3ème dîner autour du roi Poniatowski

Invité n° 1 : Jan Bogumil Plersch (1732-1817)

Kosciuszko à la bataille de Maciejowice.

Jan Bogumil Plersch, fils du sculpteur Jan-Jerzy Plersch, a déjà fait ses preuves en réalisant à la demande du roi, une décoration grandiose des palais royaux, notamment les plafonds du palais Lazienki et de son orangerie.
Plersch a amené un tableau représentant une scène de bataille, ce qui ne lui est pas le plus habituel, il est avant tout un décorateur d’intérieur. Il a réalisé des compositions religieuses pour différentes églises de Varsovie.
Le renom de ce peintre s’étend maintenant jusqu’à Saint-Petersbourg.
Les spécialistes de la peinture comparent son style à celui de Francesco Casanova, bien que Plersch ne soit jamais venu étudier en occident.
Jan-Bogumil PLERSCH est mort en 1817. On peut encore admirer ses réalisations au Palais Lazienski, cet édifice ayant quasi-miraculeusement résisté aux bombardements de la dernière guerre. Si vous allez à Varsovie, ne manquez pas d’aller les voir !

Invité n° 2 : Tadeusz Kuntze (1721-1793)

T. Kuntze, Fortuna 1754

Voilà un peintre qui vient juste d’arriver de Rome et il a beaucoup à raconter sur ce qui s’y passe.
Tadeusz KUNTZE (ou Tadeusz Konicz) passe en effet une grande partie de sa vie en Italie où il est un artiste réputé que les Italiens appellent „Taddeo Pollacco”.
Il est né en 1721 à Zielona Gora d’un père peintre lui-même. C’est l’un des plus remarquables peintres polonais du 18ème siècle. D’abord parrainé par l’évêque Stanislaw Zaluski, il a étudié tour à tour à Cracovie et à Rome (à l’académie de Ludovico Mazzanti).
Il a ensuite été travailler en Espagne à l’invitation du roi Ferdinand VI qui voulait lui confier l’exécution de fresques à Madrid. Mais le roi Ferdinand étant mort avant l’exécution de ces projets, Tadeusz Kuntze est revenu travailler de nouveau à Rome.
La majorité de ses oeuvres sont d’inspiration religieuse „le martyr de Saint-Bartolomé”, St Jean Baptiste et ses élèves”. Ses oeuvres les plus connues sont „Fortuna”, ainsi que les portraits du cardinal Enrico Benedetto Stuart Son style a évolué du baroque tardif et rococo au classicisme.
Ses tableaux et fresques ornent de nombreux autels de lieux de culte à Cracovie (cathédrale du Wawel, couvent des Paulins), à Varsovie et à Rome, notamment au palais Borghese, à la résidence papale de Castel Gandolfo..
Tadeusz KUNTZE est mort à Rome en 1793

Invité n° 3 : Jozef FAWORSKI, peintre (17..-1805)

Portrait de la générale Victoria Madalinska – , 1792, Musée de Varsovie

« S’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ». Cela pourrait être la devise de cet invité-là, le peintre Jozef FAWORSKI. On peut être un peintre de tendance néo-classique sans abandonner cependant certains éléments de la tradition sarmate. Jozef Faworski en est une bonne illustration.
Ce peintre, dont on ignore l’année de naissance exacte, a laissé des portraits, parmi lesquels les plus intéressants sont ceux qui perpétuent la tradition sarmate : Dans ces tableaux, le personnage, le plus souvent aristocrate, est idéalisé. (Le sarmatisme est un courant majeur dans le mode de vie et l’art polonais du XVIe au XIXe siècle, qui repose sur la croyance que la noblesse descendrait de l’antique peuplade des Sarmates) L’art sarmate est une caractéristique nationale et il apparaît que Faworski, par ailleurs personnage fort discret, désirait perpétuer cette tradition, peut-être en réaction aux influences étrangères, car, attaché à son originalité, il se voulait indépendant des tendances à la mode.
Son oeuvre la plus connue est ce portrait de Victoria Madalinska.
Faworski réalisa ses œuvres entre 1790 et 1805. Il est mort en 1805.

