Grâce à eux, la Pologne existe toujours

Ces Polonais, mondialement connus, qui ont profondément aimé leur patrie, ont perpétué la Culture polonaise.

Permettez-moi de vous présenter cette série de 12 principaux personnages de l’Histoire de la Pologne – depuis le Moyen-Age à nos jours. Il y en aurait certes des dizaines et des douzaines d’autres, (qui seront petit à petit rajoutés sur ce site). Cependant ces douze-là, qui ont rythmé comme une horloge l’histoire mouvementée de la Pologne… avouez qu’ils font notre fierté ; qui plus est, parallèlement à leur grand talent, ils n’ont pas cessé de montrer leur attachement à leur patrie particulièrement lorsque celle-ci était en difficulté. A l’origine j’avais conçu ce modeste condensé succinct pour que mes proches d’origine polonaise – particulièrement les enfants – ne passent pas à côté de ces personnages (car certains de ces Polonais sont trop ignorés actuellement en France, comme Mickiewicz ou Sienkiewicz). Il va sans dire que tous les lecteurs – de 9 à 99 ans – qu’ils aient des racines polonaises ou non, sont cordialement invités à  refaire connaissance avec ces charmantes personnalités qui à leur façon et de manière souvent émouvante, ont fait l’Histoire de la Pologne ou, comme Wajda, perpétuent la Culture polonaise. Concluant ce condensé, j’ai cru bon de rajouter un treizième personnage : le peintre Matejko, car son œuvre est à elle seule une illustration parfaite des évènements et des personnages qui ont fait la Pologne. Il est, tout autant qu’un peintre, un historiographe.

Mikolaj KOPERNIK (Nicolaus Copernicus)

ASTRONOME, MEDECIN ET CHANOINE  (1473-1543)

Nicolas COPERNIC (en polonais Mikolaj KOPERNIK) est né le 19 février 1473 à TORUN, ville du nord-ouest de la Pologne. Fils de marchands, il est très tôt orphelin et est alors adopté par son oncle maternel, l’évêque de Cracovie Lukas Watzelrode qui veille à lui donner une bonne instruction d’abord au sein de sa famille. Son oncle l’envoie en 1591 à l’Université Jagellon (alors appelée Académie de Cracovie). A la fin de ses études, son oncle le nomme chanoine de Frombork, ville à l’extrêmité nord-est de la Pologne, au bord de la Baltique. Cependant, afin de compléter son instruction, Nicolas Kopernik va étudier le droit canonique et la médecine à l’Université de Bologne, puis l’astronomie dans les cours du professeur Domenico Novara, un des premiers scientifiques à remettre en cause les théories de Ptolémée sur les planètes. En 1500, après avoir exercé lui-même comme professeur de géographie et d’astronomie à Rome pendant une année, il retourne parfaire ses connaissances à la faculté de droit et de médecine de Padoue et Ferrare où, comme à Bologne, l’esprit de la Renaissance italienne bat son plein. Il participe aussi, en qualité d’ecclésiastique au Vème Concile du Latran. Il revient alors définitivement en Pologne où il s’installe à Frombork ; il y fait construire un observatoire lui permettant d’entamer ses recherches en astronomie. A cette époque, la Pologne septentrionale est envahie par les chevaliers teutoniques qui déferlent sur les bords de la Baltique, sous prétexte de christianiser les Polonais (prétexte fallacieux, la Pologne étant christianisée depuis longtemps, en 966, lorsque son premier roi, Mieszko 1er, se fit baptiser et instaura la religion catholique dans toute la nation). Copernic, qui s’occupe des affaires de son diocèse dans sa ville menacée par ces envahisseurs encombrants, prend vivement parti contre eux, ne leur reconnaissant aucun droit d’envahir le territoire de la Pologne. L’ordre des chevaliers teutoniques était une organisation religieuse et surtout militaire allemande, fondée en Palestine dans les années 1190. Les suzerains allemands virent dans cet ordre l’occasion d’une expansion territoriale et politique vers l’Est. L’ingérence de l’ordre teutonique dans les affaires polonaises avait commencé en 1226, lorsque le duc de Mazovie avait fait l’erreur de demander l’assistance des chevaliers pour lutter contre une tribu de païens venus de la Prusse, qui ne cessaient de piller les régions du Nord. Si ces païens furent vite exterminés sans autre forme de procès par les chevaliers teutoniques, l’imprudent Duc de Mazovie perdit rapidement tout contrôle et les conflits qui s’ensuivirent conditionnèrent l’histoire des deux états, germain et polonais, pendant presque trois siècles. En effet, l’ordre teutonique, ayant perdu ses assises en Terre sainte, s’établit et s’étendit le long de la Baltique jusqu’à Gdansk, installant la résidence principale de leur Grand-Maître à Malbork où ils construisirent une vaste forteresse – que l’on peut encore aujourd’hui visiter (à 60 km au sud de Gdansk). Les rivalités entre l’ordre teutonique et la couronne polonaise se durcirent au cours du XIVème siècle et culminèrent avec la bataille de Grunwald, en 1410, remportée par le roi Jagiello sur les chevaliers. Malbork ne revint à la Pologne cependant qu’en 1457, amorçant la chute finale de l’Ordre. A l’époque où vivait Nicolas COPERNIC, les combats touchaient donc à leur cessation définitive, notamment lorsque l’ordre se convertit au luthérianisme, cessant toutes prétentions sur les territoires polonais. En 1515, le dernier grand-maître de l’Ordre teutonique, Albrecht Hollenzollern, rendit solennellement les insignes du pouvoir au roi de Pologne Zygmunt, sur la place centrale de Cracovie. La région enfin pacifiée, Copernic peut se consacrer corps et âme à ses recherches en astronomie. Il a acquis une très bonne connaissance en latin et publie son premier livre, un traité d’astronomie connu sous le titre de Commentariolus. Puis vient son œuvre principale « De Revolutionibus Orbium Coelestium » (Des révolutions des sphères célestes). Ebranlant la vision médiévale du monde, les théories de Copernic seront à la base d’un profond changement d’esprit, à tel point qu’on a parlé jusqu’à nos jours de « Révolution Copernicienne ». Dès le début de ses études, Copernic ne se satisfait pas de la théorie de l’univers géocentrique d’Aristote et de Ptolémée qui jusqu’alors était la règle : Selon cette ancienne théorie, la Terre est au centre de l’Univers et tout tourne autour d’elle. Copernic est persuadé qu’une autre structure plus logique doit expliquer l’Univers. Il affirme alors que c’est le Soleil qui est au centre de l’Univers, affirmation qui bouleverse la communauté scientifique de son temps. Le système de Copernic repose sur l’observation que la terre tourne sur elle-même et fait un tour sur son axe en une journée, ce qui explique dans un premier temps le mouvement diurne de la sphère céleste en un jour. Il soutient également que la terre fait le tour du soleil (héliocentrisme) et non l’inverse, en un an. Et que les autres planètes, comme la terre, tournent toutes autour du soleil. Mathématicien accompli, il propose une méthode pour calculer la distance de chaque planète au soleil, en se basant sur la distance Terre-Soleil. Cependant, malgré les grandes évolutions des esprits humanistes de la Renaissance, beaucoup d’Européens sont encore imprégnés des idées imposées jusqu’ici, notamment par la Bible qui mentionne : « Tu as fixé la terre, ferme et immobile », et les esprits acceptent difficilement que la terre soit mobile. De surcroît, Copernic affirme que la vie doit exister ailleurs dans le cosmos, car pour lui la terre ressemble à bien d’autres planètes. Pour commencer, seuls une dizaine de chercheurs de son époque lui accordent un appui. Les plus célèbres sont Galilée (qui sera condamné en 1633 par l’Eglise pour sa prise de position, occasionnant sa célèbre réplique : « Et pourtant.. elle tourne ! »), avec Léonard de Vinci et l’astronome allemand Kepler. L’acceptation de la nouvelle théorie est lente mais cependant, des philosophes jésuites deviennent profondément convaincus de la justesse de la théorie copernicienne et sont rejoints, à la fin du XVIIème siècle par de nombreux savants européens. C’est en 1830 que l’église accepte l’idée que la terre tourne autour du soleil. Copernic, prudent, avait fait publier son œuvre magistrale seulement le jour de sa mort, le 24 mai 1543, craignant les foudres du Vatican. Il avait accompagné cet ouvrage d’une dédicace au pape d’alors, Paul III, en revendiquant le droit à la liberté d’expression. Il apparaît encore de nos jours comme un visionnaire. A partir de ses découvertes, la science et la religion vont prendre des routes différentes. Il a su libérer ses contemporains scientifiques et chercheurs de leurs préjugés théologiques et amener les théologiens à prendre une certaine distance vis-à-vis de l’interprétation trop stricte des textes sacrés. Un astéroïde a été nommé Copernicus en son honneur.

STANISLAS LESZCZYNSKI

Roi de Pologne et Duc de Lorraine (1677-1766)

Stanislas Leszczynski (ou Leczynski sous sa forme simplifiée pour pouvoir être prononcée par les Français) est né en 1677 à Lvov, ville située actuellement en Ukraine mais qui, à son époque, appartenait à l’immense royaume de Pologne. En effet, la Pologne a été au 17ème siècle le plus grand pays d’Europe par sa superficie (couvrant environ un million de km2), surnommé le royaume des deux-mers, allant de la mer Baltique à la mer Noire. C’était alors un pays très prospère depuis le Moyen-Age. Au moment où naissait Stanislas Leczynski, le royaume de Pologne-Lituanie était gouverné par le grand monarque Jan Sobieski, tellement vaillant au combat, qu’il s’était illustré à maintes reprises par ses victoires sur les assaillants, notamment en arrêtant les Turcs près de Vienne. Cependant, cette grandeur du pays commençait alors à montrer des signes de fragilité, due notamment au fait que depuis la Renaissance, les rois de Pologne étaient élus par les magnats, riches seigneurs, et la szlachta, petite et moyenne noblesse. Si cette disposition est précocement démocratique, elle apparaît cependant comme un facteur de risques pour le choix du monarque, le trône étant de plus en plus souvent échu aux plus offrants, c’est-à-dire à des étrangers les plus fortunés. (Rappelons, à titre d’exemple, qu’au 16ème siècle, le trône avait été remporté par Henri de Valois qui quitta vite le trône de Pologne pour devenir le roi de France Henri III à la mort de son frère).

I – ROI DE POLOGNE

La famille des Leczynski fait partie de la moyenne noblesse polonaise. Stanislas est emmené pour être élevé dans le fief des Leczynski, du côté Ouest de la Pologne, près de Poznan, dans une belle demeure que la famille a fait construire, Rydzyna. Son père, Raphaël, est un dignitaire, palatin de Poznanie, titre qu’il tient d’un de ses vaillants ancêtres, si vaillant qu’il avait gagné par son mérite le droit pour sa famille de se hisser au niveau des grands dignitaires de l’Etat. Sa mère, Anna Jablonowska est fille du castellan de Cracovie. Cependant, la famille ne se repose pas sur ses lauriers, le père de Stanislas, comme son grand-père, étant toujours prêts à prendre les armes pour défendre le royaume, chassant les Suédois, repoussant les Moscovites et les Tatars ou, aux côtés du roi Sobieski, arrêtant les Turcs devant Vienne. Fait étrange : Les Jablonowski sont tout autant poètes de père en fils que vaillants combattants ! Le tout jeune Stanislas est donc à bonne école pour devenir un homme d’esprit autant que de courage. Son père tient d’ailleurs à ce que, malgré leur fortune qui les met à l’abri du besoin, les garçons de la famille ne soient pas élevés dans du coton, habituant Stanislas, dès sa plus tendre enfance, à dormir parfois sur une botte de paille tel un palefrenier pour lui apprendre que dans la vie, on doit être prêt à toute éventualité. (Il ne croyait pas si bien dire, notre héros rencontrera au cours de sa vie, les pires calamités comme les plus grandes douceurs). Stanislas, adolescent, est un élève aussi doué pour les mathématiques et les sciences que pour les langues étrangères. Il parle couramment le latin, l’allemand, l’italien et le français. Comme tous les fils de dignitaires polonais, le jeune Stanislas est envoyé par ses parents pour un voyage éducatif d’une année, un tour d’Europe qui le mène de Vienne à Rome puis à Paris. D’une brève visite à Versailles, il garde le souvenir du Roi-soleil qu’il a eu l’honneur de saluer et d’un château et d’un parc qu’il a vivement admirés, car de toutes les matières où il aime s’instruire, le domaine de l’architecture est son domaine de prédilection. A la mort du roi Jan Sobieski, en 1697, Stanislas, âgé d’à peine vingt ans, occupant déjà les fonctions de staroste (officier défenseur d’une ville, nommé par le roi) se fait remarquer à la Diète, en prenant la parole audacieusement, emporté par le spectacle de désaccords entre les députés qui s’entre-déchirent pour élire le successeur de Sobieski. Il a déjà assez de bon sens pour sentir que ces désaccords seront le maillon faible pour l’avenir de la Pologne. Ainsi, il s’écrie : « J’avais cru, mes frères, qu’une assemblée de la Nation ne formait qu’une famille de frères, réunis par le tendre amour pour leur Mère commune, la Patrie ; et je vois cette Nation divisée en factions qui se déchirent ! » Ce premier coup d’éclat lui attire le respect de ses concitoyens qui pressentent à ce moment que ce jeune homme, à la fois jovial et énergique, est né pour la gloire de son siècle et de son peuple. Les discussions s’enflamment pour élire le nouveau roi. Le fils de l’ancien roi Sobieski est vite écarté car les manœuvres vont bon train afin de faire élire le candidat des puissances étrangères. Et la bataille (ou plutôt l’or) fait rage pour soutenir d’un côté le candidat présenté par la France, le prince de Conti, et de l’autre, l’Electeur de Saxe, Frédéric-Auguste, soutenu par le tsar Pierre le Grand. La confusion est à son comble : En effet, bien que ce soit le prince de Conti qui remporte les suffrages, Frédéric-Auguste de Saxe entre dans Cracovie avec son armée, abjure le protestantisme et coiffe d’autorité la couronne sous le nom d’Auguste II ! Stanislas se marie cette année-là avec Catherine Opalinska, elle-même fille de dignitaires. Il n’a pas le temps de goûter une paisible lune de miel. La Pologne est impliquée dans des remous politiques et militaires, en raison de l’apparition du jeune roi de Suède, Charles XII, qui se lance en guerre contre le Saxon Auguste II qui vient d’usurper, avec le soutien des Russes, le trône de Pologne. La Diète de Pologne, qui, comme la plupart des Polonais, déteste le Saxon, veut traiter avec le roi de Suède. Les combats font rage dans le pays. Stanislas, maintenant papa, se tient autant que possible à l’écart de cette guerre intestine. Mais la Diète, à l’unanimité, a choisi le jeune Stanislas comme émissaire pour traiter avec le roi de Suède. Stanislas s’est rangé naturellement dans le camp de la Suède contre la Russie. Ce sera le début d’une exceptionnelle amitié entre les deux hommes. Stanislas est chargé de demander à l’Assemblée l’élection d’un nouveau monarque, sans savoir ce que le public a vite compris : Ce sera lui-même qui sera élu Roi de Pologne. Il est âgé de 27 ans, il attend le jour de son couronnement, rempli à la fois de joie et d’inquiétude. Varsovie est prête à l’accueillir de tout cœur. Mais la Pologne a deux rois. Et, alors que Stanislas va être couronné, les troupes saxonnes s’avancent afin de s’emparer du nouveau souverain polonais. Stanislas n’a que le temps de donner l’ordre à sa femme de s’enfuir avec ses deux filles, promettant de les rejoindre dès qu’il le pourra. Son épouse Catherine Opalinska part avec ses servantes. En chemin, le groupe croit avoir perdu Marie, la seconde fille. Elle a été oubliée par sa nourrice, qui l’avait déposée dans une auge d’écurie, et il fallut vite faire demi-tour pour la rechercher (On la retrouve, heureusement, car elle aurait passé à côte de sa destinée, celle de future reine de France ! Mais n’anticipons pas, Marie est encore un bébé). Auguste le Saxon arrive à Varsovie et, par vengeance, se livre aux pires exactions. Les troupes du roi de Suède débarquent juste à temps pour créer une accalmie permettant de faire couronner Stanislas Leczynski roi de Pologne. Le Suédois, momentanément victorieux du Saxon, oblige ce dernier à quitter la Pologne et à écrire une lettre de félicitations au nouveau roi Stanislas. Brève victoire. Le tsar Pierre le Grand, en veut personnellement à Stanislas-le-patriote. Il envoie des troupes russes contre Charles XII qui est fait prisonnier, ainsi que Stanislas, capturé par les Turcs. Dans sa résidence surveillée, à Bender, Stanislas accepte néanmoins son état de prisonnier avec une étonnante sérénité. Il occupe sa solitude en se perfectionnant en architecture (orientale !), appréciant même particulièrement les charmes de l’Orient dans les jardins odorants de la Turquie. Libéré après négociations, Stanislas revenu en Pologne, est atterré en découvrant ses terres ravagées, pillées. Son ami le roi de Suède lui propose alors, en attendant de retrouver son trône à Varsovie de partir s’installer dans un minuscule duché de Zweibrücken, enclave appartenant provisoirement à la Suède.

