les Sarmates en leurs manoirs

Sarmates… Sarmatisme…

De ce nom exotique s’exhale un parfum aux connotations tantôt positives tantôt négatives.
Le sarmatisme, phénomène typiquement polonais a laissé beaucoup de traces sur tout le territoire et particulièrement dans sa partie orientale.

Le sarmatisme n’est pas une légende, bien que l’imaginaire collectif y joue un grand rôle. Ce n’est pas une secte, bien que ses adeptes aient adopté certains rites et codes qui leur étaient très particuliers.

Le sarmatisme est un phénomène étroitement lié à la noblesse polonaise (la szlachta),
même si tous les aristocrates ne se considèraient pas  « Sarmates », ou si certains ne pratiquaient le culte du sarmatisme qu’occasionnellement et par simple divertissement..
L’esprit sarmatiste imprégnait tant l’art de vivre, la pensée, les valeurs profondes de tout Polonais fortuné, entre le 16ème et le 19ème siècles,  que le nom de Sarmate s’est généralisé à toute la noblesse.

A l’origine, la Sarmatie, c’est l’appellation  semi-légendaire  par laquelle le monde gréco-romain désignait le territoire de la Pologne. Les Sarmates de l’Antiquité étaient des guerriers réputés vaillants et indépendants. Ils auraient vécu sur les bords de la Vistule où ils se seraient installés après s’être séparés de la tribu des Scythes restés sur les territoires de l’actuelle Russie.

C’est à la Renaissance que naît un culte pour ces ancêtres supposés, relayé par les écrivains pendant les siècles qui suivront : L’historien Jan Dlugosz fut le premier à en faire un récit, puis le poète Jan Kochanowski au 16ème siècle. A nouveau, durant le 19ème siècle, l’esprit sarmatiste fut exalté par les romantiques Mickiewicz et Slowiacki et après eux par l’écrivain Henryk Sienkiewicz, Prix Nobel de Littérature.

En France de la même façon, le culte du sarmatisme polonais commença au 16ème siècle, par des éloges :
Les poètes de la Renaissance n’exprimèrent-ils pas dans leurs vers l’admiration qu’avait suscitée chez les Parisiens l’apparition des ambassadeurs de Pologne venus offrir la Couronne polonaise à Henri de Valois ? « Sarmates vêtus somptueusement, montés sur des destriers parés d’or », ils avaient fait grande impression. Et à cette époque, le mot Sarmate devint inséparable du Polonais.
Il en fut autrement au 18ème siècle néanmoins, où, si l’on continue de désigner le Polonais sous le terme de « Sarmate », c’est devenu plutôt péjoratif sous la plume de l’écrivain français du siècle des Lumières. Voltaire lui-même, au moment où il apprenait l’écrasement de la résistance polonaise par Catherine de Russie, en parle – ironiquement et fort peu charitablement – comme de la « pacification des Sarmates ».

Qu’avait donc fait le noble Sarmate pour perdre ainsi son image de prestige ?
Petit à petit, la szlachta avait poussé le culte du sarmatisme jusqu’à l’excès. Et  les valeurs initiales, dans cet excès, étaient devenues discutables. Le courage, l’honnêteté et la fierté nationale, qui en faisaient l’idéal, s’étaient mués en arrogance (d’autant plus que ce mouvement ne s’appliquait qu’à la noblesse et que les classes paysannes en étaient exclues).
Le folklore et le pittoresque qui faisaient partie de cette identité polonaise idéalisée, avaient dans un premier temps enthousiasmé. Mais lorsque les évènements dramatiques s’abattirent sur la Pologne avec la convoitise des états voisins, on reprocha alors au sarmatisme d’avoir enfermé ses adeptes dans un monde imaginaire où ils n’avaient plus conscience de la sombre réalité politique qui pesait de plus en plus sur la Pologne jusqu’à son dépeçage final par les autres puissances.

Pourtant, même après le dépeçage de la Pologne, un certain culte du sarmatisme perdura durant tout le 19ème siècle, et même très vivant chez les hobereaux retranchés dans leurs manoirs. Leurs rites et  coutumes étaient comme un défi aux occupants.
Ce n’est qu’au 20ème siècle que deux guerres terribles, suivies d’un demi-siècle de communisme, eurent raison de toute velléité sarmate. Nombreux sont aujourd’hui les Polonais – comme les autres peuples – qui ont oublié jusqu’à la signification du mot « sarmatisme ».