Invité n° 4 : Wojciech BOGUSLAWSKI, père du théâtre polonais

Un personnage hors du commun que cet invité : Wojciech BOGUSLAWSKI.
Le roi Poniatowski, qui a eu à coeur de redonner naissance au théâtre polonais, créant un Théâtre national, ne risque pas de s’ennuyer avec cet invité à sa table. C’est un artiste polymorphe, remplissant les fonctions à la fois d’acteur, chanteur d’opéra, dramaturge et administrateur du Théâtre National.

Boguslawski, né en 1757, a étudié au collège piariste de Varsovie puis à l’Académie de Cracovie. Il a alors débuté sa carrière d’acteur, et de chanteur d’opéra, en même temps il devient auteur dramatique. Son premier opéra „Nedza uszczesliwiona” selon une musique de Maciej Kamienski, fondée sur un thème populaire, fut un succès. Suivirent les comédies „L’amant et le domestique”, „Fraskatanka”…

C’est particulièrement son opéra comique „Cracoviens et Gorale” qui soulève les foules.

Boguslawski travaille avec deux compères : Franciszek Bohomolec qui a introduit des pièces de Molière et Franciszek Zablocki, satiriste. Avec Boguslawski ils sont tous trois les initiateurs de ce nouveau théâtre de Varsovie que sa Majesté apprécie.

Cet homme de théâtre fut très actif jusqu’à sa mort en 1829, donnant ses lettres de noblesse au théâtre polonais.

Invité n° 5 : Franciszek-Dionizy Kniaznin (1795), poète

Franciszek-Dionizy KNIAZNIN, né en 1750, est poète, auteur de pièces de théâtre, dramaturge et traducteur. Il a étudié au Collège des Jésuites. Lorsque l’ordre des Jésuites a été dissous, Kniaznin a été parrainé par la riche famille Czartoryski, à qui il a consacré de la poésie lyrique, des odes, des fables et des pièces de théâtre. On le reconnait à ses longues moustaches et à sa tenue, héritée de la tradition polonaise (car il n’apprécie pas la nouvelle mode „à la française” avec perruque dont le Roi est adepte et beaucoup d’aristocrates avec lui).
Résident à Pulawy, il a écrit ses oeuvres principales : La révolution de 1794 de Kosciuszko, et son poème le plus remarquable : „Hejnal pour le jour de la Constitution du 3 Mai 1791”. Il a écrit aussi un livret d’opéra „tzigane” en 1786 et une suite de poèmes „de douce mélancolie” qui lui valurent la notoriété dans tout le pays.
Il va charmer les convives avec l’un de ses tout nouveaux poèmes :

Les deux tilleuls.

Il était une fois deux tilleuls verts
Qui se saluent d’une rive à l’autre :
Se courbant l’un vers l’autre,
leurs branches se touchent.

Pourquoi la nature a-t-elle fait
cette séparation par la rivière ?
Cela leur a valu de se courber
mais sans pouvoir jamais s’unir.

Ainsi parlait Koryl devenu fou,
Pensant à la fidèle Ismène.
Et, cachant la blessure de son coeur,
A poussé un profond soupir.

Dwie lipy
Kniaznin Dionizy Franciszek

Oto dwie lipy zielone
Ze dwóch sie brzegów witaja:
Jedna ku drugiej sklonione,
Galezmi siebie tykaja.

Do czegóz rozdzial im sprawil
Okrutny odmet tej rzeki?
Sklonnosc im tylko zostawil,
Lecz sie nie zlacza na wieki.

Tak mówil Koryl zblakany,
O wiernej myslac Izmenie;
I z najskrytszej w sercu rany
Glebokie wydal westchnienie.

Hélas, ayant été témoin du partage de la Pologne entre les trois envahisseurs, et particulièrement de la destruction du palace de Pulawy par les troupes russes, le poète Kniaznin sombra dans la folie et mourut une dizaine d’années plus tard.
Franciszek-Dionizy Kniaznin est décédé en 1807 près de Pulawy (Pologne).

