Récit de Voyage en Pologne Septentrionale, par Hermine

Chers amis lecteurs, que diriez-vous d’une page de tourisme ?

Mon mari et moi, nous venons de passer une si agréable semaine de tourisme en Pologne, que j’ai pensé vous  faire partager cette découverte par un petit récit si vous le voulez bien.

Nous fêtions nos noces de jade à la fin avril. Mon mari, qui est un Français polonophile, a eu l’idée de célébrer cette date par un voyage en Pologne. Comme nous connaissons plutôt le Sud de la Pologne, (surtout l’attractive région touristique entourant Cracovie et la montagne des Tatry que sûrement beaucoup d’entre vous connaissent), nous nous sommes intéressés, pour changer, au Nord de la Pologne. Connaissez-vous les régions portant les noms énigmatiques de Cachoubie, Warmie, Mazurie, Poméranie, Poznanie ? C’est cela le Nord de la Pologne.

Pour que cette célébration soit exceptionnelle, nous avons choisi chaque soir un hébergement dans un château. Oh la, allez-vous penser ? Qui peut s’offrir le luxe de coucher dans des châteaux ? Je  vous rassure ; les prix de ces gîtes exceptionnels, en Pologne, sont loin d’être ruineux. Ils ne dépassent même pas – en tout cas en basse saison – le prix d’hôtels ordinaires en Occident. (à titre indicatif, pour une chambre double, le prix dans les différents châteaux se montait entre 50 € et 60 € petit-déjeuner (copieux) compris.

Ce choix d’hébergement ayant contribué à rendre infiniment romantique notre découverte de ce pays, je souhaiterais placer, dans mon récit, ces châteaux en vedette comme s’ils étaient le point d’orgue de chaque journée, témoins hiératiques du passé mouvementé de chaque coin de Pologne, parfois liés à des personnages historiques.

Parmi les huit châteaux ou manoirs qui nous ont hébergés durant la semaine de voyage, il y en a au moins quatre qui nous ont particulièrement subjugués : Ainsi, le château de WASOWO en Poznanie, le château de RESZEL en Warmie-Mazurie, le château teutonique de MALBORK en Cachoubie et puis  le manoir hetmanski près de SZCZECIN en Poméranie. (j’ai rajouté finalement le château de RYDZYNA près de Wroclaw)..

I – LE CHATEAU DE WASOWO. (à 40 km à l’ouest de POZNAN)

Château de Wasowo

Après avoir traversé en voiture d’Ouest en Est l’Allemagne par l’autoroute, nous avons atteint en fin d’après-midi la frontière germano-polonaise (si on peut l’appeler encore frontière car pas le moindre contrôle de papier ne nous a ralentis au passage). Pour accéder au petit village de Kuzlin où se trouve le château de WASOWO, nous avons emprunté des petites routes de forêts, quelques hameaux et soudain se dresse devant nous la silhouette de brique rouge, hérissée de tourelles. La noble demeure nous accueille dans un calme olympien.

 

Pas âme qui vive dans l’immense parc prolongé par un étang. Seul un chat particulièrement affectueux qui se frotte à nos mollets dès notre descente de voiture. Véritable hôte de ces lieux, il nous accompagnera partout à travers les allées menant vers la chapelle ou vers l’étang. Est-ce l’un des châtelains réincarné, nous demandons-nous tant il nous fait l’honneur de sa compagnie.

Pour l’heure, nous découvrons l’intérieur du château, imprégné de l’ambiance feutrée du passé.  Les jeunes réceptionnistes à la fois aimables et nonchalants, nous indiquent notre chambre tout en haut d’où l’on a une vue curieuse entre les échauguettes. Derrière le grand salon où crépite un feu dans la cheminée, la salle à manger, parée de trophées de chasse, est fort accueillante.

Nous sommes presque seuls dans ce lieu qui semble oublié du monde – en tout cas pas encore connu des touristes. Nous y dégusterons une soupe aux œufs que l’on nomme zurek, un Châteaubriand, (oui, en français sur le menu) et d’imposantes glaces aux fruits.

