La Peinture polonaise

La peinture polonaise est, de nos jours, en France, particulièrement ignorée.

Il y a eu pourtant de grands peintres polonais dont certains ont même soulevé l’enthousiasme en Occident. En voici des exemples :

1. Piotr MICHALOWSKI, peintre romantique (1800-1855)

Né à Cracovie en 1800,  Piotr Michalowski, fut l’un des plus éminents représentants du romantisme européen.

Michalowski, portraitiste, peintre d’histoire et de genre, passionné de chevaux, fut un artiste original.
Fils d’un aristocrate de Cracovie, Michalowski vit, à l’âge de 9 ans, l’entrée à Cracovie du Prince-officier  Jozef Poniatowski, vaillant commandant des troupes polonaises dans l’armée Napoléonnienne. Cette entrée dans Cracovie symbolisait pour ses habitants la libération de Cracovie et de la Galicie qui était depuis des années annexée par les autorités autrichiennes. De là vient sans doute l’admiration enthousiaste du peintre pour Napoléon qui parvint momentanément à créer un Duché de Varsovie dans le but de faire ressusciter la Pologne. Il réalisa nombre de tableaux représentant ses batailles.

Tableau représentant Napoléon – dont Michalowski était un grand admirateur. (toile réalisée en 1835).
Il étudia les sciences et les Arts à l’Université de Cracovie de 1815 à 1820. Il fut provisoirement, de 1823 à 1830 membre de la Commission gouvernementale du Trésor à Varsovie, alors que cette ville était redevenue capitale du royaume de Pologne  – mais dont le tsar de Russie restait le roi. Durant l’insurrection de 1830, Michalowski était en charge de la manufacture d’armes et de munitions. A la suite de cette insurrection suivie de représailles par la Russie, il fut contraint de s’exiler en France.

A cette date, il commença à faire des esquisses et des aquarelles, influencées par Orlowski et Verneta. A Paris, il se perfectionna dans l’atelier de Charlet et s’intéressa particulièrement à la peinture de Velasquez puis à celle de Gericault.
Apprenant que Cracovie était devenue à nouveau une ville presque complètement affranchie de l’Empire Autrichien, il décida de revenir résider en Pologne. Il continua cependant à faire de fréquentes visites en France et voyagea aussi en Italie, en Suisse, en Belgique…
Michalowski continua d’ exercer un rôle administratif dans le Conseil de la ville de Cracovie, tout en s’adonnant sérieusement à son Art pictural :

Alliant sa passion pour les chevaux et son admiration pour Napoléon, il peignit de nombreuses scènes inspirées de batailles napoléonniennes (comme la bataille de Samosierra), et des portraits de personnages polonais à cheval ( comme les généraux Czarniecki et Kniaziewicz) et ci-dessous le hetman à cheval.

Par ailleurs, il réalisa des portraits expressifs de membres de sa famille, particulièrement des enfants, et également des visages de paysans (comme Senko peint en 1846).

La peinture de Michalowski se caractérise par l’utilisation de techniques hardies et libres. Ses tableaux révèlent ses sentiments très forts pour la nature et les êtres, et également la ferveur de son patriotisme romantique.

Piotr Michalowski fut aussi un sculpteur, bien que bien peu de ses sculptures ont survécu. Dans les années 1832-1835, avant de quitter Paris, il réalisa un modèle en plâtre pour une statue équestre de Napoléon Bonaparte qui devait être placée dans la Cour Carrée du Louvre.

Bien que cette oeuvre fut fort appréciée du Maréchal Soult et du Général Fabvier, la statue ne fut pas érigée.

