Légendes, Mystères et Particularismes de la Pologne Orientale

Toute la partie orientale de la Pologne présente un curieux mélange d’occident et d’orient. Le voyageur ne peut qu’être surpris par les multiples rencontres qu’il y fait au gré des forêts, des villages et des montagnes.

HOTES INSOLITES DE LA FORET DE BIALOWIEZA

LES TARPANS

Dans la forêt de Bialowieza, à l’extrême est de la Pologne, connue pour abriter les bisons en liberté, saviez-vous que vivent aussi des chevaux qui ne ressemblent pas aux autres chevaux : les tarpans ? (Equus caballus gmelini)
Ils sont plus petits, plus trapus ; leur robe gris souris porte une raie tout au long de l’échine. Ce sont les ancêtres des chevaux.
Le mot « tarpan » est un mot turkmène qui signifie « cheval sauvage ».

Les tarpans ne sont pas des animaux légendaires. Ils font toujours partie de la réalité, grâce à quelques hommes qui ont refusé que cette race de chevaux doux et charmants disparaisse.
Ils sont cependant entourés de mystère.

C’est dans la région de Bialowieza que les derniers tarpans furent retrouvés après bien des péripéties au cours des siècles, où ils furent chassés des plaines asiatiques au Moyen-Age et furent distribués aux paysans pour les travaux de la ferme auxquels ils se révélaient très aptes.
Toutefois, étrangement, ils semblaient éteints durant l’année 1806.
A cette date, le petit cheval primitif de la forêt de Bialowieza ne fut plus visible nulle part…

Mystère jamais élucidé, ce n’est qu’en 1936 qu’on retrouve dans la région un poulain présentant toutes les caractéristiques du tarpan sauvage ! Dès lors, les scientifiques polonais encouragèrent sa survie et sa reproduction.
Pour cette survie, ils ont pu être croisés avec l’autre race de chevaux primitifs, les chevaux dits « de Przewalski », petits chevaux vivant dans les steppes d’Asie, qui sont considérés comme descendants directs des chevaux préhistoriques et qui présentent  des caractéristiques communes avec le tarpan.
A la veille de la dernière guerre, on  comptait une vingtaine de ces charmants  tarpans  reconstitués.
Hélas cette guerre destructrice n’épargna pas les tarpans. Les occupants allemands emmenèrent avec eux ces petits chevaux uniques au monde.

Néanmoins, le professeur Hroboni décida alors de les accompagner pour soigner les quelques vingt tarpans et, dès qu’il put, il essaya, au péril de sa vie, de s’enfuir, entraînant derrière lui tout le troupeau. Ce ne fut pas chose facile, étant donné l’indiscipline de cette petite troupe et il fut repris.

Mais quand la guerre s’acheva en 1944, les Polonais le virent revenir, accompagné de ses amis à quatre pattes. …

Et maintenant, où peut-on apercevoir les tarpans? Les tarpans regroupés vivent désormais sous la protection de l’Académie des Sciences de Pologne sur la presqu’île de Popielno au bord du grand lac Sniardwy en Mazurie, au nord-est de la Pologne.
On peut en voir également, si l’on est chanceux, galopant en liberté dans les bois des Monts Biesczady au sud-est de la Pologne, où vivent également des loups, des renards, des lynx et même quelques ours bruns.
Cependant, des tarpans ont été laissés dans le parc national de la forêt de Bialowieza, qui demeure à jamais leur lieu de prédilection.

Ces mystérieux équidés sont donc, avec les bisons, les animaux-symboles de la Pologne insolite de l’est.

Les BISONS

Autrefois répartis sur tout le continent européen, les bisons se sont progressivement déplacés vers l’est, du fait de l’exploitation des forêts. Au 19ème siècle, il en restait quelques centaines dans la forêt de Bialowieza. Aujourd’hui, ils sont 250 à vivre en liberté dans cette « puszcza ».

Le bison est le plus gros mammifère européen, son poids pouvant dépasser une tonne. Ce grand bovidé à l’air maladroit peut vivre jusqu’à vingt-cinq ans et atteindre une vitesse de 50 km/h en cas de besoin !

