Varsovia – Pablo Neruda

Non, mes amis, ce n’est pas une erreur de ma part, je sais que Varsovie se dit Warszawa en polonais et non Varsovia. J’ai écrit « Varsovia » car je suis tombée sur un magnifique poème de Pablo NERUDA, l’illustre poète chilien, Prix Nobel en 1971.

Neruda s’est rendu à Varsovie quelques années après la guerre, a découvert la ville presque totalement détruite mais se reconstruisant courageusement ; tandis qu’apparaissaient à nouveau des fragments du passé, retrouvés parmi les cendres, restaurés avec précaution, que renaissaient un à un les symboles du passé, Pablo Neruda a immortalisé ces moments par un poème émouvant. Je me permets de vous en donner un aperçu. Ce poème s’appelle : « La Sirena de Varsovia ».
Comme son titre l’indique, il est dédié particulièrement au symbole de Varsovie, la Sirène au bord de la Vistule, laquelle, anéantie par les bombardements, a été, à partir de fragments retrouvés dans les immenses décombres, reconstituée peu à peu.

Comment ? Vous ne saviez pas que Varsovie avait aussi sa sirène emblème ? Vous ne connaissiez que la petite sirène de Copenhague ?

Vous n’êtes pas les seuls à l’ignorer. Désormais, si on ne vous parle que de la sirène de Copenhague, qui a été immortalisée par les contes d’Andersen, vous pourrez parler de la sirène de Varsovie, qui, elle, a inspiré – excusez du peu – le grand Pablo NERUDA.

Voyez comme elle semble prête à défendre Varsovie. Et voici les vers du poème de Neruda qui la concernent (poème en espagnol – traduit de mon mieux).


REGRESO LA SIRENA

 

Asi la llevantaron, con amor,

Limpiaron la ceniza. Era tarde, la noche,

El cansancio, la nieve detenian la pela,

Y ellos cavando hallaron primero la cabeza

Los blancos senos de la dulce muerta,

Su traje de sirena, y al fin el corazon

Bajo la terra, enterrado y quemado pero vivo

Y hoy vive vivo, palpitando en medio

De la reconstruccion de su hermosura.

 


LA SIRENE EST REVENUE

Ainsi ils la remontèrent, avec amour,

nettoyant la cendre. Il était tard, la nuit,

la fatigue, la neige ralentissaient leurs pelles.

Et ils ont creusé, retrouvant d’abord la tête,

et les seins blancs de la douce morte,

Son habit de sirène, et pour finir son coeur,

Sous la terre, enterré et brûlé mais vivant,

Et aujourd’hui il vit, palpite , au milieu de sa beauté reconstruite.


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La suite du poème se rapporte à la ville de Varsovie dans son ensemble. Lorsque Pablo Neruda découvrait Varsovie et écrivait ce poème, la ville était loin d’être reconstruite. Ce n’est que dans les années soixante-dix que la reconstruction peut être considérée comme achevée. A ce moment, les Varsoviens avaient patiemment érigé, en parallèle avec la construction de quartiers neufs modernes, un quartier ancien « Stare Miasto » avec pour point d’orgue le Palais Royal, (Zamek Krolewski), symbole du passé ressuscité, dont je souhaiterais vous dire quelques mots.

Mais d’abord, la suite du poème de Pablo Neruda :


Ahora comprendes como
El amor construyo las avenidas,
Hizo cantar la luna en los jardines.
Hoy cuando petalo a petalo cae la nieve
Sobre los techos y los puentes
Y el invierno golpea las puertas de Varsovia,
El fuego, el canto vive de nueva en los hogares
Que edifico el amor sobre la muerte.


Maintenant tu comprends comment
L’amour a construit les avenues,
Faisant chanter la lune dans les jardins.
Aujourd’hui quand tombe la neige,
pétale après pétale, sur les toits et les ponts
Que l’hiver frappe aux portes de Varsovie,
Le feu, le chant vit de nouveau dans les foyers,
que l’amour a édifiés au-dessus de la mort.


