La Poésie Polonaise – Suite et fin

Ouvrant ce second volet de la poésie polonaise, voici encore 7 grands poètes.
Peut-être sont-ils moins connus (ou davantage oubliés) que ceux qui ont été présentés précédemment. Ils n’en sont pas moins fort intéressants.
Nous les présenterons comme d’habitude par ordre chronologique.
Cependant, si vous ne vouliez ou ne pouviez en retenir qu’un, un seul, mon voeu serait que votre choix s’arrête sur le tout jeune Krzysztof BACZYNSKI, fusillé pendant la dernière guerre mondiale et qui apparaîtra vers la fin de cette présentation.

Pour commencer, arrêtons-nous un instant sur deux poètes très anciens ; ils représentent la littérature dite « sarmate », ce mouvement qui marqua la Pologne du 16ème au 18ème siècles.
(pour ceux qui voudrait plus de précisions sur l’important phénomène « Sarmate » de Pologne, vous pouvez vous reporter sur ce site à la rubrique « Légendes-particularismes de la Pologne orientale-Les Sarmates en leurs manoirs).

1. Maciej-Kazimierz SARBIEWSKI (1595-1640), « Sarmacki Horacy » « Horace Sarmate »

L’un des poètes polonais du baroque a eu à son époque une renommée à l’échelle européenne : Maciej-Kazimierz SARBIEWSKI, un jésuite écrivant en latin, était fort connu en Europe comme « L’ Horace chrétien » ou « Horace Sarmate »

Son recueil « de perfecta poesi (O poezji doskonalej) » est une épopée lyrique qui lui assura la célébrité durant son séjour à Rome à l’âge de 28 ans.
Le Pape Urbain VIII l’honora de lauriers littéraires – récompense comparable au Prix Nobel actuel –
Revenu en Pologne, il vécut à la Cour du roi Wladyslaw qui l’estimait grandement.
Voici, en polonais et en français, un petit poème écrit par SARBIEWSKI.

TESKNOTA DO OJCZYZNY BLEKITNEJ

Tesknie za Toba, kraju z blekitow i zlota,
kedy dniem jasne slonce wesolo migota,
a noca srebrne gwiazdy i swiatlosc
ksiezyca oczy zachwyca.
Jakze czas na tej ziemi okrutnie sie dluzy…
Kiedzys nadjdzie dla mnie blogi dzien
poderozy,
gdy wroce do slonecznych, usmiechnietych
wlosci pelen radosci…
O, wonczas, skoro szczesna godzina wybije,
grob moj ubierzcie w zielen i sniezne lilije.
Cialo sie w proch rozleci – a duch utesknion
wleci w niebieskie strony…

NOSTALGIE DE MA BELLE PATRIE

Je me languis de toi, pays de beauté et d’or,
lorsque le jour , un clair soleil scintille joyeusement
et la nuit les étoiles argentées et la lumière
de la lune ravissent les yeux.
Comme le temps, sur cette terre se traîne…
Lorsque viendra pour moi l’heureux jour
du voyage,
quand je reviendrai vers mes terres ensoleillées souriantes
plein de joie…
Oh, alors, bientôt l’heure heureuse sonnera,
Habillez ma tombe de verdure et de lys de neige.
Mon corps se décomposera en poussière – mon esprit nostalgique
entrera dans les lieux célestes.

2. Waclaw POTOCKI (1621-1690)

Egalement poète représentant les vertus des anciens Sarmates, voici Waclaw POTOCKI. Sa vie fut bouleversée par l’histoire mouvementée de la Pologne au 17ème siècle qui connut alors beaucoup d’ invasions. Ses deux fils furent tués durant la bataille de Chocim contre les Turcs.
Les poètes du mouvement sarmate du 17ème siècle décidèrent de remplacer Horace et Virgile par un nouveau but : Créant une épopée chrétienne, ils voulurent raconter les évènements de leur époque baroque : Les actes des chevaliers polonais furent décrits par Waclaw Potocki, selon un mode réaliste et même naturaliste.
Dans son épopée « Wojna chocimska », Waclaw Potocki décrivit la bataille de Chocim où en 1621, celui qui allait devenir le roi-guerrier Jan Sobieski, vainquit une première fois les Turcs (avant de les refouler à Vienne).

Un autre genre de ses poèmes, comme les deux qui suivent, non dépourvus de malice, témoignent également de la vie quotidienne de la « schlata » , noblesse de cette époque qui adoptait volontiers un mode de vie pittoresque. (légende ou réalité, on dit qu’il aurait écrit des milliers de poèmes au cours de sa vie !)

OPAK

Przyjade do szlachcica w przyjacielskiej sprawie.
Prosi mie za stol, az w kacie na lawie
Karty, szachy, warcaby, dalej widze ksiege
Bez konca, bez poczatku, ktorej gdy dosiege,
ledwiem mogl z starodawnej zrozumiec ramoty,
Ze kiedysi swietych w niej bywaly zywoty.
Mily Boze, pomysle, tedy w jednej cenie
Krotofila i duszne u ludzi zbawienie ?

Anoz szlachcic, co wszyscy zowa go porzadnym,
Alec sie to da lepiej widziec na dniu sadnym,
Gdzie jezeli wytraca marne zycia zeszcie,
Watpie, zeby sie mu co moglo dostac w reszcie.

OPPOSITION

Je vais chez le nobliau pour des affaires amicales.
Il m’invite à sa table ; sur un banc dans un coin
Des cartes, des jeux d’échecs et de dames , plus loin je vois un livre
sans fin, sans commencement, dans lequel si je me plonge
je pourrai à peine comprendre ces discours du passé,
Mentionnant que jadis des saints parmi eux vivaient.
Doux Seigneur, pensai-je, alors, au même prix
Les amusements et le spirituel comptent pour le salut des gens ?

Mais pour le nobliau, que chacun tient pour sérieux,
nous y verrons plus clair le jour du jugement,
Une fois qu’ on aura enlevé de sa vie les futilités,
je doute qu’il lui restera grand chose à la fin.

Z WIELKIEJ CHMURY MALY DESZCZ

Skoro sie pod pijany wieczor o cos zwazda,
Czas i miejsce, z zolnierzem szlacic, sobie dadza.
Nazajutrz do szlachcica sle przed slonca wschodem
Zolnierz, radzac, zeby sie wyspowiadal przodem,
Nim na plac z nim wyjezdzie, wiedzac pewnie o tem,
Ze sie od jego reki rozstanie z zywotem.
« Niedawnom sie spowiadal, ksiedza tez w rekawie
Nie nosze i szukac go nie chce po Warszawie ;
Szkoda trabic wygranej, Bog fortuna wlada,
komu slawa, komu grob » – szlacic odpowida.
Toz kiedy sie on cale nie mysli spowiadac,
I zolnierz tez inaczej w pole na kon wsiadac,
Nie chce dusze zabijac, dosyc ma na ciele,
Zgodzili ich beze krwie sporni przyjaciele.

D’UN GROS NUAGE, UNE PETITE PLUIE.

Alors qu’après une soirée bien arrosée, une dispute survint,
Un nobliau et un soldat conviennent du lieu et de l’heure.
Le lendemain, se présente devant le noble à l’aurore
Le soldat, en conseillant à l’autre de se confesser,
Avant de se rendre au lieu convenu, certain
Que par sa main, il lui ôtera la vie.
« Il n’y a pas longtemps que je me suis confessé ; et puis un curé,
Je n’en ai pas sous la main, je ne vais pas en chercher dans tout Varsovie ;
Pourquoi sonner la victoire, Dieu commande au Destin,
A celui-là la gloire, à celui-là la tombe » – répond le nobliau.
Comme de son côté le soldat n’a pas davantage envie de se confesser,
Il saute à cheval et s’éloigne dans la plaine,
Il ne veut pas tuer une âme, un corps pour lui c’est déjà suffisant ;
Ainsi se sont mis d’accord sans effusion de sang les amis belliqueux.

Le 19ème siècle est marqué par le romantisme, où furent connus particulièrement ceux qu’on appela « les trois bardes » ; Par leurs oeuvres lyriques, ils firent connaître les évènements dramatiques de la Pologne dans toute l’Europe et particulièrement en France où ils se réfugièrent.
Le premier, Adam MICKIEWICZ, a déjà été présenté dans notre précédente série de poètes. Il reste donc les deux autres bardes : Juliusz SLOWACKI et Zygmunt KRASINSKI ; je me permettrai donc de rajouter comme troisième barde, Stanislaw WYSPIANSKI, qui bien qu’apparaissant un peu plus tard avec le mouvement symboliste, a écrit des oeuvres dont le mysticisme n’a rien à envier à celui de ses deux ainés du romantisme.

3. Juliusz SLOWACKI (1809-1849)

Romantique, son oeuvre l’est profondément. Contemporain de Mickiewicz, il apparaît de nos jours comme visionnaire ou prophète national, puisqu’il a écrit un poème « Le Pape Slave » en 1849..)
Les deux oeuvres les plus connues de Slowacki sont « Kordian » (où il décrit les affres d’un jeune Polonais décidé à assassiner le tsar russe tyran de la patrie mais qui, au moment d’agir, assailli par ses convictions humaines, renonce à son projet et se laisse arrêter) et la pièce de théâtre en vers « Balladyna ». (dont un extrait ci-dessous).
Il y décrit les tourments de deux soeurs, toutes deux ravissantes. L’une d’elles, Alina, est aussi bonne que belle, tandis que l’autre, Balladyna, fausse et cruelle, abuse son entourage et même sa mère qui ne voyant pas la vraie nature de Balladyna, ne fait aucune différence entre ses deux filles.
Alors qu’un souverain passe par là, il tombe sous le charme des deux jeunes filles et, ne sachant laquelle choisir comme épouse, il est convenu que c’est celle qui aura ramassé la plus grande quantité de framboises qui deviendra sa femme. Balladyna l’ambitieuse, voyant que c’est sa soeur qui ramène la plus grande quantité de fruits et va devenir l’élue, n’hésite pas à la tuer, s’empare de sa collecte de framboises et se prépare à devenir souveraine. Cependant, elle s’aperçoit avec horreur qu’une tâche rouge, indélébile, est apparue sur son propre front.

Le berger Filon, personnage sentimental qui cherche l’amour, découvre par hasard le cadavre d’Alina dans la forêt et s’émerveille par ce poème :

LE BERGER

« Coz to za bostwo ? … Jak marmury blada !
Niezywa ? Boze ! A taka podobna
Do niesmiertelnych bogin – i niezywa –
jak nad nia placze ta wierzba zalobna !
A moja dusza na marzenia tkliwa
Lez dla niej nie ma ?.. Samotnosc posula
Zrodlo lez moich ! … Jaka postac cudna ! …
Jak ona wczoraj musiala byc czula !
Jak do niej wianek przypadal weselny !
Jak mogla kochac ! .. A dzis ! Smierc obludna
Zycie wydarla, a wdziek posmiertelny
Na moja zgube niezywej nadala…
O ! Jak milosnie twoja reka biala
Ujela czarny dzbanek… z tego dzbanka
Plyna maliny, a z alabastrowej
Piersi wystryka drugi taki strumien,
Piekniejszy barwa od krwi malinowej.
Ach ! twoj zabojca od dwu bedzie sumien
scigany za te dwa strumienie krwawe …
Nie… to zwierz lesny musial zabic ciebie,
Czlowiek by nie mogl – Boze !.. oto rdzawe
Lezy zelazo – to czlowiek ! Ach w niebie
Szukac schronienia przed tlumem tych ludzi !
Spij, moja luba ! Ciebie nie obudzi
Ten pocalunek… amnie niech zabije!.. »

« Qu’est-ce ? … Pâle comme du marbre !
Morte ? Dieu ! Si ressemblante
Aux déesses immortelles – et morte.
Comme sur elle pleure ce saule en deuil !
Et mon esprit s’envole en rêverie
Je ne verse pas de larmes ? La solitude a privé
mes yeux de larmes ! Quelle vision merveilleuse !…
Comme hier elle devait être tendre !
Comme la couronne de mariée lui aurait convenu !
Comme elle devait aimer ! Et aujourd’hui : La mort cruelle
Pour ma perte, a arraché sa vie…
Oh, comme ta blanche main tendrement
A enlacé ce panier.. De ce récipient
coulent des framboises, et de ta poitrine d’albâtre
s’écoule une autre rivière,
Plus belle que le sang des framboises.
Ah ! Ton assasin aura doublement sur la conscience,
poursuivi pour deux filets de sang…
Non… C’est un animal de la forêt qui a dû te tuer,
Un être humain n’aurait pas pu – Dieu – une pointe
d’acier gît sur le sol – c’est un être humain ! Ah que dans le ciel
Il faut chercher un abri devant ces gens :
Dors, mon aimée ! Mon baiser ne te réveillera pas,
et moi, qu’il me fasse mourir… «

Balladyna, hantée non pas par le remords, mais par la tâche sur son front, cherche quiconque pourrait avoir le pouvoir de faire disparaître cette marque de malédiction ; elle se rend chez l’ermite qui – la suspectant bientôt de l’assassinat de sa soeur – lui propose de ressusciter Alina.
Devant la réaction de Balladyna qui rejette catégoriquement son offre, l’ermite comprend ce qui s’est passé et maudit la coupable en ces termes :

Pustelnik

« Milcz, zbrodniarko ! Teras my sie znamy
Do glebi serca… Niecaj z tego tradu
Legna sie z mozgu gryzace robaki,
W sumnienu weze ; niech kasaja wiecznie,
Az umrzesz wewnatrz, a sgnilymi znaki
Okryta, chodzic bedziesz jako zywa
Trupy… prcez ! Precz ! Precz ! Ty musisz koniecznie
Czekac, co Boga sady sprawiedliwe
Uczynia z toba… A cos okropnego
Bog juz preznaczyl, moze jutro spelni,
Moze odmowi chleba powszedniego,
Moze ci wlosy koltunami zwelni,
potem zabije nie wyspowiadana
ogniem niebieskim… Biada : jutro rano
Na murach zamku ujrzysz Boga palec.
Ty jestes jako zjadliwy padalec,
A jeszcze gorsza plame masz wyryta
Na twoim sercu niz na twoim czole. »

L’ermite

« Tais-toi, criminelle ! Maintenant nous nous connaissons
Jusqu’au plus profond de nos coeurs.. Que pour cette exaction
Ton cerveau soit envahi par de la vermine affamée,
Dans ta conscience, des serpents ; qu’ils te mordent toujours,
Jusqu’à ce que tu meurs à l’intérieur, et par des signes de pourriture,
démasquée, tu iras comme un cadavre vivant…
Vas-t’en ! Vas-t-en ! Tu dois absolument
attendre ce que les justes punitions de Dieu
te réserveront… Par quelque chose d’horrible
Dieu t’a déjà marquée, peut-être que demain,
il te refusera ton pain quotidien,
Peut-être que tes cheveux se décomposeront ;
et ensuite la pècheresse sera tuée
par le feu céleste. Misérable : demain matin
Sur les murs du château tu apercevras le doigt de Dieu.
Tu es comme une créature vénéneuse,
Et c’est une tâche pire encore qui est gravée
sur ton coeur, que celle qui est sur ton front. »

Balladyna ne l’écoute pas, réussit à se faire couronner souveraine, chasse sa pauvre mère de son palais. Alors qu’elle est parvenue à duper tout son entourage, la Justice divine l’atteint : La foudre s’abat sur elle.

