L’Aigle Blanc – et autres emblèmes de Pologne

1.L’AIGLE BLANC POLONAIS

Tout commence à GNIEZNO, première capitale de la Pologne.

C’est dans cette bourgade de l’Ouest de la Pologne, près de Poznan, que Mieszko 1er, Chef de la tribu des Polanes, a fondé la nation polonaise, en unissant plusieurs tribus slaves.

Et que signifie « Gniezno » ? Dans toutes les langues slaves, ce mot signifie « le nid » – même si en polonais, ce mot a un peu évolué en « Gniazdo ».
Il est donc question de nid. Un nid d’aigles, si l’on s’en réfère au récit des premiers chroniqueurs de la Pologne.  C’est à Gall l’Anonyme, moine du XIème siècle – sans doute venu de France – installé sur le territoire de la Pologne, que l’on doit les premiers récits , écrits en latin,  de l’histoire polonaise (avant que Wincenty Kadlubek puis l’historien Jan Dlugosc ne prennent la relève).
Et c’est dans les « Chroniques polonaises » de Marcin Bielski (Kronika Polska) que l’on lit ceci :

« Lech, notre premier ancêtre, a créé la ville de Gniezno, ainsi qu’un château et un lac.

Et il l’a appelée Gniezno, car il y a vu quantité de nids d’aigles sur un arbre. Alors, il a ordonné que sur ses étendards apparaisse un blason représentant l’aigle blanc ».

(Lech était, selon la légende, le grand-père du roi Mieszko). Cette légende a été reprise en vers par le poète Waclaw Potocki au 17ème siècle :

Meznych obaczy orlow, a oni gromada
Przyleciaswszy po  wszystkich drzewach gniazda klada
Toz gniazda wziawszy pochop, pod tymiz tytuly
Miasto Gniezno zaklada…

Quant au lac de cette légende, le poète romantique Slowacki au 19ème siècle l’évoque à son tour. Dans sa pièce « Baladyna », il situe les évènements aux temps proto-slaves, appelant le lac « Goplan ». Il y fait même intervenir dans le récit  la déesse du lac « Goplana ».
Cet emblème de l’aigle, adopté depuis un millénaire, est confirmé par des pièces de monnaie très anciennes retrouvées ; elles datent de l’époque de Boleslaw le Vaillant, le fils de Mieszko 1er (vers  l’an 1000). Sur cette pièce figure l’aigle. De la même époque date une amulette retrouvée par des archéologues à Wolin près de la Baltique. L’aigle y figure aussi, les ailes refermées.

Ce n’est qu’après la dynastie des Piast, quand règne la dynastie des Jagiellon, qu’on représente l’aigle les ailes déployées.
Depuis, c’est ainsi qu’il a figuré sur l’étendard des armées de Pologne et de Lithuanie à la bataille de Grunwald, lorsqu’elles remportèrent une éclatante victoire sur les chevaliers teutoniques, marquant la fin de l’invasion de l’Ordre sur les territoires septentrionaux de la Pologne. :
« L’aigle blanc sur fond rouge a les ailes déployées, le bec entr’ouvert et une couronne sur sa tête ».
L’emblème a, depuis, été présent sur les étendards rouge et blanc, durant toutes les batailles, accompagnant Jan Sobieski dans ses brillants combats contre les Turcs à Vienne, Tadeusz Kosciuszko dans sa rage à défendre l’indépendance de la Pologne vouée au partage, puis dans les troupes polonaises combattant au sein de l’armée napoléonienne. Et lorsque la Pologne fut rayée de la carte, il fut l’emblème des Polonais en exil.
Le grand roi Zygmunt-August, qui avait assuré au 16ème siècle, le « siècle d’or de la Pologne », avait fait représenter l’aigle blanc sur ses tapisseries ornant les murs du château de Wawel, heureusement retrouvées.
Pendant la seconde guerre mondiale, les Allemands firent tomber du Wawel et de tous les édifices publics l’emblème polonais ; il fut foulé aux pieds et brûlé, comme furent brûlés par les nazis les livres représentant la brillante Culture polonaise.

Après la guerre, cependant, la Pologne communiste reprit l’emblème de l’aigle blanc sur les drapeaux. A noter toutefois, que l’oiseau perdit provisoirement sa couronne, en symbole de la démocratie populaire succèdant aux régimes nobiliaires. Poétiquement, « l’aigle a enlevé sa couronne pour la déposer aux pieds du peuple polonais ».