Si cette idéologie sarmate interférait dans tous domaines comme la religion, la politique, c’est surtout dans l’Art de vivre et dans l’Art (principalement l’architecture) qu’elle était unique :
Le Sarmate avait un double-culte : Sa patrie, avec ses traditions –  et le goût pour l’Orient qui devait saupoudrer sa vie quotidienne dans tous ses détails.
Ainsi, on reconnaissait de loin le vrai Sarmate à son costume national emprunté aux civilisations orientales, notamment aux Ottomans : Il portait un pantalon, des bottes, une longue robe serrée à larges manches (zupan), recouverte par un manteau de fourrure (le kontusz), ceint d’une large ceinture richement décorée et un sabre courbe ; il était coiffé d’une toque de fourrure.
Et la dame ? Bien que les portraits du 18ème siècle la montre, aux côtés de son époux, en vêtement de marquise plus semblable à ceux que portaient ses consoeurs d’occident, elle agrémentait le tout d’accessoires de fourrure. Dans les manoirs de campagne, elle ajoutait souvent le grand châle slave coloré.

L’habitat du Sarmate portait donc la marque de son double-culte.
La période culminante du sarmatisme coïncidant avec la période baroque, en Pologne l’architecture baroque devint vite un art dit « sarmate » car les bâtisseurs et décorateurs ne manquaient pas de rajouter des éléments orientaux. C’est particulièrement dans l’intérieur de son manoir que le noble sarmate s’adonnait à sa passion pour l’Orient : Il affectionnait les tapis persans ou turcs, les tentures de soie brodée, il fumait la longue pipe appelée « stambulska » et il prenait le thé installé sur le taptchan (mot qui est resté dans la langue polonaise courante pour désigner un divan ou un canapé, et qui est emprunté du langage ouzbek où il désigne les mêmes confortables divans !) Quant à ses écuries, elles se devaient de compter nombre de fougueux chevaux arabes.

De toutes manières, tout dans la vie du Sarmate, se devait d’être théâtralisé, et, entre autres, ses obsèques, occasion de rituels parfois fort impressionnants qui s’étalaient sur plusieurs jours.

Un bel exemple de construction baroque-sarmate est demeuré à OZAROW.

Les manoirs des sarmates, parfois en bois, étaient fort nombreux, le pourcentage de gens de petite noblesse atteignant environ 10 % de la population polonaise. A côté de ces gentilhommes de campagne, on recensait quelques familles de nobles extrêmement riches : les magnats.
Bien que ces derniers affichaient moins que la petite noblesse un rite sarmate, ils n’en étaient pas complètement à l’écart. Ainsi Stanislas Leszczynski, brièvement roi de Pologne devenu Duc de Lorraine, ne cachait pas son goût pour l’architecture orientale dans les demeures provisoires qu’ils s’étaient fait bâtir en exil et dans le bâtiment qui devait devenir sa dernière demeure : l’Eglise Notre-Dame de Bon Secours à Nancy.

L’une des plus puissantes familles de magnats était la famille Potocki, dont les membres étaient propriétaires de magnifiques demeures en Pologne, en France et ailleurs, et notamment du magnifique château baroque de Lancut, situé au sud-est de la Pologne (connu pour son musée d’équipages et pour sa collection regroupant des centaines d’icônes sauvées en Pologne).

L’un des membres de cette famille, le brillantissime Jan Potocki, vécut à la fin du 18ème siècle. Il était à la fois diplomate, explorateur, archéologue et écrivain.

Cet infatigable voyageur entreprit une très longue équipée en Asie centrale sur les traces des tribus Scytho-Sarmates, voulant tenter de vérifier la réalité de la descendance sarmate des Polonais.
Si ses longues recherches ne confirmèrent ni n’infirmèrent vraiment cette croyance, son voyage ne fut pas inutile. De ses pérégrinations en Orient il tira l’inspiration pour son roman fantastique « Manuscrit retrouvé à Sarragosse » (écrit en langue française), que d’aucuns considèrent comme le premier modèle de cette littérature fantastique « gothique » qui fit fureur ensuite au 19ème siècle notamment en Angleterre.
Jan Potocki fit également parler de lui en survolant Varsovie en ballon en compagnie du Français Blanchard. Aussi spectaculairement qu’il avait vécu, il se donna la mort en se tirant une balle dans la tête en son manoir (balle façonnée à partir d’une théière en argent offerte par sa mère et qu’il avait préalablement fait bénir, dit-on).

Alors, sont-elles imaginaires les origines sarmates des Polonais ? Les gentilhommes en leurs manoirs campagnards y croyaient-ils vraiment ou bien cette hypothèse n’était-elle qu’un prétexte à rendre leur vie très pittoresque et à exalter leur amour de la Pologne ?
Peu importe après tout. Ils ont laissé de leur idéal des constructions dignes d’être découvertes.

Avec ce récit sur les Sarmates s’achève cette présentation des légendes, mystères et particularismes de la Pologne de l’Est où plane un mystérieux parfum d’Orient.

Toutefois… Si le sarmatisme a éveillé votre intérêt, vous pouvez à votre tour imiter, occasionnellement, le fier Sarmate dans son art de vivre et de penser. Vous n’avez pas d’origine aristocratique ? Pas grave, la noblesse et la dignité de votre attitude et de vos pensées, les valeurs qui sont les vôtres, compenseront. Et bien sûr l’attachement à la Pologne auquel s’ajoute un goût particulier pour les mystères de l’Orient…

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