Seweryn et Xavier Galezowski, célèbres ophtalmos et bien d’autres dans le domaine de l’ingéniérie entre autres. Eux aussi sont innombrables, comme les artistes-peintres.

 

Alors éclate LA PREMIERE GUERRE MONDIALE

 

Durant la première guerre mondiale, le rôle de Marie Curie, mobilisant les voitures appelées les « Petites Curie » pour permettre aux soldats blessés de bénéficier de radiographies, est bien connu.

A nouveau durant cette guerre mondiale, de nombreux Polonais combattent dans l’armée française. Et à la fin de la guerre, la Pologne, soutenue efficacement  tant par les Etats-Unis que par la France, obtient enfin son indépendance totale et un territoire considérable avec accès à la mer Baltique.

L’action sans relâche de deux personnalités polonaises est pour beaucoup dans ce résultat magnifique inespéré : L’écrivain Sienkiewicz, auteur illustre de Quo Vadis, Prix Nobel de littérature en 1905, et avec lui, le brillant pianiste-concertiste Ignace Paderewski, considéré comme l’idole des années folles. Tous deux réfugiés en Suisse, en bordure du lac de Genève, ils vont se démener pour mobiliser l’attention des puissances occidentales et pour que l’indépendance de la Pologne soit proclamée à l’issue de la guerre. Paderewski n’hésitera pas à aller plaider la cause de sa patrie auprès du président des Etats-Unis Wodrow Wilson.

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La Pologne a ressuscité après 124 années de disparition et se rebâtit sous l’égide du maréchal Pilsudski, qui a combattu héroïquement pour cette indépendance et qui a toujours à faire pour défendre la frontière polonaise contre les invasions russes ! En effet, dès 1920, l’Armée Rouge sous l’ordre de Staline, menace à nouveau Varsovie et heureusement, le maréchal Pilsudski lui inflige une défaite que l’on a appelé « le miracle de la Vistule » et que Staline ne digéra jamais.

 

Mais le miracle économique, le maréchal Pilsudski n’a pas pu le réaliser.

E c’est paradoxalement pendant cette période de nouvelle indépendance que la plus grande immigration de masse va déferler de Pologne vers la France et les Etats-Unis.

Une immigration qui n’aura plus de motivation politique mais économique. Si la Pologne a recouvré son indépendance politique, c’était un pays exsangue, ruiné, désorganisé par toutes ces guerres et occupations, un pays qui souffrait d’un manque d’infrastructure, d’industries et du manque de formation de la population.  C’est dans ce contexte de misère que les populations de cette Pologne essentiellement rurale se sont vues dans l’obligation d’aller chercher un travail à l’étranger.

 

L’immigration polonaise de masse entre les deux guerres (entre 1920-1930)

 

Notons qu’avant ces départs pour la France, il existait déjà de forts mouvements migratoires en Pologne. D’abord en direction des Etats-Unis dès 1863, de nombreux paysans de Poznanie comme de Galicie étaient partis vers l’Amérique. Entre 1870 et 1914 environ 2.600.000 Polonais avaient émigré aux Etats-Unis ce qui a fait dire que Chicago est devenue la deuxième ville polonaise après Varsovie.

A ce moment, la France, décimée par la guerre de 14-18, cherchait de la main-d’œuvre, surtout dans les mines de charbon du Nord, et aussi dans les zones rurales de différentes régions. En effet, c’est la France rurale qui avait été la plus touchée par la première guerre mondiale, avec un nombre de jeunes disparus atteignant presque 700.000 morts et 500.000 mutilés.

Pour cette raison, les gouvernements français et polonais décidèrent dès le début des années 20 d’une convention organisant l’immigration massive de travailleurs de la Pologne, et particulièrement de ses régions les plus arriérées, situées à l’Est et au Sud-Est de la Pologne.

Cet organisme, la Société Polonaise d’Immigration, jugeait de l’aptitude physique des volontaires à l’exil et organisait les convois ferroviaires. Et les volontaires, poussés par les conditions économiques, ne manquaient pas.

 

Prenons l’exemple de Youlka, venue du sud-est de la Pologne. Son récit, qu’elle m’a conté cent fois au cours de mon enfance est un exemple-type de la manière dont s’est passée cette immigration de masse et comment elle était vécue tant par les Polonais que par les populations françaises.

D’abord, c’est le contrat qui marquait toujours le point de départ, des contrats d’embauche établis par l’intermédiaire de la Société polonaise d’immigration de Cracovie. Dans les villages du fin fond de la Pologne apparaissaient des affiches qui incitaient les jeunes robustes et en bonne santé, à signer un contrat de un ou deux ans pour aller travailler en France.

Youlka, qui avait 20 ans, orpheline de père, et qui n’avait pratiquement jamais quitté son village, s’était laissé tenter par l’aventure. Jusqu’à présent, elle survivait avec sa mère et ses cinq sœurs par des travaux de couture, notamment la confection de manteaux de fourrure,  mais le paupérisme s’étendant de plus en plus, aller gagner sa vie à l’étranger pendant quelque temps, apparaissait comme une nécessité.

Elle avait été jugée assez robuste pour signer un contrat d’ouvrière agricole qui devait l’amener, après un interminable trajet en train, dans un village de la Marne, qui s’appelait Chantecoq (un village qui maintenant n’existe plus car il a été englouti lors de la création du Lac du Der). Elle ne parlait que quelques rares mots de français.

Comment fut l’accueil qu’elle trouva en France ? Quelle première impression en garda-t-elle ?

