Lunéville et Nancy : là où le roi de Pologne revit

Chacun de nous connaît – au moins de nom – Nancy, grande ville de Lorraine, chef-lieu de la Meurthe-et-Moselle. Nancy est particulièrement célèbre pour sa place centrale, laquelle, considérée comme l’une des plus belles places d’Europe, a été classée au patrimoine mondial de l’UNESCO : La place Stanislas.
Vous y êtes, c’est de Stanislas Leszczynski, Duc de Lorraine et Roi de Pologne qu’il va être question dans cet article qui a pour but de vous faire mieux connaître l’autre endroit situé à une trentaine de kilomètres de Nancy, qui porte la trace de ce souverain : Le château de Lunéville, ce château où Stanislas tint jusqu’à la fin de sa vie l’une des plus brillantes cours d’Europe.


Nous avons déjà relaté sur ce site (rubrique Histoire – Les 12 patriotes polonais illustres), la vie tumultueuse de Stanislas Leszczynski et les vicissitudes qui l’ont conduit du trône de Pologne au Duché de Lorraine. Nous ne ferons donc que survoler les évènements de sa vie antérieurs à sa période lorraine.

Stanislas, né en 1687 dans une famille aristocratique polonaise, a reçu une éducation et une instruction soignées dans le fief des Leszczynski à l’ouest de la Pologne. A peine âgé de 20 ans, il s’est vu confier la fonction de staroste (officier défenseur d’une ville). Son éloquence autant que son esprit patriotique le font remarquer de la Diète de Varsovie qui se trouve dans l’embarras car le valeureux roi Sobieski vient de mourir.
En effet, depuis le 16ème siècle, la monarchie en Pologne est devenue élective, et trouver un nouveau souverain digne de succéder à Jan Sobieski n’est pas chose évidente.
Sobieski, formidable roi-guerrier, avait su défendre son pays contre divers assaillants – dont l’invasion turque qui lui avait valu, après sa retentissante victoire à Vienne, le surnom de « Sauveur de l’Europe et de la chrétienté ». La Pologne, étant à cette époque le plus grand pays d’Europe par sa superficie avoisinant le million de kilomètres carrés, attirait la convoitise de ses voisins et particulièrement de la Russie.
Heureusement, les Suédois – qui au 17ème siècle avait déferlé et pillé la Pologne lors d’une invasion restée dans les mémoires comme « le déluge » – s’étaient, depuis, rangés aux côtés des Polonais contre la Russie de Pierre-le-Grand. Et le nouveau souverain suédois, Charles XII, devenant l’ami fidèle de notre jeune Stanislas aura à ce moment une grande influence sur sa destinée. Le roi de Suède, comme la Diète de Pologne, considéraient que s’il y avait un homme capable, par ses qualités, de remplacer le roi Sobieski, c’était bien Stanislas Leszczynski. Il fut donc élu et propulsé sur le trône avec enthousiasme.

Hélas, il eut à peine le temps d’être couronné que les armées russes envahirent Varsovie, contraignant Stanislas à quitter son pays, pour le remplacer de force sur le trône de Pologne par un roi Saxon, Auguste le Fort.

(Remarquez au passage cette belle entente entre Russes et Germains dans le but de se partager la Pologne, qui se renouvellera par la suite bien des fois – notamment s’alliant pour écraser l’héroïque défense de Kosciuszko lors du dépeçage de la Pologne, et, plus récemment, lors du plan d’invasion commune Ribentrop-Molotov au début de la dernière guerre mondiale).

Voici donc Stanislas sur les routes de l’exil, emmenant avec lui sa jeune épouse, Catherine Opalinska et leurs deux bébés. Ils se dirigent d’abord vers le Duché des Deux-Ponts que le roi de Suède a mis à leur disposition, puis – à la mort de leur ami suédois – ils doivent demander asile au régent de France qui leur permet de s’établir aux confins du royaume de France, à Wissembourg en Alsace.

Le grand roi Louis XIV vient de mourir après un très long règne, laissant pour seul héritier son arrière-petit-fils, le futur Louis XV, encore enfant. Le régent lui confie le trône dès son adolescence et son entourage souhaite marier au plus vite le jeune roi afin d’assurer un héritier au trône de France. Les portraits des nombreuses princesses aspirant à la destinée enviable d’épouse de ce jeune souverain régnant sur le plus merveilleux des royaumes d’Europe, sont envoyés à Versailles.
Le conte de fées devient réalité : Le prince charmant épousera la bergère, c’et-à-dire la fille de Stanislas, Marie Leszczynska. Que la fille d’un roi détrôné ait supplanté les autres princesses aux noms prestigieux ne manque pas de stupéfier la Cour. Les historiens y voient comme explication une sombre machination ourdie à Versailles par l’influent Duc de Bourbon avec sa maîtresse la marquise de Prie, qui ont pensé que cette petite Leczynska (forme francisée de leur imprononçable nom de famille), en plus d’être vertueuse, pieuse et très cultivée, était si modeste qu’elle leur serait forcément reconnaissante et toute dévouée.

Je suis sûre, chers lecteurs, que vous préfèrerez l’autre version, bien plus romantique : Il paraît que lorsqu’on faisait défiler les portraits des princesses postulantes devant le petit roi en lui demandant de faire son choix, quand arriva le portrait de Marie Leczynska (lequel avait été réalisé par un peintre envoyé de Versailles sans que ni elle ni ses parents n’en sachent la destination), ses yeux soudain brillèrent et il quitta momentanément l’air grincheux qui était coutumier à cet adolescent au caractère peu facile.
Bref, quoi qu’il en soit, on dépêcha un messager vers la province d’Alsace à Wissembourg, avertir la future souveraine et ses parents dont je vous laisse imaginer le saisissement en apprenant la nouvelle.
A peine eut-on le temps de préparer la demoiselle à l’étiquette et aux codes de Versailles que Marie dut quitter son bien-aimé père pour devenir reine de France (en 1725). Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Dix au total (de nombreuses filles et deux garçons dont l’un seulement vécut, le dauphin). Nous laissons donc le jeune couple à sa nouvelle vie car la période lorraine de Stanislas approche.
La France n’allait tout de même pas laisser le beau-père du Roi reclus dans une modeste maison de Wissembourg. Il lui fut octroyé la jouissance du prestigieux château de Chambord. Stanislas et son épouse s’y installèrent sans enthousiasme car, étonnamment, ni l’un ni l’autre ne s’y plaisait.
Par bonheur, à ce moment, la question du devenir de la Lorraine – duché indépendant – se posa. Le Duc de Lorraine, Léopold, aimé et estimé de ses sujets, était mort. C’était son fils, François-Etienne qui aurait dû lui succéder, mais le jeune homme avait une autre destinée : Il s’en allait épouser la fille de l’empereur d’Autriche, l’héritière des Habsbourg, Marie-Thérèse. Il renonça donc au trône de Lorraine, à l’issue de tractations avec les représentants du roi de France, il fut convenu que le Duché de Lorraine serait confié au beau-père de Louis XV jusqu’à sa mort et qu’à ce moment, la Lorraine serait incorporée en douceur au royaume de France. Ainsi serait réalisée l’ambition de tant de rois de France : La réunion de la Lorraine à la Couronne.
En 1738, Stanislas est invité à se diriger vers la Lorraine pour y résider dans un château que son prédécesseur, le duc Léopold, avait fait construire et où il avait vécu : Le château de Lunéville, situé au sud-est de la capitale lorraine, Nancy. Comment expliquer que Stanislas – aux yeux duquel même le super-château de Chambord n’avait pas trouvé grâce – eut tout de suite le coup de foudre pour ce château de Lunéville, sentant que c’était là sa place ?
Certes, le château – que le duc Léopold avait fait bâtir par l’architecte Boffrand, élève de Mansart, était tout à fait dans le style architectural classique du château de Versailles qui faisait fureur et que tous les monarques d’Europe voulaient copier.
Toutefois la bâtisse de Lunéville, quelque peu négligée depuis la mort de Léopold, austère et inconfortable, demandait des soins pour acquérir vraiment fière allure. Nul doute que ce besoin urgent de travaux d’aménagements ait achevé de séduire le roi de Pologne qui se sentait depuis toujours une âme d’architecte, entrevoyant aussitôt les embellissements qu’il allait apporter pour faire réellement de ce château « Le Versailles Lorrain ».

Efficacement secondé par l’architecte Emmanuel Héré, les sculpteurs Guibal et Cyfflé, par le ferronnier Jean Lamour (qui firent merveille à Nancy), le Duc se lança dans un programme d’aménagements du château qui devaient l’épanouir tout le restant de sa vie. Dès lors, le château mérita le surnom de « petit Versailles lorrain », tant par son élégance que par la Cour prestigieuse que Stanislas y attira : Philosophes illustres comme son ami Voltaire, Montesquieu, princes d’Europe, artistes et écrivains…
Le parc du château faisait l’objet de toute son imagination. Il y fit installer la perle de son jardin, le Rocher, devenu célèbre dans toute l’Europe. C’était un monde d’automates, de la grandeur réelle d’un homme, mus par l’eau du canal, faisant la réputation du château et attirant de plus en plus d’invités de marque, qui s’émerveillaient également des « fabriques » ou pavillons d’inspiration orientale qui parsemaient le parc. (Ces fantaisies architecturales de Stanislas, nées à Lunéville, se multiplièrent Outre-Rhin et en Angleterre).
Ces réjouissances ne détournaient cependant pas Stanislas du rôle premier qu’il s’était fixé et qu’il avait rappelé à sa fille quand elle allait devenir reine de France : « Le rôle essentiel d’un monarque est de se faire aimer de ses sujets ». Aussi n’oubliait-il pas le peuple lorrain, créant hôpitaux, écoles, une Université, lui valant de la part de ses sujets le surnom de « Stanislas le bienfaisant » ou « le roi-philosophe ».

Aujourd’hui encore, quand on arrive dans la petite ville de Lunéville, on est frappé par l’omniprésence de son nom dans la vie quotidienne, particulièrement aux alentours du château : Il y a « Stan le traiteur », « A la table de Stanislas », le restaurant « Maria Leszczynska », etc… de même dans d’autres endroits de la région, comme à Plombières-les-Bains, petite ville thermale où il se rendait, sans parler de la fameuse place Stanislas de Nancy. Cette place grandiose, il ne faut pas manquer – après l’avoir admirée de jour – de revenir la voir la nuit tombée. Illuminées, les fontaines et les grilles de Jean Lamour deviennent fantastiques. Les terrasses des cafés de la place, remplies d’une jeunesse estudiantine, entourent d’une vie joyeuse l’imposante statue du patriarche Stanislas.
Décor magique qui relie le présent au passé.

Mais attention, il serait fort inapproprié de tirer toute la couverture sur soi – je veux dire sur Stanislas ! Les Lunévillois, s’ils affectionnent leur pittoresque dernier duc, expriment tout autant de considération pour le duc précédent, Léopold, à qui ils doivent en tout premier la construction du château.
Avec Léopold, c’est l’authentique lignée de Lorraine qu’ils vénèrent, dont la descendance, depuis l’union de François-Etienne avec Marie-Thérèse, est liée à la maison Habsbourg. L’exemple récent en est donné par leur attachement envers leur descendant direct, Otto de Habsbourg-Lorraine, qui vient de disparaître cette année, à l’âge de 98 ans. Chacun ici salue son esprit profondément européen et le soutien qu’il a apporté aux actions pour la reconstruction du château.

Car il nous faut à présent évoquer les grands malheurs qui se sont abattus successivement sur le château de Lunéville. D’abord à la fin de la vie de Stanislas. Ce dernier, répétons-le, s’était épanoui merveilleusement à Lunéville, même s’il n’avait jamais oublié son trône de Pologne qu’il avait tenté de reprendre. Entreprise vouée à l’échec, le tsar de Russie le menaçant de son armée dès qu’il réapparaissait sur le sol polonais, le contraignant à fuir et revenir en France.
A Lunéville, il vivait entouré d’amis et il se réjouissait plus que tout quand sa famille lui rendait de temps à autre visite depuis Versailles, car il adorait ses petits-enfants autant que la reine sa fille.

Le premier malheur frappa ce monde idéal lors d’un des séjours de Voltaire, habitué du château, arrivé en compagnie de sa maîtresse Emilie du Châtelet et de M. de Saint-Lambert.
Emilie (que Voltaire admirait pour sa grande intelligence) s’intéressait beaucoup à la physique, ayant entre autres réalisé une traduction d’œuvres de Newton.
Déjà âgée d’une quarantaine d’années, elle était arrivée cette fois-là à Lunéville, enceinte, prête à accoucher. Le père de l’enfant à naître n’était cependant ni son époux, ni son ami Voltaire, mais son autre amant, M. de Saint-Lambert, lui aussi familier du château.
(Remarquez au passage comme Stanislas avait l’esprit large). Mais la pauvre Emilie mourut au château des suites de son accouchement.
Rien ne fut plus tout à fait comme avant après cette mort, survenue comme un mauvais présage en prélude à d’autres malheurs. Le coup le plus terrible pour Stanislas fut ensuite la nouvelle du décès de son petit-fils bien-aimé, le dauphin, mort de maladie à trente-sept ans.
Triste, esseulé, le duc s’assoupit un soir devant la cheminée. La robe de chambre – que sa fille lui avait offerte – prit feu. Gravement brûlé, il mourut quelques semaines plus tard.
Sa dépouille fut transportée avec les plus grands honneurs par ses sujets lorrains pour être enterrée à Nancy à l’église Notre-Dame du Bon Secours qu’il avait fait construire.

Avec la disparition de Stanislas, une période grise s’abattit sur le château des Lumières.
Louis XV, comme il était convenu, prit possession aussitôt de la Lorraine pour l’annexer à la France. Impatient d’effacer les traces de la grandeur du Duché de Lorraine, tout comme désireux de récupérer tout ce qui pouvait renflouer ses caisses, Louis XV n’épargna pas les châteaux de Stanislas, fit enlever ce qui était précieux, vendre le somptueux mobilier. démanteler le fameux Rocher aux automates…
Et ce n’est que grâce à l’intervention d’une de ses filles, l’énergique Mademoiselle Adélaïde, qu’il renonça à faire détruire définitivement le château de Lunéville.
(Adélaïde a bien mérité, pour son efficacité, d’avoir son portrait ici).

Au fil des ans et des époques, la bâtisse du château connut des destinations diverses.
Il servit principalement à l’Armée, Lunéville devenant durant le 19ème siècle une ville de garnison, abritant des régiments de cavalerie. Le général La Salle, qui servit brillamment Napoléon, a sa statue équestre dans la cour du château. Cette fonction militaire du château avait apporté une certaine animation à la ville. Parallèlement, la ville garde aussi les traces de son passé de faïencerie et de broderie comme le montrent aujourd’hui d’intéressantes expositions dans les communs du château.
Néanmoins, à la fin du 20ème siècle, le château des Lumières apparaissait comme tombé dans un certain oubli. Hors de Lorraine, qui connaissait encore vraiment son existence ? Pourtant, il abritait encore d’intéressants vestiges du 18ème siècle, dont une bibliothèque de livres anciens à la valeur inestimable.

Hélas, le 2 Janvier 2003, le château de Lunéville allait, de façon dramatique, être connu de tous les télespectateurs de France et de Navarre, hébétés par les images qu’ils voyaient. Durant cette nuit-là, où le vent soufflait en tempête, un incendie s’était déclaré dans une partie du château en travaux. Les rafales violentes freinaient l’action des pompiers. L’incendie se propageait, les toitures s’écroulaient devant les yeux des Lunévillois impuissants.

Quand l’incendie put enfin être maîtrisé, le château de Léopold et Stanislas offrait un spectacle de désolation. Entre autres, la magnifique chapelle du 18ème siècle, les nombreux livres de la précieuse bibliothèque n’étaient plus que cendres.
Est-ce le désespoir du maire de la commune, M. Michel Closse, fondant en larmes devant les caméras, qui toucha si fort le cœur des télespectateurs ? Un élan de solidarité exceptionnel se fit aussitôt sentir, venant des quatre coins de France et même de sympathisants et donateurs de l’étranger afin de soutenir les Lorrains dans leur volonté de reconstruire le château tel qu’il était du temps de sa grandeur.
Cette mobilisation aurait pu n’être qu’un phénomène éphémère. Or, huit années plus tard, cet élan ne s’est pas tari. Le nombre de donateurs (adhérents à l‘Association « Lunéville Chäteau des Lumières » fondée alors) continue même d’augmenter chaque année.
Les élus locaux, au premier rang desquels le Conseil Général (propriétaire d’une partie du château, l’autre partie appartenant à l’Armée), se sont activés pour réunir des fonds publics –dont des fonds européens, afin qu’un vaste programme de travaux à réaliser durant des années, permette de ressusciter le château.

Et aujourd’hui ? Grâce à cette mobilisation exceptionnelle, le château continue de vivre, attirant les visiteurs. Chaque année, en septembre, l’association « Château des Lumières » organise un week-end des donateurs, réunion conviviale où se rencontrent les adhérents venus de régions diverses, qui peuvent à cette occasion assister à l’Assemblée Générale et s’informer de l’évolution des travaux.

Au cours de ces dernières années, des travaux de très grande qualité ont progressé de manière spectaculaire à l’intérieur du château. La chapelle a été terminée, inaugurée l’an dernier (occasionnant la visite du célèbre Stéphane Bern), ainsi que l’escalier d’honneur – somptueux – la salle des gardes, la salle de la livrée et les salles voûtées du sous-sol.

C’est dans ces salles voûtées qu’a eu lieu cette année un dîner à la mode du 18ème siècle et selon les goûts traditionnels du roi Stanislas, mêlant les plats français aux plats polonais (mais oui, il y avait des pierogi), le tout accompagné de vin de Toul et de Tokay de Hongrie, vins préférés du duc.
La gourmandise du roi Stanislas atteignait un tel degré qu’il l’avait érigée en Art de vivre.
De cette gourmandise, il est resté les bouchées à la reine (créées en l’honneur de sa fille), les madeleines – de Commercy (friandises inventées par sa cuisinière prénommée Madeleine), et surtout le baba au rhum, au départ kugelhof qu’il aimait arroser copieusement de rhum et faire flamber. Et il n’y a pas qu’en Lorraine qu’il laissa les traces de sa légendaire gourmandise ; à Paris aussi :
Au centre de Paris, rue Montorgueil, la pâtisserie Stohrer, qui a été fondée en 1730, existe toujours. Et savez-vous que Nicolas Stohrer était le pâtissier du roi Stanislas, avant de devenir celui de la reine sa fille ? Nous savons que Stanislas a vécu à Wissembourg avant que Marie épouse Louis XV. Nicolas Stohrer y habitait également et ses talents de pâtissier furent vite remarqués par l’insatiable gourmand qui le prit à son service, l’entraînant avec lui lorsqu’il quitta Wissembourg, d’abord vers Chambord puis au duché de Lorraine. Dans sa grande générosité, Stanislas consentit cependant à le laisser partir à regret vers Versailles pour servir sa fille. Là Stohrer se surpasse, régalant la Cour de macarons, de « biscuits à la reine », d’ »Ali-Baba ». Jusqu’à ce que, jouissant d’une renommée exceptionnelle, il décide d’ouvrir sa propre boutique dans le centre de Paris. Gros succès ; Les dames s’extasient devant la finesse de ses friandises, le tout-Paris vient goûter les pâtisseries de la rue Montorgueil. Le savoir-faire s’est perpétué, Florimond a pris la suite de Stohrer pour continuer à faire la réputation de « la plus ancienne pâtisserie de France ». Et, un jour d’avril 2004, voilà qu’une autre reine fait honneur à la pâtisserie créée sous l’égide du roi de Pologne : La Reine Elisabeth d’Angleterre, en visite officielle à Paris, demande à passer par la rue Montorgueil et voici ce que cela donne :

Revenons à Lunéville. Ici, ce qu’on ressent, c’est que les barrières sociales semblent inexistantes. Il n’y a que des êtres humains unis dans le but de perpétuer la vie du château – (absence de barrières bien dans l’esprit de Stanislas, lui qui est décrit comme aussi à l’aise avec ses sujets lorrains qu’avec les grands de ce monde).
Durant la journée, le parc du château est le domaine des Lunévillois qui s’y promènent longuement, les enfants y gambadent et les stands de victuailles dans la cour attirent les acheteurs.

Si l’intérêt pour le château n’a pas faibli jusqu’à présent, c’est certainement dû beaucoup à l’enthousiasme de l’équipe de bénévoles travaillant dans l’association présidée par M. Closse, l’ancien maire de Lunéville. Parmi les personnes qui s’activent avec fougue pour que les visiteurs soient bien accueillis, il y a bien sûr M. Closse lui-même et puis aussi Huguette, arrivée à Lunéville adolescente et qui, depuis de nombreuses années, se passionne pour sa ville et particulièrement pour le destin de ce château. Elle est omniprésente, accueillant et guidant les visiteurs en leur contant d’innombrables anecdotes faisant revivre les deux ducs, le digne Léopold et son épouse Elisabeth-Charlotte apparentée à LouisXIV, le joyeux Stanislas et son austère épouse Catherine Opalinska, tout comme les périodes plus récentes où la ville regorgeait de régiments de cavalerie.
Après nous avoir raconté les exploits du général La Salle, officier de Napoléon, dont l’imposante statue équestre se dresse au centre de la cour du château, Huguette nous entraîne dans les petites rues du centre de la ville qu’elle connaît par cœur, pour nous faire visiter la superbe église baroque Saint-Jacques, construite par Stanislas avec ses propres deniers, où repose Emilie du Châtelet, nous faisant admirer au passage quelques façades richement décorées de demeures de marchands.