Il a retrouvé maintenant sa couronne.
Pour tout ce qu’il a vécu depuis l’époque des premiers Piast, on peut lui tirer notre chapeau, à cet aigle blanc couronné, en rappelant ces paroles du chant « Warszawianka » :

« Lec, nasz orle, w gornym pedzie,
Slawie, Polsce, swiatu sluz !


(Vole, notre aigle, dans les hauteurs,
Pour servir la gloire, la Pologne et le monde !)

2.Les « ARRAS » de ZYGMUNT-AUGUST

Non, cher lecteur, il ne s’agit pas de « haras » de chevaux, mais bien des « Arras », c’est-à-dire de tapisseries des Flandres.

Elles ont subi tant d’aventures qu’elles ont bien gagné le droit d’être citées, avec l’aigle blanc, dans les emblêmes les plus importants de la Pologne.

C’est au 16ème siècle, à la Renaissance – qui fut aussi le « siècle d’or » de la Pologne –  que le valeureux roi Zygmunt-August commanda aux fabricants flamands de fort belles et symboliques « Arras » ; c’est ainsi qu’on appelait les tapisseries de ces régions du Nord.

Zygmunt-August avait fait représenter sur les diverses tapisseries  des scènes historiques de la Pologne, des scènes mythologiques, Adam et Eve, des blasons. Y figuraient également les initiales du roi : S entrelacé avec A.

(S pour Sigismond, forme officielle du prénom Zygmunt, et A pour August).

Ces tapisseries magnifiques, tissées de fils d’or,  ornaient donc les murs du Wawel depuis cette époque.  Cette collection unique au monde, avait été , par le roi dans son testament, léguée « à la République (Rzeczpospolita). »
Lorsque Cracovie, avec toute la Pologne, fut attaquée par les divers envahisseurs, ces tapisseries manquèrent bien des fois de disparaître à tout jamais. Heureusement, de judicieux Cracoviens eurent la présence d’esprit de les rouler à temps et les mettre à l’abri provisoirement.
L’aventure la plus tumultueuse leur fut imposée pendant la dernière guerre mondiale.

Lorsque les Cracoviens virent arriver les nazis, avant que les soldats allemands ne s’installent au Wawel, ils pressentirent que le pire allait se produire ; et ils évacuèrent en vitesse les tapisseries qui partirent vers la Roumanie, et de là, atterrirent au Canada. Ce n’est que dans les années 1960, qu’après des tractations avec les Canadiens, les « Arras » inestimables reprirent leur place sur les murs du Wawel. Ce fut une joie immense pour les Polonais.

Sans ces tapisseries, le Wawel ne serait pas ce qu’il est depuis des siècles.

3. LE WAWEL

Le Wawel, fière colline se dressant à Cracovie au bord de la Vistule, est le monument le plus symbolique de l’histoire millénaire de la Pologne. Le touriste qui vient en Pologne, s’il veut connaître le pays et comprendre son peuple, doit commencer par visiter le Wawel.

L’architecture historique du château, ses riches collections d’Art, la cathédrale où reposent presque tous les rois de Pologne, ses puissantes fortifications agrandies au cours des siècles, sont des témoignages plus expressifs que n’importe quel récit. Le passé, la civilisation polonaise, ses liens avec celle de l’Occident comme avec celle de l’Orient, toute  cette symbiose confère au Wawel sa force d’expression.

Le Wawel a sa légende (voir la rubrique « légendes de Cracovie » sur ce site) ; Particulièrement, celle de son roi Krakus et sa fille Wanda, et puis celle du dragon qui a sa grotte dans la colline.

A défaut de dragon, sans doute les grottes sous la colline étaient déjà habitées par des animaux et  des êtres humains aux temps préhistoriques. Les archéologues y ont découvert des traces laissées par l’homme, vieilles de 180.000 ans.

Après la préhistoire, l’histoire connue du Wawel commence au Xème siècle; Mieszko 1er, installé à Gniezno, voit en Cracovie un centre politique important et son fils Boleslas le Vaillant y édifie une citadelle destinée à l’évéché fondé en l’an 1000, une cathédrale romane et il étend sa protection au faubourg qui bientôt sera une ville.

Au XIIème siècle, ceinte de puissantes murailles, Cracovie devient, lorsque l’Etat de la dynastie des Piast est réunifié, la capitale de la Pologne et le Wawel devient pour des siècles la résidence officielle des monarques.
Au XVIème siècle, à l’époque des Jagiellon, il connaît son âge d’or. Transformé par Sigismond 1er en un imposant palais de style Renaissance, c’est l’un des plus beaux « palazzo in fortezza » d’ Europe. C’est l’époque de la puissance politique de la monarchie polono-lithuanienne, celle du progrès,  de la tolérance, de l’humanisme, des rois mécènes.

Zygmunt-August fut ensuite  le remarquable continuateur de l’oeuvre de son père, y apportant des trésors d’Art.

Et même lorsque, à l’aube du 17ème siècle, le roi Wasa transfèrera la capitale à Varsovie, le Wawel conservera le privilège d’être le lieu du couronnement et des funérailles des rois.
Le 18ème siècle, si dûr pour la Pologne alors dépecée par ses voisins, fut pour le Wawel le siècle des désastres : l’ennemi saccage, pille et incendie le château.
Au 19ème siècle,  l’occupant autrichien qui s’est emparé de Cracovie,  construit des casernes sur la colline royale. Ce n’est qu’au début du 20ème siècle que les Polonais ont pu racheter (!) le Wawel aux autorités militaires autrichiennes.
En 1918, lorsque la Pologne recouvre son indépendance, rendre au Wawel sa splendeur d’antan est une tâche de toute première importance qui est réalisée avec l’aide de la nation tout entière.

L’oeuvre de restauration fut interrompue pour cinq ans par la Seconde Guerre Mondiale.

En 1939, l’occupant hitlérien installe un gouverneur-général au Wawel. Cette fois cependant, on réussit à sauver à temps les trésors du château et à les placer en lieu sûr au Canada.
La Pologne libre restaure le château.
L’Etat a récupéré, après de longues recherches, le glaive du couronnement – appelé « l’Ebréché » (Szczerbiec) et en 1961 les tapisseries de la fameuse collection du roi Sigismond-August.

Les dons des particuliers enrichissent également les collections.
Le Wawel est à la fois un vieux château défensif dominant  une boucle du fleuve d’où la vue s’étend sur une vaste région subkarpatique, et un palais royal surplombant la ville.

Lorsqu’on se trouve à Cracovie un jour solennel pour la Pologne, l’impression est encore renforcée par le son de « Zygmunt », l’une des plus grandes cloches du monde, fondue en 1520 sur l’ordre du roi avec des canons pris à l’ennemi.
Le château royal fut construit de 1507 à 1526 pour Zygmunt 1er par Francesco della Lora, Berecci et Benedykt de Sandormierz.

Le grand palais Renaissance possède quatre ailes avec, au centre, une imposante cour d’honneur à arcades. Elle frappe par l’harmonie des trois niveaux de galeries à arcades différentes. Le grand édifice recèle une ancienne tour défensive romane où sont exposées de précieuses collections d’armes, un magnifique palatium gothique qui abrite le trésor royal où l’on remarque particulièrement « l’Ebréché » ‘(Szczerbiec), glaive du couronnement, récupéré.
Une salle à décoration baroque contient les collections d’art oriental rappelant la victoire du roi Jan Sobieski sur les Turcs à Vienne en 1683.

Mais c’est surtout l’art de la Renaissance qui règne à l’intérieur du palais: Grandes enfilades de salles lumineuses, plafonds en bois richement décoré,  des poêles de faïences, des meubles précieux, des tableaux de maîtres italiens et polonais et puis les fameuses tapisseries commandées par Zygmunt-August dans les meilleurs ateliers de Flandre.
Le Wawel c’est aussi la Cathédrale, miraculeusement épargnée par les guerres, lieu du couronnement et des monuments funéraires. Dans les cryptes, les tombeaux des rois voisinent avec ceux des héros des luttes pour la liberté du pays et des grands poètes (dont le plus célèbre, Adam Mickiewicz).

La cathédrale actuelle date du 14ème siècle, fondée par Ladislas le Bref, elle a été achevée par Casimir le Grand.