II – EN EXIL

Sa fortune est réduite à néant, son avenir bien sombre, aussi accepte-t-il, pour y mettre en paix sa famille, cet abri que lui offre Charles XII dans ce minuscule territoire germanique, coincé entre la Sarre et l’Alsace : Le duché des Deux-Ponts. Il se met en route avec sa famille, traversant, avec seulement une escorte de quatre officiers Polonais, l’Europe Centrale. Ils atteignent enfin leur nouveau territoire. La population de ce petit territoire l’accueille chaleureusement. Il a, selon son habitude, le contact avenant et sait se faire des amis, aussi bien parmi les rois que parmi le peuple. La vie s’organise à Zweibrücken fort modestement mais paisiblement. La famille réunie apprécie cette paix. Et, pour les loger dignement, Stanislas va faire construire un petit château de son invention. Comme il n’a pas, pour le moment, les moyens financiers d’imiter les fastes de Versailles que tous les souverains d’Europe copient, il va faire construire un palais très original, d’inspiration orientale, qu’il nomme « Tschifflik » ce qui signifie « Maison de plaisance » en langue turque. C’est un ensemble à la fois baroque et oriental (autrement dit de style « sarmate »). Dans ce palais, Stanislas donne libre cours à son amour pour la musique et le théâtre. Malheureusement, leur fille ainée, Anne, tombe gravement malade et meurt en 1717. C’était l’enfant préférée de sa mère qui mettait tous ses espoirs dans la beauté et les grâces de sa fille aînée, sans se douter que c’est sa fille cadette, Marie, qui aura un destin royal. Marie, comme par compensation, a toujours bénéficié d’un amour immense de la part de Stanislas. Il lui transmet le maximum de connaissances. Un attentat déjoué à temps leur rappelle que, malgré la présence d’une troupe de quatre cents Suédois autour du palais, la famille n’est pas hors de danger, ni Auguste de Saxe ni son allié le tsar russe n’ayant renoncé à le poursuivre même à l’autre bout de l’Europe ! D’ailleurs, on leur annonce que leur ami, le roi de Suède vient d’être assassiné dans une attaque contre la Norvège ; son ami mort, Stanislas n’a plus de légitimité à Zweibrücken. Il s’adresse au Régent de Fance. Ce dernier, ému par ses malheurs, l’autorise à résider en Alsace. C’est donc à Wissenbourg qu’il va maintenant s’installer avec sa famille, dans une simple maison bourgeoise, pour y mener une vie modeste, entouré de leurs derniers fidèles. Leur seule fille, Marie, est maintenant une jeune fille d’une vingtaine d’années, et Stanislas souhaite lui trouver un excellent parti. Cependant, aucun prétendant ne lui semble digne d’elle et il refuse bien des jeunes gens des environs, dont certains n’auraient pourtant pas déplu à sa fille. L’avenir lui donnera raison d’avoir été aussi exigeant… Il se trouve qu’à cette époque, le royaume de France était gouverné par le Régent, Louis XIV étant mort en 1715, après un règne si long qu’il avait eu le temps d’enterrer ses enfants et petits-enfants qui auraient dû lui succéder. Comme héritier direct, il ne restait donc qu’un jeune enfant, son arrière-petit-fils, le futur Louis XV. Lorsque ce dernier eut atteint 12 ans, le Régent lui cèda officiellement le commandement du royaume. On avait déjà fiancé l’enfant avec l’Infante d’Espagne, une petite fille de 6 ans, que Louis XV, orphelin au caractère difficile, méprisait ouvertement. Tout le gouvernement de la France commença à s’inquiéter lorsque le jeune roi tomba momentanément malade ; craignant qu’il ne vînt à mourir, on pensa dans son entourage qu’il était urgent, puisqu’il était âgé d’une quinzaine d’années maintenant, qu’il épousât une vraie femme et puisse donner d’urgence un héritier au trône. Les ministres et l’influent Duc de Bourbon, renvoyèrent alors la petite infante en Espagne – ce qui scandalisa son pays d’origine – et se mirent en devoir de chercher une princesse en âge de procréer. Le choix ne manquait pas parmi toutes les princesses royales qu’on proposait de toutes les capitales d’Europe, y compris de Russie. Néanmoins, le Duc de Bourbon, conseillé par sa maîtresse, la marquise de Prie, avait son idée sur la question. Cette dernière avait entendu parler du roi Stanislas, qui vivait en exil à Wissembourg avec sa fille, modeste mais vertueuse, cultivée et en excellente santé. Elle fit faire un portrait de la jeune Maria et le présenta au roi parmi les dizaines de prétendantes qui étaient proposées au jeune monarque. La petite Histoire relate que ce dernier, en voyant le portrait de Marie Leczynska, quitta un instant son air renfrogné et que ses yeux brillèrent. Cela encouragea le Duc de Bourbon et sa compagne à poursuivre leur plan. Le mariage fut décidé sans que Stanislas et sa fille se doutent de ce qui se tramait. Certes, Stanislas, depuis qu’un peintre était apparu à Wissembourg pour faire le portrait de sa fille, sur ordre, disait-il du Duc de Bourbon, se prenait à rêver que sa fille aurait peut-être la chance d’intéresser un gentilhomme de Versailles mais de là à penser au Roi de France lui-même, son audace n’allait pas jusque là… Aussi, lorsqu’un envoyé de la Cour vint un jour lui annoncer, sans préavis, le mariage avec le monarque, Stanislas s’évanouit quelques instants. Reprenant ses esprits, il entra en trombe dans la pièce où Marie et sa mère cousaient paisiblement et s’écria : «  – A genoux, remercions le Ciel ! –    Que se passe-t-il ? s’étonna Marie. Vous avez donc été rappelé au Trône de Pologne ? –    Mieux encore, répondit-il. Vous êtes… Vous êtes Reine de France. » A partir de ce moment, la vie de Marie, si tranquille, changea totalement. Des dames de la Cour furent envoyées pour la former d’urgence à sa future vie de Reine, à l’étiquette de Versailles, elle devait essayer de somptueux vêtements, les curieux venaient la voir des quatre coins de la France. Elle acceptait toute cette trépidation avec autant de patience que de surprise, écoutant surtout les conseils que lui prodiguait abondamment Stanislas. Le mariage fut fixé le 15 août 1725 à Strasbourg, capitale de la province où vivait la demoiselle. Les cloches de toutes les églises de la ville sonnent à toute volée, le cortège est interminable. Marie, qui toute sa vie, désire aider les pauvres, apprécie que les envoyés de Versailles lui aient fait don de plus d’argent qu’elle n’en a d’habitude, car elle peut ainsi distribuer des dons à la population venue l’acclamer, tandis qu’elle entre dans la cathédrale au bras de son père. Le roi Louis XV est représenté par le Duc d’Orléans. Elle rejoindra Louis XV le jour suivant, escorté d’une longue file de carrosses jusqu’à Fontainebleau, où son époux l’accueille. Il n’est pas déçu en la voyant, au contraire, les jeunes gens se plaisent et Stanislas, mis au courant, peut être tranquille. Cependant, en la laissant partir vers Paris, leurs adieux furent déchirants. Toute sa vie, il restera unie par la pensée avec cette fille adorée et attendra avec impatience les moments où il pourra la revoir épisodiquement à Versailles. Le roi Louis XV, bien que surpris, lors de la première rencontre avec son beau-père, par l’exubérance et l’originalité de ce dernier, lui fera cependant bonne figure et ils auront d’assez bons rapports malgré le gouffre qui sépare le bouillant Stanislas et le glacial roi de France. Stanislas et son épouse se voient offrir une demeure plus digne de leur nouveau titre de beaux-parents du Roi : Le château de Chambord. Contre toute attente, ce château aux formes exubérantes ne semble pas convenir à Stanislas. Il faut dire qu’il est alors entouré de terres marécageuses, infestées de moustiques, marais qui provoquent la maladie des proches de Stanislas. Son épouse même y est constamment souffrante. Mais voilà qu’en janvier 1733, on apprend la mort de l’usurpateur du trône de Pologne, Auguste II de Saxe. Stanislas, soutenu par de nombreux amis, pense que le moment est venu de reprendre son titre de roi de Pologne (qu’il conserve d’ailleurs toujours en principe, puisqu’il n’a jamais abdiqué). C’est déguisé en marchand allemand qu’il va traverser l’Europe. Sous son déguisement, il atteint Varsovie où il se dévoile et où il est acclamé et fêté par les Polonais. Le prince Potocki lui remet symboliquement les clefs de la ville. Malheureusement, les troupes russes et saxonnes l’obligent à quitter précipitamment Varsovie pour se réfugier à Gdansk (Dantzig), qui a le statut de « ville libre » sur la Baltique. Gdansk lui a réservé un accueil chaleureux. Il est rejoint par une poignée de fidèles dont le prince Czartoryski. Hélas, la cité, à son tour assiégée furieusement par les troupes étrangères attend en vain l’aide promise par la France. En effet, les troupes que Louis XV a envoyées par bateaux ont fait demi-tour, jugeant qu’elles vont se battre pour rien. La situation est désespérée. Stanislas lui-même, devant le sacrifice des habitants de Gdansk, prêts à se laisser massacrer pour lui, préfère renoncer et s’enfuir pour mettre fin à cette dévastation. Fuyant en barque par les marais, il manque maintes fois la dénonciation et la mort, car sa tête est mise à prix par la nouvelle tsarine, Anna Ivanovna. Enfin, il peut atteindre la Prusse où il devient l’hôte de Frédéric-Guillaume 1er qui lui offre l’hospitalité avec beaucoup de déférence. Durant son séjour, il sympathise même avec le fils du roi de Prusse, Frédéric, qui règnera par la suite et restera l’ami de Stanislas.

II – DUC DE LORRAINE

Lorsqu’il regagne la France, une solution judicieuse a été trouvée concernant l’avenir de Stanislas. Les circonstances ont permis que le Duché de Lorraine lui soit octroyé à la suite de tractations entre le fils successeur de l’ancien duc Léopold, François, qui a épousé l’héritière des Habsbourg, quittant sans regret la Lorraine. Stanislas reçoit donc cette province en viager, étant entendu qu’à sa mort, la Lorraine reviendrait au Roi de France. Stanislas arrive en Lorraine sur son nouveau territoire, s’installant dans le château de Lunéville qu’a fait construire son prédécesseur Léopold et il va y vivre pour son plus grand bonheur tout le restant de sa vie, apportant à ce château, comme à toute la région, des trésors de création en matière d’architecture afin d’embellir la Lorraine et rendre heureux les Lorrains dont il saura se faire apprécier en retour. Si les ministres de Louis XV avaient confié ce titre de Duc à Stanislas, titre de principe, ils avaient pris soin de confier le commandement administratif de la Lorraine – en attendant son rattachement à la France – à un gouverneur, La Galaizière, chargé de faire respecter les instructions du roi de France. Mais c’était sans compter sur la touche personnelle de Stanislas qui réussit, bien au-delà de la mission de principe qui devait être la sienne. Non seulement, il sut, par sa jovialité, amener les Lorrains durant cette période de transition, à aimer la France, leur future patrie, mais il donna durant son règne, un tel éclat à la Lorraine par la Cour brillante qui s’épanouit dans son château de Lunéville, qu’elle devint l’un des centres de l’Europe, fréquenté par aristocrates, artistes et philosophes les plus éminents. Stanislas eut également à cœur de fonder de nombreux hôpitaux et écoles, une Université ; son premier souci, disait-il, était de se faire aimer du peuple car c’est là le devoir essentiel d’un souverain. Quant au château de Lunéville, qui à son arrivée était une sévère batisse construite par son prédécesseur, le duc Léopold, il mit toute son imagination pour en faire ce qu’il avait rêvé : « Un petit Versailles » personnalisé. Il opte pour une transformation grandiose, avec l’aide de l’architecte Héré. Le résultat devint à la hauteur des ambitions, quand il fit bâtir la perle de des jardins : « le Rocher », décor magique de rocailles et de ruisseaux, peuplé d’une centaine de personnages-automates qui s’animent par un système hydraulique. C’est un décor fait pour la fête et le divertissement, une sorte de monde idéal. Il ajoute dans le parc une douzaine de petites maisonnettes entourées de jardinets, qu’il distribue malicieusement à ses invités pour qu’ils s’y consacrent durant leur séjour aux joies du jardinage. Ses invités sont de plus en plus illustres : Voltaire, devenu son ami, y réside longuement en compagnie de Mme du Châtelet et de M. de Saint-Lambert, également Montesquieu, le physicien Maupertuis, encyclopédistes, princes et musiciens… Avec sa bonne humeur, il parvient à rassembler même des ennemis jurés. En effet, en matière diplomatique, il fait figure de précurseur, car il a très tôt la notion d’Europe ; alors que d’autres ne raisonnent qu’en termes d’intérêts nationaux, il sait évaluer les liens ancestraux et l’utilité de la solidarité entre peuples européens… Les fêtes s’y succèdent, notamment pour célébrer les évènements familiaux car Stanislas a la fibre familiale par-dessus tout et ses nombreux petits-enfants font l’objet de toutes ses attentions : Pour le mariage de sa première petite-fille avec l’infant d’Espagne, Stanislas convie à Lunéville deux cents invités à un spectacle aquatique digne des mille et une nuits ; de même pour le mariage de son seul petit-fils, le dauphin Ferdinand, où il organise trois jours de liesse et de feux d’artifice dans son château. Grand amateur de musique comme toute sa famille, les concerts et les opéras se multiplient à chaque occasion. D’autres châteaux qu’il a fait bâtir ou ressusciter accueillent ses invités : Commercy, Malgrange, Jolivet, Chanteheux. Il attend toujours avec impatience la visite de ses nombreuses petites-filles qui passent parfois quelques jours à Plombières-les-Bains dans les Vosges. Il les adorent toutes, notamment Adélaïde, qui, de caractère fougueux, lui ressemble particulièrement. Quant au dauphin, qui en grandissant, s’avère d’une nature aux antipodes de son père Louis XV (ce qui n’est pas pour déplaire au Duc), Stanislas fonde sur lui ses plus grands espoirs et cultive avec lui des liens privilégiés. Une véritable complicité s’installe entre eux. Ils s’écrivent de très nombreuses lettres où Stanislas prodigue ses conseils à ce jeune homme dévôt comme sa mère et qui répond à son grand-père par des marques de profonde amitié et de respect. Stanislas sent chez le dauphin le besoin d’affection et de valeurs morales qu’il ne trouve pas chez Louis XV ; il est, de plus, comme la plupart de ses sœurs, en proie à des sentiments haineux envers la favorite de son père, la marquise de Pompadour, qui a de plus en plus de pouvoir sur le Roi. Le Duc fait également bâtir à Nancy l’Eglise du Bon-Secours, un chef-d’œuvre de style baroque oriental, où il fera enterrer son épouse avant d’y reposer lui-même. Pour clore le tout, il s’attèle  à l’urbanisme de la capitale de la Lorraine, Nancy, désirant embellir brillamment son centre. Ce sera le splendide ensemble architectural de la place centrale (appellée maintenant Place Stanislas et classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO) ; Le ferronnier Jean-Baptiste Lamour, les peintres Adam, Guibal et Cyfflé, les sculpteurs Girardet et Joly parent la place de grilles ciselées, ornées de coquilles et feuillages exprimant l’exubérance rocaille, complétées de portiques à fontaine dont les motifs s’harmonisent avec ceux des élégants hôtels qui bordent la place. L’hôtel de ville domine l’ensemble, paré des armoiries du roi de Pologne surmontant les armes de la Lorraine. Les balcons noir et or de Jean Lamour apportent la touche finale à l’ensemble majestueux. Toute sa vie, Stanislas aima également le bon vin et la bonne chère : Il inventa le « baba au rhum », puis la « Madeleine », friandise appelée ainsi en l’honneur de sa cuisinière Madeleine et « la bouchée à la reine », en l’honneur de la reine sa fille. Il faisait venir le Tokay de Hongrie qu’il mélangeait avec du vin de Toul ce qui donnait lieu à des cérémonies joyeuses. Cependant, pendant que Stanislas s’épanouit à Lunéville dans son rôle de mécène et de bâtisseur, l’Europe continue ses luttes, entre le puissant empire des Habsbourg, la Prusse, la Russie. La France a infligé à l’Angleterre une défaite à Fontenoy, où s’est d’ailleurs illustré par son courage le dauphin qui attend avec impatience le moment de passer à l’action. Pour l’heure, sa première épouse, l’Infante d’Espagne, étant morte, les ministres – dont le tout-puissant ministre Fleury- lui imposent de prendre comme épouse la fille d’Auguste de Saxe, l’usurpateur du trône de Pologne. Malgré les réticences du dauphin et de sa mère envers ce choix, la nouvelle épouse Marie-Josèphe de Saxe se révèlera une épouse parfaite, formant avec son époux un couple modèle, donnant à la France huit enfants dont trois règneront sous le nom de Louis XVI, Louis XVIII et Charles X. Encore une fois, les fidèles de Stanislas viennent le prier de reprendre la couronne de Pologne car le successeur d’Auguste de Saxe vient à son tour de mourir. Stanislas a beau être âgé de quatre-vingt-sept ans, il se prend encore à rêver. Mais cette fois, ce n’est plus un successeur saxon que la Russie, maintenant gouvernée par Catherine II, veut voir sur le trône de Pologne. C’est un Polonais, par ailleurs amant de la tsarine, qui est soutenu par la Russie : le jeune Stanislas-Auguste Poniatowski. En septembre 1764, Poniatowski est élu roi grâce au soutien des baïonnettes russes. Le Duc de Lorraine sent qu’il est vain, à son âge, de repartir vers la Pologne et se résigne à féliciter le nouveau roi par une lettre où il laisse percer ses regrets : « J’eusse été assez heureux de rendre ma patrie respectable à toute l’Europe. » Il veut croire qu’entre les mains d’un Polonais, la Pologne reprendra peut-être sa grandeur. (Il a à la fois raison et tort de penser cela, comme l’avenir le dira : Poniatowski n’est pas un traitre à la Pologne comme certains le pensent à cause de ses relations avec la tsarine. Pendant les premières années de son règne, il va défier Catherine II en faisant souffler une brillante renaissance de la Culture Polonaise à Varsovie, aidant les artistes et intellectuels qu’il convie en son Palais pour les « jeudis de la Culture ». Mais hélas tout s’effondre lorsque la tsarine, furieuse, envahit Varsovie, et, en accord avec la Prusse et l’Autriche, fait procéder au premier partage de la Pologne, suivi de deux autres, à l’issue desquels la Pologne sera rayée de la carte pour plus d’un siècle). Pour l’heure, Stanislas, confiant, n’imagine pas ces sombres évènements futurs pour son pays. Il est devenu un vieillard, moins alerte physiquement, mais foisonnant toujours d’idées, de jovialité et d’amour pour ses sujets lorrains qui le nomment « Stanislas le bienfaisant ». Il écrit des traités de philosophie et sa vie est illuminée par les rencontres avec sa fille et ses petits-enfants. La famille est hélas souvent endeuillée par la perte de plusieurs de ses petites-filles. Mais l’épreuve la plus terrible est la perte du dauphin, qui succombe à la tuberculose. Le grand-père est effondré. Il pleure tout autant le petit-fils tendrement chéri, avec lequel il avait des relations si étroites, que le futur souverain qui devait succéder à son père, qui aurait pu réconcilier le peuple de France avec la royauté grâce aux idées généreuses qu’il avait lui-même inculquées au jeune homme. Tout comme sa fille, il ne peut se remettre de cette épreuve et, lui si bon vivant, sombre dans la solitude. Un soir de Janvier, alors qu’il s’est assoupi, seul près de la cheminée, il tombe dans l’âtre, sa robe de chambre – que sa fille lui avait offerte – prend feu et il est gravement brûlé. Pendant quelques jours, il semble vouloir guérir de ses brûlures, plaisante encore en faisant écrire à la reine sa fille : « Tu m’avais envoyé cette robe de chambre pour que j’ai bien chaud, eh bien, c’est réussi, j’ai eu très chaud ». Mais il rend son dernier soupir peu après, le 23 février 1766. Les Lorrains lui rendent hommage avec ferveur. La dépouille du Duc est transporté du château de Lunéville à Nancy pour y reposer aux côtés de son épouse, à l’église Notre-Dame du Bon-Secours. A chaque village traversé, des centaines de personnes se joignent au cortège funèbre jusqu’à Nancy. La Lorraine est en deuil de son souverain bienfaisant. Cependant, sans attendre, la province est déclarée réunie au royaume de France. Louis XV, à la fois soucieux de ne pas laisser de marque ostentatoire de la grandeur de l’ancien duché de Lorraine, et avide de récupérer de l’argent pour renflouer ses caisses, n’attendra pas longtemps pour démanteler les châteaux de Stanislas, revendre tout ce qui a un prix. Seule l’énergie de Melle Adélaïde pour persuader son père, empêche ce dernier de faire détruire complètement le château de Lunéville. Le magnifique rocher avec ses automates est cependant démantelé… Maria Leczynska n’a plus la force de réagir quant à elle pour sauver les souvenirs de son père. Tout lui est devenu indifférent après la mort du dauphin et de Stanislas. Elle se laisse lentement mourir et malgré sa robuste constitution, sa vie se termine deux ans plus tard, en Juin 1768. Ainsi se termine l’histoire de Stanislas Leczynski, Roi de Pologne, Duc de Lorraine, Sarmate de cœur et d’esprit, personnage généreux hors du commun. Alors il est permis de rêver un peu : S’il était parvenu à garder ou à reprendre le trône de Pologne, aurait-il pu éviter à son pays les terribles épreuves qu’il a subies jusqu’à nos jours, démantelé, ruiné, opprimé, pillé par ses états voisins ? On peut le penser, sa nature exceptionnellement charismatique, sa bonhomie, tout autant que son sens de la diplomatie, s’étant révélés durant toute sa vie assez efficaces pour venir à bout et réconcilier même l’irréconciliable. Pour confirmer cette hypothèse, les mots d’une lettre de Frédéric II de Prusse à Stanislas : « les grandes choses que Votre Majesté exécute avec peu de moyens de Lorraine doivent faire regretter à jamais à tous les bons Polonais la perte d’un prince qui aurait fait leur bonheur. Votre Majesté donne en Lorraine l’exemple à tous les rois de ce qu’ils devraient faire »… P.S. / Fait surprenant : le 2 Janvier 2003, le château de Lunéville, lors de travaux de rénovation, a été la proie d’un incendie… Si le château a grandement souffert de cet incendie, des dons de toutes parts ont convergé pour la reconstruction du bâtiment. Il est actuellement en pleine restauration, constituant le plus grand chantier patrimonial d’Europe… Souhaitons qu’à l’issue de ces travaux, le château de Stanislas renaisse de ses cendres, témoin, avec la place centrale de Nancy, de l’esprit du roi de Pologne Duc de Lorraine.

Tadeusz KOSCIUSZKO

GENERAL, héros de l’indépendance polonaise et américaine (1746-1817)

Tadeusz KOSCIUSZKO est né le 4 février 1746 en Pologne dans une famille noble polonaise. Il fait ses études à l’école des Cadets de Varsovie où il se distingue par ses qualités. Le roi Poniatowski l’envoie momentanément à Paris compléter ses études militaires. De retour en Pologne en 1774, il connaît une aventure amoureuse tumultueuse qui le poussera à partir rejoindre les colons américains en lutte contre l’Angleterre pour l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Son rôle dans cette guerre d’indépendance américaine lui vaudra de nombreuses distinctions pour son courage aux côtés de Georges Washington. Il est nommé citoyen d’honneur des Etats-Unis et devient général de l’armée des Etats-Unis. En 1789, son aide à la cause révolutionnaire en France lui vaudra d’être nommé citoyen d’honneur de ce pays aussi. Il prend également le titre de général dans l’armée lors de son retour en Pologne. Son courage et son patriotisme à la cause polonaise atteindront leur point culminant lors des dramatiques évènements qui vont entraîner la Pologne dans un chaos sans précédent. Le roi Poniatowski, ex-amant de la tsarine Catherine II de Russie, avait obtenu le trône de Pologne en 1764, acceptant un « protectorat » de la Russie. Durant les premières années de son règne, cependant, il avait su assez habilement transiger avec cette tutelle russe et parvenir à épanouir une renaissance de la Culture polonaise en encourageant activement intellectuels et artistes. Mais, furieuse, la tsarine avait envahi Varsovie en 1792, voulant écraser toute indépendance. C’est à ce moment que le général Kosciuszko prend la tête des opérations, se battant comme un lion, conduisant le soulèvement de la Pologne à Cracovie et à Varsovie. Ses troupes parviennent à vaincre les Russes à Raclawice le 24 Mars 1794, lors d’une spectaculaire bataille où même les paysans se rallièrent héroïquement au combat. Mais les armées russes et prussiennes s’allient et écrasent, le 10 octobre 1794, les patriotes polonais à Maciejowice. Kosciuszko est grièvement blessé pendant cette bataille. Ensanglanté, il prononce ces célèbres paroles de désespoir en latin : « FINIS POLONIA ». Il n’est pas mort cependant. Les Russes le font prisonnier, avec d’autres vaillants défenseurs polonais, comme les généraux Sierakowski, Kamienski et Kniaziewicz et l’écrivain-activiste Julian Niemcewicz. Kosciuszko, comme tous ces autres défenseurs de la cause polonaise resteront prisonniers en Russie pendant deux années, jusqu’à ce que, fort heureusement, le tsar Paul 1er, fils et successeur de Catherine II, leur rende la liberté aussitôt après la mort de sa mère la tsarine qu’il détestait. Entre temps, le dernier roi de Pologne, Poniatowski, avait été à son tour destitué de son trône par la tsarine et envoyé à Saint-Petersbourg où il est mort en 1796. Le dernier partage de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l’Autriche avait eu lieu, rayant le pays de la carte. Seul l’empereur Napoléon 1er – en campagne contre la Russie – éveillait le dernier espoir pour la Pologne de retrouver la liberté. Cependant, le général Kosciuszko, réfugié à Paris après sa libération, ne partage pas vraiment l’enthousiasme confiant des romantiques polonais pour Napoléon. Il revendique auprès de ce dernier pour la Pologne le rétablissement d’un immense territoire digne de sa grandeur passée. Napoléon juge cette revendication trop irréaliste. C’est sous le commandement du général polonais Dabrowski que les légions polonaises partiront combattre au sein de la grande armée impériale. La Pologne renaît temporairement sous la forme du Duché de Varsovie institué par Napoléon, mais pour une courte durée. Les défaites de Napoléon commencent jusqu’à son abdication. A la chute de Napoléon, la France étant occupée par les armées ennemies, Kosciuszko se retira en Suisse où il mourut le 16 octobre 1817. Il reste pour tous les Polonais le symbole de la résistance héroïque au moment des pires malheurs de la Pologne. Son corps a été transféré à Cracovie où il est enterré au Wawel, aux côtés des rois de Pologne. En outre, les Polonais lui ont édifié une colline artificielle, appellée « Kopiec », (à l’instar des deux énigmatiques kopiec ayant été édifiées dans les temps très anciens en l’honneur des personnages semi-légendaires Krakus et sa fille Wanda). Des peintres patriotes polonais, comme Matejko ont peint, au 19ème siècle, au moment où la Pologne était rayée de la carte, des portraits de ce héros. Cependant, la plus magistrale représentation picturale des batailles menées par Kosciuszko est l’extraordinaire « PANORAMA DE RACLAWICE » désormais installé et visible à WROCLAW. C’est l’œuvre de deux peintres principalement, Styka et Kossak qui ont minutieusement illustré la victoire de Raclawice sur les troupes russes. Mesurant plus de 140 m de long,  les différentes scènes de cette œuvre garnissent les murs d’une rotonde, permettant de revivre de façon saisissante cet événement.

Maria WALEWSKA

Surnommée « l’épouse polonaise de Napoléon Bonaparte » (1786-1817)

Maria Walewska est née le 7 décembre 1786 en Pologne au manoir de Kiernozi (entre Lodz et Varsovie). Dans son enfance, avec ses deux frères Benedikt et Teodor, les trois enfants reçoivent des cours de français de Nicolas Chopin (père de l’illustre Frédéric). En 1804, à peine âgée de 18 printemps, elle épouse le vieux chambellan Anastase Walewski, qui dit-on, a environ un demi-siècle de plus qu’elle. Elle met au monde peu après leur premier fils, Antoni. C’est en 1807 que Napoléon la rencontre à l’occasion d’une soirée donnée en son honneur au Palais Royal de Varsovie. Durant cette soirée, Napoléon qui est considéré comme le dernier espoir pour les Polonais dont le pays vient d’être partagé entre la Russie, la Prusse et l’Autriche, fait l’objet de toutes les attentions. Il n’a d’yeux que pour la jeune Marie Walewska dont la fraîcheur et la grâce lui inspirent dès le premier instant de vifs sentiments. Il semble que Marie Walewska, accompagnée de son époux, se soit comportée en épouse sage et digne, sans encourager aucunement la cour empressée que l’empereur commença aussitôt à lui faire. Cependant, elle n’ignorait pas l’importance que représentait Napoléon pour le sort de la Pologne. Et les ardents patriotes polonais présents, qui ne savaient comment motiver l’empereur français à leur cause quasi-désespérée, s’apercevant de l’attirance de Napoléon pour la jeune femme, ne tardèrent pas à faire comprendre plus ou moins clairement à cette dernière qu’eux et toute la Pologne avec eux, attendaient beaucoup de son intercession. Le vieux comte Walewski, en mauvaise santé, s’absentait souvent. Marie, restée seule quelque temps à Varsovie pouvait-elle résister à la pression des patriotes, à son propre élan patriotique, renforçant l’insistance de Napoléon à vouloir faire sa maîtresse de cette belle et fière Polonaise ? Elle ne résista pas très longtemps. Leurs relations amoureuses furent bientôt connues de tout Varsovie. Le comte Walewski, qui ne se doutait pas de l’infidélité de sa sage épouse, fut mis au courant et eut du mal, au début, à pardonner cette coupable relation même pour servir les intérêts de la Pologne. Napoléon, en effet, commença à tenir la promesse faite à Marie et parvint à fonder un Duché de Varsovie, malgré les menaces que prodiguait le Tsar de Russie, qui, au milieu d’une coalition de plusieurs puissances étrangères, attendait l’empereur français de pied ferme. Napoléon remporta tout d’abord des succès militaires. Marie l’accompagna sur sa demande dans les lieux de ses batailles, en Prusse orientale puis à Vienne. En 1809, elle devint enceinte. Le vieux comte Walewski montra sa grandeur d’âme : C’est dans sa demeure, à Walewice, que Marie vint accoucher de ce petit garçon, fils de Napoléon. Walewski lui donna même son nom ; l’enfant garda toute sa vie le nom d’Alexandre Walewski. Napoléon, de son côté, répudia sa première épouse, Joséphine de Beauharnais, avec lequel il n’avait pu avoir d’enfant. La maternité de Marie Walewska, enceinte de ses œuvres, l’avait rassuré sur sa capacité à être père. Cependant, son second mariage, avec Marie-Louise, fille de l’empereur d’Autriche, lui fut alors imposé par ses ministres pour raison d’Etat. Napoléon aurait-il préféré épouser Marie Walewska comme certains historiens l’ont dit, affirmant que c’est elle qui n’avait pas voulu divorcer de Walewski pour se remarier avec Napoléon ? Walewski et elle ne se voyaient cependant plus guère. Elle suivit Napoléon jusqu’à Paris où il l’installa confortablement avec le petit Alexandre, auquel il fit donner le titre de comte et attribuer des biens ; elle finit par demander l’annulation de son mariage avec Walewski, sous l’argument de mariage contraint par ses parents. Lorsqu’en 1814, Napoléon abdiqua, Marie lui rendit visite sur l’île d’Elbe avec leur enfant. L’empereur fut ensuite exilé à l’île de Sainte-Hélène et ce fut la fin du rêve pour la Pologne. Marie fut demandée à ce moment en mariage par un cousin de Napoléon, le comte Philippe d’Ornano. Elle avait obtenu son divorce civil mais non religieux et, fervente catholique, ne consentit à épouser d’Ornano que lorsque son premier époux mourut en 1816. Le mariage avec le comte d’Ornano eut lieu le 7 Septembre 1816 à Bruxelles. Elle donna naissance l’année suivante à un troisième fils, Rodolphe-Auguste. Elle mourut hélas quelques semaines après la naissance, le 11 décembre 1817. Son cœur est conservé dans le caveau de la famille d’Ornano, au cimetière du Père Lachaise. Son corps a été transporté en 1818 selon ses dernières volontés à Kiernozi où elle est née. Le fils qu’elle avait eu avec Napoléon Bonaparte garda le nom d’Alexandre Walewski. Lorsque Napoléon III accèda aux commandes de la France en 1850, il n’oublia pas l’enfant illégitime de son oncle Napoléon 1er et nomma Alexandre Walewski ministre des Affaires Etrangères de son gouvernement. Alexandre Walewski se distingua encore en ayant un enfant avec la célèbre actrice de théâtre, Rachel, laquelle, disait-elle, ayant toujours été fascinée par Napoléon, reporta son attirance sur le fils de ce dernier et se fit une joie d’être enceinte de ses œuvres. Voilà résumé le récit de la brève existence de la jolie Maria Walewska qui se donna à Napoléon 1er par patriotisme avant que ses sentiments n’évoluent vers un réel attachement pour l’empereur. Elle a inspiré quelques livres et un film à succès où elle revit sous les traits de Greta Garbo.

ADAM MICKIEWICZ

Poète et activiste politique (1798-1855)

Le plus illustre poète romantique polonais est né en 1798 à Nowogrodek en Lituanie, dans une famille polonaise. Son père, avocat rural, mourut en 1812, laissant sa famille dans la gêne. Adam, à l’aide d’une bourse de l’Etat, entre étudier à l’Université de Vilnius à la faculté d’histoire et philologie. Dans cette Université, de forts mouvements révolutionnaires agitaient le monde étudiant, en rebellion contre le pouvoir absolu du tsar de Russie qui avait pris possession, après le troisième partage de la Pologne, de cette partie de l’ancien grand royaume de Pologne-Lituanie. Mickiewicz, étudiant, devint l’un des fondateurs et activistes de l’association patriotique clandestine des Philomates, ce qui lui valut un court séjour en prison à Vilnius. Il écrit ses premières œuvres, dont « Dithyrambe à la jeunesse ». Ses études terminées, il voyage en Russie centrale, à Odessa, Moscou et St-Petersbourg, introduit dans le milieu des élites progressistes intellectuelles, entre 1824 et 1829, il y fréquente notamment Pouchkine. Il poursuit ses voyages par l’Allemagne, la Suisse et l’Italie. C’est à Dresde qu’il écrit la dernière partie de son drame romantique « Dziady » (Les Aïeux). Apprenant le soulèvement survenu en Pologne en 1830, il tente en vain d’y retourner. Il émigre alors à Paris. A Paris, il exerce le métier de rédacteur dans la revue du Pèlerin Polonais, est introduit dans le cercle des intellectuels émigrés polonais que réunit à l’Hôtel Lambert sur l’île Saint-Louis le prince Czartoryski. Un autre émigré romantique l’y rejoindra : Frédéric Chopin. Il se lie d’amitié avec de nombreux intellectuels français, Lamennais, Montalembert, Michelet, Hugo, George Sand, etc… En 1834, il épouse Celina Szymonowska qui lui donnera six enfants.Hélas, son épouse souffre bientôt d’importants troubles psychiques. En 1840, Adam Mickiewicz obtient la chaire des littératures slaves qui vient d’être créée au Collège de France. Il forme avec Michelet et Quinet l’opposition démocratique contre la monarchie de juillet. Mais son adhésion au cercle mené par Towianski, leader d’une secte qui prônait la renaissance de la vie, causèrent sa suspension de son poste de professeur. On peut expliquer cette influence qu’eut Towianski sur Mickiewicz par l’aide que recherchait ce dernier pour essayer de guérir son épouse, au besoin par des pseudo-guérisseurs comme Towianski. Cependant, les nouvelles de la tyrannie que fait subir le tsar Nicolas 1er à la Pologne, dès son arrivée au pouvoir, fait naître chez Mickiewicz d’ardents sentiments patriotiques qu’il exprime dans ses poèmes lyriques, ses ballades et dans son œuvre maîtresse, le poème épique « Pan Tadeusz » (Messire Taddée). Il y décrit en vers l’épopée de familles aristocratiques polonaises de Lituanie au moment de l’intervention napoléonienne en Pologne, y évoquant le formidable espoir que Napoléon avait fait naître en Pologne où il avait institué un Duché de Varsovie. Dans l’ensemble de son œuvre, Mickiewicz exprime un courant de messianisme romantique, la conviction qu’après la période de la souffrance et du chaos, une époque de transformation va arriver. Il exprime particulièrement sa conviction sur le rôle prépondérant de la Pologne dans la lutte des nations contre la tyrannie des régimes. Son activisme politique, guidé par le but de faire ressusciter la Pologne, a été très important. Pendant son séjour à Rome en 1848, Mickiewicz crée la Légion polonaise au sein des troupes de Mazzini qui combattait l’Autriche pour l’indépendance de l’Italie. De nombreux Polonais émigrés adhèrent à sa cause, ainsi que beaucoup d’intellectuels français. Frédéric Chopin, à qui Mickiewicz a parfois reproché de ne pas s’impliquer activement dans la lutte pour la Pologne, avait envisagé de rejoindre ces garnisons, si sa santé le lui avait permis. Rentré en France, le poète fut nommé bibliothécaire de l’Arsenal ; il y vécut à l’abri du besoin avec sa femme et ses six enfants, jusqu’en 1855. Lorsque sa femme mourut d’un cancer, Mickiewicz sollicita une mission scientifique en Turquie, à la faveur de laquelle il voulait être utile aux rescapés de la Légion polonaise réfugiés en Turquie. Voulant s’impliquer entièrement, il partit pour Istanbul en septembre 1855. Malheureusement, il contracta le choléra peu après son arrivée. Il expira le 26 novembre 1855. Son corps a été ramené en France où il fut tout d’abord enterré en grande pompe au cimetière polonais de Montmorency. Puis son cercueil a été transporté solennellement à la cathédrale du château de Wawel à Cracovie où il repose à côté de Kosciuszko et des anciens rois de Pologne. Les Polonais le considèrent comme leur plus grand poète national. Il a inspiré d’autres écrivains romantiques comme Zeromski et Slowacki. Il est à noter également que les écrivains français tels Michelet, George Sand, Balzac ont écrit des articles exprimant leur grande admiration pour Mickiewicz qu’ils considèraient comme l’un des plus grands romantiques du monde. Voici ce que disait de lui Victor Hugo : « Parler de Mickiewicz, c’est parler du beau, du juste et du vrai ; c’est parler du droit dont il fut le soldat, du devoir dont il fut le héros, de la liberté dont il fut l’apôtre et de la délivrance dont il est le précurseur. » Plus tard, Rosa Luxembourg ajoutait : « Adam Mickiewicz n’est pas seulement le plus grand poète de la Pologne et l’un des plus grands poètes du monde : l’histoire nationale et spirituelle de la Pologne est liée à son nom ». Et l’écrivain russe Maxime Gorki disait de lui : « Mickiewicz appartient au petit nombre des poètes qui incarnent avec le maximum de beauté, de force et de plénitude, l’esprit de leur peuple. » Des statues de Mickiewicz ont été érigées : A Varsovie, à Cracovie sur la Place centrale, à Istanbul où il est mort, et également à Paris (sculpture d’Antoine Bourdelle). N’est-il pas dommage de constater qu’aujourd’hui en France, ce personnage qui fut si connu pour son talent littéraire comme pour son énergique activisme politique, est plutôt tombé dans l’oubli …

FREDERIC CHOPIN

Compositeur – Pianiste (1810-1849)

Frédéric Chopin est né dans le village de Zelazowa Wola près de Varsovie, d’une mère polonaise et d’un père Français, Nicolas Chopin, fils de paysans installés à Marainville. La Lorraine avait été gouvernée brillamment durant le 18ème siècle par le Duc Stanislas Leszczynski, ancien roi de Pologne. Nombre de familles d’aristocrates polonais s’étaient donc installées là dans le sillage du Duc. Ainsi le jeune Nicolas a l’occasion dans son village lorrain de connaître de nombreux Polonais, et parmi eux figure le comte Pac qui possède un château dont les intendants, le couple Weydlich, apprécient beaucoup le jeune Nicolas. Le garçonnet montre toutes les qualités pour s’élever intellectuellement et socialement. Il maîtrise non seulement la lecture et l’écriture mais il joue remarquablement sur un violon acquis à Mirecourt, la cité lorraine des luthiers. Les aristocrates polonais, guidés par des buts patriotiques, (beaucoup d’entre eux sont des confédérés unis contre l’occupant, le tsar de Russie), repartent vers la Pologne : C’est l’époque où Napoléon, promettant de ressusciter la Pologne partagée par ses voisins, vient de créer le duché provisoire de Varsovie. Le comte Pac ayant vendu son château de Marainville pour partir lui aussi, les Weydlich vont rejoindre près de Varsovie la famille du comte Skarbek qui possède un petit domaine au village de Zelazowa Wola.  Nicolas Chopin part avec eux, à l’âge de seize ans et ne reviendra jamais plus en France. Le jeune homme se rend utile en donnant des cours de français aux enfants Skarbek. Il fait la connaissance d’une jeune Polonaise, Justyna Krzyzanowska,  orpheline liée à la famille Skarbek, et il l’épouse. Justyna a reçu une éducation soignée, elle sait jouer du piano et chanter. Quelques mois après la naissance du petit Frédéric, le couple quitte le village de Zelazowa Wola pour s’installer à Varsovie où le père a obtenu un poste de professeur puis directeur d’un lycée-pensionnat. Frédéric a une sœur aînée, Ludwika, (qui comptera beaucoup durant toute sa vie), et deux sœurs plus jeunes. L’entreprise Napoléonienne de création d’un nouvel Etat polonais indépendant s’étant malheureusement terminée avec la chute de Napoléon, Varsovie rentre sous la férule de la Russie, gouvernée par le Tsar Alexandre 1er et son frère le Grand Duc Constantin. Voilà dans quel contexte politico-historique naquit et grandit Frédéric Chopin, contexte qui devait marquer extraordinairement son œuvre inspirée par le patriotisme polonais.

PRODIGE DE LA MUSIQUE

Le petit Frédéric, enfant fluet, rêveur et affectueux, montra très tôt son amour pour le piano. Dès qu’il put se traîner à quatre pattes, il se faufilait sous le piano sur lequel jouait sa sœur ainée et restait à écouter les harmonies. Sa sœur, amusée, le prenait sur ses genoux et lui apprenait les rudiments de musique, bientôt stupéfaite du don qu’il montrait pour jouer de mémoire des airs populaires entendus lors des fêtes et puis pour improviser selon ses émotions d’enfant. Son père lui fait alors donner des cours par le pianiste Zywny. Tous ceux qui entendaient Frédéric improviser, soit à sa fantaisie, soit sur un thème donné, se demandaient comment un enfant de six ans pouvait tirer ces expressions dramatiques, douloureuses ou joyeuses. Le professeur Zywny qui de bon cœur consacrait une grande partie de son temps à l’élève prodige, transcrivait les improvisations de ce petit enfant qui inventait polonaises, mazurkas et variations. Après avoir étonné tout le pensionnat que dirigeait son père, le phénomène se répandit dans les salons aristocratiques de Varsovie (chez la comtesse Zamojska, le prince Radziwill) où on pria l’enfant de se produire. La renommée vint aux oreilles du grand-duc, frère du tsar, qui fit venir l’enfant au palais afin de l’entendre jouer. Il fut si charmé par une marche improvisée par Frédéric qu’il demanda que ce morceau devienne la marche de son régiment de lanciers. Le grand-duc avait un fils, âgé, comme Frédéric, de sept ans, qui appréciait la présence du petit pianiste, disant que sa musique « rendait aimable son père d’habitude si sévère ». Frédéric aimait aussi revenir dans sa bourgade natale, Zelazowa Wola près de Varsovie, dans le manoir où il était né. Là les habitants faisaient porter le piano sous le marronnier et ils l’écoutaient tous jouer avec ferveur. Il aimait à participer aux fêtes paysannes ; de leurs danses, de leurs chants, il gardera le souvenir retranscrit dans son œuvre en hommage à sa terre natale.

L’EXIL DE CHOPIN

En 1825, le tsar Alexandre mourut. Avec le tsar Nicolas 1er qui lui succèda, c’est une période de tyrannie, de rébellions et de répression qui s’ouvre pour la Pologne. Des régiments polonais, ayant refusé de prêter serment au nouveau tsar, furent tués, et le grand poète romantique Adam Mickiewicz, ardent défenseur de la liberté, fut envoyé en exil. L’agitation de la population devenait difficile à contenir. Frédéric entre au Conservatoire de Varsovie. C’est le directeur, M. Elsner, qui devient son professeur et, considérant qu’il n’a plus beaucoup à lui apprendre comme pianiste, il se met en devoir de l’initier aux œuvres orchestrales, lyriques, aux opéras, pour ne pas s’en tenir uniquement à la musique de piano. Cependant, la finesse de Chopin, son peu de goût pour la grandiloquence, font qu’il demeure plus inspiré lorsqu’il fait jaillir spontanément du clavier des harmonies mélancoliques ou impétueuses, et toute sa vie, le piano devait rester son plus parfait moyen d’expression. Elsner ne chercha pas à lutter contre cette originalité. Sous l’influence de ce maître compréhensif, la verve créatrice de Chopin atteint son plein développement. Dans les années 1827 et 1828, il composa des œuvres maîtresses, rondos, polonaises et nocturnes. Les paysages au-dessus de la Vistule, qu’il voyait depuis sa chambre, le ciel argenté, l’immense plaine, les jeux de lumière variant suivant les saisons nourrissaient son inspiration. C’est une jeune soliste qui lui inspire son premier grand amour de jeunesse : Constancja Gladowska le charma tout autant par sa voix d’ange que par sa beauté et elle sera l’inspiratrice de mélodies. Cependant, de l’avis unanime, il était temps pour Frédéric de se faire connaître à l’étranger pour être consacré. C’est d’abord à Vienne que ses parents l’envoient. Il y donna un concert où il séduisit le public et qui lui ouvrit les portes des salons de l’aristocratie viennoise. Le comte Lichnowsky lui offrit, pour son concert, le piano sur lequel avait joué Beethoven. Dans cette ville, il put constater que les habitants étaient gagnés par la fièvre de la valse et se vit conseiller de composer des valses, ce à quoi il répondit : « je réfléchirai, il y valse et valse ». (Il en composa, en effet, des valses qui firent les délices des salons européens). Frédéric rentra à Varsovie, tandis que les journaux de Vienne l’encensaient. A Varsovie, le tsar Nicolas refusait d’inviter aux réceptions officielles ce brillant jeune pianiste, qui avait trop affiché ses sentiments patriotiques. Frédéric comprit que, pour acquérir la célébrité, il devait s’expatrier quelque temps, malgré son amour pour Constancja qui promettait de l’attendre. Il décida de partir pour Paris qui était devenu, plus encore que Vienne, la capitale européenne de la musique. Il n’est pas encore arrivé à Paris lorsqu’il apprend par les journaux la révolution à Varsovie. Le soulèvement longtemps attendu a éclaté. Des révolutionnaires polonais ont tenté d’assassiner le grand-duc dans son palais. Ses compagnons de voyages dissuadent Frédéric de rentrer en Pologne retrouver sa famille pour laquelle il s’inquiète en lui faisant remarquer que, frêle et maladif comme il est, il sera bien plus utile en se faisant connaître par sa musique qu’en voulant se joindre aux combattants. Il renonce alors à revenir mais, fou de douleur, il compose un chef-d’œuvre, l’étude en do mineur, dite « la Révolution ». En arrivant à Paris cependant, il ressent un grand réconfort, car il vient de recevoir des nouvelles rassurantes de ses parents et malgré la nouvelle cruelle du mariage de sa bien-aimée Constancja.  Cette ville animée le distrait. La Pologne est à l’honneur dans la France de Louis-Philippe ; les réfugiés, fuyant les bagnes russes, y sont accueillis comme des frères . Au théâtre, au concert, dans les cafés, on jouait l’hymne polonais « la Pologne n’est pas encore perdue » et la dernière chanson de Béranger est sur toutes les lèvres :  » Va, mon coursier, vole en Pologne ! Arrachons un peuple au trépas Que les poltrons en aient vergogne Hâtons-nous, l’honneur est là-bas ! «  Dans l’appartement où il a trouvé à s’installer, ses voisins s’intéressent au « petit Polonais ». Et il ne tarde pas à se mêler au groupe des réfugiés, de plus en plus nombreux, des artistes, des aristocrates polonais, comme le prince Czartoryski, qui a émigré sur l’île Saint-louis où il possède l’hôtel Lambert dont il fera le lieu de rencontres des réfugiés de Pologne. Mais comment se faire un nom dans cette société parisienne qui pullule de talents divers, ce Paris sur lequel règnent les écrivains Victor Hugo, Châteaubriant, Vigny, Lamartine, le peintre Delacroix, les musiciens berlioz, Meyerbeer et Liszt ? C’est pourtant dans cette pléiade de génies qu’il va se faire très vite une place. Par un concert donné en 1832 dans la salle Pleyel, où Liszt et Mendelssohn occupaient le premier rang, Chopin, encore inconnu à Paris, fut propulsé parmi les célébrités. Les auditeurs étaient tenus en haleine par la beauté, la poésie de ses œuvres. Dès ce jour, toutes les célébrités du monde musical venaient à Chopin. Liszt devint un ami fidèle. Chez le prince Czartoryski, il était maintenant une célébrité reconnue. Il se remet lentement de l’infidélité de Constancja en faisant la connaissance de celle qui devient à son tour chère à son cœur, la comtesse Delphine Potocka, jolie femme délaissée par son mari. C’est grâce à elle qu’il échappe à la mélancolie qui l’envahit. Par l’intermédiaire du riche comte Radziwill, il est introduit chez la baronne James de Rothschild, un salon où se retrouvaient les personnalités les plus marquantes de l’aristocratie, de la diplomatie, de la finance. Le succès dépassait toutes les espérances de Chopin. Les aristocrates lui demandent de donner des cours particuliers à leurs enfants. Chopin devient un dandy distingué. Mais s’il dépense beaucoup pour son élégance, il ne refuse jamais une aide à ses compatriotes dans le besoin. La comtesse Delphine, bien que souvent délaissée par son mari, ne se résoud pas à le quitter. Aussi ses relations avec Chopin évoluent-elles vers une solide amitié. D’ailleurs, Frédéric tombe amoureux fou d’une autre personne : la toute jeune Maria Wodzinska qu’il a revu à Dresde. Le refus des parents de Maria, devant un mariage qu’ils considèrent comme une mésalliance malgré la renommée de Frédéric, le désespère. Pour elle, il compose « La valse de l’adieu ». Cet amour impossible le jette dans un état de prostration.

LIAISON AVEC GEORGE SAND

C’est à ce moment qu’intervient Franz Liszt, devenu l’ami fidèle de Frédéric Chopin, qui s’était installé avec la comtesse d’Agoult tout près de la Chaussée d’Antin, où habitait Chopin. Le couple recevait beaucoup de personnalités en vogue : le philosophe Lamennais, les écrivains Sainte-beuve et Eugène Sue et de nombreux Polonais dont Adam Mickiewicz (qui se démenait pour ameuter les Parisiens sur le sort de la Pologne). Là, Chopin fait la connaissance de la romancière George Sand. Personnalité peu banale, portant le pantalon et fumant le cigare, elle dérouta Chopin au premier abord. Cependant, George Sand était fort intéressée par Chopin et, lors de leur seconde rencontre, où elle prend soin de s’habiller d’une belle robe blanche à ceinture rouge, selon les couleurs de la Pologne, elle commence à faire la conquête du pianiste. Lors d’un concert à Londres, où il se couvre encore de gloire, sa santé se détériore de plus en plus. Il brûle de fièvre et tousse à fendre l’âme alors qu’il regagne Paris, invité pour une soirée par le roi Louis-Philippe lui-même. Mais la tristesse où l’a plongé la rupture de son amour Maria Wodzinska, ne s’apaise pas : « C’est un ange bien triste, ce petit Chopin », remarque George Sand. Pourtant, c’est cette dernière qui le sortira de son abattement ; il se sent de plus en plus attiré par cette femme hors du commun, dont le caractère est aux antipodes du sien. Cette romancière pleine de talent est exubérante, excentrique et cependant généreuse et bonne mère pour les deux enfants qu’elle a eux de son mariage avec le comte Dudevant dont elle a divorcé. Les deux enfants, Maurice et Solange, se lient d’amitié avec Frédéric. Voyant l’état de santé précaire de Chopin, George Sand l’entraîne pour un séjour aux Baléares. S’ils arrivent à Majorque par un soleil radieux, le mauvais temps hélas vient gâcher le séjour. Dans la chartreuse de Valdemosa, où ils sont hébergés, la maladie se trouve aggravée par l’humidité ambiante à mesure qu’arrive l’hiver. Ses idées deviennent morbides : « Ma cellule a la forme d’un grand cercueil », écrit-il à ses amis. Malgré l’énergie de George Sand qui le soigne avec un soin quasi-maternel, c’est un Chopin extrêmement malade qu’elle fait embarquer sur le bateau en destination de Marseille. A Marseille, il semble aller mieux. Un flot d’admirateurs de musique et de littérature se pressent devant l’hôtel où sont logés les deux célébrités. De M    arseille, elle l’emmène dans son Berry natal, à Nohant. Il y coule quelques semaines heureuses, occupé à enseigner un peu la langue polonaise à Maurice, fils de George Sand, et sympathisant tout autant avec sa sœur Solange. Toutefois, il se trouve pris dans la  mésentente entre les deux enfants et leur mère, qui se transforme en conflit dévastateur et qui le fâche avec George Sand. Il doit quitter Nohant et regagne Paris. Il croisera encore quelquefois la romancière dans les salons parisiens qu’ils fréquentent tous deux mais leurs relations ne seront plus jamais comme avant. George Sand faisait maintenant résolument de la politique, prenant parti pour les républicains et les socialistes. Frédéric Chopin, de son côté, se voit reprocher par le poète Adam Mickiewicz, révolutionnaire engagé dans la cause polonaise, son manque d’action en faveur de leur pays. Un jour , Mickiewicz lui dit : « Pourquoi ne composez-vous pas des chants de guerre, des hymnes à la liberté, des opéras glorifiant la Pologne » ? A cela, Chopin répondit en jouant la Polonaise en la majeur, écrite pour exprimer, à l’adresse des exilés, la colère, la douleur, les soubresauts héroïques de la patrie martyre, et aussi le charme de ses grandes plaines et de ses bois de bouleaux. Sa santé déclinait toujours. On le disait pourtant attiré par une riche Ecossaise, Jane Stirling, qui elle-même lui vouait une véritable adoration. Elle comblait le vide laissé par George Sand. Ses forces l’abandonnaient et pourtant, lorsqu’il apprit en 1848, en même temps que la nouvelle de la révolution parisienne destituant le roi Louis-Philippe, qu’une nouvelle insurrection se préparait en Pologne et que certains amis partaient s’engager dans la Légion Polonaise réunie en Italie par Adam Mickiewicz, Chopin songe encore une fois à y participer. Mais il est trop tard pour lui. Il ne peut plus quitter son lit, veillé par ses deux amies, Jane Stirling et Delphine Potocka, et rend le dernier soupir, le 16 octobre 1849. Paris rendit de somptueuses funérailles dans l’église de la Madeleine au génial musicien idole des salons parisiens pendant presque vingt ans. Trois mille personnes y assistaient. Son cercueil fut transporté au son de la marche funèbre qu’il avait composée. Il fut enterré au cimetière du Père-lachaise. Le prince Czartoryski, représentant la Pologne et Meyerbeer, représentant le monde de la musique, menaient le deuil. Ses fidèles amis comme Pleyel et Delacroix étaient présents pour répandre sur le cercueil un peu de terre polonaise emportée de Varsovie avant son départ. Cependant, selon son vœu, le cœur de Frédéric fut ramené à Varsovie où il repose dans l’église Sainte-Croix, près de la rue où il habitait dans sa jeunesse.

Henryk SIENKIEWICZ

Prix Nobel de Littérature en 1905 (1846-1916)

Henryk SIENKIEWICZ est né en 1846 à Wola Okrzejska à l’Est de Varsovie. Cette partie de la Pologne était sous domination russe puisque la Pologne était rayée de la carte depuis la fin du XVIIIème siècle et partagée entre la Prusse, la Russie et l’Autriche. Mais si elle n’existait plus, l’esprit polonais continuait de vivre intensément, notamment grâce aux romantiques du début du XIXème siècle qui avait exalté le nationalisme polonais, en musique par Frédéric Chopin, en littérature par Adam Mickiewicz. Sienkiewicz passe son enfance à la campagne dans une belle demeure, ses parents étaient des nobles peu fortunés, petite noblesse qu’on appelait « la szlachta ». Cependant, ils tenaient à donner à Henryk une éducation de prince dans un esprit voué principalement au culte de l’honneur, de l’amour de la patrie et de la religion. Les grandes traditions médiévales se perpétuaient dans cette famille à tel point qu’une cérémonie, semblable à l’adoubement de chevalier du Moyen-Age, se déroulait lors de la majorité du fils. C’est dans cet esprit que grandit Henryk Sienkiewicz et il en sera marqué pour la vie et dans toute son œuvre. Apès une scolarité écourtée par le manque de ressources de ses parents, qui doivent quitter et vendre leur domaine pour déménager à Varsovie, Henryk doit commencer à travailler – en même temps qu’il s’instruit à l’Université de Varsovie – et il sait aussitôt que c’est par l’écriture qu’il va vivre. Il commence par écrire des articles de revues et des nouvelles puis s’interrompt pour faire un grand voyage dans différents pays d’Europe et aux Etats-Unis pour satisfaire sa soif de connaissance du monde. Il en fait trois grandes nouvelles, dans lesquelles il décrit en termes émouvants les espoirs et les déceptions d’émigrants polonais venus chercher fortune dans les forêts du Nouveau Monde. « Za chlebem «  (pour du pain). Revenu en Pologne, le jeune homme se marie et il a deux enfants. Son épouse meurt peu après et c’est dans le travail qu’il se réfugie. Ses nouvelles d’alors, comme « Janko le musicien »  (où il raconte l’histoire d’un petit garçon qui aime tant la musique qu’il vole un violon et sera condamné à la prison et roué de coups jusqu’à la mort) traduisent la compassion pour les défavorisés et son rêve de rapprocher les classes sociales. Cependant, de plus en plus, ses œuvres se tournent vers l’histoire de la nation polonaise. Il relate avec exaltation les grands moments de gloire de la Pologne des 16ème et 17ème siècles, quand la Pologne était le plus large pays de l’Europe par sa superficie et remportait de brillantes victoires notamment sous le règne du roi Jan Sobieski. Sa célèbre trilogie : « Ogniem i mieczem » (Par le fer et par le feu), écrit en 1884 « Potop » (le Déluge) et « Messire Wolodyowski » soulève alors ses lecteurs par la puissance dramatique du récit, par les vibrantes descriptions que l’amour de la patrie suggère à l’écrivain. Car l’historien minutieux devient polémiste ardent quand il s’agit de la patrie. Cet amour sans faille pour son pays est payé de retour par l’affectueuse admiration du peuple polonais pour Sienkiewicz, qui se manifestera en 1900 à l’occasion du 25ème anniversaire de sa carrière littéraire, lorsque des délégations de multiples villes de Pologne vinrent lui remettre le titre de propriété du château et du domaine d’Oblengorek, que son public lui offrait afin qu’il puisse y chasser, y pêcher et y méditer en paix. Ce geste collectif si touchant témoigne de la solidité des liens qui unissaient l’écrivain à ses compatriotes.

QUO VADIS ?

Mais voici que Henryk Sienkiewicz, par un nouveau chef-d’œuvre, va accéder comme par un coup de théâtre, au rang de vedette internationale. Son roman « Quo Vadis », récit historique qui se passe dans la Rome de l’Antiquité relate les persécutions contre les premiers chrétiens par l’empereur Néron. Grâce à ses connaissances sur les origines de l’Eglise et après une étude historique et archéologique, Sienkiewicz peut réaliser son œuvre et le publier en Pologne en 1895. Aussitôt, 22 pays s’emparent de « Quo Vadis », avant que la France à son tour le découvre et en 1900, selon un journaliste, « son succès éclata comme une fanfare au milieu de l’Exposition Universelle ». Tous les records de librairie furent battus, les éloges fusent de toute l’Europe et d’ailleurs, on salue ce roman épique qui analyse le conflit sanglant entre la civilisation païenne et l’aube du christianisme. Son style clair se révèle un avantage pour la traduction qui se fait aussitôt en 33 langues. Quo Vadis devient presque un phénomène de société, puisqu’un cheval de course fut baptisé à ce moment « Quo Vadis » et qu’il remporta un grand prix à Longchamp et qu’un chroniqueur écrit « La France est atteinte de sienkiewite aigüe ». Un opéra fut tiré du roman et un film dont les diverses versions furent toutes des succès. Dans ce roman, les deux héros principaux sont personnages de fiction (la jeune chrétienne Lygia et son amoureux romain) tandis que sont décrites en même temps les actions de deux personnages historiques, Néron et Saint-Pierre. Le bien finit par y triompher du mal, comme souvent dans les œuvres de Sienkiewicz qui considère que « le rôle d’un écrivain est de donner du réconfort à son lecteur ». Il est le « bon médecin qui panse les plaies ». C’est souvent ce réconfort qu’il a voulu donner à ses compatriotes et, bien sûr, beaucoup se sont posé la question : « Quo Vadis », cette épopée de l’époque romaine est-elle, dans l’esprit de son auteur, une transposition de l’histoire de la Pologne ? Il ne fait guère de doute que le cruel Néron ait quelque rapport avec le tsar Nicolas 1er qui avait succédé à Alexandre en se révèlant un véritable tyran pour la nation polonaise, menant une répression sanglante en déportant des étudiants en Sibérie, brimant de plus en plus la religion catholique (ce point sera le sujet principal de l’œuvre de l’autre écrivain Prix Nobel polonais, Ladislas Reymont un peu plus tard (en 1924) sous le titre « l’Apostolat du knout »). Sienkiewicz reçoit donc le Prix Nobel en 1905 pas uniquement pour Quo Vadis mais pour l’ensemble de son œuvre littéraire, comme c’est la règle du prix Nobel. Après la consécration que lui apporte le prix Nobel, sa vie s’écoule dans le calme au sud de la Pologne jusqu’au début de la 1ère guerre mondiale. Il écrit encore une œuvre magistrale : « Les Chevaliers Teutoniques » (Kryzacy) qui se situe au 13ème siècle et qui raconte la lutte des Polonais et Lutuaniens contre le péril des chevaliers Teutoniques qui commettent des exactions en Pologne sous le prétexte de christianiser un pays qui l’est déjà depuis longtemps. Les chevaliers Teutoniques seront finalement battus par les Polonais lors de la retentissante bataille de Grunwald. Quand la guerre de 1914 éclate, Sienkiewicz part pour la Suisse afin d’appeler sans relâche les pays occidentaux à ne pas oublier la Pologne. Il sent que cette guerre où l’Autriche va perdre sa puissance, sera l’occasion pour la Pologne de retrouver enfin son indépendance. C’est en effet ce qui se produit en 1918, la Pologne renait de ses cendres, avec un grand territoire, et probablement l’action de Sienkiewicz, sa notoriété, y sont pour beaucoup. Mais hélas il n’a pas pu voir ce jour tant attendu. Il est mort en 1916 à Vevey en Suisse, âgé de 70 ans, après une vie toute consacrée à faire ressusciter son pays. A sa disparition, de nombreux pays lui rendirent hommage, notamment la France par un discours à la Sorbonne qui rendait hommage en même temps « à ce peuple polonais que jamais les guerres ni la prison ni le knout n’avaient pu contraindre au reniement de son idéal national. »

CONCLUSION :

Toutefois, lorsqu’on lui annonça qu’il avait reçu le prix Nobel, Sienkiewicz déclara : « la nouvelle que vous m’annoncez me rend bien heureux, d’autant plus que je la rapporte à mon pays, à notre littérature si ancienne, si riche et si brillante, et cependant tellement ignorée, que souvent même ses représentants sont considérés et même cités comme russes »… Que dirait-il aujourd’hui, en constatant que lui-même si célèbre à son époque, qui avait été préféré à Tolstoï, son concurrent, pour l’attribution du Prix Nobel, est tombé dans l’oubli ? De même que son compatriote Mickiewicz, dont la poésie était au 19ème siècle plus connue en France que celle de Pouchkine…

Marie CURIE-SKLODOWSKA

Prix Nobel de Physique en 1903, Prix Nobel de Chimie en 1911(1867-1934)

Marie Sklodowska – qui deviendra la célèbre scientifique Marie CURIE – est née en 1867 à Varsovie. De ses ancêtres fermiers, elle gardera le goût pour la nature ; de ses parents, qui sont pavenus à faire des études, le goût profond des connaissances ; de toute sa famille, l’amour de son pays d’origine. Durant la période où Marie est enfant, la Pologne est sous la férule des puissances étrangères et Varsovie sous la domination russe. Le grand-père de Marie, comme tous les patriotes de sa génération, a pris les armes en 1830 contre Nicolas 1er, tsar de Russie qui s’est proclamé roi de Pologne. Mais l’insurrection s’est terminée dans le sang, la répression a été terrible, les déportations massives et c’est dans un curieux climat de révolte rentrée que Marie vit et étudie. Le père de Marie est professeur de physique et de mathématiques. Sa mère comme lui, est devenue directrice de pensionnat mais elle meurt de tuberculose quelques années après la naissance de Marie. Marie a deux sœurs, Bronia et Hela et un frère, Josef. C’est une famille tendrement unie autour d’un père resté seul pour les élever et qui fait de son mieux. Dès sa naissance, Marie possède les dispositions exceptionnelles pour avoir un grand destin : Une mémoire remarquable, un haut pouvoir de concentration et l’appétit d’apprendre. (S’ajoute à ces dons très tôt le rejet de la futilité). Et le père de Marie ne fait aucune différence entre le garçon et les filles pour ce qui est du droit d’apprendre. Il a pourtant peu de ressources en termes de finances, mais les vraies valeurs selon lui, celles qu’il transmet à ses enfants, ce sont la culture et le savoir. Lui-même ne se consacre pas seulement à sa spécialité, la physique, mais, comme les intellectuels de son temps, il parle cinq langues, cultive la poésie. Ses enfants, très tôt, en feront autant ; Marie et ses frère et soeurs parlent cinq langues, elle sait broder, pianoter, dessiner, patiner, nager, danser et… se débrouiller pour vivre au mieux avec très peu de ressources. Son baccalauréat en poche, Marie, comme sa sœur préférée Bronia, ne pensent qu’à continuer des études supérieures, comprenant que l’émancipation des femmes est inséparable de l’instruction. Or, elles enragent : L’Université n’est pas ouverte aux filles. Cependant, la résistance polonaise n’a pas été brisée, loin s’en faut. Le grand mouvement de romantisme patriotique illustré par le poète Mickiewicz et Chopin, a été remplacé, chez les intellectuels, par le positivisme. On quitte les chimères pour s’appuyer sur du concret et former des cerveaux devient une priorité dans les esprits des Varsoviens. Ainsi est créée une Université volante qui a pour but d’éduquer les masses : Tous ceux qui disposent d’un savoir doivent le transmettre à d’autres qui, à leur tour, éduqueront. On se réunit chez les uns ou chez les autres, où des professeurs de l’Université viennent, au péril de leur liberté, donner des cours d’histoire, d’anatomie, de sociologie à des étudiants pour que ceux-ci transmettent le flambeau. Là sera la garantie du progrès social. Marie se dévoue intensément au sein de cette Université volante pour transmettre ses connaissances. Cependant, en 1885, à 18 ans, elle n’a pas d’autre choix que de trouver un emploi rémunéré. Elle va donner des leçons particulières dans une famille, sans toutefois avoir abdiqué ses ambitions. Sa sœur Bronia a elle-même gagné en donnant des leçons particulières, assez d’argent pour aller jusqu’à Paris afin d’y poursuivre des études de médecine. Les deux sœurs se sont mises d’accord. Marie, la plus jeune, restera et gagnera de l’argent pour envoyer à sa sœur à Paris de quoi poursuivre ses études durant cinq années. Par la suite, Bronia, une fois ses études achevées, pourvoira à celles de Marie à son tour. Marie, placée comme préceptrice dans une riche famille de propriétaires terriens, les Zorawski, dans la campagne polonaise, ne se contente pas d’instruire ses deux élèves attitrés ; elle reprend son esprit de l’Université volante pour enseigner bénévolement aux petits paysans et paysannes du voisinage, dont l’ignorance la peine. Marie continue à assurer cette fonction pendant quelques années jusqu’à ce que Bronia termine ses études à Paris. La cause lui semble assez élevée pour accepter ce sacrifice. Enfin, le moment attendu arrive alors que Marie commençait à douter d’un avenir brillant. Bronia, qui a épousé à Paris, un jeune Polonais, Casimir, entre dans la vie active et lui demande de venir en France où elle-même doit rester pour le moment car son mari, qui s’était fait soupçonner dans sa prime jeunesse en Pologne d’activités subversives à l’encontre du tsar, est interdit de séjour en Pologne russe.

