1er dîner autour du prince Czartoryzski

Invité n° 1. Peintre Walenty WANKOWICZ(1799-1842)

Portrait d’Adam Mickiewicz par Wankowicz

Ce peintre, qui a réalisé ce portrait du grand poète polonais Mickiewicz (invité aussi à ce dîner) est l’un des premiers peintres romantiques venus de Pologne.
Le romantisme polonais aura un lien très fort avec les luttes de libération nationales et l’expression de l’identité de la nation. Les circonstances politiques sont très souvent présentes derrière les scènes, les paysages ou les portraits. Face à la disparition de la Pologne de la carte des Etats européens, maintenir vivante la Culture est une nécessité pour tous, que l’on soit en exil ou demeuré au pays. Ainsi, les peintres romantiques polonais sont des artistes engagés.
Wankowicz, né en 1799 a étudié la peinture à l’université de Vilnius puis à Saint-Petersbourg.
Après quelques années à Dresde en 1840, il est venu à Paris. Il a peint des portraits d’artistes comme la musicienne Maria Szymanowska (dont Mickiewicz a épousé la fille Celina) et de poètes.
Ses portraits, comme le montre ce tableau du poète Mickiewicz, sont réalisés de façon très romantique avec en fond un paysage suave.

Walenty Wankowicz est mort à Paris en 1842.

Invité n° 2 : Peintre Piotr MICHALOWSKI

Piotr Michalowski est l’un des plus éminents représentants du romantisme européen. Né à Cracovie en 1800, ce portraitiste, peintre passionné de chevaux, a produit des œuvres originales dont le succès grandit à Paris.
Il a étudié les Arts à l’Université de Cracovie de 1815 à 1820 . Durant l’insurrection de 1830, Michalowski était en charge de la manufacture d’armes et munitions. A la suite des représailles russes envers les insurgés, il a du s’exiler en France. A Paris, il s’est perfectionné dans l’atelier de Charlet. Cependant, apprenant que Cracovie s’était affranchie (provisoirement) de l’Empire autrichien, il a décidé de revenir en Pologne, tout en continuant de faire de fréquentes visites en France et en Italie.
Il a continué d’exercer un rôle administratif dans le Conseil de la ville de Cracovie, tout en s’adonnant sérieusement à son art pictural.
Il peint beaucoup de scènes inspirées de batailles de Napoléon (dont il est fervent admirateur) et des portraits de personnages polonais à cheval (comme les généraux Czarniecki et Kniaziewicz). Il réalise également des portraits expressifs d’enfants et de paysans (dont son célèbre « Senko » peint en 1846, qui lui vaut un grand succès). Son tableau également très remarqué est « la bataille de Samosierra ».
Sa peinture se caractérise par l’utilisation de techniques hardies et libres et révèle
ses sentiments très forts pour la nature et les êtres ainsi que la ferveur de son patriotisme romantique. Bien connu à Paris, il est aussi sculpteur, réalisant notamment un modèle en plâtre de Napoléon qui devait être placée dans la Cour carrée du Louvre.

Michalowski est mort à Cracovie en 1855.

Invité n° 3 : Peintre Teofil KWIATKOWSKI (1809-1891)

Polonaise de Chopin : Bal à l’hôtel Lambert

Voici un habitué des invités de l’Hôtel Lambert. Teofil Kwiatowski connaît tout le monde ici. Il est l’ami des exilés polonais les plus illustres, dont Frédéric Chopin.

Teofil KWIATKOWSKI, né à Pultusk en 1809, a lui aussi a pris part à l’insurrection de 1830, à la suite de laquelle il a dû s’enfuir.
Il deviendra l’un des artistes phares de cette génération de l’exil. Installé définitivement en France après 1832, élève de Cognet, il est le peintre du cercle des Czartoryski. Sa facture se caractérise par des effets de matière et des recherches permanentes, séduisant la critique parisienne, à commencer par l’un de ses membres les plus illustres, Théophile Gautier. Ce dernier possède même dans sa collection personnelle une de ses aquarelles, « Les sirènes ». La quintessence du romantisme polonais se trouve exprimée dans son tableau Un bal à l’hôtel Lambert, par son mélange complexe entre les références historiques, littéraires et musicales et la description de la société contemporaine.
Ainsi dans son fameux tableau « Polonaise à l’hôtel Lambert », où se mélangent étrangement figures allégoriques et invités habituels du prince Czartoryski, on peut reconnaître Mickiewicz, George Sand et le peintre lui-même qui entourent Chopin jouant au piano l’une de ses polonaises. Le prince Adam Czartoryski se dresse au centre, vêtu d’un grand manteau, ainsi que des membres de sa famille, vêtus de costumes traditionnels de l’ancienne Pologne. On remarque aussi une fillette, sans doute petite Mazovienne, pieds nus et en robe blanche, très longues nattes dans le dos, elle symbolise sa muse, tandis que de sa musique naît l’évocation du passé grandiose de la Pologne, avec ses hussards ailés, conformément à la vision relatée par Chopin qu’il a eue lors de son séjour à la chartreuse de Valdemosa.
Les autres genres de tableaux de Kwiatkowski consistent en paysages peints de façon pittoresque, jouant sur des effets atmosphériques. Les invités peuvent admirer des paysages du Morvan, région natale de l’épouse de Kwiatowski, où ce dernier a fini par s’installer Tableau particulièrement apprécié pour son atmosphère particulière : « La vallée près d’Avallon ».
Kwiatkowski est mort en 1891 à Avallon.