Oh, je sais, vous allez me dire que, tandis que les Varsoviens fouillaient minutieusement les décombres pour ressusciter le passé, le régime russo-soviétique imposait à la ville des bâtiments que les Varsoviens détestaient car ils étaient le « cadeau » de l’infâme Staline à la Pologne.

Vous ajouterez que nombreux sont ceux qui estiment que Varsovie en réalité a été défigurée par ces constructions soviétiques, et particulièrement par le fameux gigantesque « Palais de la Culture » (Dom Kultury) édifié en plein centre sur ordre de Staline, et qui se veut la réplique de l’Université de Moscou (A ne pas confondre surtout avec le Palais Royal (Zamek Krolewski) de la Vieille Ville, cité plus haut !)

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Je comprends parfaitement l’aversion des Varsoviens pour le symbole que représente ce bâtiment, leur rappelant par sa présence les crimes du monstrueux « petit père des peuples » (comme il se faisait appeler) qui a fait tant de mal au peuple polonais (voir sur ce thème l’excellent film récent de Wajda, consacré au massacre de 20.000 officiers et élites polonaises àKatyn).

Cependant, sur le plan de l’esthétique proprement dite, j’avoue que je ne trouve pas ce monument si laid, je veux dire : pas plus laid que les multiples constructions modernes sans âme qui ont fleuri dans toutes les villes d’Europe et du monde dans les années cinquante-soixante…

Certains souhaiteraient qu’il soit purement et simplement détruit. A l’intérieur toutefois il a son utilité, faisant fonction depuis sa construction, de maison de la Culture, avecsalles de congrès, de cinéma, théâtres, bibliothèques, piscines…

C’est plutôt cette couleur grise qui m’afflige un peu, pardonnez mon audace, je le verrais bien, plutôt que démoli, repeint en couleur pastel. Non je n’ai pas dit rose-bonbon. Mais pourquoi pas d’un ton bleuté, ou sable? Voyons un peu.

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Bon, j’arrête là ; je sens que le terrible moustachu se retourne dans sa tombe devant les libertés que je prends avec son « cadeau ».

D’ailleurs, la Varsovie « moderne » ne se résume pas à ce Dom Kultury. Depuis vingt ans que la Pologne est sortie du communisme, des constructions ultra-modernes en verre, des gratte-ciels sont apparus : sièges de banques, hôtels luxueux, magasins rutilants, etc… ils donnent à la capitale un aspect futuriste et bien vivant. Quand on a, comme moi, visité Varsovie dans sa période communiste et puisaprès l’an 2000, on ne peut qu’être ébahi par l’évolution rapide.

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Varsovie a donc bien deux facettes, la contemporaine et la reconstituée. Elles ne s’entrechoquent point, la vieille ville « Stare Miasto » constituant un îlot à part. On y accède en partant de la place du Palais Royal (Zamek)Ce Palais Royal est hautement historique et emblématiqueà plus d’un titre et les Varsoviens, alors que leur ville n’était plus qu’un amas de décombres, voulurent absolument qu’il soit reconstruit, tel qu’il était aux siècles passés ; C’est en grande partie grâce au célèbre peintre italien Canaletto, souvent invité au 18ème siècle à Varsovie par le dernier roi de Pologne Poniatowski, que l’authenticité historique a pu être autant respectée. Canaletto avait exécuté des tableaux du Palais Royal et de différentes vues de la capitale à cette époque avec tant de méticulosité dans les détails que les reconstructeurs ont pus’en inspirer.

Sur la colonne devant le Palais se dresse la statue du Roi de Pologne Zygmunt qui avait transféré la capitale de Cracovie à Varsovie. Lui aussi a retrouvé sa place.

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Reconstruire avec le plus de fidélité possible était le mot d’ordre et c’est donc à partir des éléments retrouvés en creusant patiemment dans les décombres qu’a commencé la résurrection de la Vieille Ville. Elle a mobilisé les efforts des Varsoviens, aidés des dons envoyés par des Polonais habitant différents coins du monde, en particulier des Etats-Unis.

