la Pologne du Sud – Montagnes et châteaux – Juin 2015

Chers lecteurs, ce compte-rendu du tout récent voyage d’Hermine à la découverte de la Pologne a pour but d’apporter un éclairage particulier sur le plein-sud du pays. (et continuer de tordre le cou aux clichés).
Pour beaucoup de gens, la Pologne c’est « le plat pays » s’il en est.
Pourtant, si l’on suit, d’ouest en est, toute la frontière sud de la Pologne, c’est une série de montagnes qui nous accueille. Massifs des Sudètes, des Beskides, des Pieniny, des Tatry, variations de douces collines boisées jusqu’aux monts élevés de type alpestre, ils offrent des visions surprenantes et une fraîcheur appréciable dans la chaleur de l’été.

 

Mercredi 3 Juin 2015
de Wissembourg (Alsace) au château de CZOCHA (Silésie)

Voici le grand départ vers 8 H après le petit-déjeuner à l’hôtel d’Alsace de Wissembourg (où nous avons pris soin d’arriver hier depuis le Jura afin que l’itinéraire d’aujourd’hui soit moins long).
Comme nous avons maintenant l’habitude, nous allons rouler d’une seule traite sur l’autoroute allemande pour arriver en Pologne dès ce soir. Bonne surprise, c’est déjà à 14 H que nous atteignons la frontière polonaise et, peu après la frontière, notre première étape, le château de CZOCHA, à 35 km de Jelenia Gora..

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Le château de CZOCHA se situe près de Lesna, sur une colline de granite dans la vallée de la rivière Kwisa, au bord du lac Lesnianskie.


Ce château impressionnant fut érigé par le roi de Bohême Vaclav II. Il était destiné à être une forteresse gardant les frontières de Bohême du Nord. En 1346, le territoire fut repris par le duc silésien Bolko II. Il prit la forme alors d’une résidence Renaissance. A présent, il est parfaitement entretenu, entouré d’espaces fleuris, des pistes cyclables mènent vers les vestiges d’autres châteaux voisins comme Gryf et au lac Lesnienskie. Dans un tel décor, il n’est pas étonnant que plusieurs films y aient été tournés.
A la réception, un groupe de jeunes nous remet la clef de notre chambre, au premier étage. Le château est majestueux. Nous apprenons qu’un spectacle nocturne aura lieu à l’issue d’une visite de nuit.
En attendant, une fois installés dans notre chambre un peu monacale, nous décidons étant donné l’heure précoce d’arrivée, d’aller voir l’autre château situé à une quinzaine de kilomètres, qui semble tout aussi fabuleux, le château de KLICZKOW.

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C’est par de petites routes que nous l’atteindrons après avoir cafouillé quelque peu, le panneau indicateur apparaissant rarement.
Cependant, quel château se dresse devant nous dans un calme décor boisé !
KLICZKOW est situé parmi les forêts de Basse-Silésie, entouré de lacs.
Il a été érigé en 1290 sous l’égide du prince silésien Bolko. Par la suite, il se retrouva entre les mains d’une famille prussienne, les Rechenberg, qui modifia quelque peu son aspect. Au 19ème siècle, le château fut agrandi. A présent, le château et ses alentours abritent un Centre de Conférence et de Détente, disposant d’une piscine, d’un sauna, d’un équipement moderne, de terrains de jeu et courts de tennis et d’un club d’équitation. Nous y apprenons que des excursions sont organisées, des promenades en calèche ou en traîneau selon la saison, et que la tradition chevaleresque du château est toujours vivante puisqu’en mai, une fête des chevaliers a lieu dans ce château. Il règne ici une atmosphère de grandeur passée impressionnante.
Si Hermine a été elle aussi éblouie par ce château, son compagnon, surnommée pour l’occasion Furêt tant il se révèlera habile à se glisser dans tous les coins et recoins de la Pologne pour tout découvrir, l’est encore plus et nous nous promettons bien, la prochaine fois, de venir faire notre première étape, dès la frontière franchie, à Kliczkow..
Pour le moment, il est temps de regagner notre hébergement au château de Czocha que nous avons réservé. Au passage, la petite route nous fait traverser une charmante petite cité de caractère, qui porte le nom de Boleslawiec.

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Le dîner a lieu dans une immense salle à manger médiévale ornée de trophées de chasse et d’une large cheminée de pierre.
Les visiteurs vont arriver après le repas pour la visite qui commence la nuit tombée, à la lumière de chandelles. Ambiance très « Harry Potter » à l’extérieur comme à l’intérieur. Il faut prendre garde de ne pas se perdre ou trébucher le long des multiples passages obscurs que nous empruntons. Suivons le guide qui va nous faire visiter la Salle des chevaliers, le puits des épouses infidèles, les salles de torture et les celliers, ainsi que la chambre princière sur laquelle planent les légendes et les fantômes des anciens châtelains.
Dans l’une des caves, il nous est servi du vin de la région, mais oui !
La visite se termine par un spectacle son et lumière très « gothique », avec des danses du feu rendant l’ambiance du château encore plus magique.

Jeudi 4 Juin 2015
du château de CZOCHA à OPOLE

Nous nous attendions à rencontrer un grand nombre de châteaux, ayant lu que la densité des châteaux, dans cette contrée de Basse-Silésie (Dolny Slask) à la croisée de diverses cultures, est plus élevée qu’en Touraine ! Mais le nombre et la diversité de tous ces châteaux est difficilement imaginables si on ne va pas sur place.
Toute la journée, sitôt le petit-déjeuner avalé dans la salle de Czocha, nous quittons le château grandiose en direction de l’est. Le long des petites routes traversant un paysage vallonné, où la curiosité (et les talents de chauffeur de Furêt) nous entraînent, ce sera un chapelet de châteaux de toutes sortes et de toutes époques. Nous ne pouvons tous les détailler, tant ils sont serrés. Ceux qui nous ont le plus séduits :
– Le gracieux château de Wojanow devant lequel courent les enfants revenant de la procession de la Fête-Dieu.

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Il est situé dans un méandre de la rivière Bobr. Un château existait déjà à cet emplacement au 15ème siècle, assurant la protection du cours d’eau. En partie détruit, il a fait place au palais actuel. Pendant la dernière guerre mondiale, le palais fut envahi par l’armée hitlérienne. Après la guerre, le domaine devint ferme d’Etat. Enfin, il fut acquis par l’Association d’Amitié polono-allemande qui se charge du bon maintien du bâtiment et de perpétuer les valeurs historiques et culturelles de Silésie.
– Celui de Karpniki, près de Jelenia Gora. Il fut érigé au 14ème siècle, remanié au 16ème siècle dans un style Renaissance.