Avec ses tours et sa couronne de 19 chapelles, la cathédrale est à la fois monumentale et extrêmement pittoresque. De loin, on voit briller comme un joyau, la coupole dorée de la chapelle Renaissance de Zygmunt, célèbre pour sa beauté.

Au-dessus du grand portail médiéval sont suspendus sur des chaînes des os d’animaux préhistoriques.
C’est avant tout un Panthéon national : au centre, la châsse de Saint-Stanislas, patron de la Pologne, le long de la nef et dans les chapelles, les monuments funéraires des rois. Chacun d’eux évoque le règne du monarque, les valeurs artistiques de son temps.

Le tombeau de Casimir le Grand est là pour nous rappeler ce monarque qui fonda au Moyen-Age à Cracovie la première université polonaise. Appelée d’abord « Académie polonaise », elle devint l’Université Jagiello, selon le voeu de la reine Jadwiga, épouse du roi Jagiellon.

Le tombeau du roi Jagiellon, chef-d’oeuvre du gothique, fut sculpté en 1492 par Wit Stworz.

Le Wawel est loin d’être seulement un musée. Il continue de vivre ; les Cracoviens y donnent de beaux spectacles dans la cour à arcades. Et durant la nuit de la Saint-Jean, comme le veut la tradition slave, au pied du château se déroule la fête des Couronnes de fleurs » (Wianki ).

La foule rassemblée sur les berges de la Vistule contemple les barques illuminées, les couronnes de fleurs piquées de bougies qu’on lâche dans les eaux de la Vistule, les feux d’artifice ; et elle attend qu’apparaisse au-dessus des murailles du château, dans les flammes rougeoyantes et la fumée, magnifique, terrifiant, crachant le feu, le dragon légendaire du Wawel.

4.L’EBRECHE, glaive du Couronnement

L’ébréché (Szczerbiec) est le glaive du couronnement depuis le Moyen-Age. Ce glaive, sculpté selon le style roman,  date du roi Ladislas Lokietek et a subi tant de vicissitudes avant de retrouver sa place dans une salle du Wawel, qu’il est lui aussi un miraculé. On le nomme ainsi parce qu’il reçut une incision lors d’un combat du roi de Pologne devant la porte de Kiev.
Durant l’occupation de la Pologne par les Prussiens, en 1794, les occupants ont pillé et emporté tout ce qui avait de la valeur à leurs yeux : joyaux, métaux précieux, monnaies, et surtout couronnes des rois de Pologne qu’ils ont fondues pour en garder l’or !
Cependant, le glaive du couronnement, par chance, leur paraissant contenir plus d’acier que d’or, les Prussiens négligèrent de le fondre également.
C’est donc après de très longues recherches dans les pays voisins, que le glaive fut enfin retrouvé.

Les Polonais négocièrent longtemps avant que « l’ébréché » leur soit restitué.

Son retour au Wawel fut une joie sans pareille, considérant sa valeur symbolique historique.
Il est maintenant en sécurité dans le château du Wawel, bien en vue dans la salle du Trésor de la Couronne.

5.LA VIERGE NOIRE DE CZESTOCHOWA

Qui ne connaît pas la Vierge Noire de Czestochowa, dont l’image est célèbre dans le monde entier ?

Elle est en Pologne la source d’un pèlerinage qui attire des millions de pèlerins venant des quatre coins du pays, souvent à pied en procession vers « Jasna Gora » (le Mont de Lumière) où resplendit l’effigie de la Vierge miraculeuse, Matka Boska, vêtue de tissus précieux et couronnée de diamants.

Czestochowa est une ville située à une centaine de kilomètres au Nord-Ouest de Cracovie.

Sur une colline « Jasna gora », a été édifié en 1382 le cloître des Pères Paulins.

Une icône représentant la Vierge et l’enfant a été trouvée au Moyen-Age à cet endroit. Depuis, elle est connue comme ayant accompli des miracles.
Par la suite, des fortifications élevées dans les années 1620-1644 ont fait du monastère un important centre de défense.
Ainsi l’endroit a été rendu célèbre  lors de la terrible invasion des Suèdois en 1655 (resté dans les Annales comme « le Déluge » anéantissant tout sur son passage). Czestochowa fut l’une des rares localités de Pologne à avoir résisté sans dommage à cette invasion.

