Légendes des Tatras

Région particulièrement belle de Pologne, la « Podhale » s’étalant le long de la chaîne des Tatras, avec sa fameuse station de Zakopane, est réputée pour ses paysages grandioses comme pour son folklore remarquablement vivant. Les habitants – les gorale (c’est-à-dire « montagnards ») perpétuent, par leurs danses vives et leur musique, des traditions très anciennes. Evidemment, une telle région ne pouvait pas manquer de légendes.

JANOSIK, LE CHEF DES BRIGANDS DES CARPATHES

Le personnage de Janosik est aussi connu du côté polonais que de l’autre côté de la frontière, en Slovaquie. Nombreux furent les poèmes, les récits puis les films qui, dans l’un et l’autre pays, relatèrent les exploits de ce brigand au grand cœur.

En fait, Janosik a réellement existé au 18ème siècle. Il est né dans le petit village perché dans les Tatras, à Techova du côté slovaque. Dès l’âge de 15 ans, il se fit remarquer pour son courage, alors que la contrée était occupé par les forces autrichiennes de l’empire des Habsbourg. Recruté de force comme gardien de prison, il s’empressa de faire évader les évadés politiques. A partir de ce moment, il devint un brigand des montagnes, à la tête d’une bande de hors-la-loi (les « zbojniki ») cachés dans les forêts, tantôt du côté slovaque tantôt du côté polonais.

Il s’avèra bien vite que leurs méfaits avaient des buts très généreux. Ils dépouillaient les riches voyageurs – et plus particulièrement lorsque ceux-ci étaient des Autrichiens – pour distribuer leur butin aux pauvres.
Janosik n’a jamais tué aucune de ses victimes, se contentant de les dévaliser. Il apparaît même que si un pauvre hère venait à passer et avait besoin de son aide, il s’empressait de lui porter secours.
Pour ces raisons chevaleresques, parmi la population des Tatras, Janosik et ses Zbojniki étaient plus admirés que craints.
Ce qui n’empêchait pas qu’il était activement recherché par les autorités autrichiennes au pouvoir et qu’un jour il fut capturé et fut condamné à mort.
Les conditions de sa mort, telles qu’elles furent relatées, sont particulièrement atroces : Un crochet fut fixé à travers une de ses côtes et il fut ainsi pendu par ce crochet, lui assurant une mort aussi lente que douloureuse.
(quand on sait que l’occupant autrichien a la réputation, jusqu’à ce jour, d’avoir été le plus « humain » des trois puissances qui s’étaient partagé la Pologne pendant un siècle, on imagine en frissonnant comment devaient se comporter les deux autres…).

Quoi qu’il en soit, l’histoire de Janosik se double d’une légende, relatée et chantée depuis des siècles par Polonais et Slovaques :

Selon la plupart des récits, les habitants affirmaient que Janosik avait des pouvoirs surnaturels : Une résistance surhumaine aux flèches et aux balles. Si malgré cela il avait pu être blessé, il avait tôt fait de guérir ses plaies à l’aide d’une plante qu’il portait dans sa poche.
Il pouvait en outre se déplacer d’un lieu à un autre cent fois plus vite que les autres humains. On raconte aussi qu’il imprimait la paume de sa main profondément dans les roches de la montagne.
Ses dons lui avaient été prodigués par trois sorcières qu’il avait rencontrées dans la forêt alors qu’il était enfant. S’apercevant de sa vaillance précoce, elles lui firent don de trois objets magiques : un piolet, une chemise et une ceinture.
Aussi ne voyait-on jamais Janosik sans ces trois présents qui lui assuraient chance et agilité.
Néanmoins, s’il fut finalement capturé, c’est parce qu’il avait eu le malheur de tomber amoureux. Et d’une fille perfide qui ne méritait aucunement son amour.
Tentée par l’argent que les autorités avaient promis pour sa capture, elle le dénonça, après avoir pris soin de détruire les trois dons des sorcières qui le protégeaient.

« Janosik imie, nigdy nie zginie » (« le nom de Janosik ne disparaîtra jamais »).

Cependant, après la mort de Janosik, les histoires des brigands mystérieux ont continué de courir, alimentant la tradition et le folklore de toute la région. Certains vieux gorale vous affirmeront que si vous vous éloignez dans les forêts autour de Zakopane, vous découvrirez les repaires des bandits.
L’une des danses spectaculaires, qu’exécutent volontiers les gorale, porte le nom de « Zbojnicki ». Les danseurs miment des luttes à l’aide de leurs piolets, tout en bondissant vertigineusement.

D’autre part, de nombreux récits relatent les aventures tumultueuses, les rivalités séculaires entre les paisibles bergers gorale et les zbojniki.
C’est ce que nous raconte la prochaine légende.

LES BERGERS GORALE ET LES ZBOJNIKI

Les gorale sont bergers de père en fils. Ils vivent paisiblement dans leurs maisons de bois, la plupart jouent du violon dès leur tendre enfance, les jeunes filles brodent, fabriquent du fromage avec le lait de leurs brebis. Et tous dansent.
Même les très nombreux touristes séjournant à Zakopane, qui les observent avec curiosité, ne les changent pas. Leur vie simple et joyeuse a résisté à tant de guerres meurtrières et de régimes politiques qu’il en faudrait plus pour bouleverser leurs habitudes.

Cependant, s’ils ont pu être perturbés dans le passé, c’était bien par les Zbojniki, réfugiés dans les montagnes et que parfois, en faisant passer leurs moutons, ils venaient à rencontrer.