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– les vestiges du château de Chojnik, pour son atmosphère de légende, rehaussée par sa situation, à peine visible au milieu des forêts, situé sur le sommet d’une montagne.
(Ce château est cité sur ce site dans la rubrique « Légendes de Silésie »). Il date du temps des Piast, premiers rois de Pologne. Par la suite, la famille Schaffgotsch l’occupa jusqu’en 1945.
– Le manoir de Staniszow, où nous avions logé lors d’un précédent voyage, a été transformé en hôtel de luxe, il se mire dans un petit lac, tout comme Milkow, près de Karpacz.

D’autres châteaux, comme Kamieniec, feront partie de notre route du retour.
– Un mot au sujet du château de KSIAZ. Bien qu’étant à proximité, nous ne le revisiterons pas, l’ayant visité en détail il y a quelques années. C’est l’un des plus beaux châteaux de Pologne, et le plus grand après Malbork et Wawel. Sa construction débuta au 13ème siècle sous l’égide du prince Bolko Ier, Surnommé « la clef vers la Silésie », il avait une importance stratégique, surveillant les routes commerciales vers la Bohême.
Tombé entre les mains de Konrad von Hochberg, il appartint à cette famille prussienne durant trois siècles. Son intérieur fort intéressant témoigne de plusieurs styles dont l’époque baroque de la salle Maximilien. Il est à présent très bien restauré et remis en valeur.
En dehors de ces châteaux, nous aurons la surprise de traverser des petites villes animées en ce matin de la Fête-Dieu par de longues processions traditionnelles. Fillettes en robes et couronnes blanches, garçonnets en tunique blanche, hommes et femmes portant statues religieuses, prêtres portant le dais du Saint-Sacrement.
Tout cela est rafraichissant. La Pologne n’a pas sombré dans l’indifférence athéiste de l’Occident, contrairement à ce que certains prétendent.
C’est d’abord dans la station thermale de Cieplice-Zdroj, située aux pieds des monts Karkonosze, que nous allons rencontrer de ces processions puis à Jelienia Gora, cette localité colorée aux places centrales à arcades.

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La Silésie est sillonnée par la fameuse « route des Piast », premiers rois-fondateurs de la Pologne. Les localités comme Wroclaw, Brzeg, Legnica, sont là, avec leurs trésors historiques pour nous rappeler que la Pologne est bien née ici. Nous avons visité ces vestiges des Piast lors d’un précédent voyage il y a quelques années.
Et il y a également dans cette contrée un autre fil conducteur pour le visiteur : C’est la route des abbayes cisterciennes, toutes plus éblouissantes les unes que les autres. Nous verrons l’une d’elles, Bardo, sur la route du retour.. C’est à Lubiaz, à 50 km au nord de Wroclaw que les cisterciens ont construit leur première abbaye en Pologne. Les moines blancs sont arrivés à Lubiaz en 1163 à l’invitation du prince silésien Boleslaw. Ils ont construit leur abbaye sur une colline, dans un méandre de l’Oder. L’abbaye comptait plus de trois cents pièces dont la Salle Princière, et fut décoré par le plus célèbre peintre baroque de Silésie Michael Willmann qui repose dans une crypte de l’abbaye.
Cependant, aujourd’hui, nous faisons un arrêt pour découvrir le second « Temple de la Paix » (le premier visité précédemment était à Jawor). Ce Temple de la Paix, situé à Swidnica, est tout aussi exceptionnel, orné de peintures polychromes. Comme celui de Jawor, le temple protestant de Swidnica est classé au patrimoine de l’UNESCO. Il peut accueillir 7.500 personnes (dont 3.000 assises).

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Ce temple richement décoré a été construit après cette guerre de trente ans qui a eu lieu entre 1618 et 1648. L’exubérance baroque tient dans ses boiseries et dorures, son orgue porté par deux athlètes, la loge des Hochberg, construite en 1698, est richement ornementée, l’autel dû au maître-charpentier Gottlieb Hoffmann. Une clepsydre datant du 19ème siècle mesure la longueur du prêche.
Chaque année en Juillet a lieu dans cet endroit un Festival international consacré à la musique de Jean-Sébastien Bach.

Fantaisie architecturale d’un tout autre genre rencontrée dans cette zone parsemée de châteaux : Une maison tête renversée :

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En fin d’après-midi, toujours sous le soleil, nous atteignons la ville d’Opole que nous n’avons jamais encore eu l’occasion de découvrir.
En ce jour de fête, Opole respire une tranquille nonchalance, ses habitants attablés sur les terrasses de la grand’place centrale couleur sorbet.
Nous logerons à l’HOTEL PIAST, très confortable hôtel offrant une vue pittoresque sur l’Oder qu’un petit bâteau de croisière sillonne.

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Chers lecteurs, vous ne vous doutiez pas qu’une seule journée en Silésie pouvait fourmiller de telles innombrables splendeurs ? Nous non plus, nous ne savions plus où donner de la tête, ou plutôt de l’œil. Une nuit à l’hôtel Piast d’Opole va nous permettre de recharger nos batteries pour de nouvelles découvertes demain.

Vendredi 5 JUIN 2015
d’OPOLE à KIELCE

Petit-déjeuner copieux à l’hôtel Piast d’Opole et en route toujours vers l’Est, en direction de Kielce.
En chemin, nous ferons une étape non des moindres, puisqu’il s’agit de CZESTOCHOWA, lieu de pèlerinage mondialement connu avec sa Vierge Noire.
Le monastère est toujours rempli de monde, on va, on vient, on admire les dorures et trésors artistiques de Jasna Gora. Il paraît qu’il reçoit plus de 5 millions de visiteurs par an (dont beaucoup de pèlerins à pied, dont faisait partie Karol Wojtyla avant de devenir Pape).