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Comme nous allons et venons à travers le château sans être contrariés le moins du monde, nous explorons le lieu de haut en bas. Au sous-sol, après la salle de billard,  il y a là une magnifique piscine intérieure, parfaitement utilisable … et à notre seule disposition.

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La nuit tombée, dans le silence impressionnant, le château gagne encore en mystère. Que de souvenirs, plaisants ou dramatiques, ces murs pourraient nous raconter ! Bien que rendue fort confortable, la bâtisse date de la nuit des temps :  Au Moyen-Age, Wasowo appartenait aux Bénédictines. Puis au 16ème siècle, il devint propriété de l’aristocratique famille polonaise des Sczaniecki, jusqu’à ce que ses descendants la revendent, en 1860, à des Allemands (la Poznanie était d’ailleurs devenue, lors des partages de la Pologne, terre allemande).

Le nouveau propriétaire, Richard von Hardt, était un banquier de Berlin. Lui et son fils remanièrent la demeure, particulièrement au moment où l’empereur Guillaume II annonça sa visite. De l’ancienne partie baroque du 18ème siècle, il reste encore quelques traces mais le style général du château est devenu néo-gothique ; tout fut fait pour impressionner l’empereur Guillaume II : Tourelles, façade richement décorée qui, dorénavant, lui donnent cette charmante forme de château de conte de fées. La salle à manger a conservé également l’ imposant décor néo-gothique.

La chapelle en revanche, au bout de l’allée (où nous accompagne encore, au petit matin,  notre hôte le chat), a conservé son style classique du 18ème siècle, en forme de rotonde.

Le petit-déjeuner servi dans la grandiose salle à manger, est copieux, « à la polonaise » : La charcuterie ne manque pas, les saucisses chaudes, les œufs brouillés, pain noir et pain blanc, viennoiseries, etc…

C’est donc avec regret que nous quittons notre premier gîte, après un dernier regard sur les tourelles élancées, les arcades du château dont la brique vive étincelle maintenant sous un soleil matinal éclatant. Nous ne l’oublierons pas de sitôt.

A peine une demi-heure plus tard, nous atteignons par la route boisée, la grande ville de Poznan. Là aussi, l’Histoire est présente, liée aux premiers rois polonais. L’histoire de Poznan remonte au IXème siècle.

La bourgade s’est développée rapidement sous le règne de Mieszko 1er. Elle fut préférée à Gniezno comme base pour la création d’une nation. Mieszko y fut enterré.

Boleslaw son fils, premier roi de Pologne, renforça sa défense par des murailles. Le commerce fut florissant pendant toute la Renaissance. Lors du partage de la Pologne au XVIIIème siècle, Poznan fut marquée par une germanisation intensive jusqu’en 1918. Retombée sous la domination allemande pendant la seconde guerre mondiale, Poznan redevint polonaise quand la guerre s’acheva. Depuis, sa vocation commerçante a continué, Poznan devint un point d’échange entre l’Europe occidentale et l’Europe de l’Est et les foires commerciales internationales font la fierté de la ville.

Si les faubourgs de Poznan nous semblent un peu gris et tristounets même sous le soleil, cette impression s’efface sitôt atteint le centre-ville. La place du Rynek a été minutieusement restaurée et l’hôtel de Ville Renaissance se dresse en son centre majestueusement. Cette place vaut à elle seule le détour.

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Cet hôtel de ville est un joyau architectural, construit entre 1550 et 1560. Sa façade est surmontée d’une frise représentant les rois de la dynastie des Jagellon.

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A quelques kilomètres de Poznan, nous visiterons le château de Kornik, de style néo-gothique, qui possède une très étonnante salle mauresque. Ce château chevaleresque a été fondé par la famille Gorka au XVIème siècle et remanié par Tytus-Adam Dzialynski qui devint le propriétaire en 1826 ; attaché aux temps glorieux de la Pologne, ce dernier a voulu donner à sa demeure sa propre vision d’un château néo-gothique, en faisant appel à d’illustres architectes comme Corazzi, Marconi et Schinkel. C’est en tout cas un extraordinaire décor romantique. Il abrite une précieuse collection de livres et d’armures.

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Voici pour cette première étape en Poznanie. La prochaine fois, si vous le voulez bien, je vous décrirai une autre escale inoubliable : Reszel en Warmie, région où plane le souvenir de Kopernik. Mais c’est une autre histoire.

