Littérature polonaise (complément) – Femmes de lettres polonaises

Un petit complément de femmes-écrivains, injustement oubliées dans la précédente présentation sur la littérature polonaise, s’imposait. Voici un groupe de femmes de lettres, dont l’une seule, Gabriela Zapolska. a été évoquée dans la rubrique « Littérature polonaise de ce site).

  1.  Gabriela ZAPOLSKA, l’une des plus exceptionnelles femmes de lettres polonaises.

Cette femme d’exception, qui vécut autour de 1900, qui fut d’abord actrice de théâtre, en Pologne et en France, devint également journaliste et auteur de pièces de théâtre, et avec quel talent ! Si son oeuvre la plus connue fut « Moralnosc pani Dulskiej« , satyre de l’hypocrisie bourgeoise, d’autres sont encore plus poignantes. Car elle a su, avec son style très réaliste, transmettre dans ses écrits sa compassion pour les femmes les plus défavorisées de son époque (les filles-mères rejetées, les femmes sans ressources, et particulièrement les aliénées mentales). C’est ainsi qu’elle a observé les femmes soignées à la Salpétrière de Paris et en a fait un récit poignant « La leçon de Charcot« . Une autre de ses oeuvres remarquables qui s’intitule « Stella Maris » relate avec poésie les états d’âme d’une femme qui erre sur la plage, souffrant en contemplant des enfants jouer dans le sable. Un homme entre en conversation avec elle. C’est un prêtre qui, sentant sa détresse, tente de l’apaiser. Mais rien ne peut l’aider : Elle vit dans le souvenir atroce de son nouveau-né qu’elle a tué jadis. Cette pièce que Zapolska a écrit tardivement est probablement empreinte de ses propres tourments, elle dont la jeunesse et la vie tout entière a été jalonnée de drames personnels.

Vous pouvez vous procurer les oeuvres de G. Zapolska auprès de la Librairie Polonaise, boulevard Saint-Germain à Paris.

 

2.    Eliza ORZESZKOWA (1841-1910), écrivain

Elle est née dans une famille d’aristocrates qui la maria à l’âge de seize ans à Piotr Orzeszko, un noble polonais qui fut envoyé en Sibérie à la suite de l’insurrection de janvier 1863.
Elle écrivit des romans et nouvelles, se rattachant au courant positiviste- dont Sienkiewicz était le plus  célèbre représentant. Les romans qui ont fait connaître Emilia Orzeszkowa sont « Meir Ezofowicz », qui raconte les relations conflictuelles entre Juifs orthodoxes et modernes, puis « Au bord du Niemen », son livre le plus abouti, qui traite de l’aristocratie et se distingue par une description de la nature, de la flore, si détaillée que les botanistes n’hésitent pas à faire référence à son œuvre.
Elle fut proposée pour le Prix Nobel de Littérature à deux reprises. Il apparaît même qu’elle devait le recevoir conjointement avec Sienkiewicz en 1905. Or, seul ce dernier fut  lauréat du Prix.

3.    Maria KONOPNICKA (1842-1910), poètesse et romancière représentante du réalisme, elle fut aussi critique littéraire et traductrice

Son père était magistrat, il éleva ses enfants dans des valeurs morales et patriotiques.

A l’école, elle fréquenta l’autre écrivain célèbre, Eliza Orzeszkowa. Son frère, Jan, brillant élève à l’Institut Polytechnique de Liège, tomba en prenant part à la nouvelle insurrection contre la Russie, en février 1863.

Elle se maria à l’âge de 20 ans. Elle mit au monde huit enfants. Le couple se sépara au bout d’une quinzaine d’années. Elle s’installa avec ses enfants à Varsovie et commença à écrire des articles dans un journal pour femmes « Swit » (Aurore). Elle voyagea beaucoup dans les pays d’Europe – Italie, Autriche, Suisse. Elle s’activa en faveur de la cause féminine, ainsi que pour venir en aide aux prisonniers politiques.

En 1870, elle fit paraître des poèmes inspirés de la nature puis des nouvelles qui furent entre autres appréciés de l’écrivain Sienkiewicz.

