ZAMOSC , « la Padoue du Nord »

ZAMOSC, petite ville située à l’Est de la Pologne, sur le plateau de Lublin, n’est pas une ville ordinaire. Elle est inscrite au Patrimoine Mondial de l’Unesco.

Cette Perle de la Renaissance rappelle par sa splendeur le siècle d’or de la Pologne.

 


Malgré les vicissitudes de l’Histoire, elle a réussi à garder en partie sa beauté depuis le 16ème siècle où le comte Zamoyski, chancelier et grand hetman de la Couronne, décida de faire bâtir cette cité – qu’il voulut cité idéale, inspirée de ses séjours à Padoue.
Avec ses monuments pittoresques, véritables trésors artistiques et historiques, la cité a été inscrite en 1992 sur la liste du patrimoine culturel mondial de l’UNESCO.

Le comte Zamoyski avait l’idée d’une ville parfaite qui serait à la fois un grand centre intellectuel et commercial et une forteresse imprenable.

Pour ce plan grandiose, il fit appel à un architecte de Padoue, Bernardo Morando, qui concrétisa les idées de Zamoyski en suivant les théories de l’urbanisme italien de la Renaissance.

Le programme commença en 1580 ; 217 maisons furent bâties, puis les édifices publics virent le jour : l’hôtel de Ville, l’église, l’université. Et comme il l’avait voulu, toute cette belle cité était ceinturée d’un formidable système de fortifications.
L’idée du chancelier fut un succès :  Zamosc, au croisement des routes commerciales Cracovie-Kiev, attira les marchands arméniens, juifs, grecs, allemands, écossais et italiens.

L’Université – à l’origine appelée Académie – qui fut fondée en 1594, était la troisième institution d’enseignement supérieur du pays après celles de Cracovie et Vilnius.

Quant aux fameuses fortifications voulues par le chancelier, elles firent leurs preuves et se révélèrent bien utiles. Dès 1648, elles subirent l’assaut des Cosaques, puis la terrible déferlante des Suédois surnommée « Potop » (le Déluge) restée dans les annales. Face à cette invasion, Zamosc fut l’une des trois seules villes à soutenir victorieusement le siège, avec Czestochowa et Gdansk.

Hélas, ce que d’impitoyables guerres n’avaient pas réussi à détruire, l’occupation par la soldatesque russe –durant l’époque du dépeçage de la Pologne au 19ème siècle – parvint à l’altérer. Les magnifiques édifices furent, sans état d’âme, transformées en casernes. Cela ne se fit pas, on s’en doute, sans dégâts pour le fin décor Renaissance livré aux mains de l’occupant aussi peu que possible conscient et préoccupé de toutes ces richesses artistiques.

Pas davantage d’égards n’étaient à attendre de l’occupant allemand qui succéda aux Russes pendant la période de la seconde guerre mondiale. A ce moment, Zamosc, rebaptisée par les Allemands « Himmlerstadt », devint le centre de la colonisation nazie. Ils expulsèrent purement et simplement les habitants de la ville pour s’y installer.

Par chance, les Allemands n’eurent pas le temps, avant de s’enfuir devant l’Armée Rouge, de détruire la ville à la fin de la guerre.

Et c’est donc une ville maintenant restaurée que l’on peut admirer, en gardant à l’esprit tout ce qu’elle a enduré, ce qui donne une intensité émotionnelle supplémentaire à la découvrir.
La place du Rynek, bordée de vieilles maisons à arcades, est dominée par l’hôtel de ville, construit lors de la fondation de la cité, pourvu d’un escalier monumental.  Les demeures, particulièrement somptueuses, étaient la propriété de marchands arméniens, certaines de ces façades sont décorées de frises et parfois de motifs orientaux.

Comme dans les villes de la Vénétie, il fait bon musarder sous les arcades qui font le tour de la place. On y trouve de charmants cafés et restaurants. (Cependant, certains habitants vous diront en confidence que les endroits les plus fabuleux de Zamosc, ce sont les caves voûtées existant depuis la fondation de la ville sous toute sa surface. Ce monde souterrain a été soigneusement remis en valeur, il s’y trouverait comme jadis des tavernes et des clubs.)
Le monde non-souterrain, quoi qu’il en soit, n’est pas en reste.