Toutefois, à partir de plâtres réalisés par Michalowski, nombre de statuettes ont été réalisées en bronze en 1840 dont l’une est conservée au Musée National de Cracovie.
Le Musée Delacroix de Paris a offert il y a quelques années une très intéressante exposition des oeuvres de Michalowski, rappelant qu’il fut un peintre largement reconnu par Eugène Delacroix et les autres artistes romantiques français. Ses œuvres sont conservées  pour la majeure partie au musée national de Cracovie ainsi qu’au  musée national de Varsovie,

2. Jan MATEJKO (1838-1893)

Jan Matejko, le plus grand peintre historique de la Pologne, est né à Cracovie le 24 avril 1838, fils d’un professeur de musique. Sa mère mourut quand il avait sept ans. Il était le huitième d’une famille de onze enfants.

De santé fragile, vivant à une période de révolutions en Pologne, Jan Matejko eut une enfance et une adolescence très difficiles.

Matejko, bien que ses parents soient d’origine Tchèque,  s’intéressa passionnément à l’histoire de la Pologne dès son plus jeune âge, intérêt qu’accentuait le fait d’être élevé au milieu de cette ville de Cracovie pleine des monuments du passé. En 1848, âgé de 10 ans, il survécut au bombardement de Cracovie par les Autrichiens, ainsi qu’à l’insurrection de Janvier, qu’il aida en portant des armes aux insurgés, déguisé en charbonnier.

Il se révèla dès l’enfance très doué pour les arts plastiques, dessinant partout où il le pouvait. Aussi à 14 ans, il entra à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie.

Il se spécialisa très vite dans l’illustration des évènements du passé, comme la peinture des batailles (dont le tableau représentant la fameuse bataille de Grunwald où les Polonais vainquirent les chevaliers teutoniques), de rencontres royales ou de portraits d’illustres compatriotes, comme Kopernik (ci-dessus) ou Kosciuszko.

Il a peint également des tableaux pour l’église Mariacki de Cracovie.

Ses principales réalisations furent les tableaux rappelant des évènements dramatiques, dont le plus célèbre : « Rejtan » illustrant le moment tragique du 18ème siècle quand les nobles polonais par leurs désaccords, précipitèrent la Pologne vers sa chute et son dépeçage par les puissances étrangères.

En 1867, son tableau « Rejtan » lors de son exposition à Paris, lui vaut une médaille d’or, distinction qu’il a précédemment reçue avec son tableau « Skarga ». Quant à son gigantesque tableau «La bataille de Grunwald », il fit un tour triomphal des villes d’Europe.
L’une de ses œuvres les plus magistrales est la galerie des portraits de tous les rois de Pologne, qu’il a réalisée à partir de 1890. Il a eu à cœur de représenter les rois selon leurs caractéristiques décrites dans les chroniques et il leur donna à chacune une expression différente selon les sentiments qu’ils avaient fait naître en lui par leurs actions passées.

S’adressant aux étudiants de l’école des Beaux-Arts de Cracovie, il définit ainsi la portée politique de son œuvre :
« L’Art est maintenant une sorte d’arme pour nous ; Il n’est pas permis de séparer l’Art de l’Amour pour son pays. »
Jan Matejko s’efforçant d’atteindre une synthèse historique et philosophique plutôt que de peindre de simples faits historiques, créa ainsi l’imaginaire historique polonais. La Culture polonaise doit beaucoup à ce talentueux patriote.

Il est enterré à Cracovie. La maison où il vécut est visitable dans le centre de Cracovie.

3. Jan STYKA (1858-1925)

Ce peintre polonais est connu pour avoir réalisé de grands panoramas concernant l’histoire.
Après avoir étudié à l’Académie des Beaux-Arts de Vienne, il résida brièvement en Italie avant de s’installer en France au moment où prenaient forme les grands mouvements artistiques de Montmartre et de Montparnasse et il y passa une grande partie de sa vie.
Parmi les oeuvres majeures de Styka se trouve la scène montrant Saint-Pierre prêchant l’Evangile dans les Catacombes, peinte à Paris en 1902. (image ci-dessous).

Un autre de ses panoramas les plus connus est « le Martyr de Chrétiens dans le Cirque de Néron », peint en 1897.
Son oeuvre la plus grandiose, réalisée en commun avec Wojciech KOSSAK est l’immense panorama représentant la bataille de Raclawice. Cette bataille, remportée par le général héros de l’indépendance polonaise, Tadeusz KOSCIUSZKO, contre les Russes, est une victoire particulièrement symbolique pour la Pologne.

