Varsovie en Fête – Cérémonies du 3 Mai, fête de la Constitution

Le 3 mai de cette année 2012, nous sommes venus à Varsovie assister aux cérémonies de commémoration de la Constitution, date qui est devenue la fête nationale en Pologne.

La Constitution Polonaise… Si elle est toujours célébrée, chaque année, avec autant de ferveur, par les Polonais, c’est qu’elle revêt une importance bien particulière à leurs yeux, par les conditions historiques où elle fut élaborée, par l’esprit dans lequel elle fut écrite, enfin par le symbole qu’elle est devenue.

Rappelons d’abord que la Constitution polonaise est la première Constitution d’Europe. (seule la Constitution des Etats-Unis l’a devancée de peu). Elle a été élaborée et adoptée le 3 Mai 1791, œuvre du roi Stanislaw-August Poniatowski qui règnait alors sur la Pologne, avant que le pays soit démantelé en cette fin du 18ème siècle.

Pour en rappeler l’esprit, il me faut évoquer en quelques mots la personnalité et la volonté du roi Poniatowski (en montrant le moins possible de partialité envers ce personnage qui fut et reste controversé – sans doute en raison de la situation dramatique du pays alors, dont certains le tiennent pour responsable au moins en partie).
Je resterai neutre à son égard car s’il est vrai qu’on peut lui reprocher une certaine attitude équivoque envers la principale menace de la Pologne d’alors – Catherine de Russie (qui fut d’ailleurs sa maîtresse dans sa jeunesse), lui reprocher encore sa mollesse à abandonner, au bout de trente ans, le trône et accepter le partage du pays, alors que des « lions » de son entourage (notamment son neveu le bouillant Jozef Poniatowski, tout autant que le général Kosciuszko) ne demandaient qu’à continuer le combat contre les envahisseurs, il n’en demeure pas moins qu’il a en contrepartie fait tout son possible durant son règne pour que la Culture polonaise continue à briller (à ce sujet, voir « les jeudis culturels royaux »  sur ce site), et pour moderniser les structures politiques et sociales de la Pologne.
Cette Constitution est l’illustration de cette volonté de changements sociaux, dont la Pologne avait bien besoin. Le pays en effet était sous l’influence écrasante de ses aristocrates et particulièrement des « magnats », nobles dont la richesse et le pouvoir dépassaient celles du roi lui-même et qui, s’appuyant sur des lois anciennes, n’entendaient pas laisser rogner leur immense pouvoir. Ils affrontèrent longuement le roi désireux d’élaborer de nouvelles règles plus démocratiques ; et certains d’entre eux (formant les confédérés de Targowica) n’hésitèrent pas, pour ce faire, à s’allier avec l’envahisseur russe ! On peut donc imaginer que tout n’était pas simple pour le roi, même après l’adoption de la Constitution en 1791… Et il prit finalement le parti d’abdiquer quelques années après.
Poniatowski étant véritablement un « homme des Lumières », très cultivé, acquis aux nouvelles idées venues de France, c’est tout naturellement au philosophe français Jean-Jacques Rousseau qu’il eut recours pour la rédaction de cette constitution.

Voilà pour l’historique sommaire. En cette année Rousseau, rendons hommage en passant à ce grand Français (qui se montra polonophile durant toute sa vie).

Nous voici donc ce matin du 3 Mai devant la place du Palais Royal – place centrale de Varsovie où se dresse le Palais Royal, rutilant, entièrement reconstruit après sa destruction sur l’ordre d’Hitler. (voir pour son historique la rubrique « Varsovia par Pablo Neruda » sur ce site).

La place commence à se remplir de monde, tandis qu’une assemblée d’officiels assiste à un office religieux dans l’église voisine. Peu avant midi, le coup de feu des festivités est donné. Des militaires nombreux se tiennent en rang devant le Palais. Ils vont entonner l’hymne polonais et d’autres chants, tandis que le drapeau est hissé et que des coups de canon retentissent. Les douze coups de midi s’égrènent et le Président de la République, accompagné de son épouse et du premier ministre sont annoncés, ainsi qu’une diversité d’officiels, Polonais ou étrangers, du monde politique, religieux ou autre. Quelques personnages impressionnants vêtus d’habits rouges bordés d’hermine, (costume de Sarmate ou de « Vieille Pologne ») se tiennent près des militaires. L’un d’entre eux va lire à voix haute la Constitution telle qu’elle fut écrite à l’origine, appelant les diverses provinces de Pologne à la respecter.

Tout cela est solennel et émouvant lorsqu’on connaît l’histoire dramatique du « stare miasto » (vieille ville) de la capitale. La foule entoure la place, souvent un petit drapeau polonais à la main, notamment les enfants.

Un peu plus tard, alors que nous avons quitté la place du Palais Royal pour emprunter des ruelles menant à la Place du Rynek, aux terrasses inondées de soleil, voilà qu’apparait un défilé conduit par des cavaliers, suivis par une longue procession de personnes de tous âges tenant des images à l’effigie de la Vierge Noire de Czestochowa, entonnant des chants avec ferveur.

Durant toute la journée et les soirées qui suivront, la foule ne désemplira pas autour de ces deux places, rendez-vous des Varsoviens venus saluer une fois de plus leur cher passé.