Pour le moment, je souhaiterais vous avoir donné l’envie, si l’avenir vous mène en Pologne,  de vous arrêter, de vous loger dans le féérique havre de paix que constitue le château de WASOWO. Courez-y tant qu’il est encore si tranquille, alangui dans son passé et dans la nature.

II –  CHÂTEAU DE RESZEL

En route vers la splendide région de Mazurie (appelée province des trois mille lacs), nous entrons dans cette partie du nord-est de la Pologne où plane l’ombre du grand Kopernik.

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Bien que né à Torun, l’illustre astronome-mathématicien a longtemps séjourné dans la région de Warmie-mazurie, où son oncle, l’évêque Lukasz Watzenrode avait un certain pouvoir, notamment à Lidzbark, ville médiévale que surplombe un imposant château de briques.

Après avoir servi de base à l’expansion des chevaliers teutoniques, la cité de Lidsbark Warminski fut pendant quatre siècles la capitale de la principauté ecclésiastique de Warmie. Il en reste notamment ce château-forteresse où Kopernik séjourna plusieurs années comme conseiller de son oncle l’évêque. A l’ombre des larges tourelles trône une statue du savant..

Encore un peu plus au Nord-Est se situe le château de Reszel où nous allons passer la nuit. Nous atteignons le paisible bourg de Reszel après avoir suivi des petites routes de plus en plus bordées de lacs et d’étangs. Et des nids de cigognes, en nombre incalculable… Les habitants des hameaux traversés, habitués à ces oiseaux qui reviennent fidèlement chaque printemps, s’amusent de nous voir bondir pour prendre en photo ces grands nids parfois installés sur le clocher d’une église, le plus souvent en haut des pylônes électriques. Les cigognes sont revenues depuis deux ou trois semaines, nous précisent les villageois, elles ont mis au monde leurs bébés. En effet, du haut des nids apparaissent les cous tendus des cigogneaux attendant la pitance que vont leur amener leurs parents, que l’on voit pêcher au bord des étendues d’eau.

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Le château de RESZEL date du XIVème siècle ; il a conservé sa forme d’origine, hormis le côté sud qui, transformé en église protestante au XIXème siècle, s’est vu adjoindre un beffroi surmonté d’un pignon ; l’imposante tour cylindrique du château surplombe les toits de la vieille ville ; la vue est superbe et les chambres nous ravissent ; il y règne une atmosphère d’austérité médiévale où le modernisme n’apparaît que pour assurer un ultra-confort. Nos fenêtres donnent sur une cour pavée empreinte du passé.

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A peine installés au château cependant, nous partons à la découverte des alentours ; en effet, à proximité immédiate de Reszel se situent deux curiosités de taille :

D’une part, au hameau de Gierloz, le fameux « repaire du loup », bunker au milieu de la forêt mazure, où Hitler avait installé son quartier général en 1941 ; c’est là qu’eut lieu la tentative d’assassinat contre le führer, menée par Stauffenberg.

Plus accueillante et encore plus proche, la plus belle église baroque de Pologne se dresse dans le hameau voisin de Swieta Lipka. Sa construction, en 1687 fut liée à un miracle : La Vierge, dit-on, était apparue à un condamné à mort.

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L’église, pur édifice baroque d’une jolie couleur pastel, est entourée d’un vaste cloître rectangulaire. On y pénètre par une porte en fer forgé très travaillée. A l’intérieur, des fresques en trompe-l’oeil ont été réalisées par un artiste de Lidzbark. Le plus étonnant est l’orgue somptueux de 5.000 tuyaux, équipé d’un mécanisme qui anime des saints et des anges. Des oeuvres de Bach retentissent et aussi, plus profanes mais tout aussi émouvantes dans ce décor grandiose, des polonaises et mazurkas.

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Que la cour du château de Reszel est agréable au réveil ! Le petit-déjeuner copieux est servi dans une salle voûtée, mystérieuse à souhait.

Il est temps de reprendre notre route qui nous mènera, par des routes boisées, au coeur de la Mazurie et de ses lacs à perte de vue et des stations touristiques encore un peu assoupies car la saison des touristes commence plus tard ici. Les amateurs de kayak, de pêche ou de repos viendront en nombre pendant les mois d’été remplir les hôtels et pensions bordant les étangs.

Certains de ces hôtels – nouveaux et luxueux – présentent une architecture à bulbes.

Mikolajki, petite station nichée dans un ravissant cadre naturel, accueille sur ses rives une colonie d’innombrables cygnes sauvages. Nous y dégustons de délicieuses glaces « smietanowe » (à la crème fraiche). Non, il ne fait pas trop froid pour cela, détrompez-vous ! Le soleil brille dès le matin, et dans la journée, il faut jusqu’à 26 ° – alors qu’on n’est qu’à la mi-avril.

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Demain, nous nous dirigerons plus à l’ouest, pour loger au célèbre château de MALBORK, fief des chevaliers teutoniques. Ce sera le troisième volet de ce petit reportage. En attendant, j’espère vous avoir intéressés à la Warmie-Mazurie, province de trois mille lacs où la nature est reine.

III – CHÂTEAU DE MALBORK

 

L’étape que je vous inviter à partager maintenant n’est pas des moindres : Le fabuleux château de MALBORK, siège du grand-maître des Chevaliers Teutoniques aux temps anciens.

On a beau s’attendre à la majesté de ce lieu hautement historique, on ne peut pas s’empêcher d’être ébahi en arrivant devant l’immense édifice qui nous transporte au XIVème siècle.

En ce temps-là, les chevaliers teutoniques, venant d’Allemagne, prétendant venir convertir les païens de l’Est, s’installaient allègrement sur les rivages de la Baltique polonaise (inutile de préciser que le prétexte de christianisation était fallacieux, la Pologne ne les avait pas attendus pour devenir chrétiens : C’est en 966 que la Pologne, à la suite de son premier chef-roi, Mieszko, devint catholique). Cependant, les chevaliers teutoniques, qui, rescapés des croisades, avaient été chassés de Palestine, cherchaient de nouveaux territoires ; certes, il y avait bien quelques peuplades (appelées Prussiens) encore païennes à l’extrême nord-est de la Baltique qui donnèrent aux chevaliers un prétexte pour accourir, mais en fait de conversion, ils n’y allèrent pas par quatre chemins et les exterminèrent purement et simplement. (Il ne resta que le nom de Prusse, conféré après coup à une toute autre contrée – germanique). Puis, ces chevaliers restèrent obstinément dans ce coin sympa de Poméranie-Cachoubie pendant quelques siècles, non sans avoir, entre autres moeurs très douces et très chrétiennes, massacré également les habitants de Gdansk en 1308, jusqu’à ce que les Polonais, excédés, après bien des combats récurrents, remportent sur ces envahisseurs une retentissante victoire en 1410 :  La bataille de Grunwald.

Le champ de bataille d’ailleurs est visible, un peu au Sud de Malbork, signalé par un haut monument en rase campagne, fouetté par le vent de la plaine.

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La visite de l’intérieur du château est passionnante ; il faut au moins trois heures pour faire honneur aux  très nombreuses salles imposantes . La salle contenant les collections d’objets d’ambre est l’une des plus remarquables ; dans d’autres salles, des armures, des vêtements et même des ustensiles de cuisine nous font revivre cette époque lointaine et trouble.

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Une exposition de photos nous fait réaliser le travail de restauration qui a dû être fourni durant des années après la seconde guerre mondiale, une bombe ayant touché l’édifice, causant des dégâts considérables. Il a été soigneusement remis en état, comme, nous l’avons constaté à maintes occasions, beaucoup de bâtiments patrimoniaux en Pologne, notamment à Varsovie, dans la vieille ville « Stare Miasto » reconstituée.

Mais revenons à notre château teutonique : Comment décrire la magie qui descend sur la forteresse à mesure que la nuit tombe ? Les derniers visiteurs ont quitté l’endroit à l’heure de la fermeture des salles-musées. Un grand calme s’installe.

C’est depuis le pont qui enjambe la rivière Nogat que la vision sur l’ensemble du château, illuminé dans le crépuscule, est la plus saisissante. Le bâtiment est composé de trois parties appelées le château haut (wysoki zamek),  le château moyen (sredny), et le château bas (niski). C’est ce dernier qui contient maintenant des chambres où nous allons passer la nuit.

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Si les chambres de la partie hôtel – un peu trop modernisées durant les années quatre-vingt- ont moins de cachet, à notre goût, que celles du château médiéval de Reszel, il n’en demeure pas moins que dormir dans cet endroit reste un souvenir inoubliable ; Avant de sombrer dans le sommeil, j’ai eu bien des pensées pour les personnages qui avaient vécu ici ; nulle part ailleurs, me semble-t-il, le passé ne m’avait paru aussi enveloppant. Comme si d’invisibles fantômes peuplaient ce lieu enchanté.

Au matin, après le traditionnel copieux petit-déjeuner dans une salle de restaurant parée de blasons et d’armures, l’atmosphère du château a changé. Dans la lumière du soleil, il se mire dans la rivière, solide, prêt à accueillir les nouveaux visiteurs. Ceux-ci sont en majorité des touristes allemands, cependant, un bus  déverse ce matin un groupe de sympathiques Français de Savoie.

Pour notre part, nous allons maintenant à GDANSK, qui se trouve à seulement 60 km, direction le littoral. Gdansk (de son ancien nom Dantzig), la plus grande ville portuaire de Pologne, a elle aussi un passé particulièrement tumultueux.

La ville fut fréquentée dès le Xème siècle par des commerçants. Sa vocation marchande ne fit que grandir lorsqu’elle fit partie de la Hanse dès 1310.

De son passé hanséantique, elle garde une architecture bien particulière. Bien qu’elle ait souffert des vicissitudes de l’Histoire, où elle passa tour à tour sous domination prussienne, avant d’obtenir épisodiquement le statut de ville libre, et enfin de redevenir polonaise, la cité a été si bien remise en état qu’on a peine à imaginer tout ce qu’elle a enduré. C’est là en effet que la seconde guerre mondiale a commencé, par le bombardement de la garnison polonaise de Westerplatte.

Lorsqu’on se promène dans ses rues bordées de superbes façades Renaissance sculptées, décorées, lorsqu’on flâne devant la Porte Dorée où les marchands proposent les bijoux d’ambres, lorsqu’on savoure au milieu de nombreux touristes de savoureuses glaces dans les pittoresques cafés, c’est la joie de vivre qui prédomine.

Ce qui nous amène à la réflexion que Gdansk, selon nous, est l’une des trois ou quatre plus remarquables villes de Pologne, avec Cracovie la Royale, Zamosc la petite ville Renaissance classée au Patrimoine de l’UNESCO, Wroclaw la silésienne – et sans oublier Varsovie la capitale ressuscitée de ses cendres. (sans doute y en a-t-il d’autres qui mériteraient d’être mentionnées,  qu’elles me pardonnent…)

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C’est aussi par son histoire plus récente que Gdansk a beaucoup fait parler d’elle :  Ici a eu lieu L’épisode Solidarnosc et parmi ceux qui y ont lutté figure l’illustre électricien des chantiers navals : Lech Walesa.

Gdansk formant avec le port de Gdynia et Sopot l’ensemble « Trojmiasto » (Trois-villes), j’ajouterai un petit commentaire sur Sopot. C’est la station balnéaire par excellence. Et comme la plupart des lieux de villégiature, tout y semble insouciant, charmant et léger.

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Déjà renommée à la Belle Epoque, Sopot en a gardé de belles villas à l’architecture fantaisiste, ainsi qu’un centre pittoresque. Notre hôtel-pension « Dworek Admiral », à l’arrière duquel commence la plage de sable, est tout droit sorti de cette époque, avec ses salons fleuris, ses couleurs pastels, son charme alangui. Comme il fait très beau, presque chaud, Sopot – ville et plage – est envahi par les habitants de Gdansk venus profiter du week-end.

Alors, si vous aimez les villégiatures au bord de la mer, vous pouvez venir à Sopot sans hésiter. Et, entre deux bains de soleil, en profiter pour visiter Gdansk et Malbork.

A bientôt pour le quatrième épisode des châteaux-étapes : le manoir Hetmanski, où nous avons passé une dernière nuit avant de quitter la Pologne septentrionale.

IV – DWOREK HETMANSKI à STARGARD SZCZECINSKI

Aujourd’hui c’est notre dernier jour en pologne (et comme c’est aussi le jour anniversaire de notre mariage, nous nous demandons si le dworek Hetmanski qui nous hébergera ce soir sera digne de l’évènement!) Nous ne serons pas déçus.

Rien à voir cependant avec les authentiques lieux historiques que constituaient les précédents châteaux-étapes. Il tient plus du manoir ou de la gentilhommière que d’un château proprement dit. D’abord il est flambant neuf…

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Ce « dworek hetmanski » a été créé récemment, après l’an 2000. Mais son constucteur a voulu reconstituer fidèlement le style d’habitat du hetman, mot qui désignait jusqu’au dix-neuvième siècle un aristocrate de l’ancienne Pologne.  C’est cette idée originale qui nous a séduite et que je vais essayer de vous faire partager en vous décrivant la demeure.

Tout d’abord, le manoir est très très difficile à dénicher. Nous avons beau avoir l’adresse, prise sur le site Internet, qui mentionne la ville de Stargard Szczecinski, c’est-à-dire une localité dans les environs de Szczecin, près de la rivière Oder, qui sert de frontière germano-polonaise.

En fait, le manoir en question est perdu dans la campagne à quelques kilomètres de Stargard, dans un environnement de lacs, ce qui peut expliquer que, malgré la beauté du lieu, nous serons là aussi presque les seuls à s’y loger.

Le manoir est entouré d’un parc idyllique ; à l’intérieur, tout est marbre et raffinement.

Je vous laisse juges par ces quelques photos.

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On y est transporté dans un art de vivre aristocratique, ce qui, même si c’est seulement pour une seule nuit, est fort agréable…

Le Hetman  – dont le portrait apparaît dans la splendide salle à manger –  s’il bénéficiait d’un tel décor, ne devait pas être malheureux.

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Pour ceux d’entre vous qui se demanderaient ce qu’était au juste un hetman, voici quelques précisions : Le hetman était le commandant des armées en Pologne du 15ème au 18ème siècles. C’était donc, avec le castellan et le voïvode,  un grand dignitaire du royaume. Il était comblé d’honneurs et vivait plutôt dans le luxe, comme l’évoque ce manoir qui nous fait partager épisodiquement son monde révolu.

Si, à votre tour, vous cherchez un endroit tranquille, retiré et luxueux, nul doute que ce dworek hetmanski vous plaira.

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Vous pourrez en profiter pour découvrir la grande ville de Sczecin, à une vingtaine de kilomètres du lieu.

L’histoire de Szczecin remonte à la construction d’une place forte slave au VIIIème siècle.

Cependant, la ville fut depuis tiraillée constamment entre les deux peuples germanique (la Prusse) et polonais. Au fur et à mesure que la frontière fluctuait, elle se retrouvait d’un côté ou de l’autre.

(La Prussienne Catherine de Russie ,dite « Catherine la Grande », y était née, au moment où la contrée  était encore allemande).  Toutefois, après la seconde guerre mondiale, Szczecin  revint à nouveau à la Pologne.

Le monument le plus imposant de la ville est le château des princes de Poméranie du XIVème siècle.

Ainsi s’est terminé, par cette dernière étape, notre circuit de la Pologne septentrionale jalonné de châteaux et manoirs où l’âme polonaise est particulièrement présente. J’espère vous avoir donné un peu l’envie d’y aller goûter à votre tour.

Cependant, je m’en voudrais de ne pas rajouter à cette série de chateaux-hôtels encore un dernier, que nous avons découvert non pas au cours de notre tout récent circuit mais deux ans auparavant. Il mérite tout particulièrement d’être rajouté à cette petite liste, aussi, si vous n’y voyez pas d’inconvénients, je rajoute une présentation complémentaire le concernant. Il s’agit du château de RYDZYNA, un peu plus au Sud, château construit par la fameuse famille LECZYNSKI entre Poznan et Wroclaw.