L’accueil fut glacial, les conditions de travail se révélèrent aussitôt inhumaines. L’employeur, un agriculteur très frustre, la mit aussitôt au labeur. Lever avant 4 H du matin, tâches pénibles aux champs, à la ferme, à la domesticité, jusque très tard le soir. Elle était nourrie avec parcimonie. Aucune marque d’amabilité et de sympathie. L’employeur ne parlait que pour jurer. Sa femme n’ouvrait quasiment pas la bouche. Il va sans dire que cet employeur était totalement ignorant de l’histoire et la Culture Polonaise qui ne l’intéressaient aucunement.

Elle n’avait droit au repos que durant quelques heures le dimanche, et encore pas tout le dimanche, il fallait continuer les tâches indispensables comme la traite des vaches, les foins en été, les corvées domestiques, etc…

Néanmoins, m’a-t-elle raconté, la première semaine après son arrivée, elle attendait avec impatience ce jour béni du dimanche, en s’imaginant que tout se passerait comme les dimanches dans son village de Pologne, c’est-à-dire qu’enfin, elle allait voir des gens joyeux remplir l’église du village.

C’est donc avec entrain que le dimanche matin, elle s’est dirigée vers l’église.

Premier étonnement, quand elle voit que c’est le vieux prêtre qui actionne les cloches pour annoncer la messe, ce que jamais on n’aurait vu en Pologne. Dans l’église, elle attend en vain la foule des fidèles qu’elle s’attendait à voir entrer. Il n’y a que 3 ou 4 très vieilles femmes assises dans l’église qui restera désespérément vide. Pas d’organiste, de musique, de chant, le curé dit vite la messe et referme l’église, et c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, elle se met à pleurer toutes les larmes de son corps. Elle se jure à l’issue de ce dimanche qu’elle ne va vivre que dans la pensée de retourner en Pologne et qu’elle va mettre, dans ce but, sa paie de côté, sou après sou, pour s’acheter un vélo.

Ce n’est pas évident car son salaire est dérisoire. Elle aimerait se sauver de cet endroit mais on lui a dit et répété comme à tous les autres émigrés, que le contrat est de deux ans et qu’elle n’a pas le droit de partir avant.

Il ne lui reste donc qu’à continuer à travailler pendant de longs mois, sans la moindre satisfaction, ni morale, ni matérielle, en regrettant d’être partie de son pays où la pauvreté, tout compte fait, n’était pas pire que dans cet endroit arriéré et où au moins, elle voyait des gens qui se réunissaient pour bavarder, chanter et danser.

Et puis, au bout d’un an et demi après son arrivée, ô miracle, apparaît un dimanche à la ferme un jeune homme qui demande à la voir et qui se met à lui parler en polonais. C’était si incroyable qu’elle aurait pu imaginer qu’il s’agissait du prince charmant cherchant partout Cendrillon. Youlka apprend que le jeune homme a été envoyé dans les différents villages par un organisme en cheville avec le Consulat polonais, afin de constater les conditions de vie des travailleurs polonais. Les autorités polonaises ne pouvaient plus se voiler la face sur les conditions déplorables dans lesquelles vivaient certains de leurs ressortissants, depuis que quelques cas isolés avaient défrayé la chronique, de jeunes travailleurs ayant sombré dans la folie à cause de mauvais traitements qu’ils enduraient.

 

Youlka est donc ragaillardie après la visite du jeune homme qui lui a appris en outre que d’autres Polonais travaillent dans des villages non loin, qu’elle peut correspondre avec eux et qu’ils peuvent de temps à autre se rencontrer pour discuter entre eux.

Alors qu’elle ne voyait pas d’issue après la fin de son maudit contrat, il lui a appris qu’elle pourra aller dans la ville la plus proche, Châlons sur Marne, trouver sans difficulté un emploi payé honnêtement et avant de partir, il lui a donné l’adresse d’un professeur polonais qui s’est fait un devoir, dans cette ville de Châlons, d’aider tous les émigrés qui viennent le voir, afin de remplir les formalités et les diriger vers les emplois et les logements dont ils ont besoin.

Tout s’est passé comme il lui avait assuré dès qu’elle s’est retrouvée libérée de son contrat agricole. Elle arriva à la ville, s’acheta bien vite le vélo de ses rêves, alla trouver le professeur polonais, très digne et très dévoué qui eut à cœur de l’aider à trouver très vite un nouvel emploi.

Elle se retrouva donc dès les jours suivants ouvrière d’usine. C’était en fait un emploi dont personne ne voulait. Elle travaillait, disait-elle, quotidiennement avec de l’eau jusqu’aux genoux mais, après ce qu’elle avait connu, elle se sentait pleinement heureuse. Son travail se terminait le soir à heure fixe. Elle avait trouvé à louer un petit logis. Elle gagnait correctement sa vie, pour la première fois de son existence. Et puis, elle rencontrait des familles de Polonais immigrées à Châlons ou dans les environs immédiats. Cerise sur le gâteau, ces familles, en relation avec un organisme d’immigrés ukrainiens, organisaient des bals régulièrement. Le bonheur…

Elle a travaillé ainsi durant sept ans et demi et, selon elle, cette période restait à jamais un excellent souvenir. A force de vivre économiquement et en faisant, en plus, quelques travaux de couture en dehors de ses heures d’usine, la confection étant sa passion de toujours, elle avait mis une coquette somme d’argent de côté. Aussi, en été 1939, estimant qu’elle avait suffisamment d’argent de côté, qu’elle ne rentrerait pas au pays les mains vides, elle prit non pas son vélo mais le train en sens inverse pour retourner en Pologne. C’était dans son esprit le voyage préparant son retour définitif. Là-bas elle s’empressa d’acheter une petite izba entouré d’un lopin de terre et elle rentra en France afin de régler les dernières formalités de départ définitif.