Dans l’une des chapelles gothiques, au centre d’un autel d’argent est conservée l’image de la Vierge Noire.
Le roi Jan-Kazimierz  a déclaré la  Vierge Noire de Czestochowa  Reine de Pologne.

Le monastère a confirmé sa puissance militaire quand le confédérés de Bar sous le commandement de Kazimierz Pulaski ont opposé une résistance efficace pendant trois ans à l’armée russe. Au temps de Napoléon 1er,  Jasna Góra a joué pour la dernière fois le rôle de forteresse – elle défendait la liberté des Polonais en résistant aux attaques de l’armée autrichienne. Après la défaite de Napoléon la forteresse a été prise par l’armée russe. Les murailles de défense ont ensuite été démolies.

En 1979, le premier pape polonais dans l’histoire, Jean Paul II,  arrivé à Jasna Góra, adressait à une foule immense son message « N’ayez pas peur ». Dans sa jeunesse, (alors qu’il était prêtre et s’appelait Karol Wojtyla), il y accompagnait souvent les enfants en procession depuis sa petite ville de Wadowice ou depuis Cracovie.
L’actuel ensemble architectonique,  se présente en un compact complexe monastique, témoignage des évènements passés et  héritage culturel de la Pologne.

Réputée pour accomplir des miracles, la Vierge Noire de Czestochowa est, avec Lourdes et Fatima, l’un des principaux lieux de pèlerinages en Europe, réunissant des pèlerins du monde entier, comme en témoignent les ex-voto  laissés par les fidèles sur les murs.

6. LA SIRENE DE VARSOVIE

Oui, Varsovie a aussi sa sirène. Et il est bien dommage que cet emblême de la capitale polonaise soit si peu connu – alors qu’il a fait l’objet d’un magnifique poème de Pablo NERUDA.
D’abord la légende :

Dans des temps très anciens, une sirène de l’Atlantique s’égara dans la mer Baltique. Arrivée dans la baie de Gdansk, elle s’aventura encore plus loin, sur l’embouchure de la Vistule, fleuve qui traverse toute la Pologne du Sud au Nord pour se jeter dans la Baltique. Tranquillement, elle remonta le fleuve jusqu’à l’endroit qui deviendra plus tard Varsovie.

C’est précisément à l’emplacement où se trouve maintenant le « Stare Miasto »  ( vieille ville) qu’elle sortit de l’eau et s’assit sur le sable de la rive du fleuve.

L’endroit lui plut, elle eut envie d’y rester.
Cependant, les pêcheurs qui avaient l’habitude de jeter leurs filets dans la rivière s’aperçurent que quelqu’un agitait les eaux qui leur étaient familières, puis découpait leurs filets pour libérer les poissons qu’ils avaient attrapés.

Leur mécontentement ne durait pas. La sirène les envoûtait par un chant si mélodieux qu’ils en oubliaient tout le reste.
Un jour, un riche marchand vint à passer, aperçut la sirène et entendit son chant charmeur. En un clin d’œil, il estima le gain qu’il pourrait tirer s’il attrapait la sirène pour la montrer sur les marchés.

La sirène n’était pas méfiante. Le marchand n’eut pas de peine à la piéger et l’enfermer dans une cabane de bois, à l’écart de l’eau. Elle pleura et se lamenta tant que quelqu’un finit par entendre ses plaintes. C’était le fils d’un des pêcheurs. Une nuit, avec l’aide de ses amis, il parvint à la libérer de sa prison.
La sirène était si reconnaissante à tous ces braves gens qui étaient venus la libérer, qu’elle promit qu’à chaque fois qu’ils auraient besoin de son aide, elle serait là à leur service.
Et c’est pour cela que la statue de la petite sirène de Varsovie, jusqu’à nos jours, se dresse fièrement, une imposante épée à la main, prête à défendre contre les ennemis la ville de Varsovie dont elle devenue l’emblême.
Ainsi, le blason de la ville comportait déjà au 16ème siècle la silhouette de la sirène. Et une statue de la sirène fut érigée au centre de Varsovie.
Anéantie durant la seconde guerre mondiale par les Allemands comme presque toute la ville de Varsovie, elle fut, après la guerre, retrouvée en morceaux dans les décombres de la vieille ville et érigée à nouveau.

