Czarnolas, le manoir de Jan Kochanowski, poète de la Renaissance

Quittant Varsovie où nous avons assisté aux cérémonies de commémoration de la Constitution du 3 Mai, nous prenons la direction du sud-est de la Pologne.
Et notre première étape sera à CZARNOLAS, petit village situé au sud de la capitale, dont le nom a été rendu célèbre par l’illustre habitant qui y célèbra les vertus de la vie à la campagne : le poète de la Renaissance, Jan KOCHANOWSKI. (1530-1585).

Humaniste de la Renaissance, poète et philosophe, Kochanowski a marqué son époque.

Bien qu’il y eut d’autres écrivains en ce début du 16ème siècle en Pologne (comme Mikolaj Rey célèbre pour avoir lancé une littérature en langue polonaise et non plus en latin, selon sa phrase humoristique « Les Polonais ne sont pas des oies, ils ont leur propre langue »), Kochanowski est considéré comme le père de la littérature polonaise, l’un de ses premiers très grands poètes, dont la renommée atteignait l’Occident. Il avait séjourné en effet en France et surtout en Italie où, à Rome, il reçut une culture poétique très imprégnée de tradition gréco-romaine, avant de s’en émanciper, tandis que, revenu en Pologne, il devenait poète de la cour du roi de Pologne et de grands magnats. Enfin, il trouva sa voie définitive en se retirant à la campagne, dans ce village de Czarnolas, amoureux de la nature et de la vie calme.

Son manoir est toujours là depuis le 16ème siècle, dans cette campagne de Mazovie où même les bombardements qu’Hitler avait commandités pour, disait-il, « supprimer toute trace de la Culture polonaise », ont – fort heureusement – dédaigné de s’abattre.
On peut y respirer, l’espace d’une visite dans le manoir et son parc, cette atmosphère chargée de doux souvenirs qu’ont généralement laissée derrière eux les poètes.

Il semble qu’il vienne peu de monde dans ce havre de paix à l’écart des grandes routes. Tout y est silencieux, feutré. Imaginez-vous que vous êtes le (ou la) seul à entrer dans le parc bien entretenu sur lequel se dresse une haute statue du poète.
Au bout de l’allée principale se trouve une bâtisse blanche de style classique (de cette inspiration gréco-romaine que la Renaissance remit à l’honneur).
C’est là que le poète écrivit : Au début des œuvres de théâtre en vers inspirés de personnages de l’Antiquité comme « Odprawa Poslow greckich », puis des poèmes d’un style personnel, créant même les genres de poésie inédits qu’il avait appelés les « Fraszki », les « Piesni » et plus tard, les « Treny », ces derniers étant des poèmes très mélancoliques inspirés à la suite de la mort de sa fillette Urszulka dont il ne pouvait se consoler.

Treny
Wielkies mi uczynila pustki w domu moim,
Moja droga Orzulko, tym zniknieniem swoim.
Pelno nas, a jakoby nikogo nie bylo :
Jedna maluczka dusza tak wiele ubylo.
Tys na wszystki mowila, za wszystki spiewala.
wszystkis w domu kaciki zwiezdy pobiegala. ,
Nie dopuscilas nigdy matce sie frasowac
Ani ojcu mysleniem zbytnim glowe psowac,
To tego, to owego wdzecznie ublapiajac
I onym swym uciesznym smiecemu zabawiajac.
Teraz wszystko umiklo ; szczere pustki w domu,
Nie masz zabawki, nie masz rosmiac sie nikomu ;
Z kazdego kata zalosc czlowieka ujmuje,
A serce swej pociechy darmo upatruje.

Lamentation à Ursulka
Tu as laissé un bien grand vide dans ma maison
Ma chère petite Ursula, par ta disparition.
Nous sommes nombreux et c’est comme s’il n’y avait personne
Une seule petite âme a laissé tant de vide.
Tu parlais pour tous, tu chantais pour tous,
Tu courais sans cesse dans tous les coins
Tu ne laissais jamais ta mère s’attrister,
Ni ton père dans l’inquiétude.
Tu t’affairais partout, à ceci, ,à cela
Et tu nous distrayais de ton rire joyeux.
Maintenant tout s’est tu ; c’est le vide à la maison,
Plus de distraction, personne avec qui rire.
De tous les recoins, le regret envahit notre être
Et le cœur guette en vain une consolation.