La statue de Kopernik, paré d’une cocarde aux couleurs de la Pologne

Quant à nous, nous prendrons le temps, avant de quitter Varsovie pour un circuit vers le sud-est du pays, de redécouvrir la ville, l’ancienne, magnifiquement rebâtie, et la nouvelle ville, cité du futur. Descendant la Voie Royale, nous longerons le palais présidentiel pavoisé et illuminé, la rue principale Krakowskie Przedmiescie bordée de quelques anciens palais d’aristocrates – comme l’actuel Institut des Sciences devant lequel est assis Kopernik (remarquez qu’il est paré d’une cocarde lui aussi pour l’occasion) – qui se poursuit par la rue Nowy Swiat (Nouveau monde), plus branchée, jusqu’à atteindre l’autre demeure du roi Poniatowski : Le Palais Lazienki.

Le Palais Lazienki, au milieu d’un immense parc, poumon vert de Varsovie, est un bel édifice de style classique, posé sur l’eau, que Poniatowski fit construire pour en faire sa résidence d’été. (« Lazienki » signifie « Bains » en polonais).

Par chance, pendant la guerre, le Palais, qui fut lui aussi la cible des nazis, résista quasi-miraculeusement aux bombardements et ne fut pas – comme le fut le Palais Royal – complètement détruit. On peut y admirer encore le délicieux théâtre du 18ème siècle.
L’orangerie du palais contient à l’heure actuelle une exposition très intéressante des œuvres des sculpteurs polonais.

Des paons font la roue autour du palais. On peut se promener sur le petit lac dans des embarcations à baldaquins. Le parc s’étend tout autour jusqu’à un promontoire où se dresse la fameuse statue de Chopin, devant laquelle chaque dimanche depuis fort longtemps, des concerts sont donnés au grand air.

Plus au sud encore, à la sortie de la ville, on peut continuer cette découverte des vestiges de la royauté en accédant au château de Wilanow. Là, dans ce magnifique bâtiment qui a lui aussi échappé aux destructions, ce n’est plus le fantôme du dernier roi Poniatowski mais celui d’un de ses prédécesseurs, le roi Jan Sobieski, qui plane.

Car c’est le roi Sobieski – qui quant à lui n’est nullement controversé par son peuple mais au contraire unanimement vénéré – qui avait fait construire Wilanow au 17ème siècle. On y sent un peu d’inspiration du château de Versailles (qui par ailleurs à cette époque, inspirait toute l’Europe). Cependant, la comparaison s’arrête là. Inspiration n’est pas imitation. Wilanow, c’est Wilanow. Et la Pologne c’est un mélange d’occident et d’orient. Le roi Sobieski ne fut pas moins grand roi que le Roi-soleil français. Rappelons en deux mots que Sobieski, qui toute sa vie fut un combattant hors-pair, fut considéré comme le « sauveur de l’Europe et de la chrétienté » pour avoir remporté, parmi d’autres, une victoire éclatante à Vienne contre les envahisseurs turcs. Il fut acclamé à Rome comme en Autriche et un peu partout en Europe. Signalons encore qu’il était profondément attaché à son épouse, une Française qu’il surnommait « Marysienka ».
A l’intérieur du château de Wilanow, les galeries de portraits (dont ceux de Sobieski et sa famille) et différentes chambres meublées font revivre l’époque royale.

Voilà pour notre découverte de Varsovie en fête. Nous allons maintenant descendre, en prenant la direction de Lublin, vers le sud-est de la Pologne, nous arrêtant à Czarnolas (manoir du poète de la Renaissance, Jan Kochanowski), à Zamosc cette incroyable cité Renaissance classée au patrimoine de l’UNESCO, puis prendre le chemin des icônes dans les Bieszczady (voir le récit : les 3 châteaux-hôtels du sud-est polonais).

Varsovie, que nous n’avions pas vue depuis dix années, nous a laissé un souvenir infiniment plaisant en cette période de fête de la Constitution. Une joie sereine y règnait, dans le « Stare Miasto » si bien restauré, sur les places envahies par une foule bon enfant, dans les châteaux et leurs parcs. Oui, chers lecteurs, la Pologne est immortelle et c’est à Varsovie qu’on en prend conscience.

Et je laisserai la conclusion à la poétesse Maria Dombrowska qui, dans une émouvante nouvelle appelée « Pielgrzymka do Warszawy » (Pèlerinage à Varsovie) nous raconte – (avant Pablo Neruda dont le poème figure dans l’article « Varsovia ») tout ce qu’était devenue la capitale au lendemain de la seconde guerre mondiale, alors qu’elle erre, à l’instar d’autres Varsoviens en désarroi, pour retrouver son logis dans cet amas de décombres. Voici son cri du cœur, à la fin de son récit :

“ Quelqu’un murmura avec la colère du désespoir : – Alors quoi ? C’est un cimetière, en vérité ? »
Je me sentis outragée comme quand on entend parler avec irrespect de quelqu’un qui nous est très proche : « Varsovie ? m’écriai-je. Varsovie, c’est la vie-même. Varsovie n’a rien d’une morgue. Varsovie ? La ville la plus vivante du monde. »

(«Ktos spytal ze zozpaczona zloscia : « No coz ? Truparnia, prawda ?”
Poczulam cos w rodzaj zawstydzonej obrazyn jakby zniewazono mi kogos najbizsezgo : “Warszawa ?! krzyknelam prawie. – Warszawa to samo zycie ! Zadna trupiarnia. Warszawa ? Najzywse miasto swiata”).
Ecrit par Maria Dabrowska, écrivain, année 1945 « Pielgrzymka do Warszawy ».

Et l’avenir lui a donné raison, à cette femme de lettres, morte en 1965.

A bientôt
HERMINE

Publicités
Catégories : 3 - Récits de Voyage | Poster un commentaire

Navigation des articles

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :