Légendes de Varsovie

I. La légende de la sirène de Varsovie

Dans des temps très anciens, une sirène de l’Atlantique s’égara dans la mer Baltique.

Arrivée dans la baie de Gdansk, elle s’aventura encore plus loin, sur l’embouchure de la Vistule, fleuve qui traverse toute la Pologne du Sud au Nord pour se jeter dans la Baltique à Gdansk.

Tranquillement, elle remonta le fleuve jusqu’à l’endroit qui deviendra plus tard Varsovie.

C’est précisément à l’emplacement où se trouve maintenant le « Stare Miasto »  ( vieille ville) qu’elle sortit de l’eau et s’assit sur le sable de la rive du fleuve.

L’endroit lui plut, elle eut envie d’y rester.
Cependant, les pêcheurs qui avaient l’habitude de jeter leurs filets dans la rivière s’aperçurent que quelqu’un agitait les eaux qui leur étaient familières, puis découpait leurs filets pour libérer les poissons qu’ils avaient attrapés.

Leur mécontentement ne durait pas. La sirène les envoûtait par un chant si mélodieux qu’ils en oubliaient tout le reste.
Un jour, un riche marchand vint à passer, aperçut la sirène et entendit son chant charmeur.

En un clin d’œil, il estima le gain qu’il pourrait tirer s’il attrapait la sirène pour la montrer sur les marchés.

La sirène n’était pas méfiante. Le marchand n’eut pas de peine à la piéger et l’enfermer dans une cabane de bois, à l’écart de l’eau.

Elle pleura et se lamenta tant que quelqu’un finit par entendre ses plaintes. C’était le fils d’un des pêcheurs. Une nuit, avec l’aide de ses amis, il parvint à la libérer de sa prison.
La sirène était si reconnaissante à tous ces braves gens qui étaient venus la libérer, qu’elle promit qu’à chaque fois qu’ils auraient besoin de son aide, elle serait là à leur service.
Et c’est pour cela que la statue de la petite sirène de Varsovie, jusqu’à nos jours, se dresse fièrement, une imposante épée à la main, prête à défendre contre les ennemis la ville de Varsovie dont elle devenue l’emblême.
Ainsi, le blason de la ville comportait déjà au 16ème siècle la silhouette de la sirène.

Vous pourrez évaluer l’attachement que lui portent les Varsoviens en lisant dans la rubrique « récits de voyages » le magnifique poème de Pablo Neruda que le grand poète chilien a écrit sur ce symbole de Varsovie, vaillante et ressuscitée après les ravages de la dernière guerre.

II. Le prince Siemowit, l’Ours et les trois Ermites

Un jour lointain, quand la Pologne n’était pas encore une nation unifiée, le prince slave Siemowit – aïeul du premier roi de Pologne Mieszko – traversait les contrées de Mazovie, alors recouvertes en grande partie de forêts denses.

Un animal qui lui parut étrange, traversa le chemin devant son cheval.

Il s’apprêtait à tirer son épée mais l’animal qui restait immobile au bord du sentier, piqua sa curiosité et il voulut le voir de près.

Il sauta de son cheval et s’approcha des fourrés où l’animal se tenait. C’était un grand ours brun.

Il était dressé sur ses pattes arrières, portant dans ses pattes avant une large feuille de chêne enveloppant à demi une énorme motte de miel odorant, fraîchement prélevée aux abeilles.
Le prince Siemowit fut intrigué par cette quantité de miel. A qui l’ours destinait-il sa précieuse récolte ?

Il devait avoir une bien grande famille, sans doute de multiples oursons. Piqué de l’envie de les découvrir, Siemowit se mit à suivre l’ours qui s’enfonçait dans le bois.

L’ours déboucha dans une clairière où se trouvait une petite isba. Il y entra.

Un ours dans une maisonnette ! s’étonna le prince, de plus en plus intrigué.

Il attendit un moment. Le soir commençait à tomber quand sortirent de l’isba non pas des oursons comme il s’attendait à voir, mais trois hommes âgés.

