2ème dîner autour du prince Czartoryski

Invité n° 1 : Peintre Maksymilian PIOTROWSKI (1813-1875)

« La légende de la princesse Wanda »

Le premier invité, de passage en France, apporte une de ses oeuvres particulièrement romantique par son thème d’abord puisqu’il s’agit de la représentation d’un figure légendaire de la Pologne, la princesse Wanda, fille du roi des Vislanes, Krakus, qui aux temps proto-slaves avait préféré mourir que d’épouser l’ennemi Rydigier, prince belliqueux germanique.

Maksymilian Piotrowski, né en 1813 à Bydgoszcz, a commençé des études de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Berlin puis il s’est perfectionné en Italie.
Emprisonné en 1848 pour sa participation au mouvement révolutionnaire surnommé „Printemps des Peuples”, il a continué à se consacrer à la peinture de type romantique.
En 1858, de retour à Cracovie, Piotrowki a réalisé son célèbre tableau : „La Mort de la princesse Wanda”. Ce tableau a été fort bien accueilli des critiques polonais et allemands, ces derniers croyant y voir une réminisence de romantisme germanique dans son expression dramatique.
Autre inspiration, Piotrowski a consacré quelques tableaux à la représentation des deux insurrections de 1848 et de 1863, ainsi qu’à des évènements de l’histoire de la Pologne comme „le roi Jagiello devant le cadavre de Jadwiga” ou „Avant la bataille de Grunwald”.
Piotrowski est mort en 1875 et enterré à Bydgoszcz, où l’on peut voir certaines de ses oeuvres dans l’église Pierre et Paul de cette ville.

Invité n° 2 : Peintre Jozef SZERMENTOWSKI (1833-1876)

Szermentowski est l’ami du poète Cyprian NORWID, ( invité à ce même dîner).
Jozef SZERMENTOWSKI, né en 1833 à Bodzentyn, est par excellence un peintre-paysagiste. Il a étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Varsovie où il a fréquenté l’atelier de Gerson et il a été également l’élève de Juliusz Kossak.
Il est parti à Paris en 1860… tout en revenant fréquemment en Pologne. Influencé par les peintres de l’école de Barbizon, (notamment Théodore Rousseau), il s’est orienté vers les paysages de campagne et peint souvent des paysages de Pologne. (forêts, vue sur Sandomierz, „route vers le village”) et produit aussi des tableaux représentant des scènes de vie („Enterrement paysan”, „Scène de marché”, „Eglise rurale”, Au parc”), sensible aux conditions sociales de la population. („Les orphelines”).

Tout comme son ami Norwid en poésie, le peintre Szermentowski, parti du romantisme, a su apporter au fil de son oeuvre, quelque chose qui ressemble à un élan nouveau.

Les invités de l’hôtel Lambert apprécient, après s’être émus devant les monuments de villes figurant sur les oeuvres de Marcin Zaleski, de pouvoir revoir les paysages polonais de leur enfance, représentés par Szermontowski.
L’un de ses tableaux où il a su rendre à merveille l’atmosphère tranquille campagnarde, est généralement le plus remarqué : „Bétail descendant vers l’abreuvoir”.

Ce peintre est mort en 1876 à Paris et enterré, comme le général Kniaziewicz et Niemcewicz, au cimetière des Champeaux à Montmorency.

Invité n° 3 : Peintre RODAKOWSKI Henryk

« Henri de Valois devenu roi de Pologne »

Autre invité de passage : Le peintre Henryk Rodakowski. De style plutôt académique, sa peinture n’en est pas moins fort expressive.

Né à Lwow en 1823, Rodakowski a étudié à Vienne et à Paris, avant de rentrer en Pologne en 1867 .
Il peint des scènes historiques et des portraits très expressifs, remarqués pour la qualité du dessin et des couleurs, ainsi que par l’atmosphère rendue. Ainsi, son tableau allégorique dans lequel il a peint un cardinal anonyme, en train de prêcher, fut remarqué particulièrement pour la force de son expression. Rodakowski avait voulu réagir, à cette époque, contre les attaques anti-cléricales de certains milieux libéraux.
Cependant, son œuvre la plus importante fut la série des maréchaux, qui lui fut commanditée par le Gouvernement, parmi eux, le portrait du noble Wlodimierz Dzieduszycki, représenté en zupan (habit traditionnel sarmate), dans une attitude plein de naturel, fut considéré comme son meilleur ouvrage.
Rodakowski a pris peu avant sa mort les fonctions de directeur de l’Ecole des Beaux-Arts.

Il est mort en 1894 à Cracovie.

Invité n° 4 : Peintre KOTSIS Aleksander (1836-1877)

Invité de passage, Kotsis évoque par ses œuvres une nouvelle tendance dans la peinture polonaise dont il va longuement parler avec ses invités :
La peinture de paysage est entrée dans une phase déterminante en Pologne sous l’influence du romantisme. Les poèmes de Mickiewicz ou d’autres, Pan Tadeusz » en tête, vantent maintenant la beauté des paysages de Pologne qui rivalisent avec l’Italie. En écho, les artistes se tournent désormais vers la recherche de sites naturels locaux. La vogue des Tatras prend alors son essor : cette chaîne de montagnes du sud du pays va jouer un rôle de « paradis perdu » et de vecteur d’évasion pour plusieurs générations.