A PARIS – LA SORBONNE

A 24 ans, Marie Sklodowska arrive à Paris, où la Tour Eiffel a été érigée depuis deux ans. Toutefois, malgré les formidables avancées de la science en France dûes notamment à Pasteur qui touche à la fin de sa vie, sur d’autres points, la science française, brillante au début du siècle, a pris du retard car le secteur scientifique est celui où l’enseignement français est le plus négligé. Marie n’en a cure, pour elle la France reste « le phare du monde ». Elle est particulièrement émue lorsqu’elle entre quelques jours plus tard dans la cour de la mythique Sorbonne –sans se douter que, quinze années plus tard, elle sera la première femme admise à enseigner les sciences dans ce lieu prestigieux). Elle est logée chez Bronia et son mari, qui travaillent dur (Bronia est médecin-accoucheur), mais reçoivent joyeusement, leur maison étant ouverte pour les jeunes émigrés venant de Pologne qui viennent discuter à l’infini et écouter de la musique chez eux. Elle déménage cependant pour prendre une chambre plus proche de la Sorbonne, soucieuse d’étudier sans répit, afin de combler ses retards de connaissances scientifiques et en langue française. Bientôt, elle parlera si bien la langue française que seul un léger accent trahira toujours ses origines slaves. Cependant, elle calculera toujours dans sa langue maternelle. Son travail acharné est récompensé en obtenant, en première place, la licence es sciences physiques. L’année suivante, elle est licenciée de mathématiques. Ses études héroïques accomplies, elle hésite entre repartir exercer en Pologne ou rester. C’est à ce moment qu’entre dans sa vie Pierre Curie. C’est un physicien d’une trentaine d’années, de grande valeur, qui travaille à l’Ecole de physique et de chimie industrielle. C’est le coup de foudre réciproque. Elle n’a pas manqué de soupirants jusqu’ici mais en rencontrant Pierre Curie, tous deux sentent qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

PRIX NOBEL DE PHYSIQUE ET PRIX NOBEL DE CHIMIE

Toutefois, elle choisit tout d’abord de repartir pour la Pologne. Le mariage, où elle a vu tant de femmes de son temps aliéner leur indépendance, la fait hésiter. Pierre, l’introverti, lui écrit alors de nombreuses lettres l’appelant avec ardeur à revenir en France car il n’a qu’une idée : Passer toute sa vie avec elle. A ses arguments de vouloir rester en Pologne pour se dévouer à un pays qui souffre tant d’injustice sociale, il répond par lettre : « Que penseriez-vous de quelqu’un qui songerait à se jeter la tête contre un mur de pierre, avec la prétention de le renverser ? ». Elle finit par se rendre à ses raisons et revenir à Paris. Les parents de Pierre, dont le père est médecin, l’accueillent avec chaleur. Il lui offre une vie peu fortunée mais le luxe n’a jamais intéressé Marie. Ils se marient en 1895 à la Mairie de Sceaux et, en guise de voyage de noces, partent faire une escapade de quelques jours tous deux à bicyclette. Dans leur petit appartement, elle continue de réunir, comme sa sœur, des amis polonais. Pierre apprend même  cette langue (il saura bientôt assez bien se débrouiller en polonais pour lui écrire des lettres quand ils sont sarés). Marie prépare le concours d’agrégation, où selon son habitude, elle est reçue première. Leur première fille naît peu après, elle s’appellera Irène et sera un jour scientifique comme ses parents. L’idée d’interrompre durablement son activité ne les effleure pas. Il faut pourtant à Marie beaucoup d’énergie pour faire face aux obstacles d’ordre matériel, les ressources du couple étant fort maigres. Sa sœur Bronia et son mari Casimir sont repartis en Pologne, à Zakopane où, médecins, ils ont fait construire un sanatorium. Pierre et Marie se mettent à travailler ensemble dans un laboratoire misérable. On leur a alloué un hangar désaffecté. La pluie traverse le toit vitré. Marie savait que pour établir des rapports d’égalité avec les hommes, il était indispensable qu’elle eût les mêmes titres qu’eux. Or, aucune femme au monde n’était encore devenue docteur ès sciences. Elle se lança dans une thèse de doctorat, choisissant la radioactivité, à partir du rayonnement observé depuis peu par le physicien Henri Becquerel. Elle commence ses expériences sur la radioactivité sans que soient alors soupçonnées les forces concentrées au cœur même de l’atome. Elle parle peu et toujours pour formuler précisément l’essentiel. Elle travaille avec méticulosité pour mesurer la radioactivité des minéraux. Après bien des expériences pour obtenir une substance de plus en plus active, elle peut annoncer la découverte d’un nouveau métal. Elle l’appellera « polonium » en l’honneur de la Pologne. Vient ensuite la découverte du radium. Les journalistes qui s’empressent alors pour la voir dans le hangar où elle travaille, sont incrédules devant ses conditions de travail, elle qui maintenant, élève son enfant et attend le second, en même temps qu’elle poursuit infatigablement ses recherches. C’est en décembre 1903 que Pierre et Marie Curie reçoivent le Prix Nobel de Physique. L’événement a une dimension particulière : C’est la première fois qu’une femme obtient cette distinction. Le monde entier commence à s’intéresser à ce couple exceptionnel, qui a réalisé de grandes découvertes dans un misérable hangar ! Mais l’un comme l’autre, et particulièrement Pierre, détestent les honneurs et les mondanités. En avril 1906, Pierre Curie, distrait comme de coutume, tandis qu’il traverse la rue, est accroché par un fiacre et meurt de ses blessures. Il allait avoir quarante-sept ans. Elle est veuve à trente-huit ans. Le conseil de la faculté des sciences se réunit et décide que si Marie y consent, la chaire de physique générale créée à la Sorbonne pour Pierre lui sera attribuée. Lorsqu’elle se glisse dans la salle, une ovation la salue. Elle a repris le cours de Pierre là où il l’a laissé. C’est une grande victoire du féminisme. Le laboratoire de Marie bénéficie désormais d’une aide matérielle considérable : Celle d’un milliardaire américain : Andrew Carnegie, touché par l’histoire de cette femme courageuse. Elle travaille dans un laboratoire réorganisé, équipé en matériel et en personnel, où elle va commencer à former une génération de jeunes chercheurs à ses méthodes originales. Un second prix Nobel, de Chimie, vient alors la distinguer à nouveau, cette fois seule. Elle eut alors la faiblesse d’avoir une liaison avec le physicien Langevin. Marie était veuve depuis quelques années mais Langevin était marié, père de famille. Son épouse était d’une famille fort influente qui ne se priva pas pour bâtir un véritable scandale autour de cette liaison. Marie avait eu l’imprudence de lui envoyer une lettre dans laquelle elle envisageait de bâtir sa vie avec lui. Cette lettre, aux mains de la belle-famille de Langevin, fut largement rendue publique, jetant le discrédit sur Marie, présentée comme « l ‘étrangère voleuse d’époux ». Cette affaire avait pris des proportions bien démesurées, la liaison de Marie avec Langevin s’avèrant par la suite peu durable, même une fois Langevin divorcé, Marie n’aura plus avec lui que des relations amicales. Le scandale finit par se calmer grâce au soutien de quelques amis scientifiques, dont Poincaré et Einstein. Mais Marie, écoeurée de cette ingrate attaque, a songé à repartir en Pologne. Elle se rend à Varsovie pour inaugurer un laboratoire. Elle reviendra cependant à Paris, mais n’oubliera jamais son pays natal et, plus tard, fera en sorte que Varsovie reçoive des aides pour ouvrir un centre anti-cancéreux. Peu après son retour en France, la première guerre mondiale éclate. Elle entre rapidement en action : Constituer une flotte de voitures munies des appareils et du personnel nécessaires pour que partout, dans les zones des combats, les blessés bénéficient des examens radiologiques immédiats. Au début de la guerre, les chirurgiens ont encore peu d’expérience de la radiologie. Les vingt voitures, que l’on baptisera « les petites Curie » procéderont à un million de radiographies. Tous les hommes disponibles, Marie les a mis à l’œuvre. Alors elle décide de former des femmes radiologues. Cent cinquante manipulatrices seront ainsi formées de façon accélérée. La guerre finie, Marie se réjouit de la France victorieuse et de la Pologne ressuscitée – avec le pianiste Paderewski comme président du Conseil à Varsovie. Sa famille est saine et sauve. Elle passe encore des années à travailler sans se préoccuper des atteintes que la radioactivité a laissées petit à petit sur son organisme. Ses yeux surtout en souffrent. En 1933, elle a encore la joie d’assister à la découverte par le couple de physiciens que forment sa fille Irène et son mari Joliot, qui ensemble, travaillent sur le polonium. Mais elle ne sera plus là pour les voir, l’année suivante, couronnés à leur tour du prix Nobel de chimie. La radioactivité a eu raison des forces de Marie. Elle est morte en 1934, ouvrant après elle la voie aux femmes dans le domaine scientifique jusque là réservé aux hommes. Einstein disait d’elle : « C’est la seule personne que la gloire n’ait pas corrompue ». Elle reste la femme la plus illustre du 20ème siècle, aussi courageuse que douée. A noter qu’elle est la première femme enterrée pour ses mérites au Panthéon (ce monument qui porte l’inscription « aux grands hommes la Patrie reconnaissante »).

Jean-IGNACY PADEREWSKI

Pianiste « idole des années folles » & diplomate, Président du Conseil (1860-1941)

Né en Pologne en 1860, admis à l’âge de 12 ans au Conservatoire de Varsovie, Ignace Paderewski devint très jeune un pianiste qui déchaîna les foules d’admirateurs et surtout d’admiratrices tant en Europe qu’en Amérique, par son immense talent de virtuose comme par son physique éblouissant. Paré d’une opulente chevelure d’une couleur blond vénitien, il charmait les yeux autant que l’oreille des spectateurs qui se pressaient à ses concerts. Pourtant, la vie de ce pianiste qui joua dans les palaces, devant des stars et des têtes couronnées ne fut pas qu’une partie de plaisir. Il commença sa carrière dans le plus grand dénuement. Mais l’enthousiasme de ceux qui l’entendaient le fit rapidement sortir de l’anonymat. Devenu professeur au Conservatoire de Varsovie, il savait fort bien communiquer sa passion pour la musique. « La musique de Chopin, disait-il, exprime cette vocation de l’âme polonaise qui ressemble à un océan : houleuse, il lui arrive de déborder. Inerte, elle se replie. Mais elle n’est jamais vaincue. ». Tout comme il savait glisser immanquablement de la musique à la politique, faisant de l’indépendance de sa terre natale le combat de toute sa vie. Il était intimement persuadé que tout artiste est investi du rôle d’ambassadeur d’un pays qui a la passion la plus forte pour la liberté et qui pour cela, détient le record mondial d’occupations et de résurrections. Ses élèves furent les premiers à partager cet avis : « Lorsque les démocraties occidentales ressentiront ce que le professeur Paderewski sait nous faire ressentir, notre pays aura une chance de renaître ». Après s’être fait un nom en Pologne, il partit en 1885 à la conquête de l’étranger, aidé de son amie, la bouillonnante cancatrice Helena Modjeska. Son passage à Vienne, où il donne des concerts et où il se lie d’amitié avec Brahms, est un triomphe. A Paris, où il est invité à l’Elysée par le Président Sadi Carnot, c’est la gloire qui l’attend. Il est invité à jouer dans les salons aristocratiques où il fait la connaissance du compositeur Camille Saint-Saens, de l’écrivain George-Bernard Shaw, ainsi que Pierre et Marie Curie, avec la nombreuse colonie polonaise qui habitait Paris en attendant que leur patrie redevienne un pays libre. L’arrivée du jeune Paderewski, tout auréolé de sa gloire musicale, avait représenté pour eux un événement politique de premier plan. Car qui mieux qu’un artiste de renommée internationale pouvait plaider la cause de la Pologne à travers le monde ? D’autant plus que Ignace Paderewski se révèlait être un brillant orateur en plus d’être un pianiste qui galvanisait les salles. Surnommé alors « le lion de Paris » en raison de sa force et de sa superbe crinière, il est invité pour finir sa conquête des capitales d’Europe à jouer à Londres devant la reine Victoria. Cette dernière, qui le décora quelques années plus tard, de la Victoria Cross, l’encouragea à son tour à militer et à user de son prestige et de son éloquence pour mobiliser le monde à la renaissance de la Pologne. Il répondit : « Notre culture est pour l’instant ce qu’il nous reste , mais c’est l’essentiel. » Il entreprit un voyage vers les Etats-Unis sur un paquebot de luxe. C’est encore un public fou d’enthousiasme qui l’applaudit lors de ses concerts à New York. Selon le journal New York Tribune, la « Paderemania » est en marche. Paderewski met de plus en plus sa renommée au service de sa patrie. Il a l’idée de sillonner l’Amérique à bord d’un splendide wagon de chemin de fer qu’il a surnommé, avec son épouse, « Polonia ». Et de New York à Los Angeles, en passant par Montreal, Toronto, New Orleans, Miami, Dallas, San Francisco et Las Vegas, il va faire des concerts dans 160 villes d’Amérique. A son arrivée à Chicago, il ressentit une forte émotion en constatant que l’immense voûte abritant les trains avait été entièrement décorée de drapeaux polonais. Un orchestre de trois cents musiciens joua l’hymne national et une petite fille en habit folklorique cracovien récita l’hymne à la Pologne de Robert de Lamennais : « Dors, ô ma Pologne, dors en paix dans ce qu’ils appellent ta tombe ; moi je sais que c’est ton berceau ». Même triomphe en Amérique du Sud et en Australie. Entre ses voyages, il réside en Suisse, à Rion. Son hospitalité était devenue légendaire. Il avait fait aménager une maison dans le parc, qui abritait des exilés polonais. Les cachets qu’il touchait étaient en grande partie consacrés à la reconstruction de la Pologne. Il avait créé une Association de secours aux exilés – en collaboration avec Sienkiewicz – ainsi qu’un hebdomadaire « Pologne libre » tiré à plus d’un million d’exemplaires en six langues différentes à travers le monde, d’innombrables expositions et salons d’art et de culture polonais, un monument à la gloire de Kosciuszko à Chicago, et il avait largement participé à la construction de la nouvelle Faculté de Cracovie pour laquelle il avait rassemblé des subsides du monde entier. Et pour finir, il fit construire un monument à la gloire du roi Jagiello, vainqueur en 1410 sur les chevaliers teutoniques, pour en faire cadeau à la ville de Cracovie, à l’occasion de son 500ème anniversaire. Ce fut l’occasion pour lui de revenir en Pologne en 1910. Dès qu’ils apprirent la nouvelle, la ville de Cracovie devint le centre d’une activité patriotique intense, contre laquelle les occupants ne purent rien. Durant la première guerre mondiale, il n’eut de cesse de s’activer pour attirer l’attention de l’étranger sur le sort de la Pologne. Aux Etats-Unis, il rencontra le Président Woodrow Wilson et insista pour que l’Amérique entre dans la guerre. Et lorsque la guerre s’acheva, il eut la suprême récompense de voir que ses efforts incessants n’avaient pas été vains. La Pologne avait retrouvé enfin son indépendance. Ses compatriotes le choisirent pour prendre les fonctions de Président du Conseil du nouveau pays. Il accepta, donnant raison à la phrase de Bismark qui avait déclaré : « En Pologne, les poètes font de la politique et les politiciens font de la poésie ». Même s’il ne resta pas longtemps au gouvernement et laissa les rênes du pouvoir à l’énergique maréchal Pilsudski, il avait pleinement réalisé la tâche d’aide à la résurrection de la Pologne qu’il s’était fixée. Il se consacra à nouveau à la musique, donnant des concerts éblouissants jusqu’à un âge avancé. Il avait quatre-vingts ans lorsqu’il eut la douleur d’apprendre que la seconde guerre mondiale avait commencé. Il mourut lors d’un dernier concert. Ses dernières paroles furent : « Arrêtez Hitler avant qu’il ne soit trop tard ! »

MAXIMILIEN KOLBE

Prêtre-Martyr, Canonisé en 1982, « patron de notre siècle difficile » (1894-1941)