4. Zygmunt KRASINSKI (1812-1859)

Le comte Napoléon-Stanislaw-Zygmunt KRASINSKI étudia à l’Université de Varsovie puis s’exila à Genève où il rencontra Adam Mickiewicz. Ensuite à Paris il eut une longue liaison avec la comtesse Delfina Potocka, (qui fut connue pour son amitié avec Chopin). Il épousa ensuite la comtesse Eliza Branicka.
Krasinski fut surtout connu pour ses idées philosophiques messianiques, notamment par son ouvrage « Nie-Boska Komedia » (la non-divine Comédie) Cet ouvrage décrit la tragédie d’un ancien monde de type aristocratique, qui sera remplacé, annonce-t-il, par le communisme et la démocracie.
Son livre apparaît donc comme une prophétie poétique des évènements qui surviendront – environ un siècle plus tard – en Russie avec la révolution d’octobre.
Ses écrits sont remplis d’intrigues influencées par la fiction gothique. Il y montre sa fascination pour la face extrême de l’être humain comme la haine, le désespoir et la solitude.

5. Stanislaw WYSPIANSKI. (1869-1907)

Poète, il fut également peintre – de style « Art Nouveau », il se consacra notamment à l’art du Vitrail.
Son oeuvre littéraire la plus connue « Wesele » (la noce), pièce de théâtre en vers, a été adaptée au cinéma par le metteur en scène Andrzej Wajda.
Evidemment, il ne s’agit pas d’une noce ordinaire. Les nombreux personnages de la noce se retrouvent mêlés à un fil mystique conduisant toute la pièce. Tandis que la fête bat son plein, que les invités dansent et discutent, de mystérieux visiteurs apparaissent, certains chargés d’une mission secrète pour sauver la Pologne, d’autres à l’inverse, comme le hetman maudit l’ayant trahie, sont rejetés par la masse des invités et des villageois ; passe également le fantôme d’un chevalier des temps passés.
A noter que l’auteur a eu à coeur de reproduire fidèlement le parler de la campagne profonde, par lequel s’expriment certains des personnages principaux (comme la jeune mariée, simple paysanne). Dans cet extrait, par exemple, elle emploie le mot « Pon » au lieu de « Pan » (Monsieur).

WYSPIANSKI – WESELE (la noce)

SCENA 16. POETA, PANNA MLODA.

POETA :
Panna mloda – ze snu, z nocy ?

PANNA MLODA :
A sen to mialam,
Choc nie spalam,
Ino w taki leglam niemocy…

POETA :
Od milosci panna mloda oslabla.

PANNA MLODA :
We zlotej ogromnej karocy
Napotkalam na snie diabla ;
Takie mi sie glupstwo snilo,
Tak sie ta pletlo, bailo.

POETA :
I od razu diabel jak z procy,
I od razu kareta zlota ?

PANNA MLODA :
Od tancenia takem oslabla…
Snilo mi sie, ze siadam do karety,
A oczy mi sie kleja – o rety. –
Snilo mi sie, ze siedze w karecie
I pytam sie, bo mnie wieza prsez lasy,
Przez jakiesi murowane miasta –
« a gdziez mnie, biesy, wieziecie ? »
a oni movia : « do Polski » –
A kaz tyz ta Polska, a kaz ta ?
Pon wiedza ?

POETA :
Po calym swiecie
Mozesz szukac Polski, panno mloda,
I nigdzie nie najdziecie.

PANNA MLODA :
o moze i szukac szkoda.

POETA :
A jest jedna mala klatka –
o, niech tak Jagusia przymknie
reke pod pers.

PANNA MLODA :
To zakladka
gorseta, zeszyta troche przyciasnie.

POETA :
– A tam puka ?

PANNA MLODA :
I coz za tako nauka ?
Serce – ! – ?

POETA :
– a TO Polska wlasnie.

Le poète :
Jeune mariée – vous sortez du sommeil ?

La jeune mariée :
J’ai fait un rêve
Bien que je n’étais pas endormie,
Mais seulement dans un état de mollesse.

Le poète :
L’amour vous a affaiblie, jeune mariée.

La jeune mariée
Dans un immense carosse doré
J’ai aperçu en rêve le diable ;
Voilà quelles bêtises j’ai rêvées,
Et je parlais, j’avais peur.

Le poète
Et alors ce diable ?
Et alors ce carosse d’or ?

La jeune mariée :
J’étais affaiblie par la danse…
j’ai rêvé que je m’asseyais dans le carosse,
Et que je demandais, car on me conduisait à travers bois,
traversant on ne sait quelles villes entourées de murailles,
« et ou donc m’emmenez-vous ?
Et ils me répondirent : En Pologne. »
Et où donc est la Pologne, où donc,
Monsieur, le savez-vous ?

Le poète :
A travers le monde entier,
Tu peux chercher la Pologne, jeune mariée,
et nulle part tu ne la trouveras.

La jeune mariée :
Alors ce n’est pas la peine de chercher ?

Le poète :
Mais il y a une petite cage –
Oh, Jagusia, veuillez placer votre main
Tout contre votre poitrine.

La jeune mariée
Là est mon corset, qui est un peu étroit.

Le poète
? Et quelque chose bat ?

La jeune mariée :
Mais c’est bien évidemment :
Mon coeur !

Le poète
Et c’est ICI justement : La Pologne.

La Scène 16 est un dialogue passionné entre les deux jeunes invitées, Zosia et Hanecka, au sujet de l’Amour.

Zosia :
Chcialabym kochac, ale bardzo,
ale tak bardzo, bardzo, mocno.

Haneczka :
To ta muzyka gra tak skoczno
i pewno serce tobie skacie.
Jeszcze sie dosyc, dosc naplacze,
nim go kochanie ulagodzi.
Pociesz szie, serce, pociesz, mila,
Jeszcze nejedna lza, mogila,
od tej milosci ciebie grodzi.