Invité n° 6 : Jan POTOCKI, écrivain, diplomate et archéologue (1761-1815)

Une attention toute particulière est accordée par le roi à ce ce convive qui est aussi un de ses amis proches : Jean POTOCKI.
Ce descendant de la puissante famille de magnats, les Potocki, est un brillant homme des Lumières, l’un des plus remarquables écrivains européens de cette période de la fin du 18ème siècle, notamment par le talent qu’il a montré par son roman fameux : « Manuscrit trouvé à Sarragosse », écrit en langue française.
Cependant Potocki est bien conscient de vivre à une époque où la Pologne subit des secousses politiques très graves (en dépit des efforts du roi Ponatiowski pour conserver au pays un semblant de normalité) et la vie personnelle, la psychologie de cet écrivain en sont marquées.
Il a écrit d’autres œuvres en langue polonaise, créant notamment des œuvres pour le théâtre appelées « Parades » dont la plus jouée est : « Les bohémiens ».
Jan Potocki ne se consacre pas uniquement à la littérature. Infatigable voyageur, il a écrit des ouvrages ethnologiques, historiques et des récits de voyages en Afrique du Nord et en Asie. Il a notamment effectué une longue équipée pour tenter de vérifier la véracité des racines Sarmates des Polonais et peut en parler longuement au roi.
Ce touche-à-tout de génie a fondé à Varsovie une salle de lecture publique ainsi qu’un club politique. Il vient de se faire, par ailleurs, remarquer en survolant Varsovie en ballon avec l’aéronaute français Blanchard.
Au milieu de cette vie multi-active, quelles sont ses relations avec le roi Poniatowski ? Ils ont souvent l’occasion de se fréquenter et il parle au roi d’égal à égal.
Durant ce dîner, il captive le roi et ses invités en résumant son roman « Manuscrit trouvé à Sarragosse », brillant roman d’aventures racontant l’étrange épopée d’un wallon, Van Worden, en Espagne, égaré dans la Sierra Morena hantée.
Aussi spectaculairement qu’il avait vécu, politiquement déçu par l’abdication du roi Poniatowski, Jan Potocki se donnera la mort en 1815 en se tirant une balle dans la tête.

Invité n° 7 : Julian-Ursin Niemcewicz, poète et politicien

Personnage également hors du commun, Julian-Ursin NIEMCEWICZ a beaucoup à raconter sur sa vie d’aventures.
Né en 1757 en Podlachie, c’est un écrivain, dramaturge, romancier, poète.
Niemcewicz, outre ses activités politiques en cette période troublée, a écrit des œuvres dont l’une, alors qu’il était très jeune, lui a valu grand renom : « Powrot posla » (le retour du député).
Issu de la moyenne bourgeoisie, il est entré dans le Corps des Cadets fondé par Poniatowski, avant de devenir l’assistant du prince Adam-Kazimierz Czartoryski.
Nommé député à la Diète de 1788 à 1792, il a été un fervent soutien à l’établissement de la première Constitution de Pologne par le roi Poniatowski.
Il a fondé d’ailleurs l’assemblée des Amis de la Constitution, attentifs à mettre en œuvre les dispositions de ce document.
En raison des évènements politiques polonais, il a dû émigrer une première fois en 1792 avec d’autres membres du parti patriotique polonais en Allemagne après la victoire – temporaire – des confédérés de Targowica (hostiles à la Constitution qui limitaient leur pouvoir).
Il est revenu plus actif que jamais en Pologne : Lors de l’insurrection polonaise de 1795, menée par le général Kosciuszko, il a servi d’aide à ce dernier. Tous deux ont été capturés par les Russes lors de la bataille de Maciejowice et emprisonnés à la forteresse Pierre et Paul à Saint-Pétersbourg. En 1795, ils seront relâchés aussitôt après la mort de la tsarine Catherine II, par son fils le tsar Paul Ier. Kosciuszko et lui partent alors pour les États-Unis où Niemcewicz se marie. Mais, tel un aimant, son pays natal l’attire toujours et il ne tarde pas à revenir.
Ses nombreuses œuvres comprennent des chants patriotiques relatant les exploits des rois de Pologne, un opéra, des poésies et romans.
Voici un petit extrait d’un de ses poèmes patriotiques, consacré au vaillant roi Sobieski : (Seraitce pour taquiner le roi qu’il a choisi ce poème célèbrant le courage exceptionnel d’un de ses prédécesseurs ?).