La visite intérieure du manoir ne manque pas d’attraits : De très nombreux extraits de ses poèmes inscrites sur les murs, des tapisseries et des peintures retracent la vie et l’œuvre de Kochanowski, et plus vivantes encore, des reconstitutions de l’époque sont assurées par des personnages de cire, dans la plupart des salles de la demeure ainsi que dans la chapelle.

Je vous laisse prendre votre temps. Le temps, ici ne compte plus.
Et parcourez ces quelques vers laissés par ce prince des poètes. C’est une époque si lointaine et pourtant, c’est déjà tout le reflet de l’âme polonaise.

Encore quelques mots sur l’architecture de ce manoir. Kochanowski avait choisi – selon la même première inspiration caractérisant son œuvre littéraire – ce style gréco-romain pour ce bâtiment tout blanc paré d’un péristyle à colonnettes. Eh bien, il paraît que c’est lui qui fut à la source de cet engouement pour ce style-là qui s’étendit par la suite, devenant caractéristique des petits manoirs de la région de Mazovie (et par extension s’étendant même à d’autres coins de Pologne).
Cela confirmerait donc qu’il n’est pas rare qu’un écrivain soit à la source d’une mode stylistique architecturale s’étendant dans une région. Ainsi, (dans un tout autre style bien sûr) le célèbre « style de Zakopane » dans les Tatras, dont les maisons de bois aux formes originales se sont inspirées de la « Koliba » que fit construire le célèbre écrivain Witkiewicz à la fin du 19ème siècle)…
Amusez-vous à regarder dans la région autour de Varsovie, vous y verrez en effet nombre de ces petits bâtiments blanc à péristyles, manoirs témoins des siècles qui suivirent mais aussi, de plus en plus, maisons particulières construites de nos jours, que les habitants déclinent parfois selon leur fantaisie…

Voyez en passant celle-là, maison flambant-neuve du sud de la Mazovie. Ne vous rappelle-t-elle pas aussi l’antiquité grecque ? Ah ! Esprit du poète, quand tu nous tiens…

Bref, si vous vous promenez en Pologne, arrêtez-vous à Czarnolas.
(Des panneaux dans le parc indiquaient en outre que des travaux, en association avec l’Union Européenne, allaient rendre encore plus attractive la visite des lieux par des aménagements complémentaires).
Il est doux, dans notre siècle abrupt, de passer un moment en compagne d’un poète, non ? Je vous laisse avec ces deux poèmes de Kochanowski.

Fraszki
Na starosc
Biedna starosci, wszyscy cie zadamy
A kiedy przydziesz, to zas narzekany.
A la vieillesse
Pauvre vieillesse, nous t’exigeons
Et quand tu arrives, nous nous en plaignons.
Ku Musom
Panny, ktore na wielkim Pannazie mieskacie,
A ippokrenska rosa wlosy swe maczacie,
Jeslim sie wam zachowal jako zyw statecznie,
Ani mam wolej z wam roztaczac sie wieczne.
Jesli Krolow nie zgorze perel ani zlota,
A milsza mi daleko niz pieniadze cnota,
Jesli nie chce, zebyscie komu pochlebiaty
Albo na mie u ludzi niewiedzcznych zekaly ;
Prosze, niech ze mna za raz me rymy nie gina,
Ale kiedy ja umre, ony niechaj slyna.

Aux muses
Mesdames, qui habitez le Mont Parnasse,
Qui enduisez vos chevelures de rosée d’hypocras
Si j’ai toute ma vie invoqué vos grâces,
Je ne veux pas me séparer de vous hélas.
Je n’envie pas aux rois ni les perles ni l’or,
Car bien plus que l’argent, je goûte la vertu
Je ne voudrais pas qu’une fois disparu,
Vous me trahissiez avec des gens ingrats.
Faites que mes rimes ne disparaissent pas avec moi,
Mais qu’elles perdurent après que je sois mort.

A bientôt.
HERMINE

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Catégories : 3 - Récits de Voyage, 4 - Littérature | 3 Commentaires

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3 réflexions sur “Czarnolas, le manoir de Jan Kochanowski, poète de la Renaissance

  1. DUDA Elisabeth

    qui est l’auteur de la traduction des textes svp?

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