Ce panorama de 114 m de large, fixé sur les murs d’une rotonde se trouve à WROCLAW et peut être visité. Il est très impressionnant, faisant revivre cet événement lorsque les troupes de Kosciuszko reçurent l’aide inattendue des paysans et refoulèrent les Russes.
L’autre oeuvre très connue de Jan Styka est le tableau immense intitulé initialement « Golgotha » puis renommé « La Crucifixion ».

Avant de commencer ce tableau, qui lui avait été commandé par Paderewski – le fameux pianiste devenu homme politique –  Styka fit un voyage  à Jérusalem où il réalisa des esquisses, puis il s’arrêta à Rome, où celles-ci furent bénies par le pape Léon XIII.

La peinture fut dévoilée à Varsovie le 22 Juin 1897, remportant un grand succès. Elle fut présentée dans de nombreuses villes d’Europe et fut même envoyée en Amérique pour être présentée en 1904 lors de l’exposition de Saint-Louis.

Incroyablement, cette toile que l’on crut alors perdu pendant des années, fut retrouvée après avoir été enroulée et conservée dans la cave de la Chicago Civic Opera Compagny.

Acquis par un homme d’affaires américain, ce panorama fut restauré par le fils de Jan Styka, peintre lui-même. Il est exposé dans le Hall de la Crucifixion au Forest Lawn Memorial à Glendale en Californie.
Styka, mort en 1925, a été enterré à Rome. En 1959 cependant ses restes fussent transférés aux Etats-Unis pour y rejoindre le « Hall des Immortels » au cimetière de Forest Lawn.

4. Wojciech KOSSAK (1856-1942)

Dans la famille KOSSAK, on est peintre de père en fils.

Le père de Wojcieh KOSSAK, Juliusz, fut déjà un peintre connu.

Après Wojciech, viendra à son tour son fils, Jerzy.
Si nous nous intéressons davantage à Wojciech qu’à son père, c’est qu’on lui doit – avec STYKA, le grandiose panorama de Raclawice représentant la bataille dans ces combats pour l’indépendance de la Pologne, où le général Kosciuszko, aidé par les paysans armés de faux, a remporté une inoubliable victoire contre l’armée russe .

Wojciech Kossak a étudié à Cracovie, puis à Paris. A partir de 1916, il devient professeur à l’école des beaux-arts de Varsovie. Outre le fameux panorama de Raclawice, visible dans la rotonde de Wroclaw, il a peint de nombreuses scènes historiques.

Fragment du panorama de la bataille de Raclawice.

5. Josef PANKIEWICZ (1866-1940)

Josef Pankiewicz, peintre et graphiste de la fin du 19ème et début du 20ème siècle,  peut être considéré comme l’un des premiers impressionnistes et symbolistes de l’art polonais.
Professeur à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, membre de l’Association des Artistes Polonais « Sztuka », Josef Pankiewicz fut distingué par une médaille d’or à l’Exposition Universelle de Paris en 1899 et l’année suivante par une médaille d’argent à la même exposition.
Lors de son séjour à Paris, Pankiewicz prêta beaucoup d’attention au courant artistique en vogue, l’impressionnisme, afin d’y approfondir sa technique.

De retour en Pologne, l’artiste resta fidèle aux expériences parisiennes, et peignit en plein air. Il peignit le plus souvent dans la petite localité historique de Kazimierz-nad-Wisla. C’est là-bas qu’en 1890, fruit de ses recherches sur la lumière et la couleur, il accomplit une de ses oeuvres qui fut grandement appréciée : Woz z sianem (charrette de foins).

Le peintre y a rendu admirablement ses sentiments pour la nature. Ses autres réalisations sont aussi imprégnées du style impressionniste : « Paysage de Czarnolas », « Route de Kazimierz ».

Une mention spéciale pour son tableau « L’Eté (« lato »), composion où l’abstraction apparaît, alliée au pointillisme.

Cependant, lorsqu’il présente en 1890 son oeuvre au salon Krywulta, il déchaîne des critiques virulentes, qu’il ressent douloureusement et marquent un tournant dans sa carrière.

Pankiewicz s’oriente de plus en plus vers l’ombre et les couleurs gris-noir. Il peint une série de nocturnes « place de la Vieille Ville à Varsovie la nuit », « cygnes au Parc ».
A côté de ces paysages, Pankiewicz a réalisé de nombreux portraits de sa famille. Son portrait « fille en robe rouge » a été comparé aux portraits de Whisler.

On le considère comme le fondateur du « colorisme polonais » dérivé du post-impressionnisme.

Il fut durant ses séjours en France un grand ami de Pierre Bonnard. Par la suite, à l’occasion d’un séjour en Espagne, il se dirigera vers le fauvisme,
Cependant, il désavouera plus ou moins ces différentes expériences de style à la fin de sa carrière, revenant à un certain classicisme, illustré par son tableau « Les fleurs dans un vase en verre, » composition gracieuse où l’harmonie des couleurs prend le pas sur le sujet, voulant dessiner ainsi les contours d’un art pur.

6. Stanislaw WITKIEWICZ – Père – (1851-1915)

Il y a deux Stanislas Witkiewicz – même nom même prénom, ils sont père et fils.

Le père, né en 1851 est un peintre qui fut aussi écrivain et également architecte. Sa vie et sa création sont étroitement liées avec la charmante station de Zakopane, où il a créé un style, désormais appelé « style de Zakopane ».(ou « style de Witkiewicz »).  A cette époque, à la fin du 19ème siècle Zakopane n’était pas encore cette station de sports d’hiver qu’elle est maintenant où se pressent les touristes. Cependant, quelques artistes, séduits par les magnifiques paysages de montagnes qui entourent la petite localité, commençaient à y séjourner.

Si aujourd’hui la station de Zakopane est si agréable à l’oeil, c’est en grande partie grâce à l’apport architectural – à la fois original et traditionnel – apporté par Stanislas Witkiewicz. Les maisons montagnardes de bois aux formes fantaisistes continuent de suivre le style qui fit sa renommée. La première maison qu’il fit bâtir selon son imagination s’appelle « Koliba ».

Cependant, l’oeuvre la plus admirée réalisée par Witkiewicz à Zakopane est la chapelle de Jaszczurowce (photo ci-dessous).

7. Stanislaw WITKIEWICZ – fils (1885-1939) surnommé  WITKACY

Stanislas WITKIEWICZ -fils est plus connu sous le nom de « WITKACY ». Il a choisi ce surnom lui-même, en mêlant son nom avec son prénom, afin de se différencier de son glorieux père.

Plus encore que son père, Witkacy est un artiste polymorphe s’il en est. Il a été tout autant que peintre, écrivain, dramaturge, auteur de théâtre, photographe…

Il aurait eu aussi bien sa place dans notre série « écrivains polonais » mais ceux-ci sont si nombreux que nous avons choisi de le présenter plutôt dans cette rubrique Peinture.
Cet artiste éternel insatisfait a touché à tous les arts sans jamais sembler pleinement content de lui-même.

Sa personnalité est entourée de légende. Sa mort particulièrement. Il se suicida en 1939 au moment où les troupes russes, de façon inattendue, envahirent brusquement la Pologne déjà attaquée par les nazis allemands.
Fut-il bouleversé par cette traitrise, lui qui durant sa jeunesse pactisait ouvertement avec la Russie ? En avait-il brusquement des remords ? Y avait-il d’autres raisons ? Sa personnalité à multiples facettes, torturée,  rendent difficile la réponse à cette question. Il avait eu une vie mouvementée. Cependant, s’il s’est suicidé le jour de l’invasion russe, il n’avait de son vivant, guère fait figure de patriote.

Artiste d’avant-garde, il cultivait volontiers le cynisme et l’indifférence, à la mode un peu dans toute l’Europe.

Par cela, il avait beaucoup de points communs avec l’écrivain Witold Gombrowicz – l’un de ses amis  – Ce dernier raillait volontiers dans ses oeuvres littéraires toute forme de patriotisme – et s’expatria en vitesse en Amérique du Sud désertant la Pologne aux premières menaces de guerre. (Ben voyons !)

Pendant longtemps, comme Gombrowicz, Witkiewicz  ne fut ni aimé ni compris par la plupart de ses compatriotes. Il mena par ailleurs une vie volontiers scandaleuse, entre femmes, alcool, drogue, vie de bohême et excentricités diverses. Cependant, sa figure fut longtemps liée à Zakopane, terre de prédilection de son père et où, à son époque, se réunissaient les artistes de la nouvelle génération  (Gombrowicz, Bruno Schultz, le musicien Karol Szymonowski). Toutefois, de nos jours, ses oeuvres littéraires, philosophiques sont redécouvertes et ont commencé à susciter un certain intérêt un peu partout dans le monde. Sur le plan pictural, Witkacy, d’abord attiré par le surréalisme et le dadaîsme,  fut en fait obsédé par « la forme pure ». Voici un exemple de ses oeuvres : Paysage d’Australie ou il voyagea.

En tant que photographe, il eut également à coeur de montrer son esprit fantasque.

Il fut toute sa vie obsédé par des questions sur l’existence, se demandant quel est le sens profond de la vie.

La raison de son suicide restera toujours un  mystère.

8. GIERYMSKI Maksymilian (1846-1874)

9. et GIERYMSKI Aleksander (1850-1901)

Deux frères dont le premier mourra très jeune. Ils ont laissé tous deux des tableaux remarqués.

L’aîné, Maksymilian GIERYMSKI,  jouira d’une certaine notoriété internationale durant sa brève carrière. Il mourra en effet à l’âge de 28 ans. Faisant partie du groupe de Munich, il peignit des motifs historiques, comme l’insurrection polonaise de janvier 1863 contre la Russie, à laquelle il avait pris part à 17 ans et qui fut durement réprimée.

Il traita ces thèmes historiques de manière moins épico-héroïque que ses prédécesseurs, préférant se situer à hauteur humaine.

Mais c’est surtout dans ses paysages, tel le « Paysage au lever de soleil » qu’il fit montre d’une technique subtile de composition de la lumière et de l’ombre et d’une harmonie des tons, des couleurs et du dessin qui l’autorisent à se revendiquer d’une « forme poétique » et justifient  l’estime dont il a bénéficé dans les expositions artistiques à l’étranger.

Le cadet, Aleksander GIERYMSKI, né en 1850 à Varsovie, a été un des grands représentants du réalisme en peinture. Il fit comme son frère des études de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Munich, dont il sortira avec une médaille d’or.

Durant les années 1873-1874, il séjourna en Italie, principalement à Rome. Il en ramena deux tableaux de paysage qui éveilla l’intérêt à son retour en Pologne.

C’est certainement durant ses années passées à Varsovie de 1879 à 1888 qu’il fit montre de la plus grande création. Il y adhérait à l’association « Wedrowiec » composée d’artistes du courant positiviste, parmi lesquels Stanislaw Witkiewicz, qui aida Gierymski à se faire connaître.

Néanmoins, il lui semblait ne pas être apprécié à sa juste valeur à cette époque en Pologne ; il s’exila en France. Il peignit des paysages comme « l’opéra de Paris «  et « Vue sur la Seine ».

Il revint cependant à plusieurs reprises en Pologne, notamment à Cracovie qui lui inspira un intéressant tableau « Trumna chlopska » (La tombe du paysan).
Il passa les dernières années de sa vie en italie où il peignit des vues de Venise, de Vérone et de Rome, laissant des oeuvres imprégnées d’un réalisme profond, voire même des tableaux où il a mis « l’oeil froid du naturalisme ».