Jan III Sobieski

Przed kim osmana ulegla potega,
Kto swiezym laurem czolo swe ozdobil,
Ten po najwysza godnosc smiele siega,
Wart berla, kto sie mieczem berla dobil.
Trapil bezbronna Polske Turczyn dzili,
Polnely miasta pozarem i dymem,
Kiedy Sobieski z nielicznymi szyki
Zniosl bisurmanskie hufce pod Chocimem.

Jean Sobieski

Celui devant lequel le puissant Osman se rendit
A mérité sur son front de frais lauriers
Celui-là peut hardiment prétendre à l’honneur suprême
Il mérite le sceptre, celui qui l’a gagné par l’épée.
Les Turcs sauvagement attaquaient la Pologne,
Les villes se couvraient de feu et de fumée.
Quand Sobieski avec une vaillance démesurée
Vainquit les hordes près de Chocim.

En 1807, revenu en Pologne après que Napoléon-Bonaparte eût réussi à créer un grand-duché de Varsovie au sein de la Pologne rayée de la carte par ses voisins, Niemcewicz fut secrétaire d’Etat et président du comité constitutionnel de Pologne. Il participa héroïquement à la grande insurrection de novembre 1830 contre le tsar Nicolas 1er qui avait remplacé Alexandre 1er et se révélait un tyran pour la Pologne. Mais l’insurrection ayant échoué et les représailles par les Russes étant terribles, Niemcewicz dut encore émigrer. Cette fois, il arriva à Paris au sein de très nombreuses élites militaires et artistiques, comme son compagnon le général Karol Kniaziewicz, le tout jeune pianiste Frédéric Chopin (qu’il avait eu l’occasion de rencontrer à Varsovie), les poètes Mickiewicz et Slowacki et bien d’autres. Tous ces émigrés polonais formeront un groupe autour du prince Adam Czartoryski, exilé lui aussi, qui leur ouvrira sa porte à l’hôtel Lambert, sur l’île Saint-Louis à Paris. Niemcewicz est mort en 1841 à Paris.
Chers lecteurs, Julian NIEMCEWICZ va être le trait d’union entre l’époque du roi Poniatowski, (qui bientôt va abdiquer et mourir à Saint-Petersbourg en 1798) et le romantisme du 19ème siècle. Nous quittons donc le Palais Lazienki de Varsovie rempli de l’esprit des Lumières et disons adieu à ce roi, en espérant que ce condensé vous aura persuadé qu’il fut un souverain éclairé et que d’autre part, les peintres et penseurs qu’il a encouragés, méritent d’être aujourd’hui plus connus.
Bien que sa mémoire fût, en raison de son abdication et du partage de la Pologne, entâché d’une vague suspiscion de lâcheté face à la Russie, on ne peut pas ignorer tout ce que ce roi a apporté à la Pologne : Une constitution en avance sur son temps, un encouragement exceptionnel à la Culture et à l’Education, et de magnifiques réalisations architecturales à Varsovie. Si hélas, cette architecture a été en grande partie détruite sur ordre d’Hitler obsédé par le désir de réduire à néant toute la Culture polonaise, la vieille ville a été rebâtie fidèlement comme aux siècles passés et on peut admirer aujourd’hui notamment dans le Palais Royal, une salle de tableaux de Canaletto récupérés. Et surtout il est resté, au milieu du grand parc Lazienki, cette résidence d’été du roi Poniatowski, qui, échappée quasi-miraculeusement aux bombardements nazis, est là, dans l’exquise salle de théâtre, subsistent des plafonds peints par Bacciarelli et Jan-Bogumil Plersch, pour nous rappeler l’atmosphère des DINERS CULTURELS ROYAUX DU SIECLE DES LUMIERES EN POLOGNE.

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