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Rappelons brièvement l’histoire de ce monastère de la Vierge Noire (Czarna Madona):
Le monastère de Jasna Gora abrite, dans sa basilique, l’icône célèbre de la Madone noire.
La Madone Noire est le symbole catholique le plus important de Pologne. De nombreuses églises en possèdent des reproductions. Néanmoins, ce symbole religieux se teinte de symbolisme politique en raison des évènements jalonnant son histoire.
Le monastère de Jasna Gora a été fondé en 1382 par les Pères Paulins, auxquels le prince Ladislas d’Opole a offert l’icône de la Sainte-Vierge.
Ensuite grâce au roi Jagiellon et de sa femme Hedwige le monastère a été édifié à cet endroit en 1393. Puis les fortifications construites dans les années 1620-1644 par Ladislas Wasa ont fait du monastère un important centre de défense, ce qui a permis en 1655 à la forteresse d’opposer une résistance victorieuse à l’armée suédoise. La défense, dirigée par le prieur Kordecki, eut un tel retentissement moral et politique qu’en 1656, le roi Jan-Kazimierz a proclamé la Vierge Marie Reine de Pologne. Le monastère a confirmé sa puissance militaire à l’automne 1770 quand les confédérés de Bar sous le commandement de Casimir Pulaski ont résisté pendant quatre mois à l’armée russe pour éviter le partage de la Pologne.
D’où vient cette icône ? Son origine est mystérieuse, beaucoup pensent qu’il s’agit d’une icône byzantine, les plus pieux pensent que ce portrait de la Vierge a été peint par Saint-Luc en personne et qu’après de nombreuses vicissitudes – dont témoignent ses cicatrices caractéristiques sur la joue – elle s’est retrouvée dans ce monastère.

Après Czestochowa, nous quittons la Silésie que nous retrouverons sur la route du retour, pour arriver en Malo-Polska. Et pour commencer dans la région de Sainte-Croix dont le chef-lieu est la grande ville de Kielce.
Cette région de Swiety-Kryz (Sainte-Croix) doit son nom aux vestiges préservés dans l’abbaye bénédictine détenant un fragment de la croix du Christ. Le sanctuaire âgé de mille ans est devenu le monastère des missionnaires Oblats de Notre-Dame Immaculée.
La traversée de cette région de Swiety-Krzyz réserve des surprises géologiques et historiques.
Entre autres le four « Jozef » de Samsonow. La forge de Samsonow a été constuite en 1818 sous l’égide de l’influent homme politique Stanislas Staszic. C’était alors la plus moderne usine d’acier de Pologne, alimentée par la Rivière Bobrza. La production d’acier à Samsonow remonte au 16ème siècle. Les touristes peuvent apercevoir la cheminée du haut-fourneau, vestige soigneusement préservé en témoignage de l’ancienne technologie polonaise.
Tout près, voici une autre curiosité, d’ordre naturelle celle-là : Le chêne prénommé Bartek, âgé de plus de mille ans. Un vrai monument ! Il mesure 30 m de haut, son tronc atteint 13 m de circonférence, quant à son feuillage, il est évalué à 800 m2 d’envergure. Et naturellement Big Bartek est empreint d’histoire et de légende, toutes se rapportant à la royauté polonaise : Les plus grands rois, Boleslaw, Kazimierz le Grand, Jagiello, Sobieski se sont arrêtés et assis sous son feuillage… L’on dit aussi que le Mont Lysiec est le lieu de rencontre favori des sorcières. Selon les contes, elles tiennent leur sabbat dans ce lieu.. En fait, des traces du 8ème siècle témoigneraient d’un lieu important de culte paganiste ancien. Rehaussant cette atmosphère de légende, les karczma portant le nom de « Babia Jaga » ne manquent pas en tout cas dans les alentours, en bordure de la route.

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Cette région de Sainte-Croix, c’est une zone de géo-diversité exceptionnelle, surnommée « le paradis des géologistes », donnant lieu à un Parc national Geopark qui a pour but de développer et promouvoir les attractions géologiques de la contrée.
Les spécimens de roches, fossiles et minéraux se rapportant aux Monts Swietokryz, depuis 500 millions d’années sont conservés au Muséum géologique de Kielce.

A défaut du Tetrapod – le plus vieux quadrupède dont les traces ont été découvertes ici – nous y rencontrerons de bien belles maisons neuves entourées de jardins fleuris.

Quant au village de Naglowice, c’est un lieu hautement culturel, puisque là se trouve le manoir de l’écrivain du 16ème siècle, Mikolaj Rej, surnommé « le père de la littérature polonaise ». Le manoir où il est né et où il a vécu au 16ème siècle a été remplacé par le manoir actuel bâti en 1784, entouré d’un parc à l’anglaise. Nicolas Rej n’avait jamais quitté son clocher, comme il l’indique dans l’un de ses malicieux poèmes affiché à l’entrée de la demeure, ce qui ne l’a pas empêché de devenir un homme de lettres prolifique.

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En fin d’après-midi, nous atteignons KIELCE, ville à l’apparence moderne où une intense activité semble régner autour du stade de la ville qui se prépare à un match.
C’est au milieu de frais bosquets que nous trouvons notre hôtel de style très moderne, l’hôtel Binkowski.

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Dans cet environnement forestier, nous serions au calme s’il n’y avait une noce à ce moment, diffusant une musique très forte. Cependant, nous ne serons pas trop dérangés, l’hôtel ((4 étoiles) est particulièrement confortable, offrant salles de fitness, piscine, sauna et billard…. Et au petit matin, un petit-déjeuner particulièrement varié et copieux.

Samedi 6 juin 2015
de KIELCE au château de BARANOW SANDOMIERSKI

On ne peut quitter Kielce sans visiter son plus grand trésor : Le Palais des Evêques qui se dresse sur une large place tranquille, avec la statue du prêtre Popieluszko, martyr de l’époque communiste.

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Ce palais, comme son nom l’indique, fut fondé par les Evêques de Cracovie entre 1637 et 1644. Il date donc de l’époque où régnait la dynastie des Vasa.
Ce majestueux bâtiment abrite d’innombrables tableaux de peintres polonais, dont des chefs-d’œuvre de Piotr Michalowski, Juliusz Kossak, Jozef Brandt, Jozef Chelmonski, Malczewski, et tant d’autres. S’y rajoutent des tableaux d’artistes européens depuis le Moyen-Age, jusqu’à l’époque contemporaine, en passant par l’époque baroque, classique, impressionniste… Que de trésors d’Art détient ce vaste palais !

Après le manoir de l’écrivain Mikolaj Rej hier avant d’atteindre Kielce, c’est à un autre écrivain que notre matinée d’aujourd’hui sera dédiée, et non des moindres : Henryk SIENKIEWICZ, célébrissime auteur de Quo Vadis, lauréat du Prix Nobel en 1905.

C’est par un heureux hasard que nous découvrons que le manoir d’Oblegorek qui lui a appartenu, se situe près de Kielce, donc sur notre itinéraire. Ce manoir a une histoire exceptionnelle.