Pablo NERUDA, visitant Varsovie dans les années 1950, fit un poème émouvant au sujet de cette petite sirène vaillante, emblème de Varsovie.
Ce poème s’appelle : « La Sirena de Varsovia ».

REGRESO LA SIRENA

Asi la llevantaron, con amor,
Limpiaron la ceniza. Era tarde, la noche,
El cansancio, la nieve detenian la pela,
Y ellos cavando hallaron primero la cabeza
Los blancos senos de la dulce muerta,
Su traje de sirena, y al fin el corazon
Bajo la terra, enterrado y quemado pero vivo
Y hoy vive vivo, palpitando en medio
De la reconstruccion de su hermosura.

LA SIRENE EST REVENUE
Ainsi ils la remontèrent, avec amour,
Nettoyant la cendre. Il était tard, la nuit,
La fatigue, la neige ralentissaient leurs pelles.
Et ils ont creusé, retrouvant d’abord la tête,
Et les seins blancs de la douce morte,
Son habit de sirène, et pour finir son coeur,
Sous la terre, enterré et brûlé mais vivant,
Et aujourd’hui il vit, palpite , au milieu de sa beauté reconstruite.

La suite du poème se rapporte à la ville de Varsovie dans son ensemble. Lorsque Pablo Neruda découvrait Varsovie et écrivait ce poème, la ville était loin d’être reconstruite. Ce n’est que dans les années soixante-dix que la reconstruction peut être considérée comme achevée.

A l’emblème de la sirène se rattache le symbole que représente le Palais Royal.

A ce moment, les Varsoviens avaient patiemment érigé, en parallèle avec la construction de quartiers neufs modernes, un quartier ancien « Stare Miasto » avec pour point d’orgue le Palais Royal, (Zamek Krolewski), symbole du passé ressuscité,
Ce Palais Royal est hautement historique et emblématique à plus d’un titre et les Varsoviens, alors que leur ville n’était plus qu’un amas de décombres, voulurent absolument qu’il soit reconstruit, tel qu’il était aux siècles passés ;

C’est en grande partie grâce au célèbre peintre italien Canaletto, souvent invité au 18ème siècle à Varsovie par le dernier roi de Pologne Poniatowski, que l’authenticité historique a pu être autant respectée. Canaletto avait exécuté des tableaux du Palais Royal et de différentes vues de la capitale à cette époque avec tant de méticulosité dans les détails que les reconstructeurs ont pu s’en inspirer.

Reconstruire avec le plus de fidélité possible était le mot d’ordre et c’est donc à partir des éléments retrouvés en creusant patiemment dans les décombres qu’a commencé la résurrection de la Vieille Ville. Elle a mobilisé les efforts des Varsoviens, aidés des dons envoyés par des Polonais habitant différents coins du monde, en particulier des Etats-Unis.

Le Palais Royal était depuis des siècles, la résidence du Roi comme du Congrès (Sejm) jusqu’au partage de la Pologne en 1795. Il fut dynamité par les nazis en 1944. Hitler avait déclaré : « Détruisez les monuments d’un pays et c’est toute une nation qui va disparaître ». Il avait tout faux.

A présent, le Palais Royal est redevenu un splendide château baroque dont l’intérieur a été reconstitué, abritant trois cents pièces de collection.

A ne pas manquer : L’impressionnante salle de bal et la magnifique salle des Chevaliers qui s’orne de six grandes toiles de Bacciarelli dépeignant les évènements de l’Histoire de la Pologne ; le Cabinet de Marbre, la salle du Trône et la salle Canaletto. La statue de Zygmunt-Wasa perchée sur une haute colonne sur la place devant le Palais Royal est elle aussi emblématique ; Il paraît que les Varsoviens en passant lèvent les yeux machinalement vers cette statue ; rien que pour se rassurer. Puisqu’elle est là, tout va bien.

Signalons au passage que Varsovie a été inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Et pour finir, voici la dernière strophe du poème du grand NERUDA en hommage à Varsovie ressuscitée :

Varsovia milagrosa, corazon enterrado
de nuevo vivo y libre, ciudad en que se prueba
Como el hombre es mas grande
Que todo la desdicha,
Varsovia, dejame tocar tus muros,
No estan hechos de piedra o de madeira,
de esperanza estan hechos.
La esperanza, que aqui la toquen,
Que asi sientan en ella como sube
La vida y la sangre de nuevo,
Porque el amor, Varsovia,
levanto tu estatua de sirena
Y si toco tus muros, tu piel sagrada,
Comprodo que eres la vida y que en tos muros
HA MUERTO, AL FIN, LA MUERTE.