V – CHATEAU DE RYDZYNA (au nord de WROCLAW)

Entre Poznan et Wroclaw, dans un petit village endormi portant le nom de RYDZYNA, se trouve un charmant château de style rococo que nous avons découvert durant l’été 2007.

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Si vous êtes, comme moi, fan du fameux Stanislas LECZYNSKI, ex-roi de Pologne, Duc de Lorraine au XVIIIème siècle, le nom de RYDZYNA ne vous est peut-être pas inconnu.

C’est là en effet, sur le fief de la famille, que Raphaël Leczynski, père de notre Stanislas, fit bâtir une demeure de style baroque. Raphaël était haut dignitaire, castellan de Leszno, aussi cette demeure est quasi-princière, dessinée par l’architecte italien Simone Belotti (lequel avait précédemment œuvré pour le roi Sobieski). C’est ce qui expliquerait une certaine ressemblance entre le décor intérieur du château de Rydzyna et certaines salles du château de Wilanow bâti par le roi Sobieski près de Varsovie. Un autre architecte italien, Pompeo Ferrari, y apporta en 1700 d’autres décorations.

Cependant, une période de guerres avec la Russie de Pierre le Grand , au XVIIIème siècle, vint stopper cette période de prospérité, perturbant la formidable ascension de la famille Leczynski. En effet, Stanislas, alors tout jeune, après s’être illustré en défendant vaillamment son pays lors des conflits, fut élu roi de Pologne. Hélas, le tsar n’eut de cesse d’empêcher le patriotique Stanislas,  de régner, faisant tout ce qu’il put pour mettre à sa place un roi Saxon. Stanislas fut contraint de s’enfuir de Pologne, emportant sa femme et sa fille Marie (qui devint – vingt ans après – reine de France en épousant Louis XV. )

Si Stanislas, en recevant alors le duché de Lorraine,  parut se consoler d’avoir perdu le trône de Pologne en s’épanouissant dans sa brillante Cour de Lorraine, ce ne fut pas le cas de son épouse qui demeura inconsolable et ne vécut que dans l’espoir de revoir un jour la Pologne et particulièrement ce fief de Rydzyna qu’elle affectionnait. Son vœu ne fut jamais exaucé ; bien que Stanislas eût tenté à plusieurs reprises  de revenir en Pologne reprendre son trône, il n’y parvint pas et il demeura Duc de Lorraine jusqu’à sa mort, réunissant autour de lui dans son château de Lunéville de brillants esprits comme Voltaire, Montesquieu et bien d’autres, et se faisant aimer de ses sujets Lorrains. Son épouse repose donc à Nancy, à l’église Notre-Dame du Bon Secours, où Stanislas, bien des années après, la rejoignit… ainsi que le cœur de leur fille Marie, la Reine de France dont la dépouille fut enterrée à Saint-Denis près de son époux Louis XV.

Pardonnez-moi d’avoir été si longue sur cette page d’histoire ; c’est que le château de Rydzyna est fortement marquée par le souvenir de Stanislas. Je ne m’étendrai pas davantage sur les aventures du Duc de Lorraine. Sa vie fertile en aventures tour à tour dramatiques et comiques ont inspiré au moins quatre livres récents que vous pourrez lire sans risquer de vous ennuyer. Il est vrai que le personnage était haut en couleurs.

Mais revenons à Rydzyna.

Après le départ des Leczynski, le château passa entre les mains d’Aleksander Sulkowski, ministre du nouveau roi de Pologne, Auguste le Saxon. La famille Sulkowski en fit un centre culturel et théâtral important. Des modifications intégrèrent le restant du bourg de Rydzyna pour en faire un modèle de cité baroque. Durant les guerres napoléoniennes, des descendants des Sulkowski se distinguèrent aux côtés de la France, l’un d’eux, Josef  et son cousin Antoni eurent ainsi l’honneur d’avoir leur nom inscrit sur l’Arc de Triomphe de Paris.

Durant la seconde guerre mondiale, le château de Rydzyna servit de centre aux jeunesses hitlériennes. Puis à la libération, il fut incendié. Sa reconstruction commença en 1960, mobilisant les bonnes volontés, utilisant fidèlement les photos anciennes d’avant son incendie, jusqu’à en faire à nouveau cette belle demeure, comme si rien ne s’était passé.