10. Josef-Marian CHELMONSKI (1849-1914)

Ce peintre est né près de Lowicz. Il étudia les Beaux-Arts à Varsovie.

Comme Gierymski, il habita ensuite à Munich, dans le groupe des artistes polonais.
En 1875, Chelmonski vint en France ; Il résida douze années à Paris où il connut son heure de popularité, spécialement auprès des marchands d’art américains.
Après son séjour, il fut également récompensé par un Grand Prix lors de l’Exposition Universelle de 1889.

Il retourna par la suite s’installer dans un petit village de Pologne. Ce nouveau contact avec son pays natal lui inspira de charmants tableaux à thème rural : « Perdrix dans la neige », « Avant l’orage », etc.
Bien qu’il ait été remarqué particulièrement pour ses tableaux hippiques, dont « L’Attelage à quatre chevaux », ses plus belles oeuvres sont deux toiles champêtres, chants lyriques automnaux consacrés à la condition paysanne :  « L’Eté de la Saint-Martin » murmurant  la rêverie d’une jeune paysanne, allongée sur le sol et « Les Cigognes »  tableau évoquant la nostalgie d’un père assis près de son jeune fils debout, habillés pareillement et observant, pendant leur pause de labeur, le départ des cigognes. Le large horizon fermant ces compositions laisse planer l’ambiguïté entre la désespérance et l’espoir des temps meilleurs.

L’Eté de la Saint-Martin, par la délicatesse de la palette, suscite lui aussi un charme indéfinissable.

11. Louis MARCOUSSIS (1878-1941)

Louis MARCOUSSIS, de son vrai nom Ludwik Kazimierz Ladislas Markus, est né à Varsovie en 1878. Il était peintre et graveur.
Arrivé à Paris en 1903, il expose au Salon d’automne de 1905. Il gagne sa vie en faisant des caricatures pour des journaux satiriques ; il fait la connaissance d’artistes comme Braque, Degas, Picasso, Apollinaire (lui aussi d’origine polonaise) qui lui fera franciser son nom en Marcoussis.
Si sa peinture est impressionniste, il se tourne vers le cubisme en 1910, dont il sera le premier graveur ; il participera à l’exposition cubiste de La Section d’Or.

Il épouse en 1913 Alice Halicka, peintre polonaise.

Durant les années de guerre, il part en Pologne, mobilisé. En 1920, il reprend ses activités dans l’association La Section d’Or, en compagnie de Braque, Serge Férat et Fernand Léger. L’association organise des expositions en France et à l’étranger. En 1925, il bénéficie de sa première exposition personnelle. Il va ensuite présenter ses oeuvres en Italie, en  Grande-Bretagneet  aux Etats-Unis.

Durant la première année de guerre, il poursuit son activité de graveur. Il décède un an plus tard. Il a laissé, en tant que graveur, des illustrations pour le recueil de Guillaume Apollinaire « Alcools », ains que pour des livres de Gérard de nerval et Tzara.

12. Boleslaw BIEGAS, sculpteur (1877-1954)

Ce sculpteur fut aussi peintre et auteur dramatique.

Il fut dans son enfance marqué par la mort de ses parents, ce qui explique son tempérament sombre, un peu morbide.

Comme le grand peintre Giotto – auquel certains l’ont comparé – il fut berger dans son enfance. S’il put faire des études à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, c’est grâce à la générosité de mécènes. Il s’installa en 1902 à Paris où il vécut jusqu’à sa mort. Il s’orienta d’abord vers différents styles de peinture : Son géométrisme d’abord s’apparente au cubisme et au surréalisme ; cependant son oeuvre fut avant tout symboliste.

Dans sa peinture, il utilisa une technique dite « sphériste ».

Il y eut plusieurs cycles dans les sculptures qu’il a laissées :

  • Chateaux mystérieux
  • La mystique infinie
  • Tableaux bleus
  • Les Vampires de guerre

Ses œuvres plus tardives évoquent des palais féeriques et illuminés, apparitions nocturnes et autres visions mystiques et oniriques de l’infini.