Celui qui n’a pas vu, à l’aube d’une douce matinée, alors qu’il traverse en voiture la forêt encore endormie de Bialowieza, apparaître soudain devant lui sur la route la silhouette massive de l’hôte de ces bois, ne peut imaginer l’émotion que ce spectacle produit :
Voyageur matinal et isolé, pas encore très réveillé, vous vous trouvez face à un bison particulièrement imposant, comme venu de la nuit des temps : C’est le chef de la tribu. Il ne se sauve pas, il vous regarde calmement, figé en plein milieu de la route, semblant attendre quelque chose. En fait, il attend que toute sa petite tribu que vous entendrez galoper en bordure de la route, à demi-cachée sous les épais feuillages, soit passée sans encombre. Quand toute sa famille a disparu, il vous jette un dernier regard tranquille et, consentant à libérer votre route, il descend à pas lent, rejoindre les autres dans les fourrés.

Après, une fois que les touristes plus ou moins nombreux sillonneront la route forestière, il y aura moins de chances pour que vous le croisiez. Comme tous les autres bisons et autres animaux de cette forêt (élans, renards ou cerfs), ils seront éparpillés dans la végétation, plus ou moins visibles à vos yeux.

Aussi, rappelez-vous : Mieux vaut vous lever tôt pour bénéficier de la rencontre magique du bison conduisant ses petits et vous gratifiant de son regard confiant.

Cependant, vous le savez sans doute, ces gentils animaux ont donné leur visage à la wodka polonaise « zubrowka » (de « Zubr qui signifie « bison »), connue comme probablement la meilleure wodka qui soit.
Les bouteilles de cette wodka se reconnaissent facilement par la plante qu’elles contiennent, appelée tout simplement « L’herbe de bison ». Il est nécessaire en effet, pour que le breuvage ait cette saveur particulière, que soient incorporés quelques brins de cette végétation de la forêt de Bialowieza sur laquelle règnent les bisons !

A L’EST DE LA POLOGNE, LA RENCONTRE DES SEPT CONFESSIONS.

EGLISES BAROQUES

Vous le savez tous, la religion catholique fait partie de l’identité polonaise depuis la création de la Pologne en 966 par le roi Mieszko 1er. De ce fait, les églises gothiques et surtout baroques foisonnent sur le territoire, dans les villes comme dans les villages, à l’est comme ailleurs.

C’est d’ailleurs en Mazurie orientale que se trouve la plus somptueuse église baroque de Pologne : Swieta Lipka, ensemble conventuel jésuite, pourvue d’un orgue impressionnant. Pendant la séance musicale, les figurines de l’archange Gabriel et de putti munis de grelots se mettent en mouvement ; l’archange joue de la mandoline, tandis que les chérubins tournent sur eux-mêmes.
C’est que Swieta Lipka (qui signifie « tilleul sacré ») est un haut-lieu de pèlerinage depuis le 14ème siècle, quand une statue de la Vierge trouvée dans un tilleul, a été associée à des guérisons miraculeuses.  Voici la légende qui fut à la source de la sacralisation de l’endroit :
« Il était une fois un criminel condamné à mort qui attendait tristement l’exécution de la sentence. Il se trouvait au village voisin, Ketrzyn, dans le donjon du château. Il se mit à prier la Vierge Marie pour qu’elle lui sauve la vie. La Vierge se manifesta à lui : En lui tendant une branche de tilleul, elle lui dit de graver son visage dans le bois et de le montrer aux juges au matin. Le condamné suivit scrupuleusement ses paroles et, bien qu’il n’eût jamais sculpté auparavant, il réalisa une si gracieuse statuette de la Vierge à l’Enfant, que les juges, fascinés, le gracièrent. Plein de reconnaissance, l’homme plaça la statuette sur les branches d’un tilleul sur le chemin entre Ketrzyn et Reszel. En peu de temps, cette statuette se révèla être source de miracles. On rajoute qu’à chaque fois qu’on tenta de l’installer à l’église, elle disparaissait mystérieusement et se retrouvait sur le tilleul, comme si la Vierge avait choisi son emplacement définitif. Un peu à l’écart de la fastueuse église, à l’orée du bois, se trouve donc  une petite chapelle.
Toutefois, les évènements historiques dramatiques n’épargnèrent pas l’endroit, marqué par l’invasion des chevaliers teutoniques qui occupèrent le nord de la Pologne pendant des siècles. A cette époque, le Grand Maître de l’Ordre, Albrecht von Hohenzollern, vint en pèlerinage à Swieta Lipka, pieds-nus. Hélas, peu après, l’Ordre se convertit au luthérianisme, reniant toute dévotion à la Vierge Marie. Le Grand Maître n’hésita pas à ordonner la destruction de la petite chapelle et de la statuette, jetée dans le lac voisin, et fit abattre le tilleul sacré. Le culte des saints fut interdit et les pèlerins menacés de la peine de mort.
Tout changea à nouveau lorsque après plusieurs défaites, les chevaliers teutoniques furent définitivement chassés de Pologne. Les catholiques reprirent leur pèlerinage vers ce haut-lieu. Le roi Zygmunt Waza acheta le territoire de Swieta Lipka. Puis les Jésuites s’installèrent, faisant construire à la fin du 17ème siècle le superbe ensemble baroque. «