Aleksander KOTSIS, né en 1836 à Ludwinow, a étudié à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie. Une bourse lui permet d’étudier ensuite à l’Académie de Vienne.
Le peintre peint de nombreux tableaux représentant les montagnes polonaises (Tatry), admirant autant ses paysages grandioses que la vie des paysans (gorale). Son talent de coloriste est remarquée dans l’ensemble de son œuvre.
Cependant, Kotsis souffre de s’entendre reprocher par les critiques une technique sommaire. Il préférera de ce fait réaliser des tableaux pour lui-même, peignant des intérieurs d’humbles chaumières.

Kotsis est mort en 1877.

Invité n° 5 : Karol-Otto KNIAZEWICZ (1762-1842)

Un général-peintre ? Voilà qui est bien insolite. Pourtant Karol KNIAZEWICZ, habitué de l’hôtel Lambert, a amené son tableau, « Vue sur Montmorency » , la peinture étant son violon d’Ingres depuis qu’il s’est installé sur les hauteurs de Montmorency.
Ce militaire, unanimement respecté et honoré, a bien mérité un peu de repos. Il a participé à tant de luttes qu’il peut nous en parler pendant des heures. C’est un ami du poète Julian Niemcewicz, qui, après avoir été l’hôte des dîners du roi Poniatowski à Varsovie, a émigré aussi à Paris dans le groupe des amis de l’hôtel Lambert.
Karol Kniazewicz a fait ses études à l’école militaire des cadets de Varsovie fondée par le roi Poniatowski. Il a combattu à cette époque en tant que lieutenant aux côtés de Kosciuszko lors des combats sanglants de Maciejowice contre les Russes et les Prussiens en 1794 qui lui valurent d’être fait prisonnier avec Kosciuszko et d’autres combattants polonais. Ils furent heureusement libérés deux ans plus tard à la mort de la tsarine Catherine, par son fils le tsar Paul.
La Pologne ayant été dépecée, il s’est retiré en Galicie et est entré eu service des armées napoléoniennes, notamment sur le Rhin. Sa grande bravoure et son physique très avantageux lui attirent l’admiration sur son passage. Mais il fut blessé à la Berezina et, après la chute de Napoléon, il a dû s’exiler. Il a soutenu l’insurrection de 1830 en étant chargé d’affaires du gouvernement national polonais à Paris et en aidant ses compatriotes émigrés qu’il accueille généreusement. S’y mélangent également d’illustres Français comme le baron Gros, Hector Berlioz.
C’est ainsi qu’il s’est fixé à Montmorency, y acquérant une belle maison en lisière de la forêt. … Et que lui est venue cette seconde vocation, la peinture. De sa demeure, il jouit d’une pittoresque vue sur la vallée ; on aperçoit sur son tableau la collégiale de Montmorency et le lac d’Enghien.

Kniaziewicz est mort en 1842 et est enterré au cimetière de Montmorency, inaugurant la vague des nombreuses personnalités polonaises à y reposer, comme son grand ami le poète Niemcewicz.

Invité n° 6 : Poète KRASINSKI Zygmunt (1812-1859)

Le comte Napoléon-Stanislaw-Zygmunt KRASINSKI, né en 1812, a étudié à l’Université de Varsovie puis s’est exilé à Genève où il a rencontré Adam Mickiewicz. Ensuite à Paris il a eu une longue liaison avec la comtesse Delfina Potocka, (connue pour son amitié avec Chopin). Il a épousé ensuite la comtesse Eliza Branicka.
Krasinski est surtout connu pour ses idées philosophiques messianiques, notamment par son ouvrage « Nie-Boska Komedia » (la non-divine Comédie) Cet ouvrage décrit la tragédie d’un ancien monde de type aristocratique, qui sera remplacé, annonce-t-il, par la démocratie.

Ses écrits sont remplis d’intrigues influencées par la fiction gothique. Il y montre sa fascination pour la face extrême de l’être humain comme la haine, le désespoir et la solitude. Il a laissé également de beaux poèmes comme sa « Melody » mis en musique par Chopin.
C’est avec cette « Melody » qu’il va agrémenter notre dîner.

Melody
Z gor gdzie dzwigali strasznych krzyzow brzemie,
Widzieli z dala obiecana ziemie.
Widzieli swiatlo niebieskich promieni,
Ku ktorym w dole ciagnelo ich plemie,
A sami do tych nie wejda przestrzen !
Do godow zycia nigdy nie zasieda,
I nawet moze zapomnieni beda.

Mélodie
Des montagnes d’où ils portaient de lourdes croix,
Ils voyaient de loin la terre promise,
Ils voyaient la lueur des flammes bleues
Vers lesquelles dans la nuit les attirait leur tribu,
Mais eux-mêmes n’entreront pas dans ces lieux !
Ils ne s’assiéront pas au divan de la vie,
Et même peut-être seront-ils oubliés.