Cependant, c’est dans les histoires sur le nain de Stanislas qu’Huguette excelle : Le nain de Stanislas, appelé Bébé, est un petit être qui a marqué le château.
Ce Lilliputien, né dans les Vosges, était si petit qu’on le mit, parait-il, dans un sabot, puis on l’amena au château pour le présenter à Stanislas. Ce dernier, conquis par cette minuscule créature, le garda avec lui, le gâtant tellement, satisfaisant ses moindres désirs, jusqu’à rendre l’adorable lutin de plus en plus capricieux. Huguette en connait un rayon sur les frasques de Bébé : Il avait exigé un carrosse semblable à celui du Duc ; il se promenait dans le parc avec son bel attelage tiré non par des chevaux mais par des chêvres ; il jouait des tours pendables aux dames qu’il arrosait en actionnant subrepticement l’un des jets d’eau sur leur passage ; pour les grandes soirées, le pâtissier confectionnait un magnifique gâteau dans lequel on cachait Bébé. A la surprise des convives, il surgissait soudain du gâteau et, à coups de sabre, découpait la friandise en morceaux…
La statue de Bébé à l’âge de six ans, grandeur nature c’est-à-dire mesurant 60 centimètres, qui avait été gardée précieusement, n’a hélas pas été épargnée par l’incendie de 2003 ; néanmoins, des fragments de son visage ont pu être retrouvés et des copies en faïence ont été réalisées.

Je ne peux vous redire toutes les anecdotes contées par Huguette. Si vous souhaitez en savoir plus, il vous suffit d’aller faire un tour dans ce sympathique coin de Lorraine, le Lunévillois, pays de la mirabelle et des cristalleries de Baccarat que vous pourrez visiter à cette occasion.

Le clou de ce récent week-end à Lunéville fut le somptueux spectacle de Sons et Lumières et son théâtre d’eau, donné dans le parc du château la nuit tombée, spectacle que n’aurait pas renié le duc. Quand éclate la musique et que dansent les jets d’eau dans les lumières éblouissantes, le parc réaménagé devient majestueux et l’émotion nous gagne en contemplant tout au bout de l’allée le château illuminé comme si les deux ducs y veillaient encore sur leurs ouailles. Quant à Bébé, il est tellement dans nos esprits qu’on serait à peine étonné de le voir surgir, hilare, d’une touffe de buis.

Chers lecteurs polonophiles, si j’ai eu envie de vous entretenir de ce coin de Lorraine, c’est que la Culture lorraine et la Culture polonaise sont liées pour toujours par la personnalité du roi Stanislas… Et pas seulement lui, comme me le faisait remarquer un membre de l’équipe du château des Lumières : Une cinquantaine d’années après l’épisode Stanislas, les routes lorraines et polonaises se sont croisées – à nouveau pour le meilleur – donnant naissance à un personnage qui nous est cher : Frédéric Chopin.

Je vous communique ci-après, pour votre information, les coordonnées de l’Association du Château des Lumières et de son site Internet.
Peut-être souhaiteriez-vous vous aussi adhérer à cette association, devenir – petit ou grand – donateur, (le château nécessitera encore des années de travaux), sachant qu’on devient adhérent à partir d’un don de 5 euros – ou simplement aller faire une visite au château de Lunéville.

Association LUNEVILLE – CHATEAU DES LUMIERES
FONDATION DU PATRIMOINE – BP 43 – 54303 – LUNEVILLE CEDEX.

Car, vous l’avez compris, le plus important, c’est de perpétuer, de diverses manières, la vie de ce château qui est trop chargé d’humanité pour accepter de sombrer dans l’oubli, quelles que soient les vicissitudes de l’Histoire.

HERMINE

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