Invité n° 4 : Peintre Marcin ZALESKI (1796-1877)

Parmi les artistes qui sont reçus à l’hôtel Lambert, certains sont définitivement exilés et installés à Paris, d’autres, à l’inverse, ne sont que de passage à Paris, gardant toujours quelles que soient les circonstances, leur résidence principale en Pologne.
C’est un invité de passage à Paris qui prend place à la table.

Né en 1796 à Cracovie, Marcin ZALESKI se considère comme un autodidacte. Cependant, il excelle dans les vues architecturales des grandes villes et les invités de l’hôtel Lambert vont apprécier de revivre, à travers ses toiles, les lieux de Pologne qu’il a reproduit avec grande fidèlité. Zaleski a en effet appris les bases de la peinture – particulièrement la perspective – en excerçant très jeune le métier d’aide-décorateur dans un théâtre.
Il a exposé ses tableaux pour la première fois en 1828, obtenant une médaille et une bourse lui permettant de voyager en France et en Italie.
Il est rentré définitivement en Pologne en 1830 et est devenu professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie. Ses tableaux se caractérisent par le soin minutieux des détails.
Les monuments de Cracovie, de Varsovie ou de Vilnius, les intérieurs d’église sont là devant les yeux des invités, comme s’ils y étaient.

Marcin Zaleski est mort à Varsovie en 1877.

Invité n° 5 – Leon KAPLINSKI, peintre (1824-1876)

Portrait de Karol Chodkiewicz par le peintre Leon Kaplinski.

Leon Kaplinski, né en 1824 près de Varsovie a étudié le droit et la philosophie à Varsovie et Wroclaw. Tout jeune, il s’est engagé dans des groupes révolutionnaires clandestins avec lesquels il a participé à l’insurrection de 1848. Après quelques années d’emprisonnement à Berlin, il a dû émigrer alors à Paris où il est resté plusieurs années, prenant part aux activités politiques des émigrés réunis à Paris autour de l’hôtel Lambert et la famille du prince Czartoryski qu’il fréquente assidument (et dont il a réalisé un portrait). Il a perfectionné sa technique picturale à Paris dans l’atelier d’Ary Sheffer, ami de George Sand.
Parmi les invités réguliers de l’hôtel Lambert, il s’est lié d’amitié particulièrement avec le peintre Rodakowski et également le poète Norwid.
Ses tableaux les plus célèbres sont ceux consacrés à des héros comme « Vernyhora » ou bien au général insurgé Karol Chodkiewicz. Il est bien accueilli par les critiques lors de sa participation dans diverses expositions parisiennes.
Outre la peinture, il s’est consacré accessoirement à la littérature, écrivant des poèmes et une nouvelle : « Nad Wisla » (Au bord de la Vistule).

Il est retourné en Pologne où il est mort en 1873 à Miroslaw.

Invité n° 6 : Poète Adam MICKIEWICZ

Le dîner ne va pas manquer de conversation passionnée. Voici que s’installe l’un des plus fougueux activistes politiques : le poète Mickiewicz.
Avec le 19ème siècle et son romantisme, les poètes polonais ne manquent pas, ils mettent leur lyrisme pour crier au monde les malheurs de leur patrie dépecée et pour chanter son passé glorieux dans des œuvres toutes empreintes de mysticisme.
Adam Mickiewicz, né en 1798 en Lituanie, auréolé de sa réputation de plus grand poète romantique polonais, est considéré comme un équivalent polonais de Victor Hugo.
Il a fait ses études à l’Université de Vilnius à la faculté d’histoire et philologie, où de forts mouvements révolutionnaires agitaient le monde étudiant, en rebellion contre le pouvoir absolu du tsar de Russie qui avait pris possession, après le troisième partage de la Pologne, de cette partie de l’ancien grand royaume de Pologne-Lituanie. Mickiewicz, étudiant, est déjà l’un des activistes de l’association patriotique clandestine des Philomates. Assigné à résidence en Russie, il se retrouve à Odessa, Moscou et Saint-Petersbourg, introduit dans le milieu des élites progressistes intellectuelles, il y fréquente notamment Pouchkine.
Par la suite, c’est à Dresde qu’il écrit en partie son drame romantique « Les Aieux » (Dziady).
Apprenant alors le soulèvement sanglant survenu en Pologne en 1830, ayant tenté en vain d’y retourner, il s’installe à Paris où il est introduit dans le cercle des intellectuels émigrés que réunit à l’Hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis le prince Czartoryski. Il s’y lie d’amitié avec les plus glorieux contemporains, Chopin bien sûr, mais aussi Michelet, Hugo, George Sand, Lamennais, etc…
Mickiewicz a épousé en 1834 Célina (fille de la pianiste Maria Szymanowska) avec qui il aura six enfants. Il obtient en 1840 la chaire des littératures slaves qui vient d’être créée au Collège de France. De grands noms veulent assister à ses cours passionnés.
Rien ne semble l’arrêter. Son activisme politique, guidé par le but de faire ressusciter la Pologne, le pousse à participer au « Printemps des Peuples », créant une légion polonaise en Italie, demandant l’appui du Pape pour soutenir cette floraison de révolutions à travers les pays d’Europe en 1848. De nombreux émigrés adhèrent à sa cause. Rentré en France, Mickiewicz est nommé bibliothécaire de l’Arsenal.
Lorsque sa femme meurt, Mickiewicz demande une mission en Turquie, voulant s’impliquer entièrement. Il part pour Istanbul en 1855. Il contracte le choléra peu après et expire en novembre 1855.
Son corps a été ramené au cimetière de Montmorency, et par la suite transporté solennellement au Wawel de Cracovie.