Invité n° 7 : Poète NORWID Cyprian (1821-1883)

D’origine noble, (par sa mère, il est même de sang royal, descendant du roi Sobieski), ce poète n’en est pas moins d’une modestie qui n’a d’égal que son immense talent plein d’originalité. S’il est connu surtout comme poète, il fut depuis son plus jeune âge excellent dessinateur.
Né près de Cracovie en 1821, il a voyagé beaucoup dans sa jeunesse, après avoir quitté la Pologne occupée, a vécu des années d’errance. Après un séjour aux Etats-Unis, il s’installe cependant durablement à Paris où il se consacre jour et nuit aux arts.
Mais il est trop désintéressé pour savoir gagner de l’argent et ses œuvres sont trop en avance sur son temps. Commençant par la poésie romantique, son style n’a pas tardé à tant évolué au fil des années que beaucoup voient en lui un précurseur de la poésie moderne.
Homme de multiple talent, il est depuis son enfance également dessinateur de talent. Il a même fréquenté l’Académie des Beaux-Arts de Florence ; puis il a fait des études sur l’archéologie étrusque.
Dans les salons où il est parfois invité, il a fait la connaissance avec une femme très brillante, Maria Kalergis, Polonaise divorcée d’un Grec fortuné, qui sera réputée comme mécène et pianiste, autant que pour sa grande beauté. L’écrivain Théophile Gauthier ne l’a-t-il pas chantée sous le surnom de « Sphynx des neiges » ? Norwid en tombe éperdument amoureux et ce sera l’un des tourments de sa vie. Il suit la jeune femme qui fréquente les capitales européennes. Dans ces voyages, il perd ses papiers, se retrouve en prison.
Revenu en France, débute pour lui une période de pauvreté. En Pologne, ses biens ont été confisqués par les Russes. Il doit travailler comme ouvrier à Montmartre et comme bûcheron dans la forêt de Fontainebleau.

Norwid a connu Chopin durant la dernière année de la vie du musicien.
Il écrivit son poème célèbre : « le piano de Chopin » à la suite d’une nouvelle venant de Varsovie : Lors de l’insurrection de 1863, à titre de représailles, les soldats russes pillèrent et détruisirent de nombreux vestiges de la culture polonaise. Du troisième étage de l’appartement de la sœur de Chopin, le piano de jeunesse du compositeur fut défenestré et brûlé. (Vous trouverez la version polonaise et la traduction française de cet émouvant poème de Norwid « Le piano de Chopin » sur la page « Poésie polonaise » de ce site).
Ci-après un court poème « le ciel et la terre » de Norwid figurant dans son œuvre-maîtresse qu’il nomma « VADE MECUM » qui est aujourd’hui considéré comme un joyau de la poésie.

Niebo i Ziemia
« Rzeczywistym badz ! Co ? Ci sie wciaz o niebie troi,
Podczas gdy grob, pradami nieustannemi,
Kosci twoich, prochow twych pozada !
– Och ! Tak, wszelako, gdziekolwiek czlowiek stoi,
O wielekroc wiecej niebos oglada,
Nizeli ziemi…

Le Ciel et la Terre
« Sois réel ! – Tu rêves toujours le ciel,
Imminente la tombe par des influx incessants
Elle convoite tes os et tes cendres !
– Oh oui ! Pourtant où qu’il soit
L’homme voit plus de ciel
Que de terre…

Norwid est mort en 1883 à Paris, dans la quasi-misère. D’abord enterré dans la fosse commune du cimetière de Montmorency, sa dépouille a été transférée au Wawel de Cracovie.

Ce n’est qu’après sa mort que les éloges se firent vraiment entendre.
Chers lecteurs, il est temps de quitter maintenant l’hôtel Lambert. Le prince Czartoryski est mort. Les artistes qu’il a contribué à faire connaître à Paris ont laissé la place à d’autres peintres et penseurs polonais qui, pour la plupart, seront guidés par le patriotisme tendant à faire renaître leur pays partagé entre les trois envahisseurs. Souvent ces artistes voyageaient, souvent aussi ils se retrouvaient à Cracovie qui, dépendant de l’Autriche, jouissait d’une plus grande liberté culturelle que d’autres villes de Pologne placées sous influence russe ou allemande.
C’est donc à Cracovie, sous l’égide du maire, Jozef Dietl, que nous aurons de futurs dîners faisant connaissance avec des peintres polonais dont les œuvres vont quitter le courant romantique pour se tourner résolument vers le réalisme historique puis progressivement vers l’impressionnisme à l’aube du 20ème siècle.

A bientôt à Cracovie, si vous le voulez bien !

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Catégories : 8 - Dîners royaux du jeudi | Un commentaire

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Une réflexion sur “2ème dîner autour du prince Czartoryski

  1. ula

    j’spprecie votre travail , c’est tres interessant

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