Hélas, quand elle revint de son voyage-éclair en Pologne, la guerre a éclaté. Le 1er septembre 1939, Hitler avait envahi la Pologne. Les frontières furent fermées, elle ne pouvait plus repartir, les nouvelles de la situation en Pologne étaient effrayantes, l’izba fut détruite par les bombardements et à la fin de la guerre, elle avait appris que les champs achetés étaient expropriés par le nouveau régime communiste, la Pologne ayant été mise sous la dépendance de la Russie par le traité de Yalta.

N’ayant plus d’espoir d’y retourner, elle se maria avec un Polonais installé en France depuis la même période qu’elle, et ils restèrent dans cette petite ville de Châlons-sur-Marne où elle est enterrée, se contentant d’aller en Pologne de temps à autre pendant les vacances, à partir des années soixante, car jamais elle ne cessa d’être profondément attachée à son pays natal et d’y penser quotidiennement.

Le cas de Youlka ressemble à celui de beaucoup d’autres émigrées du secteur rural, on sait maintenant que la situation la pire était celle des filles seules qui se retrouvaient dans des fermes. On recense environ 45.000 émigrés dans le secteur agricole. Cette immigration agricole s’est concentrée sur certaines régions qui avaient été dépeuplées. La Picardie vient en tête avec l’Aisne, la Somme et l’Oise. Puis le Nord-Pas-de-Calais, le Loiret, l’Ile de France et la Marne. Selon les rapports qui nous sont restés, ils furent souvent exploités, sous-payés, très mal logés (parfois même dans une écurie !) et leurs conditions de travail étaient particulièrement dures. Aussi, la majorité d’entre eux, à l’issue de leur contrat, se précipitèrent pour aller en ville travailler dans le secteur de l’industrie.

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Le sort des très nombreux Polonais qui travaillaient dans les mines de charbon du Nord et dans d’autres régions, ainsi que dans les mines de potasse d’Alsace, était sensiblement différent. D’abord, cet univers professionnel était si bien organisé qu’on a pu parler de « colonies polonaises », cultivant la langue, les traditions, par les écoles et divers organismes. Ensuite, ils suscitaient naturellement un certain respect de la part de la population française, du fait de leur métier aussi dur que dangereux au fond de la mine.

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Le Pas-de-Calais, à lui seul, accueillit un tiers des Polonais qui se trouvaient alors en France et notamment l’arrondissement de Béthune avec 135.000 Polonais. Le département du Nord en comptabilisait 80.000, autour des mines de Douai et Valenciennes. Suit la Lorraine avec environ 40.000 Polonais travaillant dans les mines de fer de Forbach et Longwy ou dans la sidérurgie. S’y rajoutait le Centre, où ils travaillaient également dans les bassins miniers et les usines, notamment au Creusot, à Saint-Etienne. En dehors de ces « colonies », les travailleurs polonais étaient dispersés dans de multiples petites villes industrielles.

 

Au total, on compte en 1931, 500.000 travailleurs émigrés venus de Pologne,

37 % travaillant dans la mine, 18 % dans l’agriculture, 17 % dans la métallurgie. Le reste principalement dans le bâtiment.

 

Pendant longtemps, les Polonais ont tenu à vivre entre eux comme une évidence, formant des « Petites Polognes » qui leur permettaient d’entretenir leur identité nationale, leur « âme polonaise ».

Pour beaucoup, leur séjour en France leur apparaissait comme provisoire. Rares étaient ceux qui avaient quitté leur pays avec l’idée de partir définitivement.

 

 

C’est souvent la seconde guerre mondiale et ses suites qui ont contraint de nombreux Polonais à rester en France, renonçant à leur but initial de repartir au pays.

La Pologne a été envahie le 1er septembre 1939, l’armée allemande envahissant et anéantissant par l’ouest, et l’Armée Rouge de Staline au même moment par l’Est, selon le pacte germano-soviétique, les deux pays se mettant d’accord pour faire disparaître à nouveau la Pologne de la carte. Il faudra encore bien du courage aux Polonais pour lutter contre cette nouvelle invasion plus terrible que jamais. Néanmoins, une organisation, l’armée Krajowa, va vite se mobiliser pour agir, en résistant intérieurement et, parallèlement, en se joignant, à l’étranger, aux actions des forces alliées.

C’est le général Sikorski qui va représenter la Pologne en exil, militairement et politiquement. Il a la mission d’organiser les forces, à partir d’Angers qui devient le siège officiel des forces alliées. Il recrute les volontaires parmi la diaspora déjà installée en France et en Belgique, et y ajoute un assez grand nombre de volontaires venus de Pologne par un long voyage à travers la Roumanie.

Ainsi, le général Sikorski peut compter en 1940 sur plus de 80.000 hommes, officiers et soldats regroupés dans les camps d’entraînement, prêts à se battre jusqu’à la mort pour réagir à l’invasion de la Pologne. Pour commencer, ils vont montrer leur efficacité lors de la bataille de Narvik en Norvège. A noter que le général Sikorski disparaitra dès 1943 dans un mystérieux « accident d’avion » et sera remplacé dans son action par le général Wladyslaw Anders.

Tous ces Polonais ont fondé une école polonaise qui va être transférée, en raison de la guerre, de Paris à Villars de Lans, près de Grenoble, afin de continuer d’instruire les enfants des familles polonaises. Deux des directeurs de cette école, (dont Zaleski) seront arrêtés par les Allemands et internés dans des camps de concentration.

On trouve des résistants polonais parmi les fusillés du Mont-Valérien. Ils combattent avec leur devise habituelle : »Pour notre liberté et pour la vôtre ».

Symbole des combats héroïques des Polonais pendant la guerre, l’histoire de Wojtek, l’ourson de la bataille de Monte-Cassino.

WOJTEK, l’OURS-SOLDAT

Voici l’histoire véridique et singulière d’un soldat du 2ème Corps polonais du général Wladyslaw Anders, commandant en chef de l’Armée polonaise au Moyen-Orient puis durant les batailles en Italie.
Le soldat héros de notre récit est … l’ours brun prénommé Wojtek.