Salle de Marbre

Le Palais Royal était depuis des siècles, la résidence du Roi comme du Congrès (Sejm) jusqu’au partage de la Pologne en 1795. Il fut dynamité par les nazis en 1944. A présent, il est redevenu un splendide château baroque dont l’intérieur a été reconstitué, abritant trois cents pièces de collection.

Canaletto

A ne pas manquer : L’impressionnante salle de bal et la magnifique salle des Chevaliers qui s’orne de six grandes toiles de Bacciarelli dépeignant les évènements de l’Histoire de la Pologne ; le Cabinet de Marbre, la salle du Trône et la salle Canaletto.

Salle du Trône

Château Royal

Château Royal

La Vieille Ville se continue ensuite par un dédale de petites rues pavées à l’ancienne, où les touristes se promènent en calèche pour se rendre dans les nombreux restaurants ; L’Eglise Saint-Jean, édifice gothique rasé pendant la guerre, a retrouvé toute sa splendeur. Y est enterré l’écrivain Henryk Sienkiewicz (Prix Nobel de Littérature en 1903 avec « Quo Vadis »).

La Place du Rynek est la plus charmante de la capitale, très animée avec ses cafés, ses musiciens et artistes-peintres. Il faut prendre le temps d’admirer les détails architecturaux des façades Renaissance et baroques ; c’est là qu’on prend la mesure du travail immense réalisé. Pour ceux qui aiment le luxe, il y a sur cette place un haut lieu de la gastronomie, une quasi-institution : le restaurant Fukier ; fresques, ambiance, style, les repas y sont un régal autant pour l’œil que pour le palais.

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En vous promenant, jetez un coup d’oeil sur la maison natale de Marie Curie née Sklodowska, Varsovienne si exceptionnelle qu’elle fut la première femme à enseigner les sciences à la Sorbonne, la première à recevoir deux Prix Nobel, la première femme à être enterrée au Panthéon pour ses mérites…

Car si une visite à Cracovie, l’ancienne capitale et berceau de la Pologne, nous rappelle maints personnages polonais comme Jean-Paul II ou Kopernik qui y fréquentèrent sa prestigieuse Université, n’oublions pas qu’à Varsovie plane l’ombre de deux Polonais illustres : Marie Curie et Frédéric Chopin. <!–[if gte mso 9]> Normal 0 21 false false false MicrosoftInternetExplorer4 <![endif]–><!–[if gte mso 9]> <![endif]–>

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Les mélomanes ne manquent pas de se rendre dans un village proche de Varsovie, Zelazowa Wola, dans sa gentilhommière natale où ils sont accueillis par des notes de piano.

Savez-vous que, si sa dépouille repose au Père-Lachaise à Paris où il est mort, son cœur – selon ses dernières volontés – a été ramené dans l’église Sainte-Croix de Varsovie où il repose ?

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Une grande statue de Chopin a été érigée en outre dans l’élégant parc Lazenki. Ce parc entoure le Palais d’été du dernier roi Poniatowski, qui termine la « Voie Royale » partant de la Vieille Ville. <!–[if gte mso 9]> Normal 0 21 false false false MicrosoftInternetExplorer4 <![endif]–><!–[if gte mso 9]> <![endif]–>

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Bien que controversé à cause de ses relations avec Catherine de Russie (il avait été son amant de jeunesse avant de devenir ce souverain déterminé à lui tenir tête), relations ambigües qui menèrent à son abdication et au partage de la Pologne, Poniatowski était bien un homme raffiné du siècle des Lumières. Ainsi en même temps qu’il avait insufflé – jusqu’à déclencher le courroux de la tsarine – un brillant éclat aux Arts et à la Culture polonaise durant tout son règne, il avait paré la capitale d’élégantes façades. Si bien que, grâce à lui c’est une ville rappelant le raffinement du Paris des Lumières qui avait perduré jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale, où tout ce patrimoine fut rasé sur ordre d’Hitler.

A quelques kilomètres de Varsovie, se dresse le châteaude Wilanow, résidence d’été du roi Sobieski, le roi-guerrier qui s’illustra en sauvant Vienne de l’invasion des Turcs au 17ème siècle. Ce roi construisit une remarquable villa de style baroque italien. Par chance, cet édifice subit moins de dégâts pendant la guerre que le reste de la capitale.