Mais saviez-vous que dans cette partie de la Pologne, vous trouverez, mêlées à ces églises catholiques, de curieuses bâtisses témoignant de plusieurs autres confessions ? Le voyageur qui suit les petites routes de campagne est souvent surpris de voir apparaître ça et là des édifices à l’architecture étrange. Ces vestiges d’autres croyances, lieux de culte, cimetières et aussi traditions encore vivantes jalonnent la région, du nord au sud. Ils peuvent être les éléments d’un véritable jeu de piste.

LES VIEUX CROYANTS (en polonais Starowiercy).

Ce terme ne vous est peut-être pas tout à fait inconnu, si vous avez lu : « La steppe » de Tchékhov, il y fait allusion de temps à autre dans son récit à ces « starowiery » (en russe).
Dans le nord-est de la Pologne, en Mazurie orientale, non loin de Suwalki, ils ont laissé également leurs vestiges.
Ces Vieux-Croyants forment une communauté religieuse qui se sépara de l’Eglise orthodoxe russe au milieu du 17ème siècle, après l’introduction de réformes qu’elle n’accepta pas. Condamnés par les synodes de Moscou et un décret du tsar, ils furent exclus de l’Eglise et persécutés. Si certains trouvèrent refuge à l’extrémité est de la Russie, d’autres émigrèrent en Pologne. Là ils s’installèrent, fondèrent des villages et construisirent des lieux de culte.
Aujourd’hui, il reste de cette époque quelques églises et une poignée de fidèles éparpillés dans les villages. Et le monastère de Wojnowo qui s’épanouit au milieu du 19ème siècle, malgré son déclin, existe toujours. Deux moniales y vivent encore. L’extérieur du couvent est très sobre. L’intérieur est orné de quelques belles icônes anciennes. A l’arrière du bâtiment se trouve le petit cimetière des Vieux Croyants.
Les « Vieux Croyants » ont leur rite bien particulier : Ils rejettent la hiérarchie ecclésiastique ; le clergé est élu lors d’assemblées générales. Leur liturgie utilise la langue du vieux slavon. Les personnes âgées parlent encore un étrange mélange de russe archaïque et de polonais. Traditionalistes dans l’âme, ils suivent des règles strictes : Ils ne boivent ni thé, ni café, ni vin, ne fument pas et certains évitent même le lait.
Il en reste encore un ou deux milliers en Pologne, mais leur nombre décroît.
Aussi, ne tardez pas trop si cette confession a piqué votre curiosité et que vous souhaitez découvrir leurs rites.

LES MOSQUEES ET CIMETIERES MUSULMANS

Avez-vous déjà vu des mosquées en bois ? Toujours dans cette région du Nord-Est de la Pologne, en Mazurie orientale, vous pourrez en découvrir.
Elles se trouvent dans deux petits villages proches de la frontière biélarusse près de Bialystok, dans les villages de KRUSZYNIANY et BOHONIKI.