Ils étaient courbés sous le poids des ans, portaient une longue barbe et marchaient pieds-nus, vêtus de longues tuniques blanches. Siemowit devina qui ils étaient.

Dans toute la Mazovie couraient des histoires sur ces ermites retirés du monde qui prient du matin au soir et prennent soin des animaux de la forêt.
Ils avaient aussi la réputation de porter volontiers aide et secours aux voyageurs ; en leur offrant l’hospitalité, ils partageaient avec eux les seules denrées qui les faisaient vivre : les richesses naturelles que produit la forêt.

L’ours leur avait déposé la motte de miel qu’il portait et, en récompense, il reçut une lapée de cette gourmandise ; il se lècha les babines et repartit dans le bois d’un pas tranquille.

Siemowit frappa à la porte de la maisonnette. Les trois vieillards, sans même demander qui il était, l’accueillirent avec chaleur et lui offrirent de quoi boire et manger.

Le prince leur posa beaucoup de questions sur leur façon de vivre dans ces bois.

Ils lui racontèrent complaisamment comment ils récoltaient toutes les richesses que produit naturellement la forêt et comment les animaux leur font don de tous ces trésors, simplement par reconnaissance des bons soins que leur prodiguent les ermites lorsqu’ils sont blessés.

Et les vieillards conclurent en affirmant qu’ils vivaient dans le bonheur, lequel, ajoutaient-ils, a d’autres causes que d’être rassasié et désaltéré.

« De quoi donc est fait le bonheur ? » demanda Siemowit.

« Le bonheur dépend des bonnes actions de chacun de nous, répondirent en souriant les ermites. Une vie sans faire de bonnes actions est comme un arbre sans feuilles, comme une maison sans habitants ».
Simowit prit congé en remerciant et retourna dans son château.

Il demanda à ses chevaliers et à ses domestiques : « Selon vous, qu’est-ce qui fait le bonheur ? »

Les autres hésitaient, ne savaient que répondre exactement.

Siemowit repensa souvent à la réponse ferme et sereine des ermites à cette question.

Et il se tenait régulièrement informé de la santé des trois vieillards.
Un jour cependant, son messager revint bouleversé. Des brigands, ayant entendu parler de « trésors » que les ermites collectionneraient, avaient fait irruption dans leur isba et, n’ayant rien trouvé de ce qu’ils cherchaient, avaient massacré les vieillards à coups de bâton.

Siemowit sauta sur son cheval pour atteindre la maisonnette dévastée. Il ne trouva plus rien. Les cadavres de ses vieux amis avaient disparu. ll resta un long moment sur le pas de la porte, frappé par le silence absolu de la forêt environnante. Pas une feuille ne bruissait, aucun des oiseaux qui d’habitude pépiaient alentour ne se faisait entendre. La nature en deuil se taisait. Seul, tout à coup, un long grognement parvint à ses oreilles. « C’est le grand ours brun qui se lamente, pensa Siemowit. Sans doute est-ce lui, accompagné d’autres animaux, qui a emporté les corps de ses amis ».

Le prince voulut aller en direction des grognements pour s’en assurer. Mais une force l’en empêchait ; le sentiment que cela aurait été le souhait profond des trois ermites de reposer pour l’éternité au milieu de leurs chers animaux de la forêt.

Il demeura encore à se recueillir jusqu’à la tombée de la nuit avant de rejoindre son château.

Il ne lui resta de cette amitié que leur sagesse qui était entrée en lui et qu’il s’efforça de retransmettre à ses descendants.
A cet endroit, il fit dresser trois croix. Peu à peu, après l’époque de Siemowit, les immenses forêts laissèrent la place à des habitations puis à un bourg. Varsovie se construisait petit à petit, englobant l’emplacement des trois croix.

En dépit de maintes et maintes transformations, le nom « place des trois croix » perdura.

Ici fut aménagé au 18ème siècle par le dernier roi de Pologne Stanislas-Auguste Poniatowski une charmante résidence d’été appelée Lazienki, prolongé par un lac et un très grand parc où les Varsoviens et les touristes aiment à se promener.