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En 1900, le peuple polonais, voulant récompensant Sienkiewicz d’avoir écrit tant d’œuvres patriotiques leur remontant le moral, (à une époque où, rappelons-le, la Pologne était rayée de la carte), dont sa célèbre trilogie retraçant les siècles glorieux notamment au temps du roi Sobieski, lui offrit ce domaine afin qu’il puisse s’y reposer et écrire dans la tranquillité.
Sienkiewicz fut enthousiasmé par le manoir. Il voulut y vivre à temps plein, mais dut y renoncer, la demeure étant difficilement habitable durant les hivers. Il en fit donc sa résidence d’été durant une douzaine d’années. Sa première épouse mourut au bout de trois ans. La seconde le quitta, parait-il, au bout de deux semaines (au cours de leur voyage de noces, nous précise l’audio-guide !) et c’est avec la troisième qu’il vécut longtemps. Il eut deux enfants qui eurent à cœur de pérenniser dans ce lieu le souvenir de leur illustre père.
Nous atteindrons le manoir après une longue marche sur l’allée des Tilleuls, accompagnés de quelques familles avec enfants. L’histoire de la Pologne reste bien vivante.
L’intérieur du manoir impressionne par le fait que tout ce qui appartenait à l’écrivain est resté tel quel, comme s’il continuait d’y vivre. Ses descendants l’ont voulu ainsi. On entre avec émotion dans son bureau-bibliothèque, le salon, sa chambre. Suivent d’autres pièces remplies de trophées, notamment d’Afrique, et des souvenirs d’Italie, montrant que Sienkiewicz fut un grand voyageur. Parmi les nombreux portraits de l’auteur et de sa famille, un tableau particulièrement impressionnant : Sienkiewicz représenté par le peintre Kazimierz Pochwalski en 1890, il semble vivant, assis dans un fauteuil, pensif, concentré, aussi réel que sur une photographie. Ce tableau, si étonnamment expressif, avait reçu un Prix européen en son temps.
Une salle d’exposition est dédiée aux quatre prix Nobel de Littérature polonais : Outre Sienkiewicz, figurent les portraits et œuvres de Ladislas Reymont, Czeslaw Milosz et Wyslawa Szymborska.

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En haut de la façade du manoir se dresse la statue d’un de ces hussards ailés, rappelant les exploits des guerriers polonais qui, au temps de Sobieski, avaient défendu le pays contre bien des envahisseurs. (voir leur histoire sur ce site dans la rubrique «Histoire – symboles de la Pologne ».
Le manoir est entouré d’un parc à l’anglaise où l’on peut se désaltérer à la terrasse d’un café.(et goûter aux glaces à la crème fraîche que nous aimons (« lody smietanowe »).

Un petit aparté concernant la route de l’architecture en bois.

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Si vous avions, lors de notre précédent voyage qui avait pour but la découverte, au sein des forêts des Bieszczady, à l’extrême-Est de la Pologne, suivi la route des églises Lemkoviennes à bulbes, il n’y a pas que dans les Bieszczady que l’architecture en bois fait l’objet d’une route très signalée (Szlak drewnianej architektury). En Malopolska également, cette architecture, en parfaite harmonie avec la nature, est omniprésente. Les innombrables églises catholiques en bois ont amené à la création d’une route de l’architecture en bois qui s’étend sur environ 1500 km, permettant de voir plus de 200 églises et manoirs. Lieux de sérénité, souvent retirés de la route principale, ces monuments sont pour la plupart parfaitement entretenus, tout comme les jardins qui les entourent.

Le soir nous atteignons le château de Baranow Sandomierski où nous avons déjà logé il y a trois ans et qui nous avait laissé un souvenir marquant, tant par son architecture de style maniériste que par son atmosphère paisible.

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Hélas, ce soir, une noce vient encore perturber l’ambiance tranquille. Surtout que nous serons de ce fait relégués dans les communs qui sont confortables mais sans commune mesure avec l’aile entière que nous avions lors de notre précédent séjour… De même, l’élégante salle à manger « Magnacka » sera réservée pour la noce et nous ne pourrons prendre le dîner que dans une salle annexe. Tant pis. Le château reste toujours très beau.

Dimanche 7 juin 2015
de BARANOW à KRYNICA

Ce matin, après avoir quitté le château de Baranow Sandomierski, grand moment d’émotion comme chaque fois qu’Hermine va se retrouver dans la zone précise d’où sont venus ses ancêtres : La petite ville de MIELEC et le village voisin.
Nous atteignons bien vite Mielec qui n’est éloignée de Baranow que de 39 km.
Au passage, comme partout en Pologne, des cigognes et encore des cigognes !

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S’il y a une région de Pologne qui a changé au point d’en être méconnaissable, c’est bien Mielec et ses alentours. Jadis, c’était une toute petite localité gris-noir, tristounette, quasi-délabrée, semblant oubliée par le monde, donnant envie de pleurer. Il faut dire qu’ici, c’était une des régions les plus déshéritées de Pologne, ce n’est pas pour rien que de tant de ses habitants ont commencé à émigrer vers l’étranger depuis les années trente.
Et aujourd’hui ? Méconnaissable. Elle est colorée, restaurée, même les quartiers d’HLM (qu’on appelait « le Nowy Mielec »), repeints, entourés d’espaces verts, ont pris une autre apparence. Quant aux environs, ils se sont remplis de maisons neuves rivalisant de recherche.
Comme le signale des avions dressés sur une place à la sortie de la ville, Mielec a continué dans sa spécificité de « ville de l’aéronautique » et c’est sans doute à cela qu’elle doit cette apparence pimpante.

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Hermine ne résiste pas à la tentation du rituel de s’offrir, comme jadis, une glace sur la place du Rynek avec une pensée pour les instants lointains passés jadis dans le Mielec d’antan.
Et voici, quelques kilomètres plus loin, le village des ancêtres, quasi-méconnaissable lui aussi. La centaine d’izbas en bois ont presque toutes disparu, remplacées par de coquettes demeures personnalisées. Tout change, c’est tant mieux bien sûr et ça me rend nostalgique cependant. J’aimais bien les vieilles izbas même si elles n’étaient guère confortables…
Erreur, tout n’a pas changé. Près du cimetière où je cherche la tombe de ma grand-mère, l’église regorge de fidèles assistant à la messe même à l’extérieur. Et voilà que l’office se termine par une longue procession. Comme jadis. Je remarque en riant que les jeunes filles qui portent les statues des saints sont en mini-jupes. Et je repense à la photo prise dans les années soixante-dix. Les mêmes mini-jupes. Personne d’ailleurs n’y trouve à redire, ni les « babcie » qui regardent les jeunes en souriant avec bienveillance, ni le clergé. Qui raconte en France que l’Eglise en Pologne est dictatoriale, d’esprit obtus, anti-moderne ? Que de clichés sur la Pologne il faudrait combattre, c’est une tâche surhumaine…

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Il fait très chaud, presque 35 °, tandis que je me promène, émue, le long des maisons « à la recherche d’un temps révolu ». Mais, chers lecteurs, j’arrête là l’évocation de mes états d’âme personnels pour en revenir à la suite de nos découvertes qui vous intéresseront sûrement davantage.