Ces mosquées furent construites par les Tatars musulmans, qui se fixèrent dans la région à la fin du 17ème siècle.
Ah ! Les Tatars… Si vous avez lu les légendes et traditions de Cracovie, vous savez déjà quelque chose des invasions tatares en Pologne. C’était au Moyen-Age une féroce tribu nomade d’Asie centrale qui menaça la Pologne une première fois en 1241. Arrêtés par la résistance énergique des habitants polonais, ils se replièrent ensuite sur l’Asie, mais certains se fixèrent en Pologne et en Lituanie.
A partir de là, ils ne furent plus une menace pour la Pologne mais, au contraire, une aide parfois précieuse pour la nation, tandis qu’un nouveau danger apparaissait au nord avec l’expansion territoriale des chevaliers teutoniques venus d’Allemagne.
Avec l’aide d’une petite unité de cavaliers tatars, le roi de Pologne Jagiello  infligea aux chevaliers une cuisante défaite à Grunwald, en 1410. Depuis, le nombre de colons tatars s’accrût, de même que leur participation à la défense de leur patrie d’adoption :
Ainsi, au 17ème siècle, plusieurs bataillons de cavalerie tatars soutenaient les troupes polonaises durant les invasions.
En 1683, notamment, après la victoire sur les Turcs à la bataille de Vienne, le grand roi Jan Sobieski concéda des terres à l’est du pays, à ceux qui avaient combattu sous le drapeau polonais.
C’est ainsi que les Tatars fondèrent des villages et élevèrent des mosquées. La population d’origine cependant s’intégra. Quelques familles seulement sont de vrais descendants des Tatars. Elles vivent essentiellement dans les grandes villes mais  lors des fêtes, la communauté se rassemble dans ces deux villages de Kruszyniany et Bohoniki et c’est dans leurs cimetières que les descendants des Tatars trouvent leur dernier repos. Certaines tombes très anciennes sont cependant envahies par la végétation.
A Kruszyniany, le mizar ou cimetière musulman, est aménagé dans le bois, derrière la mosquée. Cette mosquée est une construction rustique de bois, bâtie au 18ème siècle. La salle de prière est couverte de tapis et s’orne d’un mihrab orienté vers La Mecque et d’un mimbar (chaire de l’imam). Des versets du Coran sont peints sur les murs.

LES « CERKIEW » ORTHODOXES

Sur  la lisière Est de la Pologne sont disséminées les lieux de cultes orthodoxes appelés « cerkiew » de leur nom russe. Anciennes ou récentes, ces constructions, comme les mosquées et les synagogues, avec leur architecture à bulbes, contribuent à donner un air insolite à la Pologne Orientale, du nord au sud :

Au village de Hajnowka, niché à la lisière de la forêt de Bialowieza, se dresse l’une des plus belles églises orthodoxes modernes du pays. La localité de Hajnowka était le poste de surveillance à l’orée de la forêt, protégeant des intrus ce terrain de chasse à la disposition exclusive des rois polonais et, plus tard, des tsars de Russie.
Le cerkiew fut commencé vers 1970 et achevé vingt ans plus tard. Conçu par l’architecte Aleksander Grygorowicz, c’est une étonnante batisse comportant deux tours élancées. A l’intérieur, les icônes et les fresques ont été peintes par un artiste grec, tandis que les vitraux proviennent d’un atelier de Cracovie.
Chaque année, au mois de mai, l’église est le cadre du Festival international de musique orthodoxe, organisé par le centre culturel local, qui attire des chorales du monde entier.

Non loin se trouve le plus important lieu de pèlerinage de la communauté orthodoxe, à Grabarka. Situé à l’écart des centres urbains, dissimulé dans les bois, le Saint-Mont de Grabarka est une colline sur lequel a été bâti un couvent. Il est entouré par des milliers de croix de tailles différentes pouvant atteindre plusieurs mètres de haut.
Son histoire remonte à 1710, lorsqu’une épidémie de choléra décima la population de la région. Ceux qui parvinrent au sommet de la colline échappèrent à la mort. La colline devint un lieu miraculeux et les pèlerins y portent des croix à planter et boivent de l’eau du puits sacré. Chaque année en août, une grande Liturgie y est célébrée par le métropolite de l’Eglise orthodoxe de Pologne.
Certains pèlerins attachés aux traditions continuent de venir à pied et veillent toute la nuit. La lueur des cierges ajoute au mystère ambiant…

Plus au sud, dans le massif des Carpathes, près de la ville de Przemysl, l’église orthodoxe de Posada Rybotycka, du 15ème siècle, ornée de deux coupoles, contient une splendide polychromie byzantine.