Voici un petit extrait de son recueil de poèmes dans lequel elle exprime, en vers touchants, sa compassion pour les classes les plus défavorisées, particulièrement les enfants confrontés à la misère, l’injustice, l’humiliation et l’analphabétisme.

Z DNI SMUTKU

Czemu ta przepasc, ktora braci dzeli
Na pokrzywdzonych i na krzywdzicieli,
Tak jest bezbrzezna jako oceany ?…
A taka straszna jak rozwarte rany ?

Czemu jest zawsze, jak rozpacz, bezdenna
A jak nienawisc – okropna, plomienna ?

JOURS DE TRISTESSE

Pourquoi ce ravin, qui sépare les frères
En victimes et en tortionnaires
Est-il aussi illimité que l’océan ?
Et aussi terrible que des blessures ouvertes ?

Pourquoi est-il toujours sans fond comme le désespoir
Et comme la haine – terrifiante, brûlante ?

Très émouvant aussi ce poème – dont voici quelques lignes – qui raconte l’audience d’une garçonnet devant son juge – qui montre une compréhension inattendue envers le petit accusé :

PRZED SADEM

A dziwna byla ta sala sadowa,
Wielka i pusta, i ciemna, i chlodna,
I bezlitosna, i lez ludzkich glodna,
I nigdy dla nich nie majaca slowa
Tak spiskujaca lawkami w polkole
Na ludzka nedze I ludzka niedole,
Ze Christus bialy, co stal tam w poblizu,
Zdawal sie cierpiec I drzec na swym krzyzu.

Wszedl sedzia, spojrzal I rzekl : “Gdzie rodzice ?
Nieznani” – odparl pan pisarz z powaga.
Chlopiec wzniosl zgasle, blekitne zrenice
I sciagnal switke na piers swoja naga,
Bo oto nagle od jednego slowa
Zdjelo go zimno I pustka grobowa…

A sedzia powstal i szedl, gdzie pachole
Blade czekalo na wyrok surowy,
I dotknal reka jego plowej glowy,
I rzekl : “Pojdz dziecie ! ja cie uczyc kaze!”

AU TRIBUNAL

Et elle était bizarre cette salle du tribunal,
Grande et vide, et sombre et froide.
Et impitoyable, et avide de larmes humaines
Pour lesquelles jamais le moindre mot
Elle contenait des bancs en demi-cercle
Pour la misère et le malheur des hommes,
Et le Christ blanc, dressé à côté,
Semblait souffrir et gémir sur sa croix.

Le juge entra, regarda et dit : Où sont les parents ?”
Inconnus » – répondit M. le greffier avec sérieux,
Le garçonnet détourna ses yeux éteints
Et tira sa veste sur sa poitrine nue.
Car par un seul mot brusquement
S’abattirent sur lui le froid et le vide du tombeau…

Alors le juge se leva et alla vers l’accusé
qui attendait tout pâle une sentence sévère.
Il posa sa main sur sa jeune tête
Et dit : Va, mon enfant ! Je te condamne à t’instruire ! »

Pour terminer, voici le premier couplet d’un poème patriotique que Maria Konopnicka a écrit et qui est devenu depuis un chant resté très populaire – (même s’il n’est pas l’hymne officiel) : « ROTA » (bataillon)

Nie rzucim ziemi, skad nasz rod,
Nie damy pogrzesc mowy !
Polski my narod, polski lud,
Krolewski szczep Piastowy.
Nie damy, by nas zniemczyl wrog
– Tak nam dopomoz Bog !

Nous ne laisserons pas tomber la terre de notre peuple,
Nous ne laisserons pas enterrer notre langue !
Nous sommes la nation polonaise, le peuple polonais,
Les descendants des Piast
Nous ne permettrons pas à l’ennemi de nous germaniser
– Que Dieu nous aide !

(On aura compris que ce poème de rebellion avait été écrit par la poétesse lorsque, à son époque, la Pologne occupée subissait une forte germanisation. La situation ayant changé, le dernier vers a été un peu modifié : au lieu de « zniemczyl wrog» (que l’ennemi nous germanise), on a chanté plutôt, plus généralement, « by nas gniebil wrog » (que l’ennemi nous opprime).

4.    Zofia KOSSAK-SZCZUKA (1890-1968), écrivain-résistante

C’était la petite-fille du grand peintre polonais Juliusz Kossak. Elle fut écrivain, militante catholique et résistante ayant organisé le sauvetage de juifs pendant la dernière guerre, au sein de l’organisation « Zegota ».

Après avoir étudié la peinture à l’école des Beaux-Arts de Varsovie, elle choisit la littérature. En 1936, elle recevra les lauriers d’or de l’Académie polonaise de littérature, après avoir écrit des romans historiques, relatant notamment la bataille de Legnickie Pole contre les Mongols.
Elle vivait en Volhynie (région de Pologne à l’extrême-Est) où elle fut victime de la brutalité de la révolution bolchevique sur ce territoire entre 1917-1919. De cette période lui vint son antipathie vis-à-vis des Juifs engagés dans les mouvements gauchistes. Ce qui ne l’empêcha pas en Août 1942, de prendre vaillamment la défense des Juifs, publiant un célèbre appel à sauver les Juifs : »Protest ». Elle est une des fondatrices de la Commission d’aide aux Juifs « Zegota », considérant que face à l’ampleur de la tragédie d’un peuple, l’opinion politique doit laisser place à l’éthique. Son engagement actif en faveur du sauvetage des Juifs lui valut d’être arrêtée et déportée à Auschwitz.

De 1945 à 1957, elle résida en Grande-Bretagne, forcée à l’exil par le nouveau régime communiste. Cependant, elle rentre en Pologne en 1957. Trop tombée dans l’oubli, comme beaucoup de courageux Polonais, sa mémoire a été  cependant rappelée par Jan Karski, le célèbre agent secret, dans son récit détaillé de la résistance polonaise.

Ce bref article sur Zofia Kossak donne l’occasion d’évoquer en quelques lignes le personnage tout autant digne d’admiration que fut Jan KARSKI, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore.

Ce Polonais s’engage, alors tout jeune  pendant la dernière guerre, dans la résistance, d’une manière particulièrement active et exceptionnelle : D’abord prisonnier des Russes, puis des Allemands qui le torturèrent, il poursuivit néanmoins sa tâche d’agent secret, prenant d’énormes risques tant pour participer aux opérations de la résistance polonaise– si bien organisée qu’il l’appelle dans son livre  « un Etat secret » – que, conjointement, pour s’informer et informer les autres du sort réservé aux Juifs. Ainsi, il fut l’un des seuls à entrer dans le ghetto Juif à deux reprises, à constater son horreur et il fut chargé officiellement par l’A.K. de rapporter au Président Roosevelt ce qu’il avait vu, afin d’alerter les Etats-Unis sur l’horreur nazie. Hélas, comme il le raconte dans son livre, il ne fut guère écouté par Roosevelt, ni concernant le sort des Juifs, ni  celui de la Pologne en général – (que, rappelons-le, Roosevelt plaça allègrement à l’issue de la guerre, entre les griffes de Staline par les accords de Yalta).

Jan Karski, déçu par le peu d’impact sur l’Occident de son témoignage devant le monde, vécut jusqu’en 2000 en exerçant, dans une discrétion volontaire, les fonctions de professeur d’Université aux Etats-Unis ; il sortit dans les années 1980 exceptionnellement de son silence à l’occasion d’un témoignage que lui demanda Claude Lanzmann pour son film « Shoah ». Signalons que Jan Karski avait été déclaré « Juste » pour son action en faveur du peuple juif.

L’an dernier, un livre écrit par Yannick Haenel, relatant l’action de Jan Karski, déchaîna une polémique de la part de Lanzmann qui lui reprochait « d’inventer » que Roosevelt, lors de l’entrevue d’information avec Karski, baillait en l’écoutant relater l’horreur des ghettos juifs.

Néamoins, tout comme le récit auto-biographique de Jan Karski, le livre de Haenel mérite d’être lu. (que Roosevelt ait « réellement » baillé ou non, le résultat est le même : Aucune intervention d’urgence pour sauver les Juifs, pas d’aide efficace pour la Pologne,  livrée tranquillement à la Russie à l’issue de la guerre). Bravo Mr Roosevelt !

On comprend l’amertume de Jan Karski devant ce résultat, ( à comparer avec celui obtenu par le brillant pianiste et patriote Ignacy Paderewski qui, pendant la première guerre mondiale, avait été lui aussi attirer l’attention passionnément sur la Pologne, en s’adressant au Président des Etats-Unis, qui à l’époque était Woodrow Wilson, et pour un résultat ô combien différent : La Pologne, qui était rayée de la carte depuis 124 ans, grâce à l’intérêt et de l’intervention ferme américaine en faveur de la cause polonaise, ressuscita en 1918, totalement indépendante, dans un grand territoire avec même un nouvel accès à la mer !
Revenons à Zofia Kossak, cette femme de lettres peut être admirée autant pour son action courageuse et désintéressée en tant que résistante, que pour son talent littéraire.

Outre son roman traitant de Legnickie Pole et les légendes qu’elle a écrites, elle a publié également ses mémoires et souvenirs de Volhynie et d’Auschwitz. (son courage est d’autant plus admirable car, comme le mentionne Jan Karski lui-même, les tortures que risquaient les femmes-résistantes si elles se faisaient prendre par les Allemands, dépassaient en horreur tout ce qu’on peut imaginer).  On est donc étonné de constater qu’il a été fait ces dernières années cette réputation aux Polonais, selon laquelle ils seraient tous ou presque des antisémites ( !)
Voilà pour ce trio de femmes-écrivains. On pourrait en rajouter encore et encore :

5. Maria LLINICKA (1825-1897), poétesse féministe qui tint un salon littéraire à Varsovie, qui fut également traductrice de Goethe et Walter Scott et qui prit part, quant à elle, à l’insurrection de 1830 contre la Russie.

6. Maria PAWLIKOWSKA (1891-1945), de style résolument moderne, qui fut membre des poètes-skamandristes du début du 20ème siècle.

7. Maria DABROWSKA (1889-1965), poétesse du réalisme qui écrivit « Nocy i dnie » (Jours et nuits), et également de touchantes nouvelles écrites au lendemain de la guerre, témoignages poignants de l’état dans lequel les Varsoviens (dont elle faisait partie) avaient retrouvé leur ville réduite à des décombres. Voici quelques lignes de sa nouvelle « Pielgrzymka do Warszawy », (Pèlerinage à Varsovie), écrite en 1945, relatant ce qu’elle voit et ressent tandis qu’elle erre dans ce qui fut la capitale. La nouvelle se termine ainsi :

“ Quelqu’un murmura avec la colère du désespoir : – Alors quoi ? C’est un cimetière, en vérité ? »
Je me sentis outragée comme quand on entend parler avec irrespect de quelqu’un qui nous est très proche : « Varsovie ? m’écriai-je. Varsovie, c’est la vie-même. Varsovie n’a rien d’une nécropole. Varsovie ? La ville la plus vivante du monde.

«Ktos spytal ze zozpaczona zloscia : « No coz ? Truparnia, prawda ?”
Poczulam cos w rodzaj zawstydzonej obrazyn jakby zniewazono mi kogos najbizsezgo : “Warszawa ?! krzyknelam prawie. – Warszawa to samo zycie ! Zadna trupiarnia. Warszawa ? Najzywse miasto swiata”.

Et si nous avons évoqué dans ces articles sur la Culture, plutôt les grands talents du passé – trop oubliés en France – on aurait tort de ne pas nous intéresser également au présent, c’est-à-dire à la relève de talents.