Zosia :
Ze to tak losy szczesciem gardza,
ze tak nie sypia szczesciem w oczy,
tylko tak zaraz blyski gasna,
ledwo sie w oczach swit roztoczy ?

Haneczka :
Musisz prejsc wprzody cierpien kolo ;
przejsc musisz wprzody nedze, bole,
a potem kiedys bedzie wesolo,
jak ci bol serce dosc nakole.

Zosia :
Ja, gdybym byla losow pania,
na przyklad taka, wiesz : Fortuna,
Tobym odarla zlote runo,
Zeby dac wszystko ludziem tanio ;
zeby sie tak nie umeczali,
w takiem gonieniu ciezkiem, dlugiem ;
kazden, jak wiezien, za swym plugiem ;
zeby sie syto nakochali,
zeby sie wszystko im krecilo
Jakby sie zlote nitki wilo.

Haneczka :
A tu sa takie Parki stare,
co nozycami tna przedziwo …

Zosia :
A chyba to za jaka kare
Milosz jezst taka nieszczesliwa.
Za czyjaz wine, czyjaz kare,
rwac chaca przedziwo Parki stare… ?
Ach, tak bym chciala kochac bardzo !

Zosia :
Je voudrais aimer, mais très fort
Mais tellement, tellement fort.

Haneczka :
C’est cette musique, elle joue si vivement,
que sûrement elle fait bondir ton coeur.
Mais il va bien assez, assez pleurer,
avant que l’amour ne l’apaise.
Console-toi, console ton coeur, mignonne,
encore plus d’une larme et plus d’une tombe,
A cause de cet amour te menacent.

Zosia :
Que les destins méprisent ainsi le bonheur,
qu’ils ne sèment pas le bonheur dans les yeux,
mais qu’aussitôt les lumières s’éteignent,
à peine l’aurore dans les yeux s’allume ?

Haneczka :
Il te faut d’abord subir les souffrances de la roue ;
endurer d’abord misères, douleurs,
avant qu’un jour la joie vienne
lorsque la douleur t’aura assez torturé le coeur.

Zosia :
Moi, si j’étais la reine des destins,
par exemple, tu sais : Dame Fortune,
J’enlèverais l’or,
afin de donner tout aux gens ;
pour qu’ils ne s’épuisent pas ainsi,
dans cette longue poursuite si lourde ;
chacun, comme en prison, derrière sa charge ;
Afin qu’ils s’aiment à satiété
pour que tout tourne rond,
comme si des fils d’or se tissaient.

Haneczka :
Mais il existe des Parques antiques,
qui coupent la trame avec leurs ciseaux.

Zosia :
Peut-être sont-elles des châtiments
L’amour est si malchanceux.
Pour quelle faute, quel châtiment
Veulent ces Parques couper les fils … ?
Ah ! Je voudrais tant aimer très fort ! »

La scène 33, dialogue entre le maître de maison et son frère le poète, est un fragment mystique représentatif de l’esprit de cette oeuvre :

Poeta :
Widzialam rycerza w zbroi,
Bracie, mowisz, Duch !

Gospodarz :
Moj bracie,
przylecial Duch – ludzie moi !
Jescie w oczach, jak cien, stoi.
Przypominam, przypominam :
czlowiek stary, z broda siwa,
twarz owita w siwy wlos,
w kozuchu ogromnym czerwonym
przysedl tu.

Staszek, (ktory sie przecisnal ku gospodarzowi przez gromada chlopow i bab pod izbe).
Przyjecham, wim,
trzymalismy konia razem z nim ;
kon byl bialy.

Gospodarz :
Kazal tu w miejsce stac.
Czekac, jak zapieje kur.
Wyste zac, wyste zac sluch,
az sie pocznie slyszac ruch
od Krakowa na goscincu.

LE POETE :
J’ai vu un chevalier en armure,
Frère, tu l’as dit, un esprit !

Le maître de maison :
Mon frère,
un esprit du passé – Mes amis !
Il est encore dans mes yeux, comme une ombre,
je me souviens, je me souviens :
un homme âgé, avec une barbe blanche,
la tête coiffée de cheveux gris,
Dans son long manteau rouge,
Il est arrivé ici.

Stan (qui s’est approché du maître à travers les paysans et les femmes groupés devant l’isba).
Il est venu, je sais
Nous avons tenu son cheval avec lui ;
Le cheval était blanc.

Le maître de maison :
Il a donné l’ordre de rester ici.
D’attendre jusqu’à ce que le coq chante.
D’écouter les bruits, écouter,
jusqu’à ce qu’une rumeur approche
Venant de Cracovie.

Le 20ème siècle fut marqué par un mouvement de nombreux poètes formant le groupe d’avant-garde « Skamander. » pendant l’époque entre les deux guerres. Ils avaient en commun leur pessimisme, leur catastrophisme et leurs illustions perdues. Cet état d’esprit désabusé transparait dans leurs oeuvres : Jan LECHON, TUWIN, LESMAN, IWASZKIEWICZ, etc…ils sont si nombreux qu’ils justifieront ultérieurement un article détaillé à part.
Cependant, lorsqu’éclata la seconde guerre mondiale, (réalisant les pressentiments pessimistes des Skamandristes) – apparut une nouvelle catégorie de très jeunes poètes, différents de leurs aînés.
Ils étaient des poètes-résistants, ils luttaient autant les armes à la main que par des vers témoignant de ce qu’ils vivaient. La plupart d’entre eux périrent durant les bombardements de Varsovie ou fusillés par les nazis; La liste de ces jeunes poètes est longue : – Andrzej TRZEBINSKI, Tadeusz GAJCY, Tadeusz BOROWSKI… Afin qu’ils ne puissent pas crier des paroles patriotiques au moment de mourir, les Allemands leur avait encollé les lèvres avec du gypse.