Après Mielec, la route nous conduit vers Tarnow. C’est aussi une ville que je méconnaissais. Elle possède pourtant, sur l’habituelle place du Rynek, ‘l’un des plus beaux Ratusz (hôtels de ville) de Pologne, de style Renaissance. Et la ville a un aspect particulièrement joyeux.
En ce dimanche, une fête a lieu sur cette place aux pieds du Ratusz, ce sont les écoles militaires qui font une représentation de chants et danses ! Les habitants de Tarnow sont assis, accablés par la chaleur, tout autour à la terrasse des cafés-restaurants et contemplent le spectacle.

Et en fin d’après-midi, nous atteignons notre cinquième étape : KRYNICA. La fraîcheur des montagnes entourant cette célèbre station thermale est appréciable en ce jour de canicule.
Qui ne connaît pas Krynica-Zdroj ? Elle a été surnommée « la perle des villes thermales de Pologne».
Située au cœur des Beskides, dans la vallée de la rivière Kryniczanka et de ses deux affluents, la Palenica et le Czarny Potok (ruisseau noir), elle prit son essor dès le dix-huitième siècle et ses sources furent renommées, particulièrement sous l’égide du Docteur Jozef Dietl.
Outre les bâtiments thermaux, on y trouve comme dans toute ville d’eau mondaine, de très beaux bâtiments comme théâtre, kiosques à musique, et des parcs et hôtels de charme.
L’hôtel que nous avons choisi s’appelle la Villa Stefania. Il est en bois vert, avec des tourelles, rappelant le style 1900. Il est confortable, l’accueil très aimable.

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Il y a deux personnalités qui ont rendu célèbres la station de Krynica avant guerre : Le chanteur Kiepura, (qui eut une carrière américaine d’acteur-chanteur), dont la statue se dresse dans le centre de la ville et le peintre naïf Nikifor dont les œuvres sont exposées dans le musée portant son nom (hélas fermé le lundi ce qui nous empêchera de le visiter).

Lundi 8 juin 2015
de KRYNICA à ZAKOPANE

Que le soleil se lève tôt ici ! A 5 H, il fait une température exquise pour se promener, avant même de prendre le petit-déjeuner, dans les grands parcs de Krynica.
Nous allons prendre maintenant la route vers Zakopane, cette station de montagne si pittoresque.
Avant d’y accéder, nous allons nous arrêter au château de Niedzica, juché en haut d’une montagne surplombant la rivière Dunajec. Ce château a été construit au 14ème siècle par des Hongrois afin de protéger l’importante route commerciale empruntant la vallée du Dunajec. La vue sur les paysages alentour est vertigineuse. Ce château est le théâtre d’une histoire qui ne serait pas légendaire, selon laquelle un descendant d’un Inca aurait vécu ici et y aurait caché un trésor non découvert à ce jour…

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Un coup de tonnerre nous accueille tandis que nous explorons l’intérieur de la batisse. Pas de pluie cependant. L’orage est très bref.et le soleil revient déjà.

Quelques kilomètres plus loin, voici Zakopane que l’on retrouve toujours avec joie avec ses maisons si typiques. C’est l’architecture du style de Zakopane, dont le célèbre peintre-écrivain Witkiewicz, au dix-neuvième siècle, est à la source.
Notre hôtel, qui porte le nom de Villa Kominiarski, a une forme particulièrement pittoresque. Jugez-en. Nous en serons enchantés. L’hôtel allie modernité avec tradition et originalité.

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Les gorale sont toujours là, dans les karczma d’où jaillit leur musique vive.

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Le marché artisanal en bas de Gubalowka et la rue principale, Krupuwka, qui regorge de souvenirs et de cafés, n’ont pas changé, Zakopane c’est l’âme de la montagne, le folklore toujours bien vivant.

Plusieurs personnages ont adoré séjourner à Zakopane et ont contribué à sa renommée exceptionnelle : Outre Witkiewicz, le compositeur Karol Szymanowski, dont nous allons visiter la villa « Atma », qu’il a habitée dans les années 1930. Que signifie ce nom ? Atma, en sanscrit, c’est l’âme.
La villa ne manque pas d’âme. Tout respire la tradition gorale, tout de bois, mobilier sculpté, tissus colorés de la région. Sur les portraits du musicien, on remarque son regard grave. Le compositeur disait qu’il ne quittait sa tristesse que lorsqu’il était à Zakopane. On le voit en compagnie de son ami, l’artiste Witkiewicz-Fils, dit « Witkacy ».
Szymanowski est présenté comme le musicien polonais le plus important après Chopin.
(J’aurais plutôt tendance de classer en second l’incroyable pianiste Ignacy Paderewski, surnommé « l’idole des années folles ». Mais qui avait peu composé, il est vrai, contrairement à Szymanowski, auteur d’opéras, symphonies, oratorios, quartets et pièces de piano. Disons que ces trois musiciens-là, c’est le trio des plus grands et n’en parlons plus). Mais que vont dire Moniuszko, Karlowitz, Rubinstein, ou le contemporain Zbigniew Preisner par exemple ? Ah ! Ne classons point, ils ont tous ajouté leur talent.
Les œuvres les plus célèbres de Szymanowski, c’est l’opéra « le roi Roger » et c’est aussi le ballet « Harnasie », véritable hymne à Zakopane, inspiré par les légendes des Tatras : Le harnas est le chef des zbojniki, brigands des montagnes, souvent en conflit avec les gorale, paisibles bergers de Zakopane. La tragédie arrive quand le Harnas se permet d’enlever une jeune fiancée d’un goral. Ce ballet est l’un des chefs-d’œuvre de Szymanowski.

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Le soir, repas dans une karczma avec orchestre goral.

Mardi 9 juin 2015
ZAKOPANE-ZAKOPANE

Non loin de la villa Atma et de la rue Krupowka, se trouve une autre villa-musée : La villa Koliba, liée à un autre personnage célèbre tombé amoureux des Tatras et de Zakopane en particulier : Witkiewicz. Que signifie Koliba ? Ce mot désigne en slovaque comme en polonais, une simple maison en bois montagnarde. Cette villa Koliba avait été conçue, avec toute sa fantaisie, par l’écrivain-peintre Witkiewicz-père à la fin du 19ème siècle et depuis, elle a été le modèle pour le « style de Zakopane » dont les variantes sont infinies depuis, qui donnent à cette station de montagne ce look et cette ambiance si originale.
Cependant, et c’est là tout l’Art, tout y reste montagnard, rural, traditionnel.