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Des soldats polonais avaient acheté en Iran un ourson orphelin qu’ils prénommèrent Wojtek. C’était un ours brun de Syrie qui ressemblait beaucoup aux ours de Pologne

Lorsque l’Armée d’Anders dut s’embarquer pour l’Italie, Wojtek fut officiellement incorporé sur les registres du Corps et reçut son livret militaire et un matricule ce qui lui permit de suivre la troupe. Petit, il s’était habitué à voyager à côté du chauffeur dans les véhicules et il garda cette habitude.

Wojtek a servi dans la 22ème Compagnie de ravitaillement de l’artillerie du 2ème Corps dont il est devenu l’emblème. Ce n’était pas seulement une mascotte. En vaillant soldat, il portait les munitions jusqu’en première ligne, notamment durant la bataille de Monte Cassino en Italie.
Quelques mots au sujet des performances des troupes polonaises lors des combats terribles de Monte-Cassino qui avait pour but d’ouvrir la route aux Alliés vers Rome : En 1944, 50.000 soldats polonais sous les ordres du général Wladyslaw Anders, commandité par le général américain Eisenhower participent au débarquement en Sicile et à la campagne d’Italie. La progression des Alliés est arrêtée au pied du Monte Cassino, occasionnant une bataille parmi les plus dures de toute la campagne d’Europe. Elle coûtera aux Alliés 115.000 hommes.

Après deux mois d’assauts infructueux, le 18 mai 1944, les soldats polonais parviennent – au prix d’énormes sacrifices – à hisser leur drapeau sur les ruines du monastère du Monte Cassino.  Comme à Cracovie, un clairon fait retentir le « Hejnal » cracovien. Le nombre de morts et disparus polonais s’élève autour d’un millier.  Les blessés à environ trois mille.

Alors, ce petit ours était fort courageux lui aussi. Il avait pris bien des risques. Il aurait pu cent fois être tué comme nombre de ses camarades humains. Après la guerre cependant, son sort fut celui de beaucoup de ses compagnons à deux pattes…C’est-à-dire qu’au lieu d’être connu, glorifié, il fut totalement oublié, tant par les Français que par les Britanniques. Il finit dans un zoo d’Ecosse, dans l’anonymat. Cependant, chose étrange, parmi les visiteurs que le zoo recevait après-guerre, les gardiens remarquaient que si quelqu’un parlait en langue polonaise, il s’agitait d’étrange façon comme si cela évoquait chez lui quelque chose d’exceptionnel !

Cet ours attachant est décédé en décembre 1963 à Edimbourg en Ecosse.

 

Comme Wojtek, ces Polonais en exil qui ont contribué activement à libérer l’Europe de la dictature nazie, seront peu reconnus et l’amertume les submergera quand ils apprendront que leur pays redeviendra privé de liberté, remis sous le joug des Russes bolcheviques, par l’odieux accord de Yalta. Quant aux membres de l’Armée Krajowa, quand ils ont voulu, après leur courageux combat, retrouver la Pologne, la plupart se sont retrouvés arrêtés, déportés en Sibérie sur ordre de Staline.

Si tous ces combattants ont été admirés par la population pour leur courage et leur efficacité, les dirigeants des différents pays d’Occident, après la guerre, sans doute par mauvaise conscience, vont de plus en plus minorer leurs mérites et leurs sacrifices, et même les occulter jusqu’à aujourd’hui.

L’exemple le plus saisissant est le cas des 3 mathématiciens hors-pair qui étaient venus mettre leurs compétences au service des réseaux d’information occidentaux et particulièrement ont œuvré au décodage de la machine allemande nazie Enigma de plus en plus compliquée : Ils avaient pour nom : Marian REJEWSKI, Jerzy ROZYCKI, Henryk ZYGALSKI. Le trio découvrit les premières failles et perça ce code. Tous les trois eurent un triste sort. De nos jours, les documentaires de cette opération ne glorifient que les Britanniques, seuls héros de cette réussite. Et les Polonais ? Inconnus au bataillon.

 

 

Comment a évolué l’immigration polonaise après-guerre jusqu’à aujourd’hui ?

 

A la sortie de la guerre, les travailleurs polonais de France ont le choix de repartir vers la Pologne. Certains se laissent tenter par le désir de participer à la reconstruction de la Pologne dite socialiste.

Mais certains reviendront en France, coûte que coûte, déçus par le manque de liberté qui caractérisait les pays placés sous le joug du stalinisme et par les conditions de vie très difficiles.

L’immigration ne s’est jamais arrêtée, facilitée, pour beaucoup de jeunes Polonais, par le fait qu’ils ont déjà des membres de leur famille ou des connaissances installés depuis longtemps en France ou aux Etats-Unis.

La situation semblait bloquée jusqu’aux années 80 où l’épisode de Solidarnosc et son dénouement, va bouleverser la situation en Pologne et dans toute l’Europe de l’Est.

Lorsqu’en 1980, les manifestations partant des chantiers navals de Gdansk sous la conduite de l’électricien Lech Walesa commencèrent, les Français se sont enflammés en faveur de ces Polonais qui se mobilisaient en masse pour se libérer à nouveau du joug russe. Cette solidarité française fait forcément penser à celle qui avait provoqué une si vive sympathie à l’égard des insurgés Polonais de 1830 si chaleureusement accueillis en France.

A nouveau, pendant des mois, les Français vont envoyer des signes de leur solidarité, à travers des actions soutenues conjointement par l’Eglise catholique et par certains syndicats de travailleurs non communistes. Des camions transportent vers la Pologne quantité de vivres, médicaments et vêtements dans un magnifique élan de solidarité populaire.

