2ème dîner du jeudi à la Halle aux Draps de Cracovie

Nous revoici en plein cœur de la cité royale de Cracovie, autour du Maire Jozef DIETL, entouré de ses invités, tous peintres polonais de talent.

Invité n° 1 : Peintre Artur GROTTGER (1837-1867)

Né en Podolie en 1837, c’est d’abord avec son père qu’il apprend le dessin. Il poursuit ses études de peinture à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie et à l’Académie de Vienne jusqu’en 1859, où il travaille à l’illustration de magazines. Après être revenu en Pologne, il doit quitter à nouveau le pays pour raison de santé et s’installe dans le sud de la France.
Grottger est avant tout un barde de la tragédie de l’insurrection de janvier 1863. Ses quatre cycles de dessins au crayon l’ont rendu célèbre. Ils représentent une vision douloureuse de vies humaines brisées (des demeures en ruine et des relations humaines détruites).
Outre ses tableaux à thème insurrectionnel, il réalise des portraits, des scènes de genre et des compositions historiques imprégnées de poésie. L’un de ses tableaux les plus remarqués est empreint de symbolisme : « Fermier à la prière du soir ».

Artur Grottger, comme beaucoup d’artistes polonais du 19ème siècle, voyage beaucoup entre la Pologne et la France. C’est d’ailleurs en France qu’il est mort en 1867, à Amélie-les-Bains.

Invité n° 2 : Peintre Stanislas WITKIEWICZ (père) (1851-1915)

Paysage des Tatras

Ce peintre est venu rejoindre les invités de Dietl, délaissant brièvement pour l’occasion ses bien-aimées montagnes du sud de Cracovie. Il habite à Zakopane.

Stanislas Witkiewicz (père), né en 1851, est à la fois un peintre et architecte – créateur du “style de Zakopane” – et un écrivain réaliste.

Ses parents ont été exiles à Tomsk à la suite de l’insurrection contre les Russes. Après leur retour en grâce, Witlkiewicz a pu étudier la peinture à l’Académie de Saint-Petersbourg de 1868 à 1861 puis à l’école de Munich qui était alors réputée. Il y a fait connaissance avec d’autres écrivains polonais qui y étudiaient : Aleksander Gierymski, Jozef Chelmonski, Henryk Siemiracki. Il rentre alors à Varsovie, sympathisant avec la célèbre comédienne Helena Modrzejewska , les écrivains Boleslaw Prus et Henryk Sienkiewicz et tout ce petit monde va se prendre d’affection pour la station de haute-montagne pas très éloignée de Cracovie : Zakopane et pour ses paysages grandioses. Lorsque, en 1886, Witkiewicz découvre les Tatras, il est fasciné par la beauté des montagnes autant que par le folklore de ses habitants. Il s’y installe, créant dans la petite ville un style architectural très apprécié qu’on nomme depuis « style de Zakopane ».
Witkiewicz travaille comme peintre, illustrateur et critique d’art, rédacteur du magazine « Wedrowiec (le voyageur). Marié, il a un fils Stanislas-Ignacy (surnommé Witkacy) qui deviendra très célèbre lui aussi comme peintre et écrivain plein d’originalité.
Stanislas Witkiewicz père reste toute sa vie très marqué par Zakapone. Cependant, son état de santé l’oblige à séjourner en Croatie où il est mort en 1915. Sa dépouille a été ramenée en Pologne, où il repose dans sa station bien-aimée de Zakopane.

Invité n° 3 : Peintre Jozef CHELMONSKI (1849-1914)

On s’aperçoit en voyant les œuvres apportées par les invités au dîner que la peinture polonaise, à l’aube du 20ème siècle naissant, est en train de se tourner vers un style nouveau. L’historicisme, s’il existe encore, se teinte d’impressionnisme. Et celui-ci en est un exemple frappant.
Né en 1849 près de Lowicz, Jozef Chelmonski a étudié en 1867 dans la classe de dessin de Varsovie dans l’atelier de Gerson, puis à l’Académie de Munich, dans le groupe des artistes polonais. Il a visité l’Italie, fait des excursions en Podolie et en Ukraine. Il a peint des scènes de chasse et des scènes de la vie rurale. Le réalisme empreint de lyrisme de ses paysages attirent l’attention. C’est particulièrement son tableau « L’attelage à quatre chevaux au galop » qui lui a apporté la célébrité en Europe.
En 1875, le peintre est venu à Paris où il est devenu très populaire grâce à l’originalité de ses tableaux. Il a travaillé en qualité d’illustrateur à Paris pour « le monde illustré ». Il a résidé douze années à Paris où il a connu son heure de popularité, spécialement auprès des marchands d’art américains.
Après son séjour, il a été également récompensé par un Grand Prix lors de l’Exposition Universelle de 1889.
Il est retourné cependant s’installer dans un petit village de Pologne. Ce nouveau contact avec son pays natal lui a inspiré de charmants tableaux à thème rural : « Perdrix dans la neige », « Avant l’orage », etc.
Bien qu’il ait été remarqué particulièrement pour ses tableaux hippiques, dont « L’Attelage à quatre chevaux », ses oeuvres les plus charmantes sont deux toiles champêtres, chants lyriques automnaux consacrés à la condition paysanne : « L’Eté de la Saint-Martin » murmurant la rêverie d’une jeune paysanne, allongée sur le sol et « Les Cigognes » tableau évoquant la nostalgie d’un père assis près de son jeune fils.
Chelmonski est renommé pour son exceptionnel sens de l’observation, sa capacité de percevoir les plus subtils détails offerts par la nature.
Jozef Chelmonski est mort à Kuklowka en 1914