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Après le petit-déjeuner, encore un musée à découvrir : Le musée des Tatras.

Outre le mobilier et les objets artisanaux qui ont toujours fait la particularité de Zakopane et des villages alentour, on y trouve une magnifique rétrospective de la nature, animaux empaillés qui constituent la faune de cette région de montagne, ainsi qu’une galerie de portraits des personnages qui ont aimé Zakopane : Outre Witkiewicz père et fils, et Szymanowski, y figurent entre autres le pianiste Paderewski, sa grande amie la comédienne Helena Modrzejewska, et l’autre musicien Karlowicz.

Sur le marché, nombreuses boutiques de souvenirs et articles artisanaux.
Seconde nuit dans notre hôtel si pittoresque.

Mercredi 10 juin 2015
de ZAKOPANE à RZEZAWA(KASZTEL)

Nous quittons Zakopane, (c’est toujours à regret), pour nous diriger vers Rzezawa, près de Bochnia., ce qui représente un léger détour avant d’aller à Cracovie. En fait, c’est la photo de ce Castel flambant neuf sur Internet, au moment des réservations qui nous a poussés à ce détour pour le découvrir et y passer une nuit. Il est en effet extraordinaire.
Nous atteignons RZEZAWA et notre hôtel KASZTEL dans l’après-midi. Sans l’avoir jamais vu que sur photo, on reconnaît cet hôtel fantastique depuis la route principale.
Bien que neuf, il offre une ambiance gothique délicieuse.

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Cette architecture, après celle de notre hôtel de Zakopane, nous confirme qu’on ne craint pas les créations architecturales novatrices et audacieuses en Pologne.

L’intérieur est digne de l’extérieur. Découvrir toutes les fantaisies que ses constructeurs ont mises, peut déjà occuper des heures, tant il y a de détails pittoresques à découvrir, que ce soit dans les couloirs ou dans les salles à manger.

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La fantaisie d’inspiration « roman gothique » n’empêche pas le confort moderne. Nous serons également satisfaits de l’accueil et le recommandons vivement à nos lecteurs.

Jeudi 11 juin 2015
de RZEZAWA à CRACOVIE

Il n’y a qu’une quarantaine de kilomètres de notre Kasztel de Rzezawa jusqu’à Cracovie et nous sommes vite arrivés, peu après le petit-déjeuner.
Nous avons présenté Cracovie déjà sur ce site à l’occasion d’un précédent voyage. C’est l’ancienne capitale de la Pologne, une ville royale fabuleuse, remplie de vestiges d’un passé glorieux, si attachée à ses belles traditions venues de la nuit des temps qu’elle ne les a pas laissé disparaître au profit de la modernité.(et cette royale cité a, par chance, échappé aux destructions massives de la dernière guerre).
Ses lieux les plus symboliques sont le château du Wawel, lieu de sépulture des rois et héros nationaux, la célèbre Université Jagiellonne, et cette place du Rynek où se dresse la basilique Sainte-Marie, d’où l’on entend retentir chaque heure, l’air de trompette « le Hejnal » rappelant l’attaque de la ville par les Tatars.
Cette place est la plus grande place médiévale d’Europe. Elle est le point de départ de la Voie Royale, parsemée d’églises et de monuments menant jusqu’au château du Wawel au bord de la Vistule.

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Nous avions, il y a quelques années, logé à l’hôtel Pod Bialym Orlem » (A l’Aigle Blanc) très charmant endroit près du Barbacane. Cette fois, nous allons nous installer à l’hôtel Polonia, (où les infos à l’accueil sont données avec parcimonie, notamment concernant le parking), qui est en partie en travaux, ce qui nous laissera une impression mitigée. En outre, il est assez bruyant en raison des tramways passant et repassant juste sous les fenêtres.
Néanmoins l’hôtel Polonia est bien situé au nord de la vieille ville, également près du Barbacane, les Planty commencent peu après, ce qui est appréciable en raison de la chaleur aujourd’hui encore.

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Aujourd’hui est un grand jour à Cracovie : C’est la fête du Lajkonik.
Rappelons ce qu’est le Lajkonik. C’est le centaure de Cracovie. Mi-homme, mi-cheval, il se promène parfois dans la ville, rappelant le moment lointain, où, durant le Moyen-Age, les Tatars avaient brusquement envahi la ville. Le Hejnal, air de trompette retentissant des tours de l’église Sainte-Marie sur la place Centrale, continue de retentir à chaque heure, rappelant lui aussi cette attaque. Le Lajkonik, lui, comme en complément, rappelle que les bateleurs au bord de la Vistule avaient réussi à faire fuir les Tatars et s’étaient emparés des habits orientaux du Khan, ils avaient défilé ensuite dans la ville en triomphateurs.
En souvenir de cette victoire, un défilé débute dans le quartier Zwierzyniec au bord de la Vistule et va arriver en musique sur la place centrale, avec le Lajkonik en vedette. Des panneaux exposés au centre de la ville rappelle son histoire et précise que cette tradition toujours bien vivante figure parmi le patrimoine immatériel classé à l’UNESCO.

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Les Cracoviens sont là pour l’attendre et l’accueillir. Il exécute sa danse à plusieurs reprises le long de sa marche depuis le quartier Zwierzyniec.
A midi déjà, aux pieds de l’immense statue de Mickiewicz sur la place du Rynek, de très nombreux enfants et collégiens se sont regroupés, en habits folkloriques.

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Et dans l’après-midi, c’est la liesse face aux Sukiennice : IL arrive, annoncé par la musique. On a peine à le voir, tant il est entouré. Sur le podium, il est reçu par les officiels, il adresse des paroles aux Cracoviens et particulièrement aux enfants. Il avance, il tourne et danse, lance un toast à la prospérité de la Cité, jette des friandises aux petits. L’allégresse augmente encore lorsqu’il agite un large étendard portant l’aigle polonais.

En soirée, le Lajkonik salue une dernière fois les Cracoviens en leur donnant rendez-vous jusqu’à l’année prochaine et il va, avec sa troupe de musiciens-bateleurs, dîner au Wierzynek, ce restaurant médiéval fameux.