Autre évènement inespéré de ces années 80 qui aboutira à la libération totale de la Pologne : Le nouveau pape, élu à Rome en septembre 1978, est un Polonais, Karol Wojtyla, ancien archevêque de Cracovie. Il va œuvrer sans se lasser pour soutenir le mouvement Solidarnosc, galvanisant les foules de fidèles à chacun de ses voyages dans la mère-patrie, jusqu’à ce que le rideau de fer tombe définitivement. La Pologne, en Juin 1989, a brisé ses chaînes après des années d’efforts, brisant aussi les chaînes des autres pays de l’Est.

Durant les années 70 et 80, cependant, l’émigration des Polonais ne s’est pas arrêtée. De nombreux artistes et écrivains ont continué de s’expatrier vers les pays occidentaux, cherchant la liberté d’expression. Parmi eux encore des peintres, des cinéastes, des écrivains, des professeurs de musique, auxquels la France fera très bon accueil.

Certains se sont installés en Occident définitivement. D’autres, moins radicalement, ont préféré aller et venir entre l’Occident et la Pologne, tels les écrivains Mrozek, Milosz, Kantor, les cinéastes Wajda, Kieslowski, Zulawski, Polanski, comme s’ils étaient déchirés entre leur attachement à leur pays natal et leur soif de liberté.

Néanmoins, les statistiques montrent que si l’émigration de ces décennies après-guerre a continué, leur nombre n’a jamais atteint les centaines de milliers de l’émigration de masse de l’entre-deux guerres.

 

 

LE 21ème SIECLE. L’EUROPE

 

Depuis la chute du communisme signifiant l’indépendance de la Pologne en 1989, et puis son entrée dans l’Union Européenne en 2004, les seules raisons d’émigration sont économiques. (si l’on excepte les étudiants).

En décembre 2007, la Pologne est entrée dans l’espace Schengen, ce qui supprime toute entrave à la circulation. Cependant, les nouveaux immigrés se retrouvent face à la crise et au chômage qui règnent à présent en France. Et beaucoup choisissent, pour des raisons pratiques, malgré les liens d’amitié qui les poussaient vers la France, de partir plutôt vers l’Allemagne, l’Angleterre, l’Irlande ou la Suède.

A l’heure actuelle, les Polonais ne cessent toujours pas de s’expatrier. Depuis l’entrée de la Pologne dans l’Union Européenne, c’est environ 2 millions de Polonais qui se sont expatriés. Evidemment, la raison principale en est les salaires qui sont d’à peine la moitié, voire le tiers, de ceux des pays occidentaux.

Dans certains secteurs, c’est une véritable hémorragie, ce qui a occasionné il y a quelques années l’épisode embarrassant de stigmatisation du « plombier polonais ». Cependant, cela n’a pas empêché le phénomène de s’amplifier.

 

Exemple-type, Marek, que j’appelle pour plaisanter « mon plombier polonais », bien qu’il ne soit pas uniquement plombier. Il a créé sa petite entreprise de bâtiment, où, avec quelques autres Polonais, il fait des travaux de peinture, électricité, petite maçonnerie et plomberie. Agé d’à peine 40 ans. il vient de la Pologne orientale, d’un village tout proche de la frontière ukrainienne. Ironie du sort, c’est de cette région qu’un siècle auparavant provenaient la plupart des travailleurs immigrés, dont Youlka. (Chacun ou presque ne connait-il pas le nom de Kolbuszowa, village devenu symbole de l’émigration incessante ?).

Marek a fait sa scolarité jusqu’au baccalauréat. Là-bas son salaire était très bas et il ne travaillait pas toujours. Mariée à une fille de sa région, ils sont venus à Paris vers l’an 2000 et y a monté son entreprise. Il travaille dur avec des ouvriers venant pour la plupart directement de Pologne, qui ont laissé au pays femme et enfants pour venir travailler épisodiquement en Occident, parfois en Allemagne, parfois en France. Certains ne parlent pas du tout le français, c’est leur patron qui fait la traduction entre les clients et eux. Il ont le statut de travailleurs détachés. Le détachement, tel qu’il est défini par la directive européenne 61, consiste à envoyer dans un autre pays membre un travailleur pour lequel l’employeur cotise dans le pays d’origine. Ce sont donc des ouvriers qui ont toujours un pied en Pologne.

Marek et sa femme, à l’inverse de ces employés, ont renoncé à toute idée de retourner un jour en Pologne. Leurs deux enfants sont nés en France, où ils sont scolarisés et pour eux, ils resteront Français, même s’il se plaint un peu de ses revenus qui sont inférieurs à ses attentes.

Il avoue aussi que son refus d’envisager tout retour au pays est dicté par la crainte diffuse de nouvelles invasions de sa région, si proche de l’Ukraine, sur ordre de Poutine. Et c’est en quelque sorte, aussi la situation géo-politique de la Pologne qui lui fait choisir la France pour ses enfants,

 

Bien que le taux de croissance de la Pologne soit très encourageant, il demeure que le taux de chômage reste élevé, à peu près au même niveau que celui de la France. Et si l’émigration continue, la Pologne risque de devoir faire face à une crise démographique sans précédent, son taux de natalité étant l’un des plus bas d’Europe (1,3 enfant par femme).

Néanmoins, un certain optimisme s’impose. Parmi les candidats au départ, presque tous affirment qu’ils reviendront en Pologne sans hésiter s’ils pouvaient y gagner au moins 1.000 à 1.500 euros mensuels. D’ailleurs, on constate déjà, parmi les masses de jeunes diplômés qui étaient partis travailler en Grande-Bretagne, qu’un nombre non négligeable prépare le chemin du retour au pays, après avoir acquis une bonne connaissance de la langue anglaise et une expérience dans des secteurs de pointe. D’autre part, on assiste à un phénomène nouveau de jeunes Français allant travailler à Varsovie, Cracovie, ou Wroclaw, principalement dans les grandes entreprises commerciales françaises installées depuis l’an 2000 en Pologne.