Son œuvre est immense. Outre ses deux plus célèbres ouvrages « Dziady » (les Aïeux) et « Pan Tadeusz », innombrables sont ses sonnets inspirés par la nature, le patriotisme, l’amour, etc..
Voici un petit exemple de son talent : quelques vers inspirés par le patriotisme, extrait de son œuvre « les Aieux ». (ce fragment a reçu la traduction ci-dessous faite par George Sand) :

Teraz dusza jam w moje ojczyzne wcielony,
Cialem polknalem jej dusze,
Ja i ojczyzna to jedno.
Nazywam sie Milijon – bo za milijony
Kocham i cierpie katusze.
Patrze na ojczyzne biedna,
Jak syn na ojca wplecionego w kolo ;
Czuje calego cierpienia narodu,
Jak matka czuje w lonie bole swego plodu.
Cierpie, szaleje – a Ty madrze i weselo
Zawsze rzadzisz,
Zawsze sadzisz,
I mowia, ze Ty nie bladzisz !

Mon âme est incarnée dans ma patrie :..
J’ai englouti dans mon corps toute l’âme de ma patrie !
Moi, la patrie, ce n’est qu’un.
Je m’appelle Million – car j’aime et je souffre
Pour des millions d’hommes.
Je regarde ma patrie infortunée
Comme un fils regarde son père livré au supplice de la roue ;
Je sens les tourments de toute une nation,
Comme la mère ressent dans son sein les souffrances De son enfant.
Je souffre ! Je délire !..

Invité n° 7 : Poète SLOWACKI Juliusz. (1809-1849)

Plus modeste, le second poète invité n’en est pas moins fort apprécié pour ses œuvres où sa sensibilité exacerbée explose à chaque ligne.
Né en 1809 , Slowacki est un esprit profondément romantique. Outre ses poèmes (tel « Le pape slave », ses œuvres les plus connues sont « Mazepa », « Lilla Weneda » , « Kordian », « Balladyna ».
Dans « Balladina », pièce de théâtre en vers, il décrit les tourments de deux sœurs, Alina et Balladyna, aux antipodes l’une de l’autre, représentant l’une le bien, l’autre la cruauté. L’action se situe aux temps proto-slaves, au bord du lac Goplan, endroit que la légende décrit comme le point initial de la création de la Pologne. Parmi les personnages mythiques apparait dans cette pièce la déesse du lac, Goplana.

Outre ces œuvres célèbres, il a composé des poèmes et mélodies, en voici une avec laquelle il va terminer ce premier dîner à l’hôtel Lambert. (mélodie qui sera mise en musique par la suite par Lutoslawski).

Premières étoiles.
J’irai où les premières étoiles dans le ciel,
Je traverserai les cimes des montagnes,
Je regarderai les cygnes flottant dans le ciel,
Et je courrai où ils courent.

Car partout, derrière la mer et ailleurs,
N’importe où, mes tristes pensées me devancent
Tout m’est triste et tout est pareil,
Partout je vais mal et je sais que tout ira mal !

Pierwsze gwiazdy
Skad pierwsze gwiazdy na niebie zaswieca,
Tam pojde, az za ciemnych skal drawedzie.
Spojrze w lecace po niebie labedzie
I tam polece, gdzie one poleca.

Bo i tu, i tam, za morzem i wszedzie,
Gzie tylko posle przed soba mysl biedna
Zawsze mi smutno i wszedzie mi jedno,
Wszedzie mi zle i wiem, ze zle bedzie !

Slowacki est mort en 1849. D’abord inhumé au cimetière de Montmartre, son corps a été ramené au Wawel de Cracovie.

A jeudi prochain à l’hôtel Lambert !

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Une réflexion sur “1er dîner autour du prince Czartoryzski

  1. ula

    j’aime bien la poesie de Slowacki, genial

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