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LE WIERZYNEK existait déjà aux temps du roi Casimir le Grand au coin de la grand’place du Rynek. C’est en même temps un restaurant bien vivant et un monument dépositaire de siècles d’histoire. Les plus hauts personnages du passé et du présent l’ont marqué.
Non seulement sa décoration est fort belle mais il irradie une atmosphère de prestige que lui ont apportée ses hôtes illustres. Le tenancier de cette époque médiévale, Mikolaj Wierzynek savait recevoir les têtes couronnées : Le roi Casimir le Grand y a reçu en grande pompe ses deux amis le roi de Bohême et le roi de Hongrie. Y ont pris place à leur suite Valdemar IV du Danemark, les rois de Chypre et d’Arménie, le prince Otto de Brandebourg, le prince Bolko de Silésie, le duc de Mazovie Simowit III…Et même le poète français Guillaume de Machaut. Cela, c’était dans le passé. Plus récemment, sont inscrits sur le livre d’or des hôtes comme George Bush, Lech Walesa, Michaïl Gorbatchow, Gerard Schröder, et puis Robert de Niro, Milosz, Spielberg et bien d’autres…. Et le grand Charles de Gaulle qui, parait-il, aurait admiré l’efficacité de cette « armée » de serveurs empressés remplissant avec zèle leurs fonctions.

Avant de regagner notre hôtel Polonia pour nous reposer à l’issue de cette journée bien remplie, promenade au sud vers la Vistule au quartier Kazimierz, l’ancien quartier juif remis en vedette par le film « la liste de Schindler » devenu le lieu de rendez-vous obligé des « branchés », puis, plus romantique, l’imposant Wawel où reposent les rois et héros polonais.

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Vendredi 12 juin 2015
de CRACOVIE à ZAWOJA

Au matin, nous ne quitterons pas la place du Rynek sans une visite importante : Le musée des peintures qui se trouve au premier étage de la Halle aux Draps.

Cette Halle aux Draps (Sukiennice) se dresse depuis la Renaissance sur la place du Rynek, parsemée d’élégantes calèches.

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Le musée des Beaux-Arts situé dans le bâtiment de la Halle aux Draps, mérite d’être bien plus connu : Il renferme des tableaux innombrables de peintres polonais.
C’est le peintre Siemiradski qui, le premier, a voulu faire don d’une de ses immenses toiles représentant « les torches de Néron » (toile qui lui avait valu de nombreuses distinctions à l’étranger) afin que les trésors artistiques de la Pologne ne soient pas méconnus.
Après lui, nombreux furent les peintres polonais qui suivirent son exemple et ainsi la collection s’enrichit d’œuvres inestimables.

La salle Bacciarelli présente les œuvres des peintres du dix-huitième siècle que le roi Poniatowski avaient réunis autour de lui.
La salle Michalowski présente les œuvres de ce peintre (dont le fameux tableau de la bataille de Samosierra) et ses contemporains du dix-neuvième siècle, de style romantique.

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Remarquez aussi un tableau de Lipinski peint vers 1850, représentant le fameux Lajkonik entrant au milieu de la foule Cracovienne. Ah, Les traditions de Cracovie !
Malheureusement, la salle de peintres plus récents, (salle Chelmonski) n’est pas accessible ce jour. Et malgré l’insistance de deux visiteuses anglaises bien décidées à ne pas repartir sans avoir fait le siège de cette salle, on ne pourra y pénétrer.
Dommage, mais le nombre de tableaux qu’on a pu voir dans les autres salles étaient déjà fort élevé.
La vieille ville de Cracovie est ceinturée par les Planty, qui, comme le nom l’indique, est un ovale d’espaces verts ayant remplacé au 19ème siècle d’anciennes murailles d’enceintes démolies. Ceinture verte entourant la partie la plus historique de la ville, d’environ 1500 m sur 800 m, elle permet de jolies promenades et forme un écrin autour de cette Vieille ville où quasiment chaque bâtiment est un monument historique, offrant des trésors de détails architecturaux, historiques et décoratifs aux yeux du promeneur.
Une visite, rue Florianska, de la maison du peinte historique Jan Matejko, très célèbre, s’impose lorsqu’on se trouve à Cracovie (de même qu’une visite au musée Czartoryski où se trouve, entre autre, « la Dame à l’hermine » de Léonard de Vinci).
Matejko est né et est mort dans cette maison qui a conservé son beau mobilier.
Il a été un peintre-patriote exceptionnel durant le 19ème siècle. (il a même été directeur des Beau-Arts). Ses tableaux, souvent de grandes fresques historiques sur les évènements marquants du passé de a Pologne, (représentant Sobieski vainqueur des Turcs, Kosciuszko combattant pour l’indépendance, défaite des chevaliers teutoniques, légende de la princesse Wanda, fille du roi Krakus règnant aux temps proto-slaves, etc…, qui avaient pour but initial, comme les œuvres littéraires de Sienkiewicz, de remonter le moral des Polonais dont le pays était rayé de la carte) ont eu un succès immense en Europe à son époque. Il a peint également une série de portraits des rois polonais.

Nous quittons Cracovie sous la chaleur, en direction du massif de Babia Gora.
Zawoja, que nous atteignons en soirée, est un étrange village qui s’étend sur des kilomètres le long de la route de montagne. Il y fait une agréable fraîcheur. Nous y découvrons entouré d’arbres, notre hôtel « Lajkonik ». (Eh oui, revoici le Lajkonik et la réception de l’hôtel nous fera cadeau d’un joli Lajkonik en osier à notre départ).
Nous prenons le dîner dans une Karczma zbojnicka, (auberge des brigands) qui nous rappelle celles de Zakopane. Quelle atmosphère de légendes dans cette auberge entourée de forêt !

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Style des Tatras, tout en bois. Des légendes relatant la vie de ces brigands des montagnes qui défrayaient la chronique, sont inscrites sur les murs.

Samedi 13 juin 2015
de ZAWOJA au château de MOSZNA

Encore une promenade délicieuse au petit matin avant le copieux petit-déjeuner, sur un chemin longeant un torrent, perdu dans la forêt de sapins.