Le 14 août 1941, le Père Maximilien Kolbe, détenu au camp d’Auschwitz, dernier survivant du bunker de la faim, ayant assisté ses compagnons dans leur agonie, est achevé par les nazis qui lui font une injection de phénol dans le bras. Puis son corps est brûlé dans un des fours crématoires du camp de concentration. Le père Maximilien, âgé de 47 ans, a volontairement pris la place d’un autre détenu par un sacrifice librement choisi. Un autre détenu, nomme François Gajowniczek, marié et père de famille, avait été condamné par les nazis allemands à mourir de faim et de soif avec neuf autres détenus du camp d’Auschwitz. Ils étaient tous innocents, condamnés seulement en représailles pour l’évasion d’un prisonnier du camp. Quand le père Maximilien demande au chef du camp de prendre la place de Gajowniczek, l’Allemand, ahuri, lui demande : « Qui donc es-tu ? » Maximilien répond : « je suis un prêtre catholique ». Devant la détermination de Maximilien,  le chef de camp accepte. A partir du moment où la porte s’est refermée sur les dix condamnés, Maximilien les prit tous en charge, non seulement les neuf autres de sa cellule, mais d’autres encore qui mouraient de faim dans les bunkers voisins et dont les hurlements faisaient frémir tous ceux qui approchaient. Lorsque le père Kolbe fut parmi eux, les prisonniers se sentirent assistés et les nazis, stupéfaits, entendaient les cellules résonner de prières et de chants. « Jamais nous n’avons vu cela » disaient les gardiens. Car la décision de Maximilien n’avait pas été prise uniquement pour prendre la place d’un père de famille condamné à mort, mais aussi pour aider les autres à mourir sans crainte, pour soutenir leur esprit au moment de leur agonie. Qui était donc ce prêtre polonais ? Il était loin d’être inconnu en Pologne ; ses actions humanitaires originales dans son pays et à l’étranger, notamment au Japon, étaient déjà bien connues et elles lui avaient valu d’être arrêté par les nazis. Maximilien Kolbe est né à Zdunska Wola, près de Lodz. Dès l’âge de 13 ans, il entre, ainsi que son frère, au petit séminaire des Frères Mineurs Conventuels. Sa mère, Marie Kolbe, avec le consentement de son mari, se retire à son tour, un an après, chez les Sœurs Bénédictines. Maximilien va faire des études de philosophie jusqu’à obtenir son doctorat, suivies des études de théologie. Cet enfant de santé fragile (il n’a qu’un quart de poumon) va se lancer dans une vie de travail sans répit au service des autres. En 1919, il prend l’habit franciscain en choisissant  le nom de Frère Maximilien. Quand commence la première guerre mondiale, son père, Jules Kolbe, officier dans l’armée polonaise, est fait prisonnier avec son détachement par les Russes et fusillé. A l’âge de 20 ans, Maximilien est ordonné prêtre, vicaire du Pape pour le diocèse de Rome, dans l’église de San Andrea della Valle. Il fonde aussitôt la « Mission de l’Immaculée » (Niepokalana en polonais), association mariale qui est bénie par le pape Benoit XV. Il revient en Pologne l’année suivante, décidé à se mettre au service de la Vierge Marie et il peut concrétiser son projet juste après sa période de soin contre la tuberculose qu’il va soigner à Zakopane. Il commence à faire paraître un journal de message catholique qu’il nomme « Rycerz Niepokalanej », c’est-à-dire « Chevalier de l’Immaculée ». Pourquoi ce nom ? L’enfance de Maximilien avait été remplie de songes chevaleresques. Il rêvait de combattre les armes à la main pour une noble cause. Son père lui-même n’avait-il pas donné sa vie pour cette cause valable à l’extrême qu’était en cette période pour tous les Polonais l’indépendance de leur patrie ? Pour Maximilien, le chevalier devait avoir recours à l’épée pour combattre le mal, pour défendre les faibles et les opprimés, il devait l’utiliser toujours au service d’une cause juste. Et comme le prêtre pour son ordination, comme le roi pour son couronnement, le chevalier se préparait à son investiture par le jeûne et la prière parce que sa vie, sa vocation, symbolisées par l’épée, était au service du bien. Et même si les chevaliers n’existaient plus, ils demeuraient dans la mémoire, dans l’histoire et dans les œuvres littéraires et particulièrement dans la tradition, dans l’âme du peuple polonais qui était resté un peuple de chevaliers. Lorsqu’il fut ordonné prêtre, la vocation de chevalier ne fut pas extirpée de son âme, elle avait trouvé un contenu nouveau et plus profond. Comme les chevaliers jadis consacraient leur bravoure en l’honneur d’une dame, pour laquelle ils étaient prêts à endurer des blessures et même la mort, c’est aussi à une Dame que Maximilien trouve à consacrer sa propre chevalerie spirituelle : La Vierge Marie, « L’Immaculée » (Niepokalana). Ainsi naquit « le chevalier de l’Immaculée » de l’âme de Maximilien, de sa jeunesse, des luttes de son adolescence, des traditions de sa nation chevaleresque et de sa compréhension de l’histoire du christianisme. « La vie de l’homme sur la terre est une bataille », dira-t-il ; continuellement, à l’intime de chacun de nous, se livre un combat entre le bien et le mal. C’est au prix de beaucoup de peine qu’il parvint à mettre en route son « chantier » sur un territoire qu’il nomma précisément « Niepokalanow » (c’est-à-dire « lieu de l’Immaculée ». Pauvre parmi les pauvres, il entre en possession de ce terrain (situé aux environs de Varsovie) grâce à la générosité du propriétaire qui lui en fait don. Et il se met à y construire un véritable chantier de travail. Il avait choisi une activité adaptée aux besoins de notre époque, s’étant rendu compte de l’importance que pouvaient avoir, dans ces temps de progrès technique, les moyens de communication de la pensée, c’est-à-dire la pesse et la radio. Il était donc bien un homme de son temps. Les rotatives de Niepokalanow devaient chanter la gloire de Dieu et le droit des hommes, comme les chantaient au temps de Saint-François d’Assise les oiseaux et les ruisseaux. Ce chantier, qui avait surgi de rien, fut admiré pour son efficience technique et pour ses débuts assurés par un homme pauvre en moyens matériels mais fort de détermination. Une œuvre magnifique a grandi. Tous les hommes de bonne volonté sont invités à entrer dans ce chantier, et en particulier la jeunesse. Son imprimerie a pour but la voie de l’éducation, la recherche des valeurs supérieures dont la première est la vérité. Il ne se contente pas de publier en Pologne. Il a pour but de fonder une mission en Extrême-Orient et commence un long voyage. En 1930, accompagné de deux autres frères, Maximilien arrive à Nagasaki au Japon. Il va y implanter la publication d’une revue mariale en japonais et il se charge d’enseigner la philosophie dans le séminaire diocésain. A Nagasaki commence la diffusion du « Mugenzai no Seibo no Kishi », d’un tirage de 10.000 exemplaires. Le Père Cornelius Czyprik est nommé supérieur de Nagasaki tandis que Maximilien reste rédacteur du journal et s’occupe en même temps de la Mission de l’Immaculée dans le monde. A Niepalalonow, sa « petite revue bleue » atteignait, en 1939, un tirage d’un million d’exemplaires ; un journal d’humble apparence destiné aux masses ouvrières et paysannes. Avec l’époque du nazisme qui débute, dans la Pologne occupée, son journal ne tarde pas à être suspect. Il est arrêté une première fois en 1939 puis relâché. Mais en 1941, il est de nouveau emprisonné par la Gestapo avec d’autres prêtres. Il arrive dans un train de prisonniers au camp de concentration d’Oswiecim (Auschwitz) le 28 mai 1941. En juillet, en représailles à la suite d’une évasion d’un prisonnier, les nazis choisissent 10 détenus pour mourir de faim et de soif. Maximilien, sur sa demande, prend la place de l’un d’eux et ils sont enfermés dans le bunker souterrain du bloc 13. Deux semaines plus tard, tous ses compagnons, qu’il a assisté dans leur agonie, sont morts. Il ne reste que lui et le chef du camp lui fait administrer une piqûre pour l’achever avant de brûler son corps. Dès 1948, Monseigneur Paul Yamaguchi, évêque de Nagazaki, envoie le premier une lettre au Pape Pie XII pour lui demander de prononcer la béatification du Père Maximilien Kolbe. Son procès en béatification commence alors. Le Siège apostolique accorde en 1965 la dispense de l’article qui impose que 50 ans soient écoulés après la mort du père, dispense en raison de l’héroïcité de Maximilien. C’est en 1971 que le pape d’alors, Paul VI, béatifie le Père Maximilien Kolbe. Avec l’arrivée en 1978 d’un pape polonais, Jean-Paul II, sa canonisation définitive est en marche. Jean-Paul II, qui a lui-même souffert de cette terrible guerre, ressent une infinie amitié et admiration pour le père Maximilien. Nombreuses furent ses homélies – particulièrement lors de ses pélerinages en Pologne mais également à Nagasaki, à Munich et ailleurs – évoquant l’œuvre et le courage du Père Kolbe. Il le proclamera saint et martyr le 10 octobre 1982. On retiendra particulièrement l’image émouvante de Jean-Paul II, en 1979, déposant une gerbe et s’agenouillant dans la cellule du bunker de la faim où mourut le Père Maximilien. Et cette autre image de Jean-Paul II embrassant, lors de la cérémonie de canonisation à Rome, l’ancien détenu François Gajownicek, à qui le prêtre avait sauvé la vie en prenant sa place au bunker de la faim d’Auschwitz.

KAROL WOJTYLA

Pape JEAN-PAUL II   (1920-2005)

Karol Wojtyla, celui qui sera Pape sous le nom de Jean-Paul II, est né en 1920 à Wadowice, petite ville au Sud de la Pologne, entre Cracovie et la chaîne des Tatras. Hasard ou destinée, il est né Rue de l’Eglise, tout près de l’ancienne cathédrale Saint-Marie. Sa mère, institutrice, l’appelait Lolek. Il eut très jeune le malheur de perdre les membres de sa famille, les uns après les autres. D’abord, il perd sa mère, malade, alors qu’il n’a que neuf ans. Dans sa douleur, c’est désormais la Vierge Marie qu’il va considérer comme sa seconde mère. Son père, officier d’état-major, prend sa retraite pour se consacrer alors à ses deux fils. L’aîné, Edmond, beaucoup plus âgé que Karol, va les quitter pour entrer à l’Université de médecine de Cracovie, à la grande fierté de son père. Hélas, à peine ses études terminées, soignant des malades contagieux, il attrape le typhus et meurt à son tour. Karol reste seul avec son père, dévoués l’un à l’autre, et se réconfortant mutuellement jusqu’à la mort de ce dernier. A l’école primaire, Karol est un enfant plein de vitalité, aimant le sport, les randonnées en montagne qu’il affectionnera toute sa vie. Il est aussi un élève remarquable, excellent dans toutes les matières et attiré par la poésie, qu’il composera tout au long de son existence. Bien que vivant très modestement dans l’appartement de Wadowice, Karol en gardera un souvenir d’une existence pacifique, partagée entre l’apprentissage de la contemplation, la régularité dans l’étude et les escapades sportives. Au moment où Karol est né, la Pologne vient de retrouver son indépendance après plus d’un siècle où elle n’existait plus, depuis le partage entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. C’est donc un grand moment d’espoir pour la Pologne qui se reconstruit après les destructions de la première guerre mondiale, sous la présidence de l’énergique maréchal Pilsudski. Durant ses études secondaires au lycée de la petite ville, Karol confirme ses grandes qualités intellectuelles et morales. Son dynamisme et son esprit convivial lui donnent du charisme vis-à-vis de ses camarades de classe. Baignant dans une culture spécifique à cette région de Pologne, entouré des chants traditionnels, il acquiert dans ce milieu de montagnards des Tatras une véritable passion pour la nature où il trouve son énergie vitale. Il aime son pays profondément, amour qu’il confirmera toujours lorsqu’il sera devenu pape. Au lycée, sa vie est agrémentée par les cours de théâtre auxquels il s’est inscrit. C’est une petite troupe de théâtre amateur dirigée par Kotlarczyk, un professeur d’histoire, qui leur enseigne un art dramatique animé par une sorte de mysticisme, à l’inverse de la frivolité. Chacun d’eux participe à toutes les tâches, confectionnant les costumes, les décors. Dans cette période d’intense formation spirituelle, Karol participe activement à ce théâtre, sentant le rôle formateur de cette expérience spirituelle et intellectuelle. Dans l’ensemble, l’enfance à Wadowice est « une petite oasis heureuse » dont Jean-Paul II parlera toujours avec émotion. Hélas, la Pologne, à peine libérée d’un siècle d’occupation, voit se profiler l’ombre du nazisme et d’une nouvelle guerre, avec l’arrivée de l’infâme Hitler à la tête de l’Allemagne. A sa sortie du lycée, Karol n’est pas encore décidé à se diriger vers la prêtrise, il désire s’inscrire à l’Université de Cracovie pour y étudier la philosophie et la littérature polonaise. Il emmène son père avec lui à Cracovie. Cette grande ville intellectuelle, ancienne capitale de la Pologne, fascine le jeune bachelier. L’Université Jagiellon est l’une des plus anciennes universités d’Europe, créée par le roi Casimir en 1364. Là a étudié au Moyen-Age le célèbre astronome Kopernik. Dans cette bouillante cité, il se plait à découvrir les imposants monuments, médiévaux et renaissance, le château de Wawel où sont enterrés les rois de Pologne, l’église Mariacki sur la place du Marché. Il fréquente l’Université, au département de philosophie, avec sa passion de tout connaître. Dans le petit appartement qu’il loue avec son père dans un quartier populaire, Karol et son père se partagent les tâches. Son père, fils de tailleur, cousant au besoin, tandis que Karol, pour améliorer la maigre retraite de son père, travaille comme aide-cuisinier après ses cours. Infatigable, il continue le théâtre et compose toujours des poèmes. Cependant, comme lorsqu’il était petit enfant, il continue à servir à la messe. C’est en servant l’office dans la cathédrale du Wawel qu’il apprend la déclaration de guerre, le 1er septembre 1939. Une attaque aérienne pilonne la ville et l’oblige à fuir avec son père vers l’est du pays, avec de nombreux Cracoviens. Mais apprenant que l’Union soviétique vient de déclarer aussi la guerre à la Pologne et que les soldats russes occupent déjà l’est du pays, les fugitifs rebroussent chemin pour regagner Cracovie, qu’ils retrouvent envahie par les Allemands, sous les ordres d’Hitler qui a déclara : « Je ferai de la Pologne un vieux nom oublié sur les cartes de géographie ». Sur le château de Wawel flotte le drapeau nazi, l’université Jagiellon est fermée, le plan allemand de destruction de l’identité polonaise est mis en œuvre. Les Juifs, ainsi que les intellectuels, les nobles, les résistants  et le clergé sont les  premières cibles de ce plan. Les camps d’Auschwitz, Treblinka et Majdanek sont construits. Cracovie, comme la capitale Varsovie, vit  dans la terreur et jamais Karol Wojtyla n’oubliera cette période qu’il dénoncera plus tard dans ses homélies, rappelant les horreurs de la guerre et le droit des hommes à être des hommes. Dans cette déroute, il faut essayer d’échapper aux rafles et aux pièges tendus en permanence. C’est dans cette période noire que Jean-Paul II va forger un de ses traits de caractère les plus marquants, l’art de la résistance. De là grandit encore chez lui l’amour de la patrie, de la terre natale qui est pour lui le symbole fervent de la victoire sur le mal, de la victoire de la culture sur la nuit aveugle de la persécution. En raison de sa robuste constitution, les Allemands l’embauchent dans une carrière de pierre. Il a droit à un misérable salaire qui lui permet de survivre avec son père et il est pour l’instant à l’abri des rafles et des déportations. Dans cette carrière de pierre appartenant à l’usine chimique de Solvay, tout près de Cracovie, son labeur est très dur. Toute la journée, il doit casser la caillasse à coups de massue, la charger dans des wagonnets. De ce douloureux souvenir, il tirera plus tard l’un de ses plus beaux poèmes « Les mains sont le paysage du cœur ». Son père cependant, le capitaine Wojtyla, plonge dans le désespoir et la prostration, voyant que la Pologne pour laquelle il s’était battu et enthousiasmé est à nouveau anéantie. En février 1941, Karol, rentrant du travail, découvre son père mort. C’est pour Karol une période de douleur et de solitude extrême qui s’abat. Il va tenter de combler cette douleur et de reprendre des forces dans la prière. Sans doute est-ce cette nuit-là la nuit de révélation qui va changer le cours de sa vie en le dirigeant vers la prêtrise. Le hasard lui fait retrouver son ancien professeur de théâtre, Kotlarczyk, devenu chauffeur de tramway à Cracovie, qui va reprendre dans la clandestinité les œuvres théâtrales spécifiquement polonaises de Mickiewicz et Norwid. Tous les deux vont travailler également, au risque de leur vie, à la rédaction d’un journal clandestin littéraire qui passe sous la barbe de la Gestapo. Sa vocation sacerdotale ne fait plus de doute à partir de 1942. Le séminaire clandestin de Cracovie est alors sous l’autorité du prince-archevêque Sapieha. En avril 1944, en ce jour de « dimanche noir », les Allemands raflent tous les hommes de quinze à cinquante ans. Son immeuble est déserté par les habitants qui ont fui. Il est seul à prier à l’étage. Etrangement, les Allemands ne prennent pas la peine de monter et il est sauf. Il comprend qu’il ne pourra être à l’abri désormais que dans le palais épiscopal de Monseigneur Sapieha qui cache habilement les séminaristes et leur donne un enseignement théologique. En dehors du séminaire de Sapieha, devenu le rempart du catholicisme meurtri, on ne compte plus les prêtres assassinés ou déportés, martyrs comme Maximilien Kolbe à Auschwitz, les églises détruites… La guerre se termine enfin. Karol Wojtyla a maintenant vingt-cinq ans. Il devient prêtre en novembre 1946, jour des morts. Il célèbre sa première messe dans la crypte du château de Wawel. Peu après, il est envoyé à Rome par l’archevêque Sapieha, afin d’achever ses études en théologie et lorsqu’il revient en Pologne, la soviétisation y est de plus en plus affirmée par Staline, mettant l’Eglise en difficulté. Karol, rentrant sur cette terre dont il a toujours chanté l’amour qu’il lui portait, est nommé dans une paroisse perdue de campagne, à Niegowic. Il y manifeste sa tendresse pour les enfants et les jeunes qu’il entraîne dans les processions, les pélerinages ou les randonnées sportives. La vie du jeune prêtre s’écoule tranquillement, entre ses activités paroissiales, où il trouve son équilibre à l’écoute des autres et sa recherche intellectuelle, se sentant toujours appelé à une connaissance supérieure, il passe beaucoup de temps à lire les œuvres de Saint-Thomas. Ses études aboutiront à un second doctorat de philosophie. Il n’hésite pas à mettre la main à la pâte pour aider à bâtir une nouvelle église à Niegowic. Le cardinal Sapieha ne l’a pas oublié ; il le rappelle après ces quelques années d’expérience à la campagne, comme vicaire en plein centre-ville de Cracovie, où il a beaucoup de joie à retrouver ses amis d’autrefois. Face au communisme qui fait de plus en plus autorité dans le pays, il a instinctivement de la méfiance envers un système qui, selon les mots de Marx, proclame que la « religion est l’opium du peuple ». Karol, à l’instar d’autres prêtres, entrera en résistance contre le gouvernement communiste lorsque le primat de Varsovie, le cardinal Wyszynski est arrêté par les autorités et retenu prisonnier durant trois années. Karol Wojtyla est nommé évêque de Lublin et quelques années plus tard, évêque puis archevêque de Cracovie. Il n’adopte pourtant jamais, face aux autorités politiques, une attitude agressive qui, selon lui, mènerait au désastre. Il suit parallèlement sa route, vigilant. Après avoir été le plus jeune évêque de Pologne, il devient cardinal en juillet 1967. Le pape d’alors, Paul VI, estime le cardinal Wojtyla pour sa promptitude d’esprit, ses connaissances en théologie comme en langues étrangères, mais aussi pour sa vitalité physique, cet élan qui lui fait tout affronter, cette aisance, cet art de la convivialité. Au Concile à Rome, ses interventions avaient fait grande impression. Malgré l’estime et la renommée dont bénéficie l’archevêque Wojtyla, la surprise est grande en automne 1978. Alors que les cardinaux réunis en conclave élisent un successeur à l’éphémère Jean-Paul 1er, mort brutalement un mois après sa nomination, la foule attentive apprend alors la nouvelle : Pour la première fois de l’histoire, c’est un pape polonais qui a été nommé. La chrétienté découvre avec étonnement ce pape jeune, sportif et chaleureux qui regarde la foule avec bienveillance et sérénité. Il a pris le nom de Jean-Paul II. Dans l’euphorie générale, c’est l’Europe de l’Est qui est la plus émue, sentant que quelque chose va changer chez eux avec l’arrivée de ce pape inattendu. Son charisme ne se démentira pas, tandis qu’il s’adresse aux foules lors de ses très nombreux voyages. Une année après son élection, il se rendra en Pologne, où aux pieds de la Vierge Noire de Czestochowa, il prononcera sa célèbre phrase : « Nayez pas peur ! «  Suivront encore et encore des voyages aux quatre coins du monde, tel un missionnaire, il ira rassembler les chrétiens sur les différents continents. Des 200 états du monde, le pape Jean-Paul II en a visité 131. Il s’entretient avec le même naturel avec les gens du peuple qu’avec les personnages les plus célèbres et les plus puissants. Il fonde les Journées Mondiales de la Jeunesse et devient vite, pour les médias, une super-star. Espiègle, il semble s’en amuser. Le 13 mai 1981,  Jean-Paul II est victime d’un attentat alors qu’il circule au milieu des fidèles de la place Saint-Pierre au Vatican. Un jeune Turc, Mehmet Ali Agça – probablement mandaté par le KGB – tire sur lui. Il est gravement blessé mais échappe à la mort. (Par miracle, pourrait-on dire, le tireur ayant déclaré qu’ayant vu prendre un enfant dans ses bras, il a hésité un instant avant de tirer ; peut-être ce concours de circonstance lui a valu la vie). Deux années plus tard, le Pape a rencontré et s’est entretenu en privé avec son agresseur dans la cellule d’une prison de Rome. En sortant, il dira : « C’est un frère auquel j’ai pardonné ». Il use de diplomatie avec les chefs d’état qu’il va rencontrer : Lech Walesa le syndicaliste devenu Président, Nelson Mandela, les têtes couronnées, les présidents américains Clinton et Bush et puis Gorbatchev, avec lequel il aura une rencontre de la plus importance. Ses contacts harmonieux avec tous ces responsables sont sans doute pour beaucoup dans l’événement qui va se produire en Europe à la fin des années quatre-vingt : L’affranchissement des pays de l’Est du joug soviétique et particulièrement de la Pologne qu’il n’a jamais oubliée. Il l’a proclamé depuis le début de son pontificat : Il est le pape polonais, le fils de cette Pologne qu’il a parfois exaltée en citant les vers du poète Mickiewicz, il garde en son cœur d’exilé, « les champs argentés de froment et dorés de seigle », de sa terre natale. Quelques années avant sa mort, sa belle vitalité a fait place à la maladie. Il se déplace dans la douleur, de plus en plus difficilement. Les médias occidentaux – toujours prêts à brûler ce qu’ils ont adoré – n’en finissent pas de monter en épingle sa position contre l’avortement et la contraception, lui collant l’étiquette de « rétrograde » ; il continue néanmoins de prôner dans la sérénité une société basée sur la fidélité et les valeurs de la famille unie. Envers et contre tous ces dénigrements, il demeure un pape grandement populaire. Lorsqu’il meurt le 2 avril 2005, les chrétiens affluent en masse de tous les pays du monde vers Rome rendre un dernier hommage à ce pape peu ordinaire, à ce pasteur semblable à aucun autre. Ses funérailles au Vatican attirent des foules et des chefs d’état du monde entier et des représentants de toutes religions, en hommage à son esprit d’oecuménisme.