Invité n° 4 : Peintre Wladyslaw CZACHORSKI (1850-1911)

Voici un artiste qui a son style bien à lui, en dehors des modes.
Wladyslaw Czarchorski, né à Lublin en 1850, a étudié dans la Classe de Dessin de Varsovie, puis à l’Académie de Dresde, enfin à l’Académie de Munich.
Il voyage alors en Italie et en France entre 1874-1877. Il peint des scènes costumées inspirées de pièces de théâtre de Shakespeare et d’autres dramaturges, des portraits et des natures mortes.
Il a eu un grand succès en réalisant des portraits réalistes de femmes vivant dans de riches demeures, tableaux admirés pour leur atmosphère raffiné et pour le souci du détail. Ce monde idéalisé est fort agréable aux regards des invités.
Wladyslaw Czarchorski est mort en 1911.

Invité n° 5 : Peintre Witold PRUSZKOWSKI (1846-1896)

« L’étoile filante »

C’est une atmosphère bien particulière qui se dégage des tableaux de cet artiste.
Né en 1846 près d’Odessa, Witold Pruszkowski a étudié d’abord la peinture et le dessin à Paris avec Gorecki, puis à l’Académie de Munich, ensuite à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie en 1872 auprès de Jan Matejko. Il peint des scènes champêtres, des tableaux tirés de contes et de légendes, en associant le fantastique au réalisme, pour donner une ambiance romantique particulière.
Il n’hésite pas à représenter notamment des visions poétiques inspirées des œuvres de Slowacki, Krasinski et Chopin, ainsi que des paysages subtils et mélancoliques.

Witold Pruszkowski est mort à Budapest en 1896.

Invité n° 6 : Peintre Franciszek ZMURKO (1859-1910)

« Portrait de femme »

Franciszek ZMURKO, né en 1859, a étudié à l’école des Beaux-Arts de Cracovie, sous la conduite de Jan Matejko, Cependant, lui aussi a son style très particulier, inclassable.
C’est un peintre de salon. Il a réalisé des portraits, des compositions antiques, des tableaux exotiques, historiques, religieux, ayant acquis sa popularité par ses portraits de femmes aux couleurs suaves.
Grace à une bourse de François-Jozef, il a étudié quelques mois à Rome.
Il a exposé à la galerie d’art de Varsovie et de Cracovie, ainsi que dans les expositions internationales de Paris, Londres, Chicago et San Francisco. Ses tableaux de nus, peints dans des tons dorés, remportent un grand succès.

Zmurko esr mort en 1910 (après avoir, lui aussi, fait cadeau, suivant l’exemple de Semiradzki, de quelques-uns de ses tableaux pour l’essor du musée de la Halle aux Draps de Cracovie).

Invité n° 7 : Peintre PODKOWINSKI (1866-1895)

« Extase »

Le dernier invité est le plus jeune. C’est un artiste très libre, parfois scandaleux.
Wladyslaw PODKOWINSKI est né à Varsovie en 1866. Il a fréquenté l’école de dessin de Varsovie où il a été l’élève de Gerson. En 1884 il a travaillé pour la revue Tygnodnik ilustrowany, en réalisant de nombreux dessins de la vie quotidienne.
Il a pris un nouveau tournant en découvrant la peinture impressionniste lors de son séjour à Paris en 1889. C’est à Paris que sont parus ses premiers tableaux impressionnistes.
De retour en Pologne, il a réalisé d’excellents paysages impressionnistes, vibrants de lumière et de couleurs.
En 1892, il se tourne vers le symbolisme en peignant des tableaux aux couleurs sombres, remplis de visions fantastiques (tel ce tableau intitulé « Extase » à l’atmosphère érotique). Cette atmosphère hautement sensuelle qui se dégage de certains de ses tableaux a été parfois critiquée.
Le peintre, aux mouvements d’humeur imprévisibles, a créé la confusion, lors d’une exposition, en donnant un coup de couteau dans son tableau sans plus d’explication !

Podkowinski est mort en 1895.

Chers lecteurs, il nous faut à présent quitter les dîners culturels. En même temps que des bouleversements politiques, de grands changements dans l’Art a commencé. La Pologne, après la première guerre mondiale va retrouver enfin l’indépendance politique et les artistes, plus que jamais épris de liberté et de plus en plus nombreux, vont se tourner vers le modernisme. Il y aura encore beaucoup d’impressionnistes et des symbolistes (tel le fameux Wyspianski), et aussi les peintres du mouvement « Jeune Pologne » (Jan Stanislawski et Karpinski), des fauvistes (tel Pankiewicz), des formistes (tel Witkacy), et le groupe des kapistes (colorisme polonais), etc… pour finir par l’art abstrait avec Kantor, Berlewi, Jan Cybis et bien d’autres.

Si vous voulez aujourd’hui admirer plus avant les œuvres des peintres polonais, le musée – inauguré par Jozef DIETL – est toujours là au premier étage de la Halle aux Draps de Cracovie.
Bonne découverte !

Et en attendant, j’espère, grâce à ces mécènes entourés de leurs invités, vous avoir persuadés que la peinture polonaise est injustement méconnue (ne protestez pas, chers lecteurs, interrogez les Français au hasard et vous verrez qu’ils ne peuvent citer aucun nom de tous ces innombrables peintres polonais, et c’est normal car les médias ont fait inexplicablement l’impasse sur toute la peinture polonaise).
Aussi, si elle a pu contribuer, ne serait-ce qu’un tout petit tout petit peu, à faire connaître ces artistes de valeur, la petite Hermine n’aura pas perdu son temps et s’en réjouit.

HERMINE

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