Plusieurs femmes actuelles font honneur à la Littérature polonaise. Outre la poétesse Wislawa Szymborska, lauréate du Prix Nobel de Littérature que nous avons présentée dans la partie Poésie, on peut citer deux contemporaines remarquables :

4. Manuela GRETKOWSKA, née le 6 octobre 1964 à Lodz

Elle est à la fois écrivain, scénariste, éditorialiste et femme politique.
Manuela GRETKOWSKA a étudié la philosophie à l’Université Jagiellon de Cracovie ; puis elle étudia l’anthropologie à l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris.
De retour en Pologne, elle devint rédactrice dans le magazine ELLE, ainsi que dans les journaux Polityka, Machina, Cogito, Wprost.
Sa nouvelle « Emigranty » (préfacée par le prix Nobel Milosz) lance sa carrière littéraire.
Elle écrit ensuite des romans « Cabaret Métaphysique », « Paris Tarot » en 1994, qui lui apportent l’étiquette de « postmoderniste »
Elle écrit alors le scénario pour le film d’ Andrzej Zulawski « Szamanka » puis le scénario d’une série télévisée : « Miasteczko » (Petite ville).
Ses ouvrages plus récents sont de style plus intimiste « Polka » en 2001, « Femme européenne » en 2004, « Jour du Ciel » en 2007.
En 2007, elle a fondé un mouvement appelé « la Pologne est une femme » au sein du parti féministe. Elle vit maintenant près de Varsovie.

5. Olga TOKARCZUK, née en 1962 à Sulechow

Avec cette jeune femme de lettres, la relève de la riche culture littéraire polonaise semble assurée. En effet, cette écrivaine, après avoir conquis un grand nombre de distinctions en Pologne, est en train de prendre l’une des premières places d’ écrivains actuels polonais au niveau international.

Elle a d’abord été attirée par la poésie. Puis elle est publie quelques romans vite couronnés de succès :

  • « Podroz ludzi ksiegi » (Voyage des gens du livre) en 1993
  • « Dieu, le temps, les hommes et les anges » en 1996
  • « Dom dzienny, dom nocny » (maison de jour, maison de nuit) fut finaliste du prix Littéraire de Dublin-Awards.
  • « Biegani »(les pérégrins), son dernier livre, est en train de remporter un grand succès dans de nombreux pays.

Olga TOKARCZUK Lauréate à plusieurs reprises du prix NIKE, vit en Pologne, dans les Sudètes.
La plupart de ses œuvres sont considérées comme un sommet dans la nouvelle prose mythologique polonaise.

 
Quant aux femmes héroïnes des différentes guerres et insurrections polonaises, dont certaines ont inspiré la littérature,  la liste est bien longue. Connaissez-vous, par exemple, « la Jeanne d’Arc Polonaise » ?

Cette toute jeune fille s’appelait Emilia PLATEROWNA (1806-1831),

Emilia  était née dans une famille aristocratique de Lithuanie. Participant activement – alors que l’ancien royaume Pologne-Lithuanie était occupé par la Russie – à l’insurrection polonaise de 1830, elle fut nommée capitaine du 25ème régiment par le général Chlapowski, l’un des principaux chefs de cette insurrection.

Si Emilia Platerowna resta dans l’Histoire (alors que bien d’autres femmes polonaises combattantes furent oubliées, comme Wilhelmina Kasprowicz qui mourut au combat, alors qu’elle n’avait que 16 ans), c’est grâce à plusieurs poètes polonais émus par cette héroïne – dont le grand poète romantique Adam Mickiewicz qui écrivit un émouvant poème la concernant appelé « la mort du Colonel » (Smierc Pulkownika – à noter que Mickiewicz lui donne un grade supérieur au sien qui était capitaine),  décrivant ses derniers moments. Apprenant que le général Chlapowski avait dû battre en retraite, Emilia  décida de partir vers Varsovie à pied. En chemin, elle s’arrêta dans une maison forestière et y mourut d’épuisement (selon d’autres versions, elle serait morte d’un arrêt cardiaque en apprenant l’échec de l’insurrection). Quoi qu’il en soit, c’est l’héroïne sur son lit de mort qu’évoquent les vers de Mickiewicz : Des paysans s’attroupèrent devant la maisonnette ; on leur a dit qu’un jeune officier s’y mourait. Lorsqu’ils virent le doux visage de la morte, ils réalisèrent que sous l’uniforme militaire, gisait une jeune fille. Ce poème a implanté l’image d’une jeune vierge – semblable à Jeanne d’Arc – mourant dans une humble chaumière, entourée de paysans remplis de chagrin. Même si – contrairement à Jeanne d’Arc- elle n’était pas elle-même  humble paysanne de naissance (comtesse, elle était descendante de la puissante famille d’aristocrates Von Plater), son mérite à s’engager dans la lutte n’en apparaissait que plus grand car elle avait tout à perdre.