Varsovie miraculée, cœur enterré A nouveau vivant et libre, ville qui démontre
Que l’homme est plus grand
Que toute négation,
Varsovie, laisse-moi toucher tes murs,
Ils ne sont pas faits de pierre ou de bois,
Ils sont faits d’espérance.
Celui qui ici touche l’espérance,
Sent en lui monter
la vie et le sang à nouveau,
parce que l’amour, Varsovie,
A édifié ta statue de sirène,
Et si je touche tes murs, ton enveloppe sacrée,
Je comprends que tu es la vie et que, entre tes murs,
C’EST LA MORT, EN FIN DE COMPTE, QUI EST MORTE.

 

7.LES HUSSARDS AILES

Mais non, ce n’est pas une légende et ces hussards impressionnants avec leurs ailes de métal ont bel et bien existé. Ils ont remporté des victoires brillantes sur l’ennemi.
À l’origine corps de cavalerie légère créé en 1458  pour combattre les Turcs, les hussards tirent leur nom du mot hongrois húsz. Le nom hussard s’est répandu dans les autres pays.

C’est à la fin du 16ème siècle, avec la bataille de Lubieszow que l’heure de gloire du hussard de Pologne commence. Les hussards étaient considérés comme la meilleure cavalerie d’Europe aux 16ème et 17ème siècles.  Leurs victoires les plus célèbres sont : Smolensk, Byczyna, Kircholm, Chocim et Vienne Ces deux dernières furent remportées sous le commandement du grand roi Jan Sobieski, refoulant les Turcs, à Chocim en 1673 et devant Vienne en 1683.

Le royaume Polono-Lithuanien pour lequel ils combattaient était à cette époque le plus vaste pays d’Europe. (Un de leur hetman (maréchal), Zolkiewski,  réussit même à prendre le Kremlin et placer provisoirement un nouveau tsar sur le trône de Moscovie).
Ces hussards polonais furent bientôt connus pour porter dans le dos  deux ailes accrochées à l’armure ou à la selle.  Leur rôle le plus probable est  de donner, par bruissement lors de la charge, l’impression d’un plus grand nombre d’assaillants, technique de guerre psychologique. Ils effrayaient notamment les chevaux de l’ennemi.

Ne sont-ils pas extraordinaires, ces hussards ailés ? On les croirait sortis de quelque récit fantastique. On les imagine se battant sur les champs de bataille.
Il paraît que leurs ailes de métal faisaient un bruit impressionnant qui n’était pas anodin pour l’issue des combats, l’ennemi étant probablement déjà apeuré rien qu’à les entendre. On peut imaginer que quand ils approchaient, silhouettes surréalistes évoquant des anges vengeurs, plus d’un adversaire devait trembler.


Hussard de Pologne peint par Aleksander Orlowski.

Voilà les principaux emblèmes de la Pologne, jalonnant son histoire tumultueuse.  Il y en aurait sans doute d’autres.

(Pour ma part, j’aimais bien la figure quasi-emblématique de la vieille paysanne, la tête entourée d’un fichu coloré, les joues roses et l’oeil malicieux.  Il y en a de moins en moins, la Pologne se transforme en se modernisant elle aussi, forcément.   Souhaitons juste que ses  belles traditions comme ses  chers emblèmes perdurent).
Il y a aussi cette belle histoire de mascotte – nullement imaginaire – qui s’est passée pendant la seconde guerre mondiale au sein des troupes de combat polonaises de Monte Cassino :

WOJTEK, l’OURS-SOLDAT

Voici l’histoire véridique et singulière d’un soldat du 2ème Corps polonais du général Wladyslaw Anders (commandant en chef de l’Armée polonaise au Moyen-Orient puis durant les batailles en Italie, Anders fut avec le général Sikorski, l’une des figures principales des forces polonaises combattantes de la seconde guerre mondiale).
Le soldat héros de notre récit est … l’ours brun prénommé Wojtek.

Wojtek l’ours est né en 1941 dans la région d’Hamadam en Iran.