Parmi ces victimes, un poète à peine sorti de l’enfance, qui laissa heureusement des recueils de poésies confiés à un ami, avant d’être fusillé par les nazis, en 1944, à l’âge de 23 ans. Ses vers sont d’une beauté bouleversante.

6. Krzysztof BACZYNSKI (1921-1944).

L’onirisme était dans la poésie de BACZYNSKI, il a écrit tour à tour les aspirations de la jeunesse, la fraternité et aussi la haine, les cauchemars, les visions de destruction cosmique qui hantaient ces jeunes pressentant leur mort prématurée. Bien qu’asthmatique, il s’engagea dans la résistance dès le début de la guerre. Il tomba durant l’insurrection de Varsovie ; sa mort fut suivie de celle de sa femme Barbara qu’il avait épousée en 1942.

POEME à MAMAN – Krzysztof

Les rêves d’enfants embaumaient la vanille.
Comment arracher la vie à l’effroi ?
Ces jours sont comme de petites idoles taillées dans un bois d’olivier –
les loups âgés y grandissent et le feu
roussit les pins sveltes des élans.

C’est l’histoire, mère. L’épine du vent fait mal,
plantée dans le vingtième automne, alors que déjà
je connais les mots les plus ardus. Sur une table fêlée
meurent les fleurs – planches sèches des cercueils.
La forêt des évènements excessifs nous étouffe.
Et rien d’autre. Mère,
Avec juste un sourire d’il y a vingt ans,
rends-moi la vue du monde enfantine.

26 Octobre 1940.

LE CHAT (à ma mère)

Idole orientale, de sa face pointent, inexpressives,
deux gouttes d’océan – fruits d’eau mûrs,
il se fige près des cheminées et de sa figure triangulaire
conduit les rêves duveteux dans des jardins humides.
A travers le parfum du marronnier et la moiteur de l’automne,
il berce la nuit svelte comme le spectre de la chasse
et longuement, il chante sur un loriot abattu,
évoquant les fantômes qui, au-dessus de sa tête, planent.
Puis le feu tire les cordes d’étincelles d’or,
les yeux gargouillent, c’est l’eau, les pluies du zénith,
le simoun étouffant souffle avec le sable fiable des frissons,
quand s’ouvrent ses yeux telles des foudres mortes.
C’est alors que, soudain, grandissent les molles pattes du chat ;
tigre énorme, il s’envole par la fenêtre
vers sa femelle dorée, arquée sous la lune.

Nous resterons, moi et le feu, et ma solitude.

Février 1941.

LA NEIGE

Combien d’ailes d’oiseaux tombèrent ce jour et s’éteignirent
comme si toi-même tu pénétrais leur frétillement d’anges ?
Le silence sculpte le gothique tranquille – créneaux, villes
sur les tourelles des chardons.
Pleure, oui, pleure devant la porte dédoublée des rêves :
enfoui jusqu’aux nues dans la paix.
Comme sur des têtes alignées,
des têtes ensevelies,
sur les degrés glacés de l’air tu montes au plus haut,
dans la gloire des nuages de marbre.

1941.

ELEGIE DE L’ENFANT POLONAIS

Ils t’ont coupé de tes rêves, mon petit, des rêves papillons frémissants,
ils ont brodé tes yeux tristes, mon petit, de sang rougeoyant,
ils ont peint les paysages de points de croix ardents,
ils ont brodé de pendus la mer des arbres flottants.

Ils t’ont fait apprendre ta propre terre par coeur, mon petit,
quand tu cisaillais ses sentiers de longs sanglots de fer.
Ils t’ont fait croître dans l’obscur, et d’un pain d’effroi t’ont nourri,
à tâtons, tu as longé des humains les plus affreux sentiers amers.

Tu es sorti, lumineux enfant, une arme noire dans la nuit,
Et le mal, tu l’as senti se hérisser dans le temps qui bruit.
Avant de tomber, tu as encore de ta main le sol natal béni,
Etait-ce une balle ou bien ton coeur qui alors se fendit ?

20 mars 1944.

CHANT FUNEBRE

Qui inventa cette mort pathétique
Et me fit mourir solitaire sous notre étoile,
qui me reprit mes mots, mes poèmes, mes pensées
Et me fusilla d’une rafale d’infranchissables distances ?

J’entends déjà arriver les anges sur leurs chevaux d’or,
dans ce soir glissant de larmes et de pluie
J’entendrai : ma mort toute proche, un chien errant
la chantera dans la cour voisine, cette nuit encore.

Ne dis rien : je vis encore et j’entends le glas funèbre.
Ne dis rien : je me suis déjà envolé dans un tel silence,
au point de ne plus comprendre les choses, je n’entends plus
tes paroles lancées comme des poings dans le ciel.
Car les larmes n’arrivent pas jusqu’ici,
seulement le paysage qui s’écoule de plus en plus loin,
seulement le soir qui s’interrompt très silencieusement,
il ne se passe plus rien.

1er octobre 1941.

ENFANTS DANS LE FROID GLACIAL (8 Novembre 1941).

La neige recouvrit la stupeur d’une fourrure de silence
jusqu’à éteindre les traces faites et à venir.
Les enfants posent leurs mains roides sur leurs lèvres humides
pour que ne s’échappe un glaive de feu.
Patients sont les enfants – rivés aux murs,
figés par le gel en verre blanc, ils serrent les traits de leurs lèvres
pour que ne s’envolent les rouges bulles de la douleur,
précis comme la foudre et le couteau tranchant.
Patients sont les enfants mais, lorsqu’on les touche,
transis, changé en verre,
Ils tombent en poussière, leur sang jaillit
et la cloche sourde des nuages frémit.

Eclateront les piliers. Vous, figés dans les églises,
appuyés du froid de vos fronts contre une prière glaciale,
vous verrez la terre s’ouvrir sous la roue
arrachée à la bouche et couper en deux la ville.
Appuyés contre le bord de la vie comme contre le bord des verres,
ils siffleront au fond du feu, figés en pierres,
et alors, ce sera la nuit -ascension-dans-le-feu,

et sur ce – le tonnerre des roues ardentes ,
et sur ce – rien que la neige.

LE REGARD

Plus rien ne reviendra. Voici que ce temps
est déjà oublié ; seule se fige dans les miroirs
l’obscurité prise en mes propres reflets
– oh combien vide et mauvaise !

Oh je sais, je sais par coeur mais ne veux rien
répéter, je peux d’avance deviner
chacune de mes formes. Ainsi je meurs
portant sur mes lèvres un Dieu à demi révélé.

Et maintenant, nous sommes à nouveau tous assis en cercle
et la pluie des planètes résonne contre les murs
et le regard est aussi lourd qu’une corde tombant sur la table
Et les nuages du silence – immobiles.

Le premier d’entre ceux-là – c’est moi
qui ai aimé. Le monde s’est épanoui pour moi
tel un géant nuage, tel le feu dans les rêves
et comme un arbre je suis droit.
Et le second d’entre ceux-là – c’est moi
qui ai conçu la palpitante haine
et mon couteau scintille, ce n’est pas une larme
tombant d’yeux calmes comme l’eau.

Et le troisième d’entre ceux-là – c’est moi
reflété dans les larmes épanchées
et ma douleur – insondable ténèbre.

Et le quatrième, c’est celui que je connais,
il enseignera l’humilité
à mon temps de toute vanité
et à ce coeur si malade
d’une mort qui sourd en moi.

18 octobre 1943.

En polonais les strophes 4 et 5 de ce poème :

I jeden z nas – to jestem ja,
ktorym pokochal. Swiat mi rozkiwitl
Jak wielki oblok, ognien w snach
I tak jak drzewo jestem – prosty

A drugi z nas – to jestem ja,
ktorym nienawisc drzaca poczal.
I noz mi blyska, to nie lza
Z dretwych, jak woda oczu.

Ouvrons une autre page, celle des poètes contemporains polonais, nombreux eux aussi.

Parmi ces poètes de la « Nouvelle Vague » (Nowa Fala), se distingue

7. Stanislaw BARANCZAK (né en 1946)

Il est l’auteur du recueil « Etyka i Poetyka » paru en 1979 en Pologne ; cependant, après l’état de siège instauré par le régime communiste dans les années quatre-vingt, il émigra aux Etats-unis. Il y est demeuré, exerçant comme professeur de Littérature polonaise à l’Université d’Harvard (et traducteur notamment des oeuvres de Shakespeare).

Il reçut en 1999 la plus haute distinction littéraire de Pologne pour son oeuvre « Précision chirurgicale ».

Voici un petit aperçu de son talent par deux poèmes tirés de son recueil « Tryptik z betonu » de 1980.

BLOTO I SWIATLO

Co dzis rzucili
w bloto a co na wiatr kogo tam znow
rzucili na kolena a kogo blotem
obrzucili, na kogo to bloto ruca

okreslone swiatlo.

BOUE ET LUMIERE

Ce qui aujourd’hui a été jeté dans la boue
et celui qui dans le vent à nouveau
a été jeté à genoux, et celui qui a été couvert
de boue, sur celui-là la boue
s’est auréolée de lumière.

SPOJRZMY PRAWDZIE W OCZY

Odwazmy sie prawdzie w te stare oczy,
Ktorych z nas nie spuszcza,
ktore sa wszedzie, wbite w chodnik pod stopami,
Wlepione w afisz i utkwione w chmurach ;
A chocby sie pod nami nigdy nie ugiely
Nogi, to jedno bedzie nas umialo rzucic na kolana.

REGARDONS LA VERITE EN FACE

Osons regarder la vérité droit dans ses vieux yeux,
qui ne se baissent pas devant les nôtres,

qui sont partout, incrustés sous nos pas,

Collés dans les affiches et imprimés dans les nuages ;

Et même si nos jambes jamais sous nous ne se sont pliées ,

c’est cela seul qui saura nous faire tomber à genoux.

Cloturant cette seconde série de 7 poètes polonais, le choix de cet « out-sider » vous surprendra particulièrement ;
Il est français plus que polonais, cela est indiscutable. Et c’est même l’un des poètes français les plus célèbres du 20ème siècle :

8. GUILLAUME APOLLINAIRE (1880-1918).

Pourquoi donc l’avoir rajouté dans cette série de poètes polonais ? Eh bien, simplement parce que c’est lui-même qui, un jour, s’est senti polonais, déclarant qu’il était « l’un des rares écrivains polonais à ne pas écrire en polonais (avec Josef KONRAD, romancier d’origine polonaise qui écrivait en anglais) ».
Polonais, Guillaume Apollinaire l’était sans doute en partie de naissance : Son vrai nom était Wilhem -Wlodzimierz Apolinary de Kastrowicki. Sa mère, Angelika Kostrowicka était issue de la noblesse polonaise. Son père, quant à lui, était un officier italien.

Il a donc une place symbolique sur ce site de la Communauté franco-polonaise, il a des points communs avec nous autres, Français aux origines polonaises plus ou moins lointaines, qui, tout en nous sentant parfaitement français, ressentons soudain, à certaines occasions, notre « polonité » resurgir et avons envie de la proclamer bien haut et fort.

Apollinaire, après avoir vécu de sa plume pendant des années où il s’était fait apprécier par ses recueils (dont le célèbre « Alcools », montrant un style affranchi de toute influence d’école, se lia d’amitié avec les plus fameux artistes de l’époque, Picasso, Derain, Vlaminck, etc…
Sa tombe – au cimetière du Père-Lachaise à Paris – fut d’ailleurs ornée par Picasso.
Il est mort peu après la fin de la première guerre, des suites de la blessure qu’il reçut au combat en Champagne.

ENFANCE Guillaume Apollinaire (poèmes à la marraine)

Au jardin des cyprès je filais en rêvant,
Suivant longtemps des yeux les flocons que le vent
Prenait à ma quenouille, ou bien par les allées
jusqu’au bassin mourant que pleurent les saules
Je marchais à pas lents, m’arrêtant aux jasmins,
Me grisant du parfum des lys, tendant les mains
Vers les iris fées gardés par les grenouilles.
Et pour moi les cyprès n’étaient que des quenouilles,
Et mon jardin, un monde où je vivais exprès
pour y filer un jour les éternels cyprès.

LA CHANSON DU MAL-AIME

Et je chantais cette romance
En 1903 sans sav oir
Que mon amour à la semblance
Du beau Phénix s’il meurt un soir
le matin voit sa renaissance.

Un soir de demi-brume à Londres
Un voyou qui ressemblait à
mon amour vint à ma rencontre
Et le regard qu’il me jeta
Me fit baisser les yeux de honte.

Je suivis ce mauvais garçon
Qui sifflotait mains dans les poches
Nous semblions entre les maisons
onde ouverte de la Mer Rouge
lui les Hébreux moi Pharaon

Que tombent ces vagues de briques
Si tu ne fus pas bien-aimée
Je suis le souverain d’Egypte
Sa soeur-épouse son armée
Si tu n’es pas l’amour unique

Au tournant d’une rue brûlant
De tous les feux de ses façades
Plaies du brouillard sanguinolent
Où se lamentaient les façades
une femme lui ressemblant

Je me souviens d’une autre année
C’était l’aube d’un jour d’avril
j’ai chanté ma joie bien-aimée
Chanté l’amour à voix virile
Au moment d’amour de l’année.

Guillaume Apollinaire
Alcools.

Cet extrait de « Colline» figure en épitaphe sur sa tombe :
« Je me suis enfin détaché
de toutes choses naturelles
je peux enfin mourir mais non pécher
Et ce qu’on n’a jamais touché
je l’ai touché je l’ai palpé
Et j’ai scruté tout ce que nul
ne peut en rien imaginer
Et j’ai soupesé maintes fois
même la vie impondérable
je peux mourir en souriant
habituez-vous comme moi
A ces prodiges que j’annonce
A la bonté qui va régner
A la souffrance que j’endure
Et vous connaîtrez l’avenir »

Si la poésie polonaise vous a touchés, n’hésitez pas à la faire connaître autour de vous. Pour compléter ces brefs extraits, vous pourrez trouver toutes les oeuvres de ces poètes et de bien d’autres à la Librairie Polonaise de Paris, qui existe depuis plus de cent ans sur le boulevard Saint-Germain !
Et si je me permets d’insister encore une fois sur le poète Krzystof BACZYNSKI, c’est qu’en lisant ses poèmes, nous tous redonnerons un peu vie à ce garçon fauché par la haine nazie, (et qui représente en même temps à lui seul tous ces sacrifiés lors de la destruction de Varsovie ainsi que les 26.000 élites polonaises massacrées à Katyn par les Russes) – qui, par leur talent, aurait pu apporter tant à la Pologne et au monde – et plus généralement, il représente tous les jeunes de tous les coins du monde victimes de guerres injustes. Si leur mémoire perdure, ils ne seront pas morts pour rien.

Chers lecteurs, ce second petit résumé de poésie polonaise s’achève. Et que tous ceux qui auraient aussi mérité d’être cités veuillent bien me pardonner.

Les écrivains polonais en prose sont tout aussi nombreux et dignes d’intérêt. Aussi, notre prochain rendez-vous sera pour les évoquer. Parmi eux, des romanciers et des auteurs de théâtre d’hier et d’aujourd’hui dont certains ont reçu aussi le Prix Nobel.

HERMINE

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