L’édification de la splendide collégiale qui se trouve également sur la place du Rynek a duré 40 ans, de 1587 à 1628). Dans l’une de ses chapelles se trouve le tombeau du fondateur, le comte Zamojski. Cette basilique contient un tableau de Carlo Dolci « L’annonciation », une série de peintures représentant la vie de Saint-Thomas, ainsi qu’un remarquable tabernacle en argent.

A proximité, le palais Zamoyski a été transformé en 1830 en hôpital militaire.

A l’Est du Rynek se dresse la vieille synagogue, bâtie en 1610. Là aussi, les Juifs qui représentaient une importante proportion de la population, furent exterminés par l’occupant nazi.

Une église orthodoxe, édifiée en 1620 pour les marchands grecs, complète l’ensemble, tandis que l’église franciscaine baroque, construite vers 1637, a particulièrement souffert des occupations, les Russes en ayant fait un dépôt d’armes, démolissant certains ouvrages d’Art de l’édifice. L’église fut enfin restituée à l’ordre des Franciscains et restaurée.
Zamosc c’est la ville natale de l’activiste politique Rosa Luxembourg et c’est à Zamosc que vécut le poète Simon Szymonowicz, qui fut surnommé « le Pindare Polonais ». La vie de ce poète de la Renaissance est associée à celle du comte Zamoyski qu’il assista dans la création de l’Académie de Zamosc. Simon Szymonowicz était un humaniste connaissant fort bien le grec et le latin. Il écrivit cependant ses « Pastorales » en langue polonaise. Il se lia d’amitié avec l’humaniste écossais Thomas Seget.
Vous aurez une idée précise du riche passé de Zamosc en visitant le musée régional qui contient des portraits de la famille Zamoyski, des œuvres artisanales, des icônes et des documents historiques ; de même les collections de l’Arsenal présentent des maquettes de la ville, montrant son aspect au 17ème siècle jusqu’à maintenant.
Cependant, le passé de la cité est omniprésent tout au long de la promenade dans son centre où règne une atmosphère très particulière.

En dépit de son inscription au patrimoine de l’UNESCO et de toutes les beautés qu’on peut y voir, Zamosc conserve une atmosphère de ville tranquille de province oubliée par le temps.

Les paysages ruraux qui entourent la ville – comme le village de Zwierzyniec – pourvues d’une flore et d’une faune spécifiques, ajoutent à son charme.

Lors de notre dernier séjour, nous nous sommes étonnés de la quasi-absence de touristes (ce qui a offert en contrepartie l’avantage de pouvoir, au pied-levé, être logés idéalement dans l’hôtel donnant sur la place du Rynek). Il y avait en outre un agréable festival de musique et théâtre sur la place centrale.

Comme nous faisions part de notre étonnement au patron de l’hôtel, il nous avait répondu – en pensant à l’évidence spécifiquement, quant à lui, aux visiteurs venant d’autres coins de Pologne – que « depuis la chute du communisme, les Polonais se sont précipités sur les voyages vers l’étranger ; On peut les rencontrer partout ailleurs, visitant allégrement l’Italie, la France, l’Espagne, l’Angleterre  ou bien sur les plages de Croatie ou de Turquie. »

Et il avait ajouté philosophiquement, avec une lueur de malice dans son regard bleu azur :

« – Quand ils auront fait le tour du monde, ils reviendront pour visiter Zamosc ».

Nous avions en tête, quant à nous, les touristes de l’étranger et particulièrement de France.

Selon les statistiques de tourisme, il apparaît que les Français – jadis en tête des groupes de visiteurs – sont moins nombreux à venir découvrir la Pologne, passant largement derrière le nombre de touristes allemands, anglais, italiens et même espagnols.
Il semble en effet que la Pologne, si unie traditionnellement à la France – soit de plus en plus méconnue de la part des médias français, que ce soit dans le domaine touristique comme dans le domaine culturel. Ne protestez pas, chers lecteurs : Quel Français connaît aujourd’hui Mickiewicz, le plus grand poète polonais ? Ou bien Sienkiewicz et les autres prix Nobel de littérature polonais ? Demandez autour de vous. Ils étaient pourtant, de leur vivant, fort connus ici.
Dommage. Cependant, l’intérêt pour un pays commence souvent par un voyage de découverte… et un coup de cœur.

Zamosc, la ville Renaissance orientalisante, ne vous laissera probablement pas indifférents. Si vous trouvez la cité de Zamosc trop petite, vous pourrez vous rendre dans la grande ville de Lublin, très proche, elle aussi très dépaysante. Ne la manquez pas.

HERMINE

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