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N’est-il donc pas étonnant d’entendre assez souvent (si,si, je l’ai même lu dans plusieurs guides de tourisme !) que les Polonais n’aiment pas leur capitale, qu’il trouvent que c’est une ville plutôt moche, etc… Il serait temps de réhabiliter l’image de Varsovie ; non seulement c’est une très belle ville mais elle offre une superbe leçon de courage et d’Histoire à tout visiteur qui se donne la peine de la regarder dans les détails.

D’autres disent qu’ils préfèrent Cracovie, l’ancienne capitale qui, ayant eu la chance -in extremis – d’échapper à la destruction nazie peut offrir aux visiteurs les vestiges de son passé royal. Bien sûr, Cracovie, c’est le charme-même du passé, à l’instar de Paris, Rome et bien d’autres villes intactes. Mais Varsovie, c’est autre chose. Son architecture est disparate car elle a des parties anciennes et d’autres modernes, et alors ? Le propre de l’Architecture n’est-il pas de témoigner des époques et des évènements les plus divers ? Signalons au passage que Varsovie a été très tôt inscrite au Patrimoine de l’UNESCO.

Hitler avait déclaré : « Détruisez les monuments d’un pays et c’est toute une nation qui va disparaître ».Il avait tout faux.

Laissons encore la parole à Pablo NERUDA ; les derniers vers de son poème sont les plus beaux.

 


Varsovia milagrosa, corazon enterrado
de nuevo vivo y libre, ciudad en que se prueba
Como el hombre es mas grande
Que todo la desdicha,
Varsovia, dejame tocar tus muros,
No estan hechos de piedra o de madeira,
de esperanza estan hechos.
La esperanza, que aqui la toquen,
Que asi sientan en ella como sube
La vida y la sangre de nuevo,
Porque el amor, Varsovia,
levanto tu estatua de sirena
Y si toco tus muros, tu piel sagrada,
Comprodo que eres la vida y que en tos muros

HA MUERTO, AL FIN, LA MUERTE.

 


Varsovie miraculée, cœur enterré
A nouveau vivant et libre, ville qui démontre
Que l’homme est plus grand
Que toute négation,
Varsovie, laisse-moi toucher tes murs,
Ils ne sont pas faits de pierre ou de bois,
Ils sont faits d’espérance.
Celui qui ici touche l’espérance,
Sent en lui monter
la vie et le sang à nouveau,
parce que l’amour, Varsovie,
A édifié ta statue de sirène,
Et si je touche tes murs, ton enveloppe sacrée,
Je comprends que tu es la vie et que, entre tes murs,

C’EST LA MORT, EN FIN DE COMPTE, QUI EST MORTE.

 


Impressionnant, n’est-ce pas ? Ce poème de Neruda vous a peut-être fait voir Varsovie sous un autre jour ?

Pour ceux qui vont faire pour la première fois une visite à Varsovie, je me permets de leur suggérer, s’ils se sentent un peu bouleversés par l’histoire dramatique de la ville, de faire ensuite un petit tour d’évasion inoubliable dans la forêt de Bialowieza (afin de découvrir aussi que la nature de cette région de Mazovie-Podlachie n’est pas en reste sur l’architecture). Dans cette immense forêt à l’est de Varsovie vivent les derniers bisons d’Europe (donnant naissance à la meilleure wodka « Zubrowka » dont les bouteilles se reconnaissent à l’herbe « de bison » qu’elles contiennent). Na zdrowie ! (à votre santé !)

Hermine

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Une réflexion sur “Varsovia – Pablo Neruda

  1. Cezary

    Merci de m’avoir fait découvrir ce poème qui parle de ma ville natale. Je sais que Neruda s’était rendu à Varsovie en 1950 pou assister au Congrès mondial des partisans de la paix, il en parle dans « J’avoue que j’ai vécu », où il consacre quelques pages à Jerzy Borejsza(son nom est mal ortographié(Borerzka) dans l’édition française que j’ai lue) qui lui faisait visiter le pays, notamment les grands lacs de Mazurie.

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