 

Par rapport aux situations dramatiques qu’a connues la Pologne au cours des siècles, sa situation actuelle apparaît bien améliorée et on peut rencontrer en Pologne des habitants qui se déclarent heureux de leur sort, de la liberté enfin acquise et de cette nouvelle prospérité. J’ai rencontré lors d’un tout récent voyage dans le village même d’où provenait ma mère, une jeune femme qui s’étonnait  que tant de ses compatriotes autour d’elle s’expatrient, alors que, selon elle, on est très heureux dans ce pays et particulièrement dans ce village.

 

 

DEUXIEME PARTIE : L’AME POLONAISE

LES FRANÇAIS ONT-ILS ETE SENSIBLES A L’AME POLONAISE ?

 

Qu’est-ce qui fait l’originalité de l’âme polonaise ?

 

Il est difficile de définir l’âme d’un peuple, c’est une notion très évanescente.

Mais pour l’âme polonaise, on a de la chance, car elle a été, au cours des siècles, et grâce à ses personnages remarquables, plutôt bien définie, et, en tout cas, a fait l’objet de bien des analyses de la part des Français.

 

L’académicien Amin Malouf, écrivain français d’origine libanaise, écrit que l’identité d’un peuple est souvent constitué de symboles. Pour la Pologne, ce serait des personnages-symboles.

 

Par exemple, pour Balzac, lequel, rappelons-le, a terminé sa vie en compagnie d’une Polonaise, madame Hanska, il y a très souvent quelques héros polonais qui paraissent intriguer leur entourage, selon le portrait qu’il décrit dans toute sa différence : « La Pologne a souvent fourni de ces êtres singuliers, mystérieux. Aujourd’hui, par exemple, nous avons Wronski, le mathématicien illuminé, le poète Mickiewicz, Towianski l’inspiré, Chopin au talent surnaturel. ».

 

Chopin, évidemment. On ne pouvait pas parler de l’âme polonaise sans se référer bien vite à Chopin. C’est par lui, et particulièrement par sa musique, que l’âme polonaise a été le mieux exprimée. Son compatriote et ami, Mickiewicz, a su certes intéresser la France aux tourments de la Pologne par ses envolées passionnées. Chopin n’a eu nul besoin de trouver des mots. Il se mettait à son piano et de ses notes s’envolait l’âme de son pays natal.  Voici ce que disaient de lui ses amis, écrivains et artistes romantiques parisiens : D’abord Frantz Liszt en parlait ainsi : « Les plaintes de la Pologne empruntaient à ces accents je ne sais quelle poésie mystérieuse. Chopin pourra être rangé au nombre des premiers musiciens qui aient individualisé en eux le sens poétique d’une nation ». L’autre ami musicien, Schumann, évoque « la dimension d’exilé du musicien sarmate ». Pour d’autres, sa musique est « une nostalgie typiquement slave, une sensibilité culturelle ». Car pour tous, Chopin est aussi parfaitement universel qu’il est parfaitement polonais, comme apparaîtra après lui Karol Wojtyla.

 

Les œuvres littéraires des intellectuels entre le 18ème siècle et le début du 20ème, romans, nouvelles, pièces de théâtre, étaient truffés de personnages polonais qui les fascinaient, que ce soient des rois de Pologne, des héros réels comme Kosciuszko, ou des personnages imaginaires, ils parsemaient les ouvrages de Voltaire, Balzac, Flaubert, Stendhal, Maupassant, Rotrou, Ségur, Benjamin Constant, Jarry et bien d’autres.

Notons que nombreux furent les ouvrages consacrés à Kosciuszko, lequel apparaît, d’une autre façon que Chopin, comme l’autre paradigme de l’âme polonaise, représentant le héros courageux, intègre, incarnation de l’héroïsme, prêt à donner son sang pour sauver son pays.

 

Le grand écrivain Barbey d’Aurevilly a dressé un portrait particulier du Polonais, qui rejoint quelque peu cette racine mythique sarmate de ces émigrés venant d’un pays exotique, « qui touchent à l’Orient de la pointe de leurs lances, et en reçoivent la réverbération, scintillante et fastueuse, autant sur leurs mœurs que sur leurs armes. »

 

Pour ces écrivains, l’identité de la Pologne se trouvait vaguement mêlé au phénomène sarmate ou sarmatiste, sachant que la Sarmatie était le nom qui désignait la Pologne sur les cartes de l’Antiquité, du nom des tribus venues d’Asie centrale. Lorsqu’en 1563, les ambassadeurs de Pologne étaient venus chercher à Paris le Français Henri de Valois, élu roi de Pologne, ils avaient fait grande impression sur les poètes de cette époque qui ont employé à foison le mot de Sarmates pour célébrer leur fière allure, les décrivant comme « somptueusement vêtus et montés sur des chevaux carapaçonnés d’or. »

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Même si l’origine sarmate de la Pologne n’était pas prouvée, entre les 16ème et 18ème siècles, certains nobles polonais s’amusaient par ce biais à montrer ostensiblement l’originalité de l’âme polonaise. Ils se faisaient appeler les Sarmates, (ou Sarmatistes), faisant référence à l’origine plus ou moins légendaire de ces tribus apparentées au Scythes, qui se seraient installées, avant les Slaves, sur les bords de la Vistule, et qui avait valu à la Pologne, sur les cartes de l’Antiquité gréco-romaine, le nom de Sarmatie.

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C’était pour ces aristocrates une façon de proclamer leur fierté patriotique. Ils insistaient sur le côté orientalisant de leur nature, s’ingéniant à apporter une note orientale dans l’architecture de leurs châteaux baroques, dans leur habillement, dans leurs mœurs.