Des soldats polonais avaient acheté un ourson orphelin en Iran qu’ils prénommèrent Wojtek . C’était un ours brun de Syrie mais il ressemblait beaucoup aux ours de Pologne . Les soldats le nourrissaient de légumes, de fruits et de pain, de conserves de viandes, de  confiture et bien sûr autant que possible de miel.

Lorsqu’il était petit, il dormait sous la tente avec les hommes; puis, il eut droit à son propre dortoir : une caisse de bois . Mais il ne l’utilisait pas souvent, préférant aller se blotir contre ses amis humains.  Il devint la mascotte de toute la compagnie. Les hommes le gâtaient.

Lorsque l’Armée Anders dut s’embarquer pour l’Italie, Wojtek fut officiellement incorporé sur les registres du Corps et reçut son livret militaire et un matricule ce qui lui permit de suivre la troupe.

Petit, il s’était habitué à voyager à côté du chauffeur dans les véhicules et il garda cette habitude.

Wojtek a servi dans la 22ème Compagnie de ravitaillement de l’artillerie du 2ème Corps dont il est devenu l’emblème.

Ce n’était pas seulement une mascotte, pas un animal du commun : En vaillant soldat, il portait les munitions jusqu’en première ligne, notamment durant la bataille de Monte Cassino en Italie.
(Quelques mots au passage au sujet des performances des troupes polonaises lors des combats terribles de Monte-Cassino : Au mois de juillet 1943, 50.000 soldats sous les ordres du général Wladyslaw Anders, commandité par le général américain Eisenhower participent au débarquement en Sicile et à la campagne d’Italie. La progression des Alliés est arrêtée au pied du Monte Cassino, occasionnant une bataille parmi les plus dures de toute la campagne d’Europe. Elle coûtera aux Alliés 115.000 hommes.

Après deux mois d’assauts infructueux, le 18 mai 1844, les soldats polonais parviennent – au prix d’énormes sacrifices – à hisser leur drapeau sur les ruines du monastère du Monte Cassino.  Comme à Cracovie, un clairon fait retentir le « Hejnal » cracovien. Un chant polonais dit que « à Monte-Cassino, les coquelicots sont rendus plus rouges par le sang des Polonais ». Cette victoire chèrement acquise a ouvert la route vers Rome. Le nombre de morts et disparus polonais s’élève autour d’un millier.  Les blessés à environ trois mille).

Alors, notre petit ours était fort courageux lui aussi. Il prenait bien des risques. Néanmoins, toujours vaillant, il survécut à  tous ces combats meurtriers. Quand la guerre s’acheva enfin, il reçut bien peu de reconnaissance de la part de l’Occident. On se contenta de le placer… dans un zoo en Ecosse. Il paraît que lorsque des visiteurs du zoo venaient à s’exprimer en langue polonaise, il s’agitait d’une drôle de façon, montrant que cette langue représentait beaucoup pour lui.

Cet ours attachant est décédé en décembre 1963 à Edimbourg en Ecosse.


Mémorial de l’ours Wojtek à Edimburgh.

Un mot à cette occasion, après cette charmante histoire, au sujet des contributions durant la seconde guerre mondiale, par les militaires polonais, aux combats à côté des troupes alliées – parfois en première ligne – avec un courage digne des exploits chevaleresques de leurs ancêtres.

Le général Anders et les troupes polonaises ne se sont pas illustrés seulement à Monte-Cassino mais également lors les combats dans le désert.
Cependant, on tombe des nues quand on voit la série télévisée « Apocalypse » diffusée récemment sur une chaîne française, qui se piquait de relater fidèlement les faits militaires de la dernière guerre… et qui a occulté totalement la participation des forces polonaises à ces combats. Pas un mot sur eux.

Une fois de plus, et inexplicablement, la Pologne est comme par hasard, « oubliée » des médias.

Etonnants et persistants oublis…

HERMINE

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Catégories : 2 - Histoire, 6 - Folklore et Traditions | Un commentaire

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Une réflexion sur “L’Aigle Blanc – et autres emblèmes de Pologne

  1. krzeminski

    Article vraiment super, mais pour info les tapisserie d’Arras ne sont pas Flamande mais Artésienne, ce n’est pas le même conté ni le même département, seul chose rapprochant « la région des Haut de France ».

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