Ils avaient divers motifs pour être perturbés par les Zbojniki :

D’une part, des histoires mystérieuses couraient sur ces brigands. Ils auraient enterré de fabuleux butins dans le fond des forêts ou bien dans des grottes.
Un jeune berger, nommé Bartek, s’était aventuré très haut dans la montagne avec ses moutons. S’asseyant sur une roche, il sentit que la lourde pierre vacillait. Intrigué, il la poussa de toutes ses forces et eut la surprise de découvrir entre les roches une fabuleuse collection de bijoux et de monnaies.
Il hésita à les emporter, se rappelant les bavardages d’une vieille femme qui passait un peu pour sorcière dans le village, qui prétendait que quiconque trouverait l’un des trésors laissés par les zbojniki et l’emmenèrait, serait maudit.
La tentation fut plus forte que la crainte. « Après tant d’années, la malédiction qui recouvrait le butin a dû perdre de sa force », pensa-t-il.
Il décida de n’en parler cependant à personne et cacha le trésor dans sa maisonnette.
Cependant, l’été était arrivé ; les récoltes de Bartek furent réduites à néant par un violent orage ; aucune de ses brebis ne donna naissance à des agneaux cette année-là. Bref, tout allait de travers. Ses voisins s’étonnaient de sa malchance, car aucun orage ne s’était abattu sur leurs récoltes et leurs troupeaux paissaient en pleine santé.

« Pourquoi la malchance s’abat-elle sur Bartek ? se demandaient-ils. Ce bon bougre ne le mérite vraiment pas. »
Tant et si bien que Bartek prit le trésor volé et le reporta à l’endroit où il l’avait trouvé. Etrangement, la chance lui sourit à nouveau, sa récolte fut excellente et ses brebis particulièrement fécondes. Il devint un homme riche et heureux.

Cependant, des aventures plus réalistes survenaient : Parfois, quelque jeune fille gorale ayant fait malencontreusement la rencontre d’un de ces brigands, était tombée éperdument amoureuse de lui, au désespoir de ses parents et de ses soupirants du village.
Aussi, les jeunes bergers devenaient-ils de plus en plus méfiants envers ces séducteurs potentiels et il arrivait que des groupes d’entre eux décident de se rendre vers les repaires des brigands pour leur demander des comptes. Ces rencontres se terminaient généralement par des luttes devenues légendaires.
Parfois, les bergers déléguaient leur champion qui se confrontait alors au « Harnas » , mot qui désignait le chef d’une bande de brigands.

Le fameux compositeur Karol Szymanowski, a été inspiré par ces histoires, créant un ballet enchanteur, « Harnasie » en 1927. Ce musicien, considéré comme l’un des plus marquants de la Pologne de l’entre deux guerres, avait beaucoup baigné dans l’atmosphère si particulière de Zakopane. Il y séjournait dans la villa « Atma ». A cette époque, Zakopane était le lieu de rencontre des artistes et intellectuels du mouvement « Jeune Pologne ». S’y réunissaient Witkiewicz, Gombrowicz et beaucoup d’autres, écrivains ou peintres.
Szymanowski, connu pour d’autres œuvres majeures comme « le Roi Roger » avait succombé au folklore goral avec ce ballet-pantomime aux accents dramatiques qui reprend l’esprit des légendes de ces montagnes :
« Une jeune fille gorale est tombée amoureuse du « harnas », chef des brigands. Elle le révèle à ses parents qui refusent de l’écouter et l’obligent à épouser le jeune berger auquel ils l’avaient depuis longtemps destinée. Le mariage a lieu dans la plus pure tradition montagnarde. Mais au milieu des festivités de la noce apparaît le Harnas qui enlève la jeune mariée pour l’emmener vivre avec lui au cœur des forêts et des lacs.
Le Harnas apparaît comme le symbole de la liberté face aux contraintes de la vie traditionnelle. »

LES CHEVALIERS DORMANTS DU MONT GIEWONT

Un berger, prénommé Jakob, perdit un jour un mouton de son troupeau qu’il avait emmené paître sur les flancs du mont Giewont. Il se mit à sa recherche, suivant ses traces qui le menèrent jusqu’à une grotte. Il entra.
Lorsque ses yeux se furent habitués à l’obscurité, il vit un personnage portant une couronne scintillante et une épée. Il avait entendu depuis son enfance les vieilles histoires au sujet d’une armée secrète qui aurait trouvé refuge depuis des siècles dans des galeries souterraines creusées dans le Giewont. Aucun être vivant encore n’ayant rencontré cette mystérieuse armée ni découvert son refuge, cette histoire était tombée dans l’oubli.
Aussi c’est avec crainte qu’il demanda à l’homme s’il était le chef de l’armée souterraine. L’homme acquiesça. Il le fit asseoir et lui offrit une coupe d’une boisson que Jakob trouva excellente bien que fort alcoolisée. A peine eût-il bu que le berger s’endormit profondément. Lorsqu’il se réveilla, il n’était plus au même endroit. Quelqu’un l’avait porté pour le ramener près de son troupeau.
Le jeune berger, de retour au village, parla avec excitation de sa rencontre, mais personne ne le crut… d’autant moins que les villageois remarquaient que lui d’habitude pourtant si sobre, sentait l’alcool !

Pourtant… il y eut bien des conteurs qui affirmaient que l’aventure survenue à Jakob n’était pas sortie de son imagination.
Depuis fort longtemps, les légendes font mention de chevaliers endormis dans des galeries souterraines des Tatras. Il s’agit de chevaliers qui attendent le grand moment pour se réveiller en entendant la cloche du Wawel et galoper jusqu’à Cracovie où le premier roi couronné de Pologne, Boleslaw le Vaillant, sorti de son sarcophage, leur confiera une très importante mission.
Nous rejoignons ici l’une des légendes de Cracovie qui s’intitule « l’Assemblée des défunts rois ».
Chut ! Laissons les chevaliers du Giewont dormir en paix. L’heure de leur réveil n’a pas encore sonné.

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