 

Les intellectuels français ont longtemps continué à désigner les Polonais sous le nom de « Sarmates ».

Encore chez les écrivains du 18ème siècle, dont Voltaire, l’appellation de « Sarmate » était devenue inséparable du Polonais, qui leur apparaissait si exotique à certains égards. Pourtant ce mot sarmatisme a été oublié par la population de Pologne qui ne voulait surtout pas adhérer à l’attitude souvent arrogante de ces nobles privilégiés, qui par leur inconscience, n’avaient pas pris la mesure des menaces pesant sur le pays jusqu’à ce qu’il soit envahi, partagé et rayé de la carte. C’est ainsi que cette appellation de Sarmate a laissé par la suite une connotation négative. (voire tabou).

Il n’empêche que ce phénomène sarmate, avec son influence sur les Arts en Pologne, mériterait d’être bien mieux mis en valeur, étant, parmi d’autres, un facteur de l’identité polonaise, très glamour de surcroît.. Et j’ai été agréablement surprise de constater, à l’occasion de récents voyages en Pologne, que la nouvelle Pologne utilisait à nouveau de-ci de-là le mot Sarmatia pour des noms de cafés ou de restaurants.

 

Bien qu’apparemment très différentes, les successives catégories d’émigrés polonais avaient des points communs car ils cultivaient tous dans leur âme l’attachement à la mère-patrie et tenaient à garder en eux quelque chose de polonais.

Youlka, qui jamais ne s’était plainte d’être rejetée par son pays d’accueil, restait polonaise dans l’âme, tenant à entretenir discrètement ses différences. C’était sa façon d’être fidèle à ces ancêtres qui avaient connu une histoire si chaotique, comme si elle disait « oui à l’intégration » mais « non à l’assimilation totale, radicale », assimilation qui trace un trait sur toutes les particularités du pays d’origine comme si les ancêtres et leurs traditions n’avaient jamais existé. Et puis, comme Chopin, les divers émigrés ressentaient ce « zal », mot typiquement polonais, réputé intraduisible, exprimant un état d’âme fait de nostalgie et de tendresse. C’est ainsi qu’elle m’a communiqué cet attachement à la Pologne puisque, bien que née en France, je ne peux m’empêcher de me sentir concernée par tout ce qui se rapporte la Pologne et que, comme un leit-motiv, des personnages polonais apparaissent, presque involontairement, dans tous mes romans.

 

Assez souvent, même naturalisés, les Polonais ont gardé en leur cœur le pays d’origine et aimé se retrouver entre eux.

Leurs ancêtres leur ont inculqué des traditions, des valeurs d’éducation qu’ils ont souhaité  retransmettre d’une génération à l’autre et nombreux sont ceux qui y sont attachés profondément même s’ils le montrent très peu car ces populations, même dans ces « colonies » des régions du nord, ont toujours aimé rester discrètes. Les parents, au début, qui ne pensaient pas rester définitivement en France,  élevaient leurs enfants dans l’amour de la mère-patrie.

Ainsi, il s’est formé en France de nombreuses associations  franco-polonaises : On en compte environ 450 recensées. Elles ont un but musical, sportif, éducatif, et dans tous les cas ont pour objectif de faire vivre la Culture Polonaise.

Parmi les émigrés de la première génération, implantés depuis longtemps en France, certains déclaraient même qu’ils n’auraient jamais pu épouser quelqu’un qui ne soit pas polonais. Cependant, les mariages entre Polonais et Français ont été très fréquents même dans la première génération et, a fortiori dans la seconde génération, où ils se sont généralisés. Enfin, actuellement nombreuses sont les étudiantes venues à Paris qui se retrouvent vite mariées avec des Français.

 

 

Comment l’âme polonaise a-t-elle été perçue par les Occidentaux?

 

Nous avons vu que les immigrés venant de Pologne étaient diversement accueillis au cours des siècles, la sympathie à leur égard dépendant des évènements, mais aussi de leur statut social et intellectuel. En outre, l’accueil était plus chaleureux de la part du peuple lui-même que celui, parfois méfiant, qui leur était réservé par les gouvernants.

Aujourd’hui encore, rares sont les Polonais nouvellement arrivés qui se plaignent d’un mauvais accueil de la part de la population. Tout au plus déplorent-ils un peu plus d’indifférence qu’ils ne s’y attendaient de la part de ce pays occidental réputé pour cette fraternité que l’épisode Solidarnosc avait encore confirmée.

 

Même les très nombreux « plombiers polonais », ou plutôt travailleurs du bâtiment, qui avaient été à une époque stigmatisés, à présent chacun ou presque en France loue leur utilité, leur disponibilité et la qualité de leur travail. Quant à l’autre secteur où les Polonais continuent d’être particulièrement nombreux, celui de l’enseignement de la musique, et particulièrement du piano, ils y font merveille. Rares sont les conservatoires de France qui n’ont pas leurs professeurs de piano polonais particulièrement appréciés.

 

Et d’une façon générale, on peut dire que mis à part quelques exceptions, les Polonais de toutes catégories sociales, se sont très bien intégrés. Hyper-intégrés.

Mais si l’intégration des Polonais a été incontestablement réussie, il faut pourtant mettre un bémol. C’est en ce qui concerne la pérennité de la Culture polonaise en France et son rayonnement.

En effet, tandis que nous évoquons ces personnages hors du commun, nous pouvons nous demander, en conclusion, pourquoi, à part deux ou trois noms, ils sont si inconnus, si tombés dans l’oubli en France ?