Et notre itinéraire nous fait revenir en Silésie.
Nous nous arrêtons pour voir rapidement Cieszyn, ville frontière mi-tchèque mi-polonaise, plutôt grise, puis au musée de la famille Kossak, une famille de peintres célèbres. C’est un centre culturel fondé pendant la guerre par la descendante Zofia Kossakowna, écrivain qui prit la défense des Juifs martyrisés par les nazis allemands en fondant l’association Zegota. Elle a écrit de nombreux livres sur cette période. Zofia est morte en 1957.
Le manoir est assez délabré. Seule une partie, restaurée, sert de centre culturel et présente la vie et l‘œuvre de Zofia Kossak. La plus grande partie de l’édifice tombe en ruine et demande l’aide d’un mécène pour sa restauration.
Eh oui, il reste encore à faire pour restaurer tout le patrimoine, même si bien des sites historiques et des routes, devant lesquels des pancartes signalent qu’ils viennent d’être remis en état avec l’aide de l’Europe, ont repris belle apparence grâce à des fonds européens s’ajoutant à une action régionale. Ce rôle culturel de l’Europe est un point ô combien positif.

Il n’est pas besoin de restauration pour l’abbaye cistercienne de Bardo, dont l’intérieur étincelle de dorures, comme toutes les églises cisterciennes que nous avons rencontrées sur notre route.

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Cette basilique baroque, lieu de pèlerinage, a été reconstruite au tournant des 17ème et 18ème siècles. Au-dessus du maître-autel, une vitrine protège la statue miraculeuse de la Vierge de Bardo, datant du 12ème siècle, qui a toujours attiré de nombreux pèlerins. Cette figurine polychrome sculptée dans le tilleul, est la plus ancienne statuette romane de Silésie.
Tout visiteur est impressionné par le tableau de l’Annonciation du maître-autel et par la chaire baroque, avec ses sculptures représentant le Créateur, les Evangélistes et les saints Bernard et Robert, docteurs de l’Eglise d’Occident et patrons des Cisterciens.
Il fait toujours très chaud. Beaucoup de baigneurs au bord des lacs où de curieux pédalos ont la forme de voiturettes.

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Dans l’après-midi, nous atteignons la petite localité de Glogowek. Ce lieu a une histoire particulièrement riche. La ville de Glogowek fut même, très brièvement, la capitale du pays quand le roi Jan-Kazimierz, au 17ème siècle, avait dû s’enfuir de Varsovie assiégée lors de la dramatique invasion suédoise, si dévastatrice qu’elle a été, dans les annales, appelée « le Déluge ». Ensuite, c’est Beethoven qui en a été l’hôte illustre, y composant sa quatrième symphonie.

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La ville a certes un potentiel fort intéressant mais qui demande encore des rénovations dans les faubourgs encore grisâtres. La place du Rynek est bien colorée cependant – et plutôt déserte les habitants semblant s’être évaporés dans la campagne alentour en raison de la forte chaleur de l’après-midi.

En soirée, nous arriverons dans l’hôtel qui sera le clou du voyage : Le château de Moszna, où nous pourrons loger dans la suite « princière », constituée d’un vaste salon, une chambre et une salle de bains pittoresque.
L’architecture et les dimensions de ce château de Moszna sont impressionnantes.

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Il paraît qu’il est hérissé de 99 tourelles. En tout cas, il est fort pittoresque et nous ne nous lasserons pas de l’admirer.
Le soir, repas dans la salle à manger de style médiéval.

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Ah ! Chers lecteurs, faire une fois dans sa vie l’expérience d’une suite princière dans un château de rêves !

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(surtout à un prix abordable comparé au prix des hôtels dans les autres pays d’Europe).
A titre d’exemple, cette chambre-là nous sera revenue à 65 € petit-déjeuner compris, tandis que la chambre au château de Czocha, plus modeste, à 35 € avec petit-déjeuner).

Dimanche 14 juin 2015
du château de MOSZNA à KUDOWA-ZDROJ

Au petit matin, longue promenade avant le petit-déjeuner dans le parc fleuri à l’arrière du château. Et c’est le moment de quitter notre palais de contes de fées pour reprendre la route.

Quelques kilomètres plus loin, nous découvrons par hasard la splendide église baroque de KORFANTOW, aux dorures là aussi éblouissantes.
Puis arrêt à NYSA, jadis surnommée « Rome silésienne » pour sa douzaine d’églises somptueuses. Les six églises qui demeurent en son centre ne sont pas décevantes avec leurs plafonds peints. Nysa est une très jolie petite ville bien restaurée.

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Entre Nysa et Klodzko, juste après, on ne saurait déterminer laquelle de ces deux cités est la plus charmante. A Klodzko aussi, on peut admirer de superbes églises baroques, de jolis ponts ornés de statues et des façades pastel.

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En fin d’après-midi, nous atteignons notre dernière étape, KUDOWA-ZDROJ, jolie station thermale, qui, en ce dimanche, paraît plus animée encore que Krynica. De nombreux promeneurs cherchent la fraîcheur dans les longues allées ombragées des parcs.

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Des notes de musique ornent ça et là la localité. Nous apprenons que Kudowa reçoit annuellement le festival consacré à un autre célèbre compositeur polonais du dix-neuvième siècle : Moniuszko, créateur notamment d’opéras, dont le plus connu, « le manoir hanté » eut un grand retentissement en Pologne comme dans d’autres pays.
Notre dernier hôtel, la villa Szwajczarka, nous accueille au milieu des bois.
La température a été de 29 ° aujourd’hui.
Dommage qu’il soit trop tard pour visiter la chapelle des crânes située à la périphérie de la ville, ainsi que les monts tabulaires (Stolowe gory). Ce sera pour un autre voyage…

Lundi 15 juin 15
de KUDOWA jusqu’au Jura (France)

Il nous faut quitter Kudowa-Zdroj après le petit-déjeuner (après cependant encore quelques achats-souvenirs – et une provision de bières polonaises (qu’on ne trouve pas en France) et à 9 H 30 nous quittons la Pologne pour traverser la frontière tchèque. Nous prendrons la route puis les autoroutes tchèques et allemandes pour atteindre la France en fin de journée. Et Furêt aura encore le courage de continuer jusqu’à atteindre notre maison du Jura en soirée !
Furêt est en pleine forme, il dit qu’il pourrait recommencer en sens inverse le voyage !
Il parle déjà du prochain voyage, pour arriver cette fois au château de Kliczkow qui lui a fait grande impression. De ce voyage, c’est le château de MOSZNA qui est le clou. Ce qui n’enlève rien à l’attrait de tous les autres lieux découverts : Kielce et sa région de Sainte-Croix, Opole, les stations thermales de Krynica et Kudowa, les abbayes et châteaux de Silésie… sans oublier Cracovie en liesse pour perpétuer l’histoire du Lajkonik, et mon endroit préféré entre tous : l’éternelle station de Zakopane et son splendide environnement des Tatras.
Chers lecteurs, il ne vous reste plus qu’à y aller à votre tour.

hermine            furet

HERMINE                         (Sans oublier FURET)

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