La galerie de photos retraçant toute sa restauration est saisissante. On a peine à croire en voyant la façade baroque, les salles grandioses parées de somptueux plafonds peints, que tout cela n’était que cendres après guerre.

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On ne peut s’empêcher, à Rydzyna, de faire le parallèle avec l’autre château de Stanislas, Lunéville en Lorraine où il recevait sa Cour connue de toute l’Europe, ce château qui après bien des vicissitudes, avait brûlé lui aussi en 2003, provoquant la consternation générale et mobilisant les bonnes volontés pour commencer une reconstruction minutieuse à son tour.

En attendant que le château de Lorraine reprenne dans quelques années son aspect passé, vous pouvez vous rendre à Rydzyna et y passer une nuit dans des chambres charmantes (en espérant que le fantôme du facétieux Stanislas ne vienne pas vous châtouiller la plante des pieds pendant votre sommeil !)

Pour notre part, nous y avons passé une fort agréable étape, nous promenant dans le parc autour de la statue du Duc, admirant les salles rocaille restaurées, avant de partir vers la ville voisine de Wroclaw qui vaut la peine d’être visitée. Je vous en donne un petit aperçu.

Cette grande ville au bord de l’Oder est la capitale de la Silésie. Après six siècles de domination étrangère (elle a appartenu à la Bohême, à l’Autriche et à la Prusse), Wroclaw a de nouveau fait partie de la Pologne après la dernière guerre mondiale. Une curieuse mosaïque architecturale témoigne de cette succession d’influences.

Récemment et remarquablement restaurée, la ville présente un magnifique rynek, (le deuxième, par la taille, après celui de Cracovie), l’un des plus beaux hôtels de ville anciens de Pologne, datant de la Renaissance et de nombreux musées. C’est aussi un grand centre culturel avec cinq théâtres, un opéra, une salle de concerts, plusieurs festivals et une magnifique université à l’intérieur baroque.

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Cependant, sa principale attraction historique et la plus visitée est le panorama de Raclawice : Un peu excentré dans un parc de la ville, un bâtiment moderne de forme cylindrique abrite une peinture-panorama sur toile de 15 m de haut sur 114 m de long. Elle est tendue sur les murs de la rotonde. Cette peinture représente la bataille de Raclawice, un village à environ 40 km de Cracovie.

Cette bataille fut un évènement symbolisant les derniers sursauts de la Pologne pour son indépendance, en 1794 ; sous le commandement du général Kosciuszko, les troupes polonaises se défendirent énergiquement contre les troupes russes. Comme on le voit en détail sur le panorama, les soldats polonais furent aidés par les paysans venus vaillamment en renfort. La bataille fut une victoire pour la Pologne (hélas, quelques mois plus tard, les Russes, sous les ordres de la tsarine Catherine II,  s’allièrent une fois de plus à la Prusse pour écraser, à Maciejowice, les Polonais ; Kosciuszko fut blessé, fait prisonnier avec d’autres généraux polonais ; détenu à Saint-Petersbourg, il fut heureusement libéré deux ans plus tard par le nouveau tsar Paul, fils de l’impératrice, lequel détestait sa mère.)

Cette toile fut réalisée un siècle plus tard par un groupe de patriotes, elle est  l’œuvre de deux peintres, Styka et Kossak. Après la guerre, la peinture fut déménagée de Lvov à Wroclaw. Comme elle représentait une défaite des Russes, il fallut attendre les années Solidarnosc vers 1980, apportant un début de liberté, pour que la toile, roulée dans les réserves, soit restaurée et montrée au public. Elle vaut vraiment la peine d’être vue…

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Voilà pour Rydzyna et ses environs. Vous trouverez des informations spécifiques sur le château de Rydzyna à l’adresse http://www.zamek-rydzyna.com.pl/?lang=en&id=161.  Au nord de Wroclaw passe également la route des Piast, premiers rois de Pologne au Moyen-Age. C’est une longue histoire et je ne voudrais que mon récit soit trop long. Je ne vous présente donc que quelques vues de ces vestiges de la période royale Piast…  et je vous quitte en espérant que ces cinq modestes compte-rendus d’étapes en châteaux polonais vous ont intéressés.

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