Andrzej WAJDA

Cinéaste & Metteur en scène (1926-2016)

Andrzej Wajda est né le 6 mars 1926 à Suwalki à l’Est de la Pologne, d’un père militaire et d’une mère institutrice. Son père, capitaine dans l’armée polonaise durant la seconde guerre mondiale, fut fait prisonnier par les Russes et fut exécuté lors du massacre de Katyn. (C’est ce massacre qui constitue le thème d’un de ses récents films qu’il tourne en 2007, rendant ainsi hommage à la mémoire de son père et des 20.000 officiers et élites polonaises massacrées de sang-froid sur ordre de Staline). La vie de ce cinéaste mondialement connu se confond avec son œuvre, tant le cinéma, depuis son adolescence, fait partie intégrante de sa personne. Son œuvre constitue un apport particulièrement important pour la Culture polonaise, tant contemporaine qu’historique. Il a en effet relaté dans ses films les problèmes, les évènements, les joies et les particularismes de la Pologne. Il commença des études de peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Après la guerre, il entre à l’Ecole du Cinéma de Lodz, où il terminera ses études en 1953. le premier film qu’il y réalisa fut « Pokolenie » (Génération). Il a depuis adopté au cinéma de nombreuses œuvres littéraires polonaises, parmi les plus célèbres : « Popiol y Diament » (cendre et diamant) d’après le roman d’Andrzejewski, « Wesele » (les noces) de Wyspianski, « Ziema obiecana » (la terre promise) d’après l’œuvre du Prix Nobel de Littérature Ladislas Reymont, et « Pan Tadeusz (Messire Thadée) d’après le poème épique de Mickiewicz. Grâce à ses adaptations filmées, il a redonné vie à ces œuvres littéraires et a perpétué l’esprit de leurs auteurs. Parallèlement, il a également réalisé de grandes fresques historiques comme le film « Danton ». Et des adaptations d’œuvres d’autres pays : « les possédés, « Nastazja », d’après Dostoïevski. Il a été metteur en scène de théâtre, pour des pièces comme « Panna Julia » (Mademoiselle Julie) de Strinberg, « Umarla Klasa (la classe morte) de Kantor, etc… Il se fit particulièrement connaître en Occident par le succès que remportèrent ses deux films « L’homme de marbre » réalisé en 1976 sur la condition ouvrière sous le régime communiste, puis en, 1981, « L’homme de fer » qui relate les évènements survenus lors de l’épisode Solidarnosc. Il avait lui-même pris part au mouvement politique de cette époque, apparaissant au chantier naval de Gdansk où Lech Walesa, électricien-syndicaliste commençait à faire parler de lui. Les prix et distinctions qui lui ont été décernés sont innombrables, chacun des films qu’il a réalisés portant son indéfinissable marque. Depuis qu’il est sorti de l’école de Lodz, dans les années cinquante, rares sont ses réalisations qui n’ont pas été distinguées à l’échelon international, à titre d’exemple :

–    1957 : prix spécial du jury du festival international du cinéma pour son film « KANAL » –    1959 : Prix du jury du festival international de Venise pour son film « Popiol i diament » –    1968 : prix du comité de la télévision polonaise –    1971 : prix du Ministère de la Culture. –    1973 : Coquille d’argent pour la mise en scène de « Wesele » au festival international de San Sebastian. –    1974 : Prix du public. –    1975 : Prix principal pour la mise en scène pour « l’affaire Danton » au Théâtre de Varsovie. –    1976 : Prix des journalistes pour « la terre promise » au festival international de Bruxelles. –    Grand prix de l’Epi d’or à Valladolid. –    1978 : Premier prix Luchuno Visconti –    1979 : Grand prix du jury au Festival de Cannes. –    1980 : Ordre du mérite pour collaboration culturelle entre Bulgarie et Pologne. –    1981 : Doctorat Honoris causa de l’American University de Washington. –    1982 : Médaille de la légion d’honneur française ; Prix de la fondation Onasis. –    1983 : César français pour le film Danton –    1985 : prix Herder. –    1986 : Prix Luigi Pirandello –    1987 : Prix Kyoto de la fondation japonaise Inamori. –    1989 : Doctorat honoris causa de l’Université Jagiellone –    1990 : Prix européen pour l’ensemble de son œuvre. Distinction pour son film « Korczak » au festival de Cannes. –    1991 : Prix du festival européen de Belgrade. –    1993 : Diplôme de membre honoraire de l’association des auteurs. Prix de la mise en scène. –    1994 : Ordre des Beaux-Arts et des Sciences humaines français. –    1995 : Ordre du Soleil levant japonais. Doctorat honoris causa à Bruxelles. –    1996 : Ours d’argent pour le film « la semaine sainte » au festival de Berlin. –    1998 : Lion d’or au festival du film à Venise. –    1999 : prix de la liberté au festival de Berlin. –    2000 : Prix et médaille à Varsovie et Lodz pour le film « Pan Tadeusz ». –    2001 : Médaille de commandeur de la Légion d’Honneur de la République française. –    Grande Croix de l’Ordre du Mérite de l’Académie théâtrale de Moscou –    2002 : Rose du Petit Prince et prix Business centre club pour la contribution au développement de l’économie au marché en Pologne. –    2003 , il est couronné d’un Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, plaçant son nom dans l’élite mondiale des metteurs en scène.

 Que rajouter quand les chiffres parlent d’eux-mêmes, en témoignage d’un talent exceptionnel mis le plus souvent au service de son pays ?

Hélas, Wajda est mort en octobre 2016. Il était de ces hommes qu’on voudrait éternels. Mais ses oeuvres, toutes chefs-d’oeuvres, resteront immortelles.

Chapeau bas, pan Wajda ! Un génie…

Jan MATEJKO, peintre

Spécialiste de la représentation des évènements historiques de la Pologne (1838-1893)

Jan Matejko, le plus grand peintre historique de la Pologne, est né à Cracovie le 24 avril 1838, fils d’un professeur de musique. Sa mère mourut quand il avait sept ans. Il était le huitième d’une famille de onze enfants. De santé fragile, vivant à une période de révolutions en Pologne, Jan Matejko eut une enfance et une adolescence très difficiles. Matejko, bien que ses parents soient d’origine Tchèque,  s’intéressa passionnément à l’histoire de la Pologne dès son plus jeune âge, intérêt qu’accentuait le fait d’être élevé au milieu de cette ville de Cracovie pleine des monuments du passé. En 1948, âgé de 10 ans, il survécut au bombardement de Cracovie par les Autrichiens, ainsi qu’à l’insurrection de Janvier, qu’il aida en portant des armes aux insurgés. Il se révèla dès l’enfance très doué pour les arts plastiques, dessinant partout où il le pouvait. Aussi à 14 ans, il entra à l’Ecole des Beaux-Arts de Cracovie. Il se spécialisa très vite dans l’illustration des évènements du passé, comme la peinture des batailles (dont le tableau représentant la fameuse bataille de Grunwald où les Polonais vainquirent les chevaliers teutoniques), de rencontres royales ou de portraits d’illustres compatriotes, comme Kopernik ou Kosciuszko. Il a peint également des tableaux pour l’église Mariacki de Cracovie. Ses principales réalisations furent ces tableaux rappelant des évènements dramatiques, dont le plus célèbre : « Rejtan » illustrant le moment tragique du 18ème siècle quand les nobles polonais par leurs désaccords, précipitèrent la Pologne vers sa chute et son dépeçage par les puissances étrangères. En 1867, son tableau « Rejtan » lors de son exposition à Paris, lui vaut une médaille d’or, distinction qu’il a précédemment reçue avec son tableau « Skarga ». Quant à son gigantesque tableau «La bataille de Grunwald », il fit un tour triomphal des villes d’Europe. L’une de ses œuvres les plus magistrales est la galerie des portraits de tous les rois de Pologne, qu’il a réalisée à partir de 1890. Il a eu à cœur de représenter les rois selon leurs caractéristiques décrites dans les chroniques et il leur donna à chacune une expression différente selon les sentiments qu’ils avaient fait naître en lui par leurs actions passées. S’adressant aux étudiants de l’école des Beaux-Arts de Cracovie, il définit ainsi la portée politique de son œuvre : « L’Art est maintenant une sorte d’arme pour nous ; Il n’est pas permis de séparer l’Art de l’Amour pour son pays. » Jan Matejko s’efforçant d’atteindre une synthèse historique et philosophique plutôt que de peindre de simples faits historiques, créa ainsi l’imaginaire historique polonais. La Culture polonaise doit beaucoup à ce talentueux patriote. Il est enterré à Cracovie. La maison où il vécut est visitable dans le centre de Cracovie.

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Une réflexion sur “Grâce à eux, la Pologne existe toujours

  1. Woîemberghe Eddy

    Chère Madame, c’est avec beaucoup de plaisir, de joie et, empli d’une certaine fierté, que j’ai pris du plaisir intellectuel à lire toutes ces biographies d’êtres, qui ont porté le nom ‘Pologne’ à travers les esprits des habitants du monde! Ma démarche va peut-être vous paraître impolie mais, pourriez-vous vous renseigner sur la famille HORODYSKI, famille dont un ancêtre fut aide de camp du roi de Pologne, à la bataille de Tannenberg; mon grand-père fut le dernier représentant de sa lignée à avoir vécu en Pologne. Sa famille possédait un château, un village et, de même, la province portait anciennement son nom. Ses terres se situaient en Pologne, près de la frontière biélorusse, faisant presque face à la ville biélorusse de Brest. Si je me permets de vous demander cela, c’est parce que de tous les côtés où je me tourne, impossible de retrouver trace de rien. Ma grand-mère m’avait dit qu’en 1939, des Anglais venus à Dampremy, commune belge ou mon aïeul vécut, voulurent lui rachater ses titres de noblesse ainsi que les deux bagues armoriées qu’il possédait! Les documents ainsi que les bagues disparurent dans les affres de la seconde guerre mondiale. Un de ses ancêtres fût anobli comte de Galicie par l’ Impératrice Marie-Thérèse d’Autriche et le même parent fût ensuite titularisé baron en Empire d’Autriche par le fils de la susdite souveraine! Un titre de comte plénipotentiaire auprès du Saint-Siège lui aurait également été décerné, paraît-il.
    Mon grand-père était né à » Horodyszcze », au château familial et s’appelait: Wladimirius Horodyski ‘Bradko’ ( bradko serait apparemment un titre ).
    Merci de bien vouloir me répondre, ne fut-ce que pour me donner une direction à suivre, quelque chose… Mon e-mail: » eddy.woiemberghe63@gmail.com ». Merci beaucoup, Madame

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