L’écrivain Sienkiewicz, Prix Nobel de littérature en 1905, devenu illustre avec son « Quo Vadis ? », avait semble-t-il, déjà cette impression. Lorsqu’on lui annonça qu’il avait reçu le prix Nobel, Sienkiewicz déclara : « La nouvelle que vous m’annoncez me rend bien heureux, d’autant plus que je la rapporte à mon pays, à notre littérature si ancienne, si riche et si brillante, et cependant tellement ignorée.»…

Le phénomène que déplorait Sienkiewicz s’est amplifié.

Pratiquement aucun Français ne pourrait à l’heure actuelle citer un écrivain, encore moins un peintre polonais. Même le nom de Mickiewicz, qui eut tellement d’importance dans le Paris du 19ème siècle, qui était reconnu par les plus célèbres romantiques français, a disparu de tous les manuels. Et j’ai pu constater, dans l’université parisienne où je travaillais, qu’aucun de mes collègues, pourtant instruits, ne connaissait son nom, ni d’ailleurs aucun nom d’écrivain ou d’artiste-peintre polonais.

Quant aux musiciens, à part Chopin resté illustre, qui les connaît ? Même Paderewski, qui fut surnommé « L’idole des années folles »tant il était adulé aux quatre coins du globe, est tombé dans l’oubli. (Comme le sont Moniuszko, Szymanowski, le pédagogue Leszetycki, Oginski, Lutoslawski, Karlowicz, etc… qui s’étaient pourtant illustrés dans toute l’Europe) Pareil pour les peintres.

Quant aux généraux, aux militaires qui s’étaient illustrés par leur bravoure dans de multiples combats aux côtés des Occidentaux, ils ont eu tôt fait de disparaître des manuels scolaires. Et on peut se demander si c’est dû à la mauvaise conscience des gouvernements des pays occidentaux à l’égard d’un peuple polonais qu’ils ont souvent laissé tomber après leurs hauts-faits d’armes et sacrifices.

Quel contraste entre cette méconnaissance actuelle et l’intérêt passionné montré par les élites françaises au 19ème siècle envers l’histoire et la Culture de la Pologne !

Hélas, force est de constater que la méconnaissance actuelle de la Pologne est imputable en partie à une certaine indifférence, voire dénigrement provenant de descendants de Polonais eux-mêmes qui, peut-être par crainte de paraître arrogants, chauvins ou prétentieux, tombent parfois dans le travers inverse, ils dénigrent le pays de leurs ancêtres. C’est un comble et c’est tellement contradictoire avec cet amour de la mère-patrie qu’ont montré tant de Polonais avant eux. Mais il faut le dire, la Pologne et les Polonais sont un univers contradictoire, qui a souvent étonné et dérouté les autres peuples à la logique cartésienne.

 

Pourtant, j’ai la certitude profonde qu’il n’y a et qu’il n’y a jamais eu de désintérêt pour la Pologne de la part de la population française.

Mon blog « pologneimmortelle.com », qui n’a pas d’autre but que de faire connaître l’histoire et la Culture polonaise, me démontre quotidiennement que cet intérêt des Français pour ce qui est Polonais n’a rien d’imaginaire, qu’il ne demande au contraire qu’à se réveiller.

 

Les touristes français qui formaient jadis la très grande partie des touristes en Pologne, maintenant n’arrivent plus qu’à la 12ème place, bien devancés par les Allemands, Anglais, Néerlandais, Italiens et Américains, pour ne citer que les Occidentaux. (C’est bien dommage car la Pologne actuelle, avec ses villes et hauts-lieux culturels parfaitement remis en valeur, est devenue bien plus glamour qu’aux temps gris du communisme).

Souhaitons que les Français s’y rendent davantage et qu’on fasse référence à la Culture polonaise comme on fait référence à la Culture d’autres pays de l’Europe occidentale.

Alors, on pourra conclure que l’immigration polonaise aura été pleinement un modèle de réussite.

 

 

Laissons le dernier mot à l’un des plus illustres Polonais, Karol Wojtyla, qui n’était pas émigré certes, mais qui n’en a pas moins été expatrié à Rome pour y accomplir son noble apostolat, sans pour autant perdre son attachement à la mère-patrie, à l’instar de tant de milliers de Polonais dispersés aux quatre coins du monde. Voici un petit extrait d’un de ses poèmes : Ojczyzna (ma patrie).

Pensant ma Patrie

Quand je pense à mon pays – alors j’exprime ce que je suis, jetant l’ancre sur mes racines.
Et c’est mon cœur qui me le dit, comme si une frontière cachée courait de moi vers les autres,
Afin de nous enlacer tous, dans un passé plus ancien que chacun de nous. Et de ce passé j’émerge… quand je pense à ma patrie, pour la capturer à l’intérieur de moi comme un trésor,
Constamment je demande comment élargir, multiplier cet espace qui me remplit alors.

 

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Catégories : 2 - Histoire | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “L’immigration polonaise – Conférence de Diane Duaner le 14 Novembre 2015

  1. Aline GIL PASZKIEWICZ

    merci Hermine pour ce grand développement sur l’immigration
    j’en ai aussi appris un peu plus sur le pays son histoire, sa culture etc; mes parents ont fait partie de la vague de 1920/1930; ils sont allés dans le Nord de la France à Denain.

    je viens de découvrir votre site et il me plaît beaucoup
    bien à vous
    Aline

  2. merci Hermine
    Vous avez fait là un travail remarquable.

    il y a largement là de la matière pour beaucoup plus d’articles.

    cette méconnaissance de la culture polonaise, donc européenne aussi,
    est effectivement triste et sans doute inévitable vu l’éducation.

    sur mon blog, je m’efforce d’y remédier,
    notamment par les rubriques histoire ou celle sur les polonais célèbres.
    il faut continuer.

    passez me voir, à l’occasion
    et en tout cas, bonne soirée.

  3. 😆 j’avais rendez-vous à Kolbuszowa un soir d’août 2006 mais je ne connaissais pas l’anecdote…

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