Il y a quelque part dans ce parc, paraît-il une petite place marquée par trois croix, où les roses qui refleurissent chaque année, sont particulièrement belles…

III. L’histoire des Jumeaux Wars et Sawa

L’histoire se passe au Moyen-Age. Kazimierz le Réformateur, l’un des descendants de Mieszko, premier roi de Pologne, avait transféré la capitale qui était jusque là à Gniezno, tout à l’Ouest du territoire, vers Cracovie où il s’était installé dans la forteresse du Wawel.
Cependant, Kazimierz aimait à aller d’un bout à l’autre de son royaume afin de découvrir les contrées et les bourgs peu connus.

La forêt occupant une grande partie du territoire et les routes étant peu nombreuses, il préféra se lancer dans la découverte du Nord de son pays en empruntant la Vistule qui commençait à l’extrême-Sud et traversait toute la Pologne jusqu’à la mer.
Après avoir vogué pendant une journée sans voir le long des berges d’endroits habités, le roi eut envie de mettre pied à terre dans le but principal de trouver de quoi bien manger. Ses gens qu’il avait envoyés depuis le début de son voyage à terre, n’avaient rien trouvé qui lui plût.

Aussi, lorsqu’il aperçut à l’horizon une maisonnette non éloignée du bord du fleuve, il voulut descendre, malgré les craintes de son fidèle serviteur qui ne faisait que répéter que souvent ces isbas étaient occupées par des brigands et que « dans l’incertitude, mieux vaut ne pas tenter le diable ».
Le roi ne l’écouta pas et partit d’un bon pas vers la maisonnette, qui se révèla être non pas un repaire de brigands mais une simple maison de pêcheurs.

La maîtresse des lieux l’accueillit cordialement sans savoir qui il était, accueillit également ses chevaliers et écuyers qui l’avaient suivi, leur servit du lait frais de sa chèvre, et se mit à frire des poissons frais que son époux venait de pêcher dans la Vistule.

A la fin de ce bon repas, ils rajoutèrent des fruits savoureux de leur verger.

En même temps, ils racontaient au roi leur vie simple et l’informèrent de l’événement dont ils se réjouissaient : L’épouse du pêcheur se préparait à donner le jour à deux jumeaux.

Toutefois, le futur baptême de ces petits allaient leur poser quelques soucis. Il n’y avait ni église ni prêtre à des lieues à la ronde.

Le roi déposa sur la table une bourse pleine d’or, déclarant que pour un si bon repas, ce n’était que le juste prix.

Le pêcheur et sa femme refusèrent catégoriquement cette récompense, opposant au roi cette maxime (qui est restée encore aujourd’hui en vigueur en Pologne) : « Gosc w domu, Bog w domu »,

(Un invité à la maison, c’est Dieu à la maison).

Alors, le roi fit une autre proposition : Il s’offrit de devenir lui-même le parrain de ces deux bébés à venir et il promit de repasser chez eux sur le chemin du retour du Nord vers Cracovie.

Comme il l’avait promis, il revint un mois plus tard. Les deux jumeaux étaient nés.

Le roi avait pris soin d’amener dans sa suite un chanoine qui baptisa les deux enfants, un garçon et une fille. Le pêcheur et son épouse  avaient choisi leur prénom : Wars pour le garçon, et Sawa pour la fillette.
Peu à peu, autour de la maisonnette, se construisirent d’autres isbas puis un bourg qui prit le nom de Warszawa, sans nul doute en l’honneur de ces deux enfants dont le parrain était le glorieux roi.
Warszawa continua de s’agrandir, les habitants se multiplièrent sans se douter qu’un jour, à l’aube du 17ème siècle, c’est leur ville qui fut choisi pour nouvelle capitale par le nouveau roi Zygmunt Wasa, lequel, d’origine suèdoise, jugeait Cracovie, la capitale depuis des siècles, trop éloignée des contrées du nord (et trop excentrée, le royaume immense de Pologne d’alors s’étendant aussi sur le grand-duché de Lutuanie).

C’est ainsi que Wars et Sawa entrèrent dans la postérité.

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