(Voici un petit extrait du poème de Mickiewicz :

SMIERC PULKOWNIKA
Z rannym switem dzwoniono w kaplicy :
Juz przed chata nie bylo zolnierza,
Bo juz Moskal byl w tej okolicy.
Przyszedl lud widziec zwloki rycerza.
Na pastuszym tapczanie on lezy –

Lecz ten wodz, choc w zolnierskiej odziezy,
Jakie piekne dziewicze ma lica ?
Jaka piers ? – Ach, to byla dziewica,
To Latwinka, dziewice-bohater,
Wodz Powstancow – Emilia Prater !

LA MORT DU COLONEL
A l’aurore sonnent les cloches de la chapelle :
devant la chaumière il n’y avait plus aucun soldat,
Car déjà les Russes étaient proches,
Les villageois vinrent apercevoir le chevalier
Sur le divan il est allongé. –

Cependant ce chef, en habit militaire,
Comme il a un beau visage aux traits féminins ?
Et sa poitrine ? – Ah, c’était une jeune fille,
La vierge-héroïne venant de Lituanie,
Le chef des insurgés – Emilie Prater !

Outre Mickiewicz, une autre poétesse fut inspirée par cette héroïne : En 1880, l’écrivain Felicja Boberska écrivit un poème lui rendant hommage ; dans cette œuvre, elle décrit que la jeune Emilia reçut la demande en mariage d’un Russe et qu’elle lui fit comme seule réponse : « je suis une femme polonaise ». Cette réponse illustre l’idéologie de la résistance morale envers l’envahisseur. (elle rappelle trop bien la légende de la princesse Wanda, régnant sur Cracovie aux premiers temps slaves, qui, dit-on, avait préféré se jeter dans la Vistule pour éviter d’être mariée à Rydigier, le prince allemand qui, de gré ou de force, voulait l’épouser.)
Pour conclure, un extrait du discours d’Adam Mickiewicz au Collège de France en Juin 1842 – sur le sujet de la femme polonaise – me semble très intéressant :

« Alors que les femmes en Occident sont conventionnellement spectatrices des drames de l’histoire, le dépeçage de la Pologne a entraîné nécessairement l’action chez la femme polonaise. La femme polonaise ne se complait dans la lecture de romans, ce n’est pas une nymphe délicate, une amoureuse ou une reine spirituelle des salons.

En Pologne, la femme prend part dans les conspirations à côté de ses frères ; elle apporte son aide aux prisonniers, mettant sa vie en danger ; elle est jugée comme traitre et exilée en Sibérie. Elle prend son courage à deux mains pour monter à cheval et conduire des troupes à la bataille. Je le répète : La question de l’émancipation des femmes est bien plus avancée en Pologne que dans les autres pays ».

Si c’est Mickiewicz qui le dit… Encore une image semi-légendaire sur le tempérament martial de la femme polonaise : Dans la tribu des Sarmates – cette tribu qui, dans l’antiquité, auraient habité sur les bords de la Vistule avant les tribus slaves – il paraît que les femmes montaient à cheval et combattaient autant que les hommes. De là viendrait la légende des « amazones », contée dans la Grèce antique.

Si ces récits sur les Sarmates sont vrais, nous avons de qui tenir notre courage, Mesdames, si nous avons quelque ascendance polonaise !

(un peu d’humour, après toutes ces évocations dramatiques du passé, ne fait pas de mal).

HERMINE

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Catégories : 4 - Littérature | 2 Commentaires

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2 réflexions sur “Littérature polonaise (complément) – Femmes de lettres polonaises

  1. leloir.therese

    je lis avec intérêt ce que vous écrivez . Savez vous s’il existe une version de Noce i Dni traduite en français s’il vous plait ?
    merci et cordialement

    • En réponse à votre message, selon la librairie polonaise de Paris, il n’y a hélas pas de version traduite en français de Noce et Dnie. La librairie dispose de l’ouvrage en polonais, écrit par Maria Dabrowska.
      Cordialement.
      Hermine.

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