L’EGLISE UNIATE : LES LEMKOVIENS ET LES BOJKOVIENS

Les églises uniates sont parfois confondues avec les « cerkiew » orthodoxes, peut-être en raison de leur architecture à coupoles, pourtant elles ont une autre histoire, relative à des groupes ethniques spécifiques à cette région du sud-est de la Pologne.
La région des Monts Bieszczady fut autrefois peuplée par des groupes ethniques connus sous le nom de Boyks et de Lemks. D’où venaient-ils ? Dès le 13ème siècle, divers groupes nomades venus des Balkans et de Ruthénie, s’installèrent dans cette partie des Carpathes ainsi que dans les Beskides un peu plus à l’ouest. Pendant des siècles, ces différents groupes nomades partagèrent les mêmes territoires, se marièrent entre eux et finirent par former deux groupes ethniques distincts : Les Bojkowiens et les Lemkowiens.
Distincts par leurs dialectes, leurs costumes et l’architecture de leurs villages, ces deux groupes avaient néanmoins un patrimoine culturel commun et observaient la religion orthodoxe, comme leurs voisins ukrainiens. Cependant, après l’Union de Brest-Litvosk, en 1596, la plupart des Lemks et des Boyks rejoignirent l’Eglise uniate qui acceptait la suprématie de Rome mais en conservant les anciens rites orientaux.
A la veille de la dernière guerre, les deux confessions réunies atteignaient environ 200.000  âmes. La situation changea après-guerre, avec le déplacement des frontières et l’installation du nouveau gouvernement. L’opposition fit rage et certains décidèrent de ne pas déposer les armes, telle l’Armée de résistance Ukrainienne basée dans les Bieszczady. Une guerre civile qui dura deux années. Finalement, pour venir à bout de la rébellion, le gouvernement expulsa les habitants de tous les villages de la région :
Au cours de l’opération Vistule, en 1947, la population fut déportée vers l’Union soviétique ou vers les territoires de l’ouest de la Pologne nouvellement restitués par l’Allemagne.
Les villages Lemks et Boyks des Biaszczady furent à ce moment en grande partie abandonnés. Il ne restait que 20.000 Lemks et très peu de Boyks.
Mais il reste d’insolites églises uniates, parfois enfouies dans les forêts denses des Bieszczady, ce qui rajoute encore au mystère dont elles sont entourées.

Les églises Lemkoviennes apparaissent à Czertez, près de la ville de Sanok, puis à KWIATON, église tout en bois, datant de 1700, parées de trois coupoles de tendance baroque

A CHOTYNIEC, cerkiew nichée dans la forêt, construite en 1617, on célèbre à nouveau des cérémonies de rite gréco-catholique.

Le village de KOMANCZA, quant à lui, témoigne de la présence des trois confessions, on y trouve une église orthodoxe, une église uniate et une église catholique.

Il y en a d’autres, de ces témoins surprenants du passé ; à chacun d’être attentif pour les découvrir, à demi-cachés par la végétation. Le circuit des églises uniates emprunte des petites routes en lacets où apparaissent soudain au détour d’un virage les bulbes de ces constructions pittoresques, qu’elles soient vestiges Lemkoviens ou Bojkoviens.

Ces derniers sont plus rares ; cependant, très proche de la frontière de l’Ukraine, toujours dans le massif des Bieszczady, l’église de SMOLNIK, elle aussi tout en bois, est un vestige d’un grand ensemble conventuel, qui a été en partie brûlé par l’Armée d’insurrection Ukrainienne vers 1950. Elle reste toutefois l’un des plus charmants témoignages de construction Bojkovienne.

Une autre, à ULUCZ, dans les mont Biesczady,  se dresse au sein de la pittoresque vallée du San. Bâtie par les Boyks, une école de sculpture sur bois y fut fondée par les Frères de l’Eglise gréco-catholique, qui y enseignèrent l’art de réaliser les iconostases et autres ouvrages religieux.

LES SYNAGOGUES

Les synagogues sont nombreuses en Pologne, particulièrement dans les grandes villes, témoignant de l’importante présence des Juifs dans le pays, depuis le Moyen-Age où, rappelons-le, les très nombreux Juifs persécutés en Europe occidentale,  avaient été accueillis à bras ouverts par le roi Casimir le Grand.
Cependant, dans cette partie de l’Est de la Pologne, elles présentent parfois un caractère très insolite.
– C’est le cas de la synagogue de BOBOWA, construite au 18ème siècle et restaurée récemment.
Ce lieu de culte fut renommé lorsque, au milieu du 19ème siècle, s’installa ici Szlomo Halberstam, petit-fils du rabin Chaïm de Nowy Sacz, créant sa propre dynastie des « cadyk »
Appelée « dynastie de Bobowa ». Dans cette partie d’Europe orientale, la nouvelle école talmudique créée attira des adeptes de nombreux pays.
Le fils de ce fondateur, Ben Zion, fut encore plus renommé. Il était en outre doté de talents musicaux remarquables et composa de belles mélodies.
De l’holocauste de la dernière guerre, seul l’un des fils de Ben Zion survécut, perpétuant à son tour la tradition « cadyk » dont le siège fut transféré à New York.
Outre son histoire particulière, la synagogue de Bobowa est considérée comme l’une des plus belles de Pologne.
Beaucoup plus au nord et toujours à l’est de la Pologne, à TYKOCIN, se trouve aussi une vieille synagogue où dans une arche sainte sont conservés les rouleaux de la Torah, très ouvragée. L’un des murs a conservé la plupart de ses fresques et de ses inscriptions hébraïques..