Son oeuvre illustre parfaitement les paroles de son compatriote, le poète Cyprian Norwid :

« Le sculpteur travaille la matière pour qu’elle cesse d’être matière ».
Cet artiste insolite s’efforça d’exprimer les grands problèmes métaphysiques :

Ses nombreuses sculptures ont pour nom : « La Douleur », « Le désespoir, », «  Le crépuscule »,  « la fin du monde », « le Silence », « l’univers », l’Humanité », « le Destin », « La Sagesse », « Le pressentiment », « le langage de la pensée », « L’Amour et la mort »… Son « sphynx » a été particulièrement admiré.

Il définit son oeuvre comme des créations « engendrées dans un éclair de clairvoyance ».
Son oeuvre plastique comprend des « portraits spirituels » particulièrement consacrés aux musiciens (Bach, Beethoven, Berlioz, Wagner et bien sûr Chopin) et aux poètes (les « trois bardespolonais » Mickiewicz, Slowacki , Krasinski  et puis Baudelaire). Rarement la sculpture a subi une telle spiritualisation, une sublimation poétique. C’est Chopin qui le fascinait le plus : il l’a sculpté cinq fois et lui a consacré trois essais poétiques.

Le plus impressionnant monument de Biegas à Chopin se trouve au Musée National à Cracovie.
Ses oeuvres théâtrales, pleines de mysticisme, sont liées à ses sculptures. « Orfida », Saturne » évoquent des rêves  peuplés de spectres.

Quand il représente Chopin, il accompagne sa sculpture tantôt de spectres, tantôt d’anges ; peut-être sous l’influence de ce qu’il savait des visions de Chopin, relatées après sa mort dans les écrits de George Sand : Le compositeur lui-même avait raconté, dans une lettre à Solange Clésinger, ce qu’il avait vécu pendant l’un de ses concerts donné à Manchester, en 1848 (une année avant sa mort) : « Il m’est arrivé une étrange aventure, tandis que je jouais ma Sonate en si bémol devant des amis britanniques… J’allais attaquer la marche, quand soudain j’ai vu surgir du coffre entrouvert de mon piano, les créatures maudites qui, dans un soir lugubre, à la Chartreuse, m’étaient apparues. J’ai dû sortir un moment pour me remettre, après quoi j’ai repris sans rien dire ».
Le poète symboliste belge Emile Verhaeren a écrit dans une lettre à Biegas : « Vos oeuvres plastiques sont des poèmes, voilà pourquoi je vous aime, surtout dans votre lutte avec la réalité profonde et frissonnante que vous douez d’une intensité telle que l’âme humaine y apparaît comme chez les vrais maîtres. ». ..

Que rajouter de plus ? Pourquoi le génial Biegas est-il presque complètement oublié de nos jours, alors que ses oeuvres furent, à son époque, à Paris, aussi prisées que celle de Rodin ?

Pour réparer cet oubli injuste, sachez qu’il existe un musée Biegas visitable – à côté du musée Mickiewicz et du musée Chopin – dans les murs de la Bibliothèque Polonaise de Paris, Quai d’Orléans à PARIS.
Voici terminée cette brève présentation d’une dizaine de peintres polonais – faite particulièrement pour ceux qui ne connaissaient pas du tout la peinture polonaise.

(Il n’y a d’ailleurs rien d’étonnant que beaucoup en France ne connaissent pas du tout la peinture polonaise, considérant que les médias n’en parlent quasiment jamais… )

Peut-être cette modeste présentation vous a-t-elle aidé à découvrir parmi ces quelques personnages et leurs oeuvres, non seulement l’âme polonaise mais cet esprit universel que la plupart des artistes polonais ont montré.
HERMINE

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Une réflexion sur “La Peinture polonaise

  1. ula

    merci bien pour presenter les peintres Polonais

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