Enfin, à LUBLIN, grande ville de l’Est de la Pologne, où la nombreuse communauté juive a été en grande partie décimée par l’occupant allemand durant la dernière guerre, subsistent cependant des vestiges de la présence juive : Une synagogue et un vieux cimetière où l’on trouve la plus ancienne pierre tombale juive de Pologne, datant de 1641.

A LUBLIN, BYZANCE RENCONTRE ROME

La boucle est bouclée. Apparaissent à nouveau les églises catholiques dans la vieille ville de Lublin avec trois églises dont l’une particulièrement métissée d’Art byzantin.
La cathédrale, édifiée à la fin du 16ème siècle,  faisait partie d’un vaste ensemble du monastère des Jésuites. A l’intérieur, les murs et la voûte sont décorés de fresques baroques en trompe-l’oeil, réalisées par le peintre morave Josef Majer vers 1750.
De la cathédrale, on passe sous la tour des Trinitaires pour accéder à  un très bel édifice religieux : l’église des Dominicains. Fondée en 1342 par le roi Casimir le Grand, elle fut incendiée deux fois et reconstruite dans le style Renaissance, avant de recevoir une décoration baroque. Ici fut signée l’Union de Lublin en 1569, entre la Pologne et la Lituanie, qui présida à la naissance du plus vaste Etat européen de l’époque.

Et, un peu plus loin se dresse le château néo-gothique avec  l’église de la Sainte-Trinité qui, à l’origine, constituait la chapelle de ce château. Son intérieur renferme un joyau : Elle est entièrement décorée de magnifiques fresques russo-byzantines réalisées vers 1410.

Ces fresques ont une histoire : Exécutées à la demande du roi Jagiello qui semblait préférer l’iconographie orientale au style occidental, (il avait été élevé en Lituanie avant d’épouser la reine Jadwiga et accéder au trône de Pologne),  ces fresques furent ultérieurement enduites de plâtre. Ce n’est qu’en 1897 qu’elles furent redécouvertes. La restauration, très complexe, demanda cent ans, avec quelques interruptions.
C’est ainsi qu’une polychromie byzantine subsiste sous les voûtes d’une construction gothique…

Ce joyau historique et artistique est fort symbolique de Lublin, cette ville où plane à chaque coin de rue cet indéfinissable mélange d’orient et d’occident.

Ce curieux mélange vous a imprégné ? Vous êtes prêts dans ce cas à entrer dans le monde semi-légendaire du Sarmate que vous présente le récit suivant.

LES SARMATES EN LEURS MANOIRS.

Sarmates… Sarmatisme…

De ce nom exotique s’exhale un parfum aux connotations tantôt positives tantôt négatives.
Le sarmatisme, phénomène typiquement polonais a laissé beaucoup de traces sur tout le territoire et particulièrement dans sa partie orientale.

Le sarmatisme n’est pas une légende, bien que l’imaginaire collectif y joue un grand rôle. Ce n’est pas une secte, bien que ses adeptes aient adopté certains rites et codes qui leur étaient très particuliers.

Le sarmatisme est un phénomène étroitement lié à la noblesse polonaise (la szlachta),
même si tous les aristocrates ne se considèraient pas  « Sarmates », ou si certains ne pratiquaient le culte du sarmatisme qu’occasionnellement et par simple divertissement..
L’esprit sarmatiste imprégnait tant l’art de vivre, la pensée, les valeurs profondes de tout Polonais fortuné, entre le 16ème et le 19ème siècles,  que le nom de Sarmate s’est généralisé à toute la noblesse.

A l’origine, la Sarmatie, c’est l’appellation  semi-légendaire  par laquelle le monde gréco-romain désignait le territoire de la Pologne. Les Sarmates de l’Antiquité étaient des guerriers réputés vaillants et indépendants. Ils auraient vécu sur les bords de la Vistule où ils se seraient installés après s’être séparés de la tribu des Scythes restés sur les territoires de l’actuelle Russie.

C’est à la Renaissance que naît un culte pour ces ancêtres supposés, relayé par les écrivains pendant les siècles qui suivront : L’historien Jan Dlugosz fut le premier à en faire un récit, puis le poète Jan Kochanowski au 16ème siècle. A nouveau, durant le 19ème siècle, l’esprit sarmatiste fut exalté par les romantiques Mickiewicz et Slowiacki et après eux par l’écrivain Henryk Sienkiewicz, Prix Nobel de Littérature.

En France de la même façon, le culte du sarmatisme polonais commença au 16ème siècle, par des éloges :
Les poètes de la Renaissance n’exprimèrent-ils pas dans leurs vers l’admiration qu’avait suscitée chez les Parisiens l’apparition des ambassadeurs de Pologne venus offrir la Couronne polonaise à Henri de Valois ? « Sarmates vêtus somptueusement, montés sur des destriers parés d’or », ils avaient fait grande impression. Et à cette époque, le mot Sarmate devint inséparable du Polonais.
Il en fut autrement au 18ème siècle néanmoins, où, si l’on continue de désigner le Polonais sous le terme de « Sarmate », c’est devenu plutôt péjoratif sous la plume de l’écrivain français du siècle des Lumières. Voltaire lui-même, au moment où il apprenait l’écrasement de la résistance polonaise par Catherine de Russie, en parle – ironiquement et fort peu charitablement – comme de la « pacification des Sarmates ».

Qu’avait donc fait le noble Sarmate pour perdre ainsi son image de prestige ?
Petit à petit, la szlachta avait poussé le culte du sarmatisme jusqu’à l’excès. Et  les valeurs initiales, dans cet excès, étaient devenues discutables. Le courage, l’honnêteté et la fierté nationale, qui en faisaient l’idéal, s’étaient mués en arrogance (d’autant plus que ce mouvement ne s’appliquait qu’à la noblesse et que les classes paysannes en étaient exclues).
Le folklore et le pittoresque qui faisaient partie de cette identité polonaise idéalisée, avaient dans un premier temps enthousiasmé. Mais lorsque les évènements dramatiques s’abattirent sur la Pologne avec la convoitise des états voisins, on reprocha alors au sarmatisme d’avoir enfermé ses adeptes dans un monde imaginaire où ils n’avaient plus conscience de la sombre réalité politique qui pesait de plus en plus sur la Pologne jusqu’à son dépeçage final par les autres puissances.

Pourtant, même après le dépeçage de la Pologne, un certain culte du sarmatisme perdura durant tout le 19ème siècle, et même très vivant chez les hobereaux retranchés dans leurs manoirs. Leurs rites et  coutumes étaient comme un défi aux occupants.
Ce n’est qu’au 20ème siècle que deux guerres terribles, suivies d’un demi-siècle de communisme, eurent raison de toute velléité sarmate. Nombreux sont aujourd’hui les Polonais – comme les autres peuples – qui ont oublié jusqu’à la signification du mot « sarmatisme ».

Si cette idéologie sarmate interférait dans tous domaines comme la religion, la politique, c’est surtout dans l’Art de vivre et dans l’Art (principalement l’architecture) qu’elle était unique :
Le Sarmate avait un double-culte : Sa patrie, avec ses traditions –  et le goût pour l’Orient qui devait saupoudrer sa vie quotidienne dans tous ses détails.
Ainsi, on reconnaissait de loin le vrai Sarmate à son costume national emprunté aux civilisations orientales, notamment aux Ottomans : Il portait un pantalon, des bottes, une longue robe serrée à larges manches (zupan), recouverte par un manteau de fourrure (le kontusz), ceint d’une large ceinture richement décorée et un sabre courbe ; il était coiffé d’une toque de fourrure.
Et la dame ? Bien que les portraits du 18ème siècle la montre, aux côtés de son époux, en vêtement de marquise plus semblable à ceux que portaient ses consoeurs d’occident, elle agrémentait le tout d’accessoires de fourrure. Dans les manoirs de campagne, elle ajoutait souvent le grand châle slave coloré.

L’habitat du Sarmate portait donc la marque de son double-culte.
La période culminante du sarmatisme coïncidant avec la période baroque, en Pologne l’architecture baroque devint vite un art dit « sarmate » car les bâtisseurs et décorateurs ne manquaient pas de rajouter des éléments orientaux. C’est particulièrement dans l’intérieur de son manoir que le noble sarmate s’adonnait à sa passion pour l’Orient : Il affectionnait les tapis persans ou turcs, les tentures de soie brodée, il fumait la longue pipe appelée « stambulska » et il prenait le thé installé sur le taptchan (mot qui est resté dans la langue polonaise courante pour désigner un divan ou un canapé, et qui est emprunté du langage ouzbek où il désigne les mêmes confortables divans !) Quant à ses écuries, elles se devaient de compter nombre de fougueux chevaux arabes.

De toutes manières, tout dans la vie du Sarmate, se devait d’être théâtralisé, et, entre autres, ses obsèques, occasion de rituels parfois fort impressionnants qui s’étalaient sur plusieurs jours.

Un bel exemple de construction baroque-sarmate est demeuré à OZAROW.

Les manoirs des sarmates, parfois en bois, étaient fort nombreux, le pourcentage de gens de petite noblesse atteignant environ 10 % de la population polonaise. A côté de ces gentilhommes de campagne, on recensait quelques familles de nobles extrêmement riches : les magnats.
Bien que ces derniers affichaient moins que la petite noblesse un rite sarmate, ils n’en étaient pas complètement à l’écart. Ainsi Stanislas Leszczynski, brièvement roi de Pologne devenu Duc de Lorraine, ne cachait pas son goût pour l’architecture orientale dans les demeures provisoires qu’ils s’étaient fait bâtir en exil et dans le bâtiment qui devait devenir sa dernière demeure : l’Eglise Notre-Dame de Bon Secours à Nancy.

L’une des plus puissantes familles de magnats était la famille Potocki, dont les membres étaient propriétaires de magnifiques demeures en Pologne, en France et ailleurs, et notamment du magnifique château baroque de Lancut, situé au sud-est de la Pologne (connu pour son musée d’équipages et pour sa collection regroupant des centaines d’icônes sauvées en Pologne).

L’un des membres de cette famille, le brillantissime Jan Potocki, vécut à la fin du 18ème siècle. Il était à la fois diplomate, explorateur, archéologue et écrivain.

Cet infatigable voyageur entreprit une très longue équipée en Asie centrale sur les traces des tribus Scytho-Sarmates, voulant tenter de vérifier la réalité de la descendance sarmate des Polonais.
Si ses longues recherches ne confirmèrent ni n’infirmèrent vraiment cette croyance, son voyage ne fut pas inutile. De ses pérégrinations en Orient il tira l’inspiration pour son roman fantastique « Manuscrit retrouvé à Sarragosse » (écrit en langue française), que d’aucuns considèrent comme le premier modèle de cette littérature fantastique « gothique » qui fit fureur ensuite au 19ème siècle notamment en Angleterre.
Jan Potocki fit également parler de lui en survolant Varsovie en ballon en compagnie du Français Blanchard. Aussi spectaculairement qu’il avait vécu, il se donna la mort en se tirant une balle dans la tête en son manoir (balle façonnée à partir d’une théière en argent offerte par sa mère et qu’il avait préalablement fait bénir, dit-on).

Alors, sont-elles imaginaires les origines sarmates des Polonais ? Les gentilhommes en leurs manoirs campagnards y croyaient-ils vraiment ou bien cette hypothèse n’était-elle qu’un prétexte à rendre leur vie très pittoresque et à exalter leur amour de la Pologne ?
Peu importe après tout. Ils ont laissé de leur idéal des constructions dignes d’être découvertes.

Avec ce récit sur les Sarmates s’achève cette présentation des légendes, mystères et particularismes de la Pologne de l’Est où plane un mystérieux parfum d’Orient.

Toutefois… Si le sarmatisme a éveillé votre intérêt, vous pouvez à votre tour imiter, occasionnellement, le fier Sarmate dans son art de vivre et de penser. Vous n’avez pas d’origine aristocratique ? Pas grave, la noblesse et la dignité de votre attitude et de vos pensées, les valeurs qui sont les vôtres, compenseront. Et bien sûr l’attachement à la Pologne auquel s’ajoute un goût